Behaviorisme et Finance Comportementale

Le cygne noir, une espèce en voie de reproduction

Black Swan : Le cygne noir, une espèce en voie de reproduction

Des attentats du 11 septembre 2001 aux révoltes arabes et à la catastrophe japonaise, les événements imprévisibles aux conséquences gigantesques ne cessent de se multiplier. On les appelle les « cygnes noirs »ou Black Swans.

PLUS DE BLACK SWANS EN SUIVANT :

Uu cygne noir est un oiseau rare. Mais ces dernières semaines, l’animal semble se déplacer en bande. Les cygnes noirs, ces événements que l’on pensait improbables, qu’aucun prévisionniste n’avait pensé à intégrer dans ses scénarios, se multiplient.  En effet, qui aurait pu penser, il y a quelques semaines à peine, que les yeux du monde entier seraient aujourd’hui rivés sur le Japon, qui tente par tous les moyens d’éviter une catastrophe nucléaire, après avoir subi le pire séisme de son histoire ?

D’ailleurs, qui aurait pu penser, dans ce contexte, que la devise japonaise atteindrait, au terme d’une flambée historique, un record face au dollar, handicapant davantage une économie frappée en plein coeur ?

Et qui aurait pu imaginer que les révoltes arabes, parties de Tunisie, aboutiraient à une crise en Libye, assez dramatique pour que les pays de l’ONU votent en faveur d’un recours à la force contre les troupes du colonel Kadhafi ?

Avec comme conséquences une flambée du pétrole consécutive aux troubles du monde arabe, une panique boursière sur fond de crise nucléaire au Japon, et globalement la crainte que ces chocs puissent entraver la reprise, déjà fragile, de nos économies.

Personne n’y aurait cru. Or, ces événements, dont la probabilité qu’ils arrivent était extrêmement faible, ont un impact considérable sur le monde. Et, dans un monde de plus en plus globalisé et interconnecté, il n’est pas étrange de constater la multiplication de ce phénomène, selon Nassim Taleb, le père de la théorie du « cygne noir » (black swan). 

Du 11 septembre…

Si l’on se repasse le film de la décénie écoulée, force est de constater que ces événements hautement improbables se sont multipliés. Exemple typique du « black swan », les attentats du 11 septembre à New York, ont ouvert la série noire des pires scénarios qui ont jalonné les années 2000. Le déclenchement de la guerre contre le terrorisme, la chute des Bourses mondiales, l’ébranlement de l’économie américaine qui sortait juste du marasme de l’explosion de la bulle technologique, fûrent autant de conséquences que les meilleurs prévisionnistes n’auraient jamais imaginées.

…à Lehman Brothers

Plus récemment, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers et la crise financière qui l’a suivie avaient échappé à la clairvoyance de la plupart des observateurs. Cette crise, née de la difficulté des ménages américains à rembourser leurs emprunts hypothécaires, a abouti au plus grave traumatisme financier mondial depuis 1929.  Avec pour conséquence un autre phénomène : la dégringolade des prix immobiliers aux Etats-Unis – parfois de près de 50 % dans certaines villes comme Miami – alors que les propriétaires étaient jusque là persuadés que l’immobilier ne cesserait jamais de monter…

Fraude et krach éclair

Toujours dans le monde de la finance, qui aurait pu prévoir, en 2008, l’escroquerie géante, évaluée à 65 milliards de dollars, imaginée par l’américain Bernard Maddoff ? Cet épisode a contribué à une remise en cause du discernement des institutions financières, des banques et des régulateurs, déjà submergés par la crise financière. Sans parler du krach éclair de Wall Street le 6 mai dernier, une séance au cours de laquelle le Dow Jones avait plongé de 1.000 points environ en quelques minutes, ébranlant la confiance des investisseurs dans les marchés.

Des cygnes naturels…

Hautement improbables, mais aux conséquences désastreuses, certains caprices de la nature peuvent également être considérés comme des cygnes noirs. C’est le cas notamment de l’entrée en éruption du volcan islandais Eyjafjöll en avril dernier. Le nuage de cendres avait paralysé le ciel européen pendant plus d’une semaine, infligeant des pertes considérables aux compagnies aériennes et touristiques. 

Sans oublier bien sûr le tsunami de Sumatra en 2004, le tremblement de terre au Pakistan en 2005, l’ouragan Katrina aux Etats-Unis la même année, le tremblement de terre en Chine en 2008, le séisme en Haiti en 2010….jusqu’au tremblement de terre au Japon. Mais cette fois-ci, outre les dizaines de milliers de victimes que la catastrophe laissera sans doute derrière elle, l’accident nucléaire qu’elle a provoqué est un autre cygne noir, événement très improbable du fait du concours de circonstances qui a du être réuni pour qu’il se déclenche.

…aux oiseaux mazoutés

Enfin, quel analyste suivant le secteur des entreprises pétrolières aurait pu imaginer que l’action du fleuron britannique BP perde la moitié de sa valeur en six mois, au premier semestre 2010 ? Aucun, parce que aucun d’entre eux n’avait prévu qu’un incendie lié à un problème technique sur la plateforme Deepwater Horizon, exploitée par BP, déclencherait une immense fuite de pétrole et provoquerait la plus grande catastrophe écologique de l’histoire des Etats-Unis dans le Golfe du Mexique. Clairement encore l’exemple d’un cygne noir, témoin du fait que, dans l’histoire récente, les scénarios les plus inconcevables semblent souvent se réaliser.

 par Isabelle Dykmans/Echo mars11

EN COMPLEMENT Pour briser les ailes des cygnes noirs

Les cygnes noirs ont le vent en poupe ces dernières années. Ce volatile issu de l’imagination de  Nassim Taleb est devenu le symbole de l’imprévisible, de la catastrophe qui peut débouler à tout moment sur les marchés telle une boule de bowling filant plein pot vers le grand strike.

Trop « volatil » le cygne?

Les subprimes, la crise de la dette souveraine, les révolutions démocratiques, les accidents naturels et nucléaires, et la prochaine catastrophe encore à découvrir rythment désormais la vie des investisseurs.

Et des gestionnaires de fonds. Tel le Britannique 36 South Capital Advisor qui après avoir dégagé un profit de 234% avec son fonds « Black Swan » en 2008 a décidé de remettre le couvert. Avec le « Black Eyrar Fund » cette fois, le « Eyrar » étant une forme de cygne plus intelligent, si j’ai bien compris.
La stratégie est la suivante : acheter des options à long terme, et à bon marché, sur des devises, des obligations, des actions et des matières premières en espérant qu’une catastrophe vienne brusquement valoriser tout cela.

Jerry Haworth, co-fondateur de 36 South estime que vu le niveau de prix des options, il est temps de relancer un fonds. Autre incitant, le VIX, l’indice de la volatilité  (aussi appelé indice de la peur) est à 19 points contre 81 points au moment de la faillite de Lehman Brothers ce qui permet de se couvrir à moindre prix.

Plus d’infos (en anglais) sur le « Black Eyrar Fund » en cliquant ici.

Stéphane Wuille /CRACK EN ACTION mars11

 http://blogs.lecho.be/lescracks/2011/03/pour-briser-les-ailes-de-cygnes-noirs.html

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L’économie comme science « complexe »

 Les sciences de de la complexité ont le vent en poupe, notamment chez les adeptes des nouvelles technologies. La question est toutefois : servent-elles à quelque chose ? En clair, peuvent-elles prédire ? Ou sont-elles condamnées à produire des analogies et des graphismes, certes impressionnants, mais dont la valeur heuristique est nulle ou presque ? 

La recherche d’applications pratiques… C’est ce Graal que les chercheurs du domaine traquent activement. On l’a vu dans un récent article où Dirck Helbing tentait de simuler le monde. 

Un autre scientifique dont le nom est revenu à plusieurs reprises ces derniers temps est celui de Yaneer Bar-Yam, président de l’Institut pour les systèmes complexes de Nouvelle-Angleterre (Necsi). Il s’efforce de comprendre comment les systèmes complexes se manifestent dans les différents domaines de la connaissance : écologie, économie, politique… Il s’attaque ainsi à la question des crises économiques, nous apprend un récent article de Wired.

 

Bar-Yam affirme ainsi avoir repéré, dans la masse de données des fluctuations des marchés, un indicateur fondamental annonciateur des kraches.Il s’agit d’un comportement des marchés qui se caractérise par une tendance croissante à l’imitation de la part des acteurs. En général, les ventes et les achats s’équilibrent : environ 50% des actions augmentent quand 50% baissent. Lorsqu’un krash approche, le « co-mouvement » s’accroît. Autrement dit, un des deux mouvements dépasse significativement la barre des 50%.

 Certes, a priori cette constatation n’a rien de novateur. Les économistes ont remarqué depuis belle lurette que les comportements massifs incontrôlables à l’origine d’une « bulle » ou au contraire d’une « panique » annoncent souvent des crises. Mais il existe des différences entre les travaux de Bar-Yam et cette vision commune. D’abord, pour ce chercheur, cette tendance s’inscrit dans le long terme, et n’intervient pas quelques jours voire quelques mois avant le « krach ». Ainsi, avant la crise de 2008, le « co-mouvement » n’a cessé d’augmenter de manière régulière pendant plus de quatre ans. Il ne s’agit donc pas d’une situation où les marchés rentrent dans une phase de panique rapide due à un réflexe collectif. Dans l’illustration ci-dessous, la courbe du haut montre le développement des « co-mouvements ». Plus le niveau est bas, plus la tendance à l’imitation est importante. On le voit, c’est un comportement qui va en s’accroissant dès 2003. 

De plus, la cause de ce comportement d’imitation n’est pas exogène, autrement dit créée par des évènements extérieurs. Le phénomène est, au contraire, endogène, intrinsèque au mouvement des marchés. Pour l’équipe de Bar-Yam, il s’agit bien d’un effet de « panique », mais d’une panique « auto-induite », qui ne dépend pas directement des évènements extérieurs ou même des « bulles » spéculatives, quoique ces éléments puissent, bien entendu, jouer un rôle d’amplificateur dans le déclenchement de la crise. Par exemple, à propos du mini-krach du 17 septembre 2001 (le premier jour de bourse après les attentats du World Trade Center) Bar-Yam et ses collègues remarquaient dans leur papier publié sur arXiv que leurs recherches tendaient « à confirmer que cet événement n’était pas seulement une réaction au 11 septembre, mais qu’il était largement dépendant de la dynamique du marché ».

Cette capacité à créer de la nouveauté sans avoir à recevoir d’information du monde extérieur semble bien une caractéristique fondamentale des systèmes complexes. Avant ce travail sur l’économie, Bar-Yam avait publié en 2009 un article sur la biologie qui aboutissait à des conclusions assez similaires. Selon lui, l’évolution des espèces était susceptible de se produire au sein d’une population de manière purement intrinsèque, par l’unique jeu des combinaisons génétiques et des mutations aléatoires. Autrement dit, pas besoin d’invoquer la nécessité pour les espèces de s’adapter à un environnement qui deviendrait l’arbitre des mutations, comme le suggère la théorie classique de la sélection naturelle. On ne peut que comparer cette nouvelle vision de l’évolution à celle des marchés évoluant spontanément vers des « catastrophes » indépendamment du monde extérieur ou presque

PRÉVOIR LES TRANSFORMATIONS

 L’article de Wired souligne que les travaux de Bar Yam appartiennent à une nouvelle branche qu’on appelle « l’éconophysique », autrement dit l’application au domaine social des comportements observés dans le monde matériel. Dans le cas des crises économiques, il s’agirait d’un processus nommé « transition de phase », comme la transformation de l’eau en glace ou, au contraire, en vapeur. Dans les transitions de phase, un processus lent, presque invisible se précipite brusquement pour changer l’état du système. On a alors l’impression que la transformation s’effectue « par surprise ». Cela dit, le terme éconophysique est peut-être récent, mais l’étude de ces phases de transition est une caractéristique connue des systèmes complexes depuis longtemps. On appelle cela la « criticalité auto-organisée » et ce concept est au coeur du domaine depuis plus de deux décennies. 

Les théories de la complexité ont largement inspiré Nassim Nicholas Taleb qui en raconte les effets dans son fameux livre Le Cygne Noir (aucune relation avec Nathalie Portman). Taleb utilise les théories de la complexité pour moquer les économistes qui évaluent les risques en termes « gaussiens », en traçant une courbe, une « moyenne » où les évènements les plus extrêmes sont également les moins probables.Au contraire, dans une vision « complexe » de l’économie ou de la société, les « catastrophes », les « cygnes noirs » (qui peuvent d’ailleurs aussi être positifs, comme le montrent les révolutions récentes dans le monde arabe) ont toutes les chances de se produire, et bien plus vite qu’on ne le pense. 

Les théories de Bar Yam ne sont donc pas révolutionnaires, mais constituent plus probablement un clou supplémentaire dans le cercueil de l’économie classique. Cette recherche présente également l’intérêt de reposer sur un calcul assez simple (enfin, assez simple pour des mathématiciens), impliquant un paramètre unique. Elle propose un moyen d’explorer et d’anticiper l’arrivée de ces « catastrophes », et pourrait donc, si elle est confirmée, avoir des conséquences pratiques. Elle permettrait, sinon de prévoir l’imprévisible, du moins de s’y préparer intelligemment…

Rémi Sussan/le monde avril11

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