Agefi Suisse

Effets des programmes de relance : les dogmes keynésiens rattrapés par la réalité

Effets des programmes de relance : les dogmes keynésiens rattrapés par la réalité

Des effets d’éviction sous-estimés

L’expérience suggère que l’austérité décriée par les économistes keynésiens ne bénéficie pas qu’aux investisseurs. Mais à toute l’économie.

 PLUS/MOINS DAUSTERITE EN SUIVANT :

Ces trois dernières années, certains Etats ont dépensé plusieurs billions de dollars en mesures de relance: les effets positifs sont évidents, qu’il s’agisse d’automobiles achetées, d’enseignants gardant leur emploi ou d’infrastructures construites. Ce qui n’est pas considéré ou sous-estimé dans l’équation, ce sont les effets d’éviction moins apparents de la dépense publique. En tenant compte de cet impact négatif, l’expérience récente semble corroborer une fois encore que les programmes de relance non seulement sont peu productifs, mais ont des conséquences adverses sur la prospérité.

Aux Etats-Unis, le pays actuellement le plus crédule envers les dogmes keynésiens, l’économiste Véronique de Rugy, chercheuse à l’Université George Mason, calcule que les 682.000 emplois attribués officiellement aux programmes de relance ont coûté 282.000 dollars chacun, dont quatre cinquièmes se trouvent dans le secteur public, alors que le gouvernement prévoyait de créer 3,5 millions d’emplois, dont 90% dans le secteur privé (lequel en a en fait perdu 2,5 millions sur la même période). Véronique de Rugy observe que le multiplicateur keynésien «est une histoire sympathique, mais comme tous les contes de fée n’a pas de fondement dans la réalité». Ce qui n’empêche pas les économistes de gauche et commentateurs influents, comme Paul Krugman, de baser leurs opinions sur ce mythe, également dans le but de dissuader certains gouvernements européens de recourir à des plans d’»austérité» budgétaire.

La recherche empirique est sans équivoque: les coupes dans les dépenses publiques n’ont pas qu’un effet bénéfique pour attirer du capital en restaurant la confiance des investisseurs, mais conduisent directement à une hausse de la production. Les économistes de Goldman Sachs Ben Broadbent et Kevin Daly, en examinant 44 ajustements budgétaires majeurs à travers le monde depuis 1975, concluent qu’une baisse des dépenses publiques de 1% mène à une hausse de la croissance économique de 0,6%.

Inversement, les économistes Robert Barro et Charles Redlick, de l’Université George Mason, montrent que la dépense publique en elle-même provoque une croissance du PIB de 0,4 à 0,7 pour chaque dollar dépensé. L’Etat investit donc toujours à perte. En tenant compte du coût fiscal de la dépense publique, le tableau est encore plus sombre: l’économie se contracte à un facteur de 1,1 pour chaque dollar dépensé.

Ces résultats sont confirmés par les travaux quantifiant les effets d’éviction de l’augmentation de la dette publique sur l’épargne privée et la hausse des taux d’intérêt à long terme: les économistes Andrew Mountfold et Harold Uhlig, du National Bureau of Economic Research, calculent que dans le meilleur des cas, une hausse de la dépense publique financée par la dette mènera à court terme à une hausse du PIB inférieure au montant dépensé, alors que la hausse de la charge fiscale attendue pour le financement de la dette conduit à une contraction du PIB.

Une recherche étendue à un échantillon de pays de l’OCDE sur une période de quarante ans montre finalement qu’en moyenne, la création de 100 emplois publics élimine 150 emplois privés, réduit tendanciellement la participation au marché du travail et augmente d’environ un tiers le nombre de chômeurs: l’emploi public, déjà moins productif, exerce un effet d’éviction sur le secteur privé (qui doit en plus le financer).

La différence entre un mauvais et un bon économiste telle que définie par Frédéric Bastiat il y a plus de 150 ans gagne soudain en actualité: «L’un s’en tient à l’effet visible; l’autre tient compte et de l’effet qu’on voit et de ceux qu’il faut prévoir.» L’expérience place les Keynésiens du mauvais côté.

pierre bessard/ agefi oct10

EN COMPLEMENTS : L’austérité, chemin vers la prospérité? par Bruno Colmant

Faire des économies n’est pas vulgaire. Au contraire par Jeannette Williner

Keynes Vs. Hayek : le grand débat continue par Gerald O’Driscoll (cliquez sur le lien)

Les vertus de l’austérité pour relancer l’économie

Consensus de Washington contre Ecole Autrichienne par Roy Damary

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s