Etats-Unis

Le triste syndrome californien par Michael Boskin

  Le triste syndrome californien par Michael Boskin

 

Aucun Etat d’avant-garde n’est à l’abri d’un déclin socio-économique rapide. Même lorsqu’il héberge la Silicon Valley.

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Par le passé, la Californie a souvent annoncé les nouvelles tendances nationales et mondiales (des plus merveilleuses aux plus excessives). Depuis longtemps, elle représente un berceau d’innovations en tout genre, de la technologie jusqu’aux divertissements en passant par le mode de vie. Les plus grandes entreprises technologiques du monde continuent de naître – et d’installer leurs quartiers généraux – en Californie: Apple, Intel, Cisco, Oracle, Google et Facebook, pour n’en citer que quelques unes dans le quartier où j’enseigne et habite.

Un moment, la Californie a fourni à la majorité de sa population des niveaux de vie en augmentation et une incroyable mobilité économique à la hausse. L’Etat avait les meilleures écoles et universités publiques des Etats-Unis. Ses citoyens étaient moins stratifiés socialement et économiquement que dans beaucoup d’autres Etats américains. Après la Deuxième Guerre Mondiale, les Américains émigrèrent en masse vers la Californie, considérée comme une terre d’opportunités, d’une grande beauté naturelle, et disposant de zones agricoles parmi les plus fertiles du monde.

Pourtant, quelque chose s’est radicalement détraqué par la suite, et sa compréhension permet de tirer des leçons pour tous les gouvernements nationaux et sous nationaux. L’économie de la Californie, qui auparavant était plus performante que le reste du pays, se comporte bien mal à présent. Le taux de chômage, à 12,4%, est plus élevé que dans n’importe quel autre Etat, à l’exception du Nevada.

Au cours des dernières années, la migration nette s’est inversée, lorsque des centaines de milliers de travailleurs et leurs familles ont quitté l’Etat à la recherche de meilleures opportunités d’emploi ailleurs. Les écoles publiques de Californie, depuis la maternelle jusqu’aux écoles supérieures, se trouvent dans le bas des classements établis sur base de tests standardisés. L’Etat est un épicentre de la crise immobilière.

Les dirigeants d’entreprises de la Silicon Valley expliquent qu’ils n’étendront pas leur activité en Californie à cause des taxes élevées et des lourdes régulations, qui rendent l’Etat non compétitif. Alors qu’elle représente 12% de la population des USA, la Californie compte plus de 31% des bénéficiaires de l’assistance publique. Elle détient une population carcérale nombreuse et en augmentation, alors que les dépenses annuelles pour chaque détenu sont équivalentes au salaire net d’un ménage californien de la classe moyenne.

Pendant ce temps, l’état navigue entre tragédie et farce fiscales. Le Gouverneur Jerry Brown (qui fut également Gouverneur dans les années 1970) hérite d’un déficit budgétaire de 26 milliards de dollars. Et ce, avant le déluge à venir des généreuses pensions publiques et allocations de santé.

Au cœur du problème de la Californie se trouve son système désastreux de taxation progressive, qui comprend des taux de taxation sur le revenu personnel, les ventes, les entreprises et l’essence parmi les plus élevés des Etats-Unis. Seule la taxe sur les biens immobiliers est plus basse que la moyenne américaine.

A peu près la moitié des recettes que l’Etat californien tire de la taxation des revenus provient du 1% de contribuables les plus riches. Mais la progressivité extrême du système rend le montant des recettes tellement volatile que l’état connaît sans arrêt des cycles de hausse rapide des recettes, inévitablement suivies de fortes chutes.

Les recettes sont entièrement dépensées durant la reprise, ce qui nécessite des coupes budgétaires d’urgence durant la récession. Les tentatives pour mettre sur pied un «rainy day fund» (fonds de réserves) sérieux ont gravement échoué.

L’économie politique du budget de la Californie a mené l’expérience de la taxation progressive et de sa dépense jusqu’au point de rupture; elle a menacé la capacité de l’état à financer les services de base, des prisons et parcs à l’éducation et la santé, y compris ceux destinés à ses citoyens les plus vulnérables.

Le gouvernement de la Californie satisfait rarement l’équilibre budgétaire exigé par la constitution de l’état. Il y parvient en empruntant à court terme de manière «temporaire»; puis, les emprunts qui s’accumulent sont refinancés au moyen de fonds à plus long terme. Les dépenses sont alors momentanément réduites et les taxes provisoirement augmentées, mais le déficit structurel de long terme demeure. Ce scénario est à présent répété dans de nombreuses capitales d’état et est en fait la raison principale derrière l’agitation politique actuelle concernant les budgets et les syndicats du secteur public.

Pourtant, beaucoup d’autres difficultés sont auto-infligées. La Californie présente aujourd’hui un vaste ensemble de problèmes en attente de solutions, depuis les coupures d’eau fédérale afin de protéger un poisson minuscule, qui ont décimé l’agriculture et mis des dizaines de milliers de travailleurs au chômage, jusqu’aux fortes restrictions en termes de répartition du terrain en zones rigides, qui ont encouragé l’augmentation des prix immobiliers.

Les immigrants illégaux assurent une part importante du travail pénible et non qualifié de l’économie de l’état. Etant donné le manque d’un programme raisonnable de «travailleur invité» (guest-worker), ils restent dans l’ombre et eux et leurs enfants s’entassent dans les services publics. (Dans une école de Los Angeles, un enseignant a fait état de 70 enfants allant et venant au cours de l’année dans une classe de 25 et plus d’une douzaine de langues sont parlées dans certains districts scolaires).

 L’importante règlementation environnementale et énergétique de l’état, dont une micro-gestion des émissions de carbone, a provoqué, en combinaison avec la globalisation, le départ de la plupart de l’industrie californienne et de nombreux emplois de classe moyenne.

Parmi les états américains, la Californie continue à dominer le classement en matière de technologie, agriculture et divertissement. Mais elle occupe aussi la première place (ou en est proche) en termes de déficits, taux de taxation, population carcérale et, de loin, le nombre de bénéficiaires d’aide sociale par rapport à la population. Elle se trouve par contre en bas de la liste concernant le climat d’entreprise, le caractère abordable du logement et le rating des bonds d’état (plus faible même que le territoire américain de Puerto Rico). Il s’agit d’un problème complexe, mais en son centre se trouve un état providence basé sur une taxation excessivement élevée.

Personne ne devrait mettre la Californie pour la casse; elle détient de grandes forces. Et elle peut transformer certains de ses problèmes de court terme, comme les pressions issues des diversités ethnique et linguistique (l’état est maintenant hispanique à 37% et asiatique à 13%), en avantages de long terme au sein de l’économie globalisée. Mais sa classe politique devra faire face à quelques réalités difficiles et affronter le fait que les Californiens qui ne paient pas de taxe sur le revenu (presque la moitié de la force de travail) devront payer pour les services dont ils bénéficient – et que ces services devront être mieux ciblés à l’avenir.

Une démocratie en bonne santé ne peut connaître une situation dans laquelle une moitié de la population paie des taxes et l’autre moitié récolte les bénéfices. Compter sur l’augmentation permanente des taxes pour financer les aides sociales fournies à une population démesurée de bénéficiaires est une recette pour exporter la prospérité en-dehors du territoire. C’est une tendance de la Californie que d’autres états imitent à leur péril.

Michael Boskin  Stanford, Hoover Institute. /Project Syndicate mars11

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