Art de la guerre monétaire et économique

La fronde des investisseurs par Beat Kappeler

La fronde des investisseurs par Beat Kappeler

Le plus grand fonds d’investissement du monde, Pimco, déclare avoir vendu toutes les obligations de l’Etat américain et de ses agences. L’empire américain va-t-il sombrer, criblé de dettes? Et qui de l’Europe?

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Si l’on lisait dans un livre sur l’Empire romain qu’à partir d’un certain moment les citoyens riches de Rome avaient cessé de prêter de l’argent à l’Etat, on en conclurait que la fin était proche. D’ailleurs, c’est bien ce qui s’est produit à l’époque: les citoyens fuyaient à la campagne pour échapper aux griffes du fisc. Et voilà que cette semaine nous lisons les mêmes horreurs. Le plus grand fonds d’investissement du monde, Pimco, déclare avoir vendu toutes les obligations de l’Etat américain et de ses agences. Cela fait déjà deux mois que les responsables déclarent que l’empire américain court à sa perte, criblé de dettes et de déficits.

Ce n’est pas seulement l’Etat fédéral qui est en cause: les Etats et les municipalités sont tout aussi endettés.

source et remerciements : AUX INFOS DU NAIN  

Avec un déficit de 10% par rapport au produit intérieur brut, le budget de l’Etat fédéral n’est toujours pas approuvé, et le 18 mars [date limite à laquelle l’Etat est tenu de payer ses fonctionnaires et ses fournisseurs] on risque de fermer les prestations étatiques. Des décisions politiques détermineront alors l’allure des marchés obligataires, l’entrain des investisseurs comme Pimco d’acheter, mais ils influenceront aussi le reste de la bourse, le cours du dollar, les taux d’intérêt, l’expansion monétaire de la Banque centrale.

En Europe, la situation de l’endettement n’est pas meilleure. 

Grèce Irlande
Portugal Espagne

source et remerciements : AUX INFOS DU NAIN  

L’agence de notation Moody’s vient de baisser la crédibilité de la Grèce et de l’Espagne. Et encore, des décisions politiques imminentes détermineront l’avenir tout proche. D’une part, la Banque centrale européenne devra probablement acheter bien davantage d’obligations affaiblies des Etats en question, contre sa volonté. Les ministres de la zone euro se réuniront le 24 mars pour sauver ce qui peut être sauvé de l’euro.

D’autre part, le 17 mars, une décision politique plus importante est attendue au Bundestag: une motion qui veut interdire au gouvernement Merkel toute concession fiscale envers le reste de l’Europe. La chancelière pourrait imaginer une ou deux concessions si le sud de l’Europe prenait exemple sur les efforts de productivité et de frugalité allemandes. Or en Grèce, le mouvement des citoyens, en refusant toute concession – depuis un certain temps, ils font bloc contre les augmentations de prix, mais aussi contre toutes les redevances et les impôts – fait exactement le contraire.

Pour faire une démonstration de force, les gouvernements européens vont soumettre les banques à un nouveau «stress test». Celui de l’année passée leur épargnait de réduire la valeur des obligations d’Etats faibles dans leurs bilans. Les deux banques irlandaises qui se sont effondrées cette année en forçant à un très coûteux sauvetage avaient bel et bien passé ce test. Même cette fois, la sévérité ne sera pas beaucoup plus grande, les milieux financiers craignant que les banques puissent encore faire figurer leurs placements dans les Etats faibles à 100% et non pas au prix du marché, qui est inférieur. Les banques italiennes avaient obtenu l’été passé de pouvoir conserver cette évaluation à 100% malgré les risques évidents, par exemple pour les papiers portugais ou grecs, mais maintenant elles font le siège de la banque centrale pour pouvoir évaluer leurs réserves d’or au prix du marché, supérieur par hasard. Quel opportunisme, quel manque de solidité!

Une autre inconsistance encore des politiciens européens: après la crise financière américaine, ils ont reproché aux agences de notation d’avoir averti trop tard. Cette fois, ils leur reprochent de trop de hâter à baisser les points de la Grèce et de l’Espagne. Les politiciens veulent à présent réglementer ces agences! Un ami excessivement proeuropéen se moquait de mes positions en la matière. Mais je persiste: ce n’est pas le messager qu’on doit frapper, c’est l’auteur du crimeCar il est un observateur sournois, froid, mais objectif: c’est encore Pimco. Son chef avait déclaré il y a trois semaines de ne pas acheter des titres d’Etat de l’Europe du Sud. L’empire européen rejoint donc l’empire américain devant la fronde des investisseurs. La pente est glissante. Si les politiciens réagissent mal, la pente basculera dans l’abîme.

BEAT KAPPELER /le temps mars 2010

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