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Stress tests European Banksters : « L’exposition au risque souverain est sous-estimée »

Stress tests European Banksters : « L’exposition au risque souverain est sous-estimée »

Un article du Wall Street Journal paru mardi matin accuse les « stress tests » d’avoir été trop indulgents sur l’exposition des banques au risque souverain. Adrian Blundell-Wignall, directeur adjoint des affaires financières et des entreprises à l’OCDE et spécialiste du sujet, avait également souligné les lacunes des tests sur ce point dans une note datée du mois d’août.

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Le Wall Street Journal accuse les tests de résistance d’avoir sous-estimé l’exposition des banques à la dette souveraine. Vous-même aviez évoqué ce sujet. Qu’en est-il exactement?

Adrian Blundell-Wignall : Notre article pour l’OCDE explique que pour mesurer l’exposition des banques au risque souverain [le risque souverain désigne le risque naissant de la faillite d’un Etat, ou de la restructuration de sa dette] les tests n’ont pris en compte que les trading books, les portefeuilles de trading, qui rassemblent les titres destinés à être revendus à plus ou moins court terme. Ils ont exclu les titres contenus dans les banking books, les portefeuilles des banque, qui rassemblent des titres [dont des obligations d’Etat] généralement conservés jusqu’à échéance. C’est dans ces derniers portefeuilles que se trouve la majorité de l’exposition à la dette souveraine. L’article du Wall Street Journal révèle en outre que même les déclarations concernant les trading books, qui représentent donc la plus petite partie de l’exposition, sont incomplètes. L’exposition est donc sous-estimée à deux niveaux.

Sur le premier point, la non-prise en compte des banking books par les stress-tests, en quoi ce choix représente-t-il un problème ?

Les tests de résistance se penchent sur les deux années à venir : pendant cette période, il n’y a pas de risque que la dette d’un pays membre soit restructurée, grâce au mécanisme de soutien mis en place par l’Union européenne. On peut donc comprendre que les régulateurs aient exclu les banking books [qui sont détenus sur des durées plus longues] sur la durée considérée dans les tests. Mais la question que se posent les marchés aujourd’hui est la suivante : est-ce que des pays comme la Grèce auront, d’ici à deux ans, mené à bien l’assainissement de leurs finances publiques ?

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 Si ce n’est pas le cas, la pression d’une éventuelle restructuration sera très forte. C’est la première raison pour laquelle ne pas prendre en compte les titres des banking books est une erreur. Par ailleurs, en cas de défaut d’une banque, que ce soit pendant la première période ou après, l’autorité en charge de la résolution devra solder toutes les positions en question pour rembourser les créanciers de la banque, et ce qu’elles soient dans les trading books ou dans les banking books. Cette exposition doit donc être prise en compte.

Quelle est l’importance des lacunes pointées du doigt par le Wall Street Journal ?

Elles concernent un volume moins important. Mais ces révélations sont inquiétantes pour une autre raison : si l’on en croit les déclarations rapportées dans le Wall Street Journal, ce sont les régulateurs euxmêmes, par les consignes de comptabilité qu’ils ont données, qui ont encouragé les banques à ne pas être totalement transparentes. Par exemple, la donnée prise en compte aurait été la différence entre les positions de long terme et les positions de court terme, soit des données nettes et non brutes.

C’est à l’encontre des normes IFRS (International Financial Reporting Standards) qui sont celles habituellement utilisées en EuropeOr c’est la responsabilité des gouvernements et des régulateurs de garantir la  transparence. C’est un point très important. Le manque de transparence est une très mauvaise politique car elle entraîne de mauvaises décisions d’investissement. Les investisseurs sont censés, par leurs décisions, favoriser les établissements qui ont une bonne gouvernance en les choisissant. Mais ce mécanisme ne peut fonctionner s’ils ne disposent pas des bonnes données, s’ils sont trompés par une mauvaise information.

Ces lacunes sont mises à jour alors que d’importantes négociations ont lieu sur les nouvelles normes bancaires qui seront décidées dans le cadre de Bâle III. Où en est-on sur ce plan ?

Dans Bâle III, un point important est celui du ratio de levier [qui limite les engagements des banques par rapport à leur taille de bilan]. Les Etats-Unis ont mis en place un ratio de ce type au début des années 1990. Ce sont eux qui ont introduit cette notion, et s’ils ne l’avaient pas mise en place, ils seraient dans une situation bien pire aujourd’hui. Désormais, on parle pour Bâle III d’un ratio de 3 %. Mais il ne serait introduit qu’en janvier 2018, au lieu de la date de 2012 envisagée en premier lieu.

C’est un gros assouplissement, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Si les banques sont obligées de lever du capital trop rapidement, elles vont devoir retenir le crédit, ce qui serait très mauvais pour l’économie. Ce serait d’autant plus préjudiciable qu’en Europe, les banques jouent un rôle beaucoup plus important dans le financement des entreprises qu’aux Etats-Unis. Actuellement, les banques sont réticentes à prêter aux entreprises : c’est une des raisons de la morosité de l’économie. Il est donc très important de rétablir une situation saine sur ce plan. Il ne faut pas faire de concession sur le niveau de capital exigé, sur le ratio en lui-même, mais donner plus de temps aux banques pour l’atteindre est peut-être judicieux dans le contexte actuel.

source le monde sep10

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