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Pétrole vert: conflits à venir

Pétrole vert: conflits à venir

Les promesses des biocarburants de seconde et de troisième génération pourraient ne pas se concrétiser.

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De source d’énergie renouvelable par excellence, les biocarburants de première génération, produits à partir de maïs ou de colza, sont devenus un des symboles de la crise alimentaire de 2007. De plus, leur bilan environnemental positif n’a jamais été clairement démontré. Ses défenseurs ont assuré que les biocarburants de seconde (éthanol cellulosique), et maintenant de troisième génération (algues), résoudraient ces problèmes. Mais la question de la faisabilité technique, économique et écologique se pose comme le mentionne la banque Sarasin  dans son rapport sur les énergies renouvelables. L’auteur de l’étude et vice-président de Sarasin Sustainable Investment, Matthias Fawer apporte quelques éclaircissements.

http://www.sarasin.ch/internet/iech/fr/index_iech/about_us_iech/investor_relations_iech/ir_news_iech.htm?reference=110624&checkSum=DC9898BEA99CB1BB05C4BF2DA62BCFFF (cliquez sur le lien)

ENTRETIEN

Est-ce que les biocarburants de deuxième et troisième génération ont démontré leur potentiel?

Il y avait des attentes très élevées par rapport à l’éthanol cellulosique. Mais les progrès ont été moins rapides qu’espérés. La technologie fonctionne bien au niveau des phases pilotes. Mais il y a eu des ratés lors du passage à l’échelle industrielle, notamment pour baisser les coûts. Il y a eu plusieurs échecs et de nombreuses entreprises ont dû retarder les ouvertures d’usines annoncées. Sur les titres du secteur en 2006, de nombreuses ont vu leur valeur tomber proche de zéro!

 La technologie de l’éthanol de troisième génération, soit l’utilisation d’algues, est encore plus jeune. Il existe différentes approches qui sont en processus de validation et de mise à l’échelle. Par exemple, les algues peuvent être cultivées dans des étangs extérieurs ou dans des bioréacteurs fermés. Des problèmes techniques apparaissent là aussi, principalement dans la continuité du processus. Souvent, la production fonctionne quelques mois, puis il y a une croissance trop grande des algues qui vient bloquer les tuyaux. Ce sont des problèmes qui devront être résolus.

Dans votre rapport, vous dites que le boom du bioéthanol de 2006 était exagéré. Est-ce un bon moment pour retourner dans ce secteur?

Nous prévoyons qu’il y aura un développement lent dans le secteur. Tant que les coûts de production ne baisseront pas en-dessous de ceux des carburants fossiles, les directives gouvernementales et les programmes de subventions vont demeurer le principal levier économique. Hors les gouvernements sont plus réticents à offrir des subventions. L’Union européenne a accepté d’augmenter sa cible d’utilisation de carburants renouvelables dans les transports à 10% d’ici 2020. Toutefois, ils ont ajouté des critères de durabilité environnementale, dont les effets indirects liés au changement d’affectation du sol, après que des voix se soient élevées, notamment au sein de la F.A.O et des Nations Unies. Les Etats-Unis ont aussi défini un quota de 136 milliards de litres produits à partir de source renouvelables pour 2022. L’éthanol cellulosique devrait en constituer 45%.

En même temps, pour l’investisseur, il y a peu d’acteurs spécifiques (pure player) sur le marché de l’éthanol de deuxième et troisième génération. Ce qui rend plutôt difficile d’y investir. Ainsi, il n’y a qu’une dizaine d’entreprises actives dans la production de biocarburants à partir d’algues. De plus, il n’y a pas eu beaucoup d’investissement depuis 2006 et les entreprises recourent davantage au private equity.

Maintenant que la confiance des marchés reprend, il est possible que davantage d’investissements aillent dans ce secteur. Mais ce sera faible par rapport aux secteurs matures que sont l’éolien et le solaire.

Une des grands revers de l’éthanol de première génération était son bilan environnemental mitigé. Est-ce que les prochaines technologies seront sans danger pour l’environnement?

L’analyse du cycle de vie de l’éthanol de deuxième génération commence à être discutée. Il n’y a pas de données ou d’évaluations précises. On peut prévoir qu’il y aura compétition pour la biomasse. Ainsi, les entreprises forestières utilisent déjà les résidus de bois comme source de chaleur ou d’électricité en les brûlant. Les résidus agricoles, comme les tiges des plantes, servent souvent de fourrage au bétail. Et on peut supposer que les résidus non utilisés retournent au sol et le reconstituent. En les enlevant des champs pour les transformer en carburant, il faudra possiblement augmenter l’usage d’engrais. De plus, il peut être difficile, et coûteux, de transporter les résidus sur un seul site de transformation. Pour la culture d’algues, la balance des impacts bénéfiques et négatifs est encore incertaine. Il y a d’autre technologies qui présentent autant sinon plus de potentiel, mais sans présenter de risque pour l’environnement, comme l’énergie marémotrice et la géothermie.

Interview:  Gaël le corre-laliberté agefi  aout10

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