Art de la guerre monétaire et économique

Bâle III pousse le risque vers le shadow banking

Bâle III pousse le risque vers le shadow banking

 

La réforme de Bâle III ne préviendra pas la prochaine crise financière. Elle ne fera que la pousser vers les fonds privés et de couverture, mieux connus sous la dénomination de « shadow banking ».

PLUS DE SHADOW BANKING EN SUIVANT :

Shadow Banking System via: www.zerohedge.com/article/gary-gorton-shadow-banking-syst… (cliquez sur le lien)

Bâle III poussera le risque vers le « côté noir » de l’industrie, écrit le Financial Times dans un long papier intitulé « The money moves on » (L’argent se déplace). Deux ans après la déconfiture de Lehman Brothers, le journal affirme que les efforts pour consolider l’encadrement des banques ne régleront pas le problème des bulles spéculatives.

Bâle III est pourtant une réforme de grande envergure, saluée partout dans le monde comme un véritable accomplissement. Elle définit plus adéquatement la notion de capital bancaire, ce qui permettra aux banques de mieux jouer leur rôle de soutien à la croissance. Les banques pourront ainsi mieux faire face aux périodes de croissance ou de stress économiques de forte ampleur, soutiennent les experts.

Ces derniers affirment que Bâle III, qui sera implantée en 2019, insufflera plus de résilience au monde bancaire. Certains régulateurs auraient aimé aller plus loin que ce qui a été adopté, mais le lobbying provenant de Wall Street et de la City de Londres s’est démené pour ne pas que soient interdites ou restreintes toutes les opérations à haut risque des banques, qui génèrent d’énormes profits.

Bâle a accouché d’une souris par Martin Wolf

Bâle III en quelques mots

Cette réforme est surtout reconnue pour avoir calqué ce que les Américains ont récemment adopté, soit une interdiction aux banques de spéculer avec leur propre argent (pure proprietary trading) sur tout et son contraire, soit de l’or jusqu’aux obligations de la Grèce.

De plus, les activités de trading seront plus difficiles à réaliser pour les banques. Car elles seront tenues de détenir plus de capital sous la forme de collatéral.

Changer de cible

Les experts avertissent toutefois que ce genre de réforme risque de se retourner contre les autorités. Car elle incitera les financiers à déplacer leurs activités de trading vers de nouveaux marchés.

Ces marchés existent d’ailleurs déjà : les fonds de couverture, les firmes de gestion privée et de courtage, et même les compagnies énergétiques. Toutes ces firmes ne sont pas réglementées et n’ont pas à se soumettre aux règles couvrant les exigences en capital, qui encadrent les banques.

Les banquiers n’aiment pas le risque de voir glisser de profitables opérations spéculatives vers ce genre de joueurs. Mais, par-dessus tout, ils détestent en parler de peur de passer pour des obstructeurs de réformes. .

Pourtant, sous le couvert de l’anonymat, ils sont réellement inquiets. Non pas pour la perte de profits qui résulterait de ce transfert massif d’opérations spéculatives hors de leurs mains; mais pour le risque que cela pose au système financier.

« Je ne crois pas que, parce que c’est un fonds de couverture, ça ne fait rien parce que la clientèle de ce genre de fonds est essentiellement constituée de gens riches. Et que, sur cette base, le gouvernement n’interviendra pas en temps de crise », lance un banquier britannique.

De fait, la taille des fonds de couverture et les liens croissants entre les hedge funds et les caisses de retraite et grands assureurs, désespérés de diversifier leurs portefeuilles pour augmenter les rendements, cause un risque systémique. « Qui peut affirmer qu’un fonds de couverture ne cause pas un tel risque? Vous venez de transférer ce risque depuis les banques vers un environnement où vous n’avez aucune emprise », lance un autre banquier.

Un argument fort

L’argument tient la route puisque les problèmes de Lehman Brothers, Bear Stearns et des autres grandes banques furent liés, principalement, au papier commercial provenant du financement hypothécaire de mauvaise qualité pratiqué aux États-Unis, qui fut recyclé partout dans le monde au travers, justement, de joueurs très actifs dans le « shadow banking ».

La crise est venue parce que le risque fut caché dans des instruments financiers et des contrats d’échanges qui n’étaient pas adéquatement réglementés.

Il est, certes, impossible de prédire l’évolution du « shadow banking ». Mais ils sont plusieurs à soutenir que la prochaine crise (« an accident waiting to happen ») proviendra de ce secteur.

Une inquiétude que ne semble pas partager les régulateurs, trop concentrés sur l’urgence de réglementer davantage les banques, qui étaient au cœur de la dernière crise. Et, surtout, des coûteux plans de sauvetage gouvernementaux.

Du bon et du mauvais

Le rôle des fonds de couverture n’est toutefois pas démonisé par tous. Certains estiment qu’ils fragmentent adéquatement le risque. Même si certains fonds de couverture risquent gros.

Cela dit, le risque de déstabiliser la finance mondiale demeure, car les échanges les plus risqués vont glisser vers les fonds privés et de couverture, qui sont moins réglementés que les banques.

Cet encadrement léger fait en sorte que le coût de la conformité de ces firmes est moins élevé. Elles sont, en bout de ligne, plus compétitives que jamais. Les fonds privés ou de couverture deviennent, dans ces circonstances, des contreparties idéales.

Déjà, des banques ont lancé des filiales de fonds de couverture, comme Goldman Sach, PNB Paribas et Deutsche Bank. Et Goldman multiplie les échanges avec des firmes comme KKR et BlackRock.

Les experts sont également nerveux à propos des activités des grande firmes énergétiques. Celles-ci négocient désormais plus que des barils de pétrole ou des volumes de gaz. Elles se sont lancées dans la négociation de produits dérivés de gré à gré pour servir leurs clients. C’est une tendance qui mousse leur avantage concurrentiel face aux banques, du point de vue des ratios de capital.

Dans les faits, des sociétés comme BP, Cargill ou Vitol se sont transformées en « shadow bank » pour l’industrie des commodités, brisant du coup un quasi-monopole sur ces marchés qui était détenu autrefois par Morgan Stanley et Goldman Sach. Les clients de ces marchés sont des compagnies aériennes ou des grands fermiers, qui négocient des swaps sur le cours du pétrole ou de maïs.

Certains experts affirment que les dérivés permettent justement de diminuer le risque. D’autres rétorquent que de telles activités, largement déréglementées, multiplient les risques systémiques. Plusieurs rappellent la déconfiture d’Enron.

Les récentes réformes américaines ont toutefois fait en sorte que les fonds de couvertures basés aux États-Unis doivent désormais produire un certain volume d’informations sur leurs activités à la Securities and Exchange Commission (SEC). Ils ne travaillent donc plus dans le noir complet.

La Réserve Fédérale (Fed) a aussi de nouveaux pouvoirs d’exiger de l’information à des sociétés financières qui ne sont pas des banques et qui ont des actifs de plus de 50 G$US. Une mesure applaudie par les experts, qui dénoncent le retard européen en la matière.

source F&I oct10

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES   : Bâle III : les trous noirs du système financier par Geert Noels

Chambres opaques(Dark Pools) : l’ombre qui plane sur les Bourses

EN COMPLEMENT :  Des algorithmes décryptés 

Aux Etats-Unis, selon Tabb group, 60% des transactions en actions viennent du trading à haute fréquence. En Europe, cette proportion s’élève à 38%.

Leur avènement coincide avec une progression des volumes de transactions. Mais aussi avec des nouveaux problèmes pour les marchés. Le krach éclair du 6 mai en est un exemple.La Securities and Exchange Commission a d’ailleurs  décidé d’enquêter sur ces traders.

Mais que font-ils exactement?

Ces traders exécutent les ordres en moins de quelques millisecondes en fonction de paramètres définis, tels que la liquidité sur les marchés, des déviations de prix par rapport à la moyenne historique,  des corrélations entre divers secteurs,…  Bref, rien à voir avec un pari sur la valeur d’un société, d’une devise ou d’une matière première. Chaque firme garde jalousement la recette de ses algorithmes.

Il faut toutefois distinguer les traders à haute fréquence passifs et ceux agressifs. Les premiers apportent de la liquidité aux marchés en passant simplement des ordres à un cours limité. C’est pour cette raison que la politique des coûts de transactions sur les Bourses et plateformes alternatives rétribuent ce type de traders.

Les traders à haute fréquence agressifs placent des ordres au marché (sans prix d’éxécution). Leurs ordres sont donc prioritaires dans la chaîne d’exécution des transactions. Et comme ils retirent de la liquidité sur les marchés, les Bourses et plateformes alternatives leur demandent une rétribution.

Cette dernière catégorie est souvent pointée du doigt car pour eux, la vitesse est reine.Et au nom de celle-ci, tous les coups sont permis.

Un exemple?

Le gaming. Le bot va essayer de débusquer les ordres des investisseurs institutionnels (fonds de pension, assureurs, …). Pour éviter d’impacter les marchés en passant leurs ordres, ceux-ci utilisent les dark pools (qui permettent l’éxecution anonyme des ordres) ou recourrent à des stratégies comme l’iceberging: diviser un grand ordre en petites fractions, et exécuter une petite partie de celles-ci sur le « lit book » (carnet d’ordres visibles) des Bourses et MTF, et le reste sur des dark pools. Le bot repère ces types d’ordres, dans le but de passer avant ces investisseurs dans la chaîne d’exécution des ordres. Et de profiter de meilleurs prix.

Le quote stuffing. Le bot va générer une série d’ordres importantes (plus de 5000 cotations à la seconde)  qu’il va ensuite annuler. Ceci pour tromper la concurrence. Selon Eric Scott Hunsader, fondateur de Nanex, 15 à 20 actions par jour font l’objet d’un quote stuffing. Nanex pointe sur son site que 400 millisecondes avant la vente de 75.000 contrats e-mini S&P500 de Waddell & Reed, le trafic de cotations sur le NYSE et le Nasdaq a grimpé à un niveau de saturation en moins de 75 millisecondes. De quoi dédouaner  Waddell&Reed.

Il y en a d’autres.Tout ceci est en principe interdit.

Plusieurs traders que j’ai rencontrés m’ont dit qu’il fallait encadrer ces bots agressifs. « C’est devenu la jungle sur les marchés » a commenté récemment l’un d’entre eux.Mais beaucoup défendent le trading à haute fréquence, qui a permis de diminuer les spreads (écart cours achat/vente) sur les marchés et diminuer les coûts de transactions.

Dans le cas du quote stuffing, la SEC envisage d’établir une période de temps minimum (50 millisecondes) où une cotation d’ordre d’achat ou de vente doit rester valide. Ceci pourrait limiter le nombre d’annulations d’ordres.

source Jennifer Nille/Fair Trade/Echo oct10

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