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La dette publique, « folie » à la Madoff? par Kenneth Rogoff

La dette publique, « folie » à la Madoff? par Kenneth Rogoff

Bernard Madoff a récemment déclaré, depuis son cachot, que « le gouvernement tout entier est une pyramide de Ponzi », étouffant sous le poids d’une dette impossible à rembourser.

Davantage de pays devraient-ils créer des organes indépendants de conseil fiscal, afin d’insuffler une plus grande objectivité dans les débats sur les budgets nationaux? Depuis sa prison, l’escroc Bernie Madoff a récemment résumé ce que beaucoup de gens pensent de la politique fiscale, en déclarant que « le gouvernement dans son ensemble est une pyramide de Ponzi ».

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Peut-être était-ce là une déclaration d’un homme prenant ses rêves pour la réalité, alors qu’il mourra en prison à la suite de l’effondrement, en 2008, de son propre système pyramidal, avec une perte record de 50 milliards de dollars. À titre personnel, je suspecte que Madoff gardera longtemps cette place non enviable dans le livre des records. Ceci dit, on peut effectivement se demander quelle est la planification fiscale, quand on constate que beaucoup des plus grands gouvernements au monde sont confrontés à la combinaison mortelle d’une dette publique insoutenable, d’obligations sans précédent concernant les pensions aux personnes âgées et d’un essouflement de la croissance.

Les chiffres qui interpellent

Dans un article récent, « A Decade of Debt » (« Une décennie de dette »), Carmen M. Reinhart et moi-même montrons que la dette globale du gouvernement des Etats-Unis, incluant la dette fédérale, celle des états et des villes, a maintenant dépassé le niveau record de 120% du PIB atteint à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le Japon, bien sûr, est dans une situation pire encore: la dette du gouvernement culmine à plus de 200 % du PIB. Même si celle-ci est partiellement couverte par des réserves de changes, le Japon est à présent confronté à des coûts massifs de reconstruction après la catastrophe ceci en sus de ses tendances démographiques baissières. De manière inconfortable, la dette de beaucoup d’autres pays riches est également proche de niveaux jamais atteints en 150 ans, malgré la paix relative régnant dans la plupart du monde.

Pas de solution facile

Pour l’instant, les taux d’intérêt mondiaux faibles limitent les coûts du service de la dette. Cependant, les niveaux de dette ne peuvent être réduits que très graduellement, et ce sur de longues périodes, alors les taux d’intérêt réels (c-à-d ajustés pour l’inflation) peuvent augmenter bien plus rapidement, même dans les pays riches. Les crises de la dette surviennent généralement alors qu’on ne s’y attend pas, affectant des pays dont les trajectoires d’endettement ne permettent simplement pas de s’adapter à des erreurs ou imprévus.

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La politique fiscale

La solution la plus immédiate, avec les effets positifs les plus directs, serait de disposer d’une politique fiscale indépendante, pour maîtriser les dépenses en s’opposant aux prévisions de croissance et de revenu fiscal développées par les gouvernements insouciants.

En principe, un organe de conseil indépendant et respecté pourrait aussi forcer les gouvernements à reconnaître les coûts cachés liés aux engagement, garanties et dettes hors bilan.

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Il est grand temps de considérer de nouvelles approches. Bien sûr, aucun changement simple n’éliminera cette forte propension aux dépenses déficitaires, qui fonde la plupart des systèmes politiques modernes. Et aucun changement simple n’empêchera le risque de futures crises de la dette ou de l’inflation. De nombreux pays ont besoin de réformes en profondeur, pour rendre leur système de taxation plus efficient et leurs projections de bénéfices y compris leurs plans de pension plus réalistes.

Organiser la vigilance

La mise en place récente d’organes de conseil fiscal est un début institutionnel encourageant.

Plusieurs pays, dont le Danemark, les Pays-Bas, les Etats-Unis et la Belgique (l’agence de la dette, NDLR) ont, depuis longtemps, des agences de vigilance fiscale, telles que le Congressional Budget Office (CBO) américain. Cependant, bien que ces plus vieilles institutions se soient révélées extrêmement utiles, elles sont typiquement victimes de contraintes.

Le CBO, par exemple, peut émettre des projections fiscales de long terme, sur base de ses propres estimations de la croissance, mais ce bureau est, dans une large mesure, forcé d’accepter telles quelles les promesses de « bonnes combines » même lorsqu’elles sont, clairement, politiquement impossibles.

Dès lors, l’efficacité potentielle de toute critique des politiques de déficit s’en trouve réduite.

Pour augmenter la crédibilité, un certain nombre de gouvernements ont prudemment commencé à envisager la création d’organes fiscaux disposant de plus d’indépendance, souvent selon le modèle des banques centrales. Parmi ces pays à l’avant-garde, on trouve la Suède, le Royaume-Uni, la Slovénie et le Canada.

Les attributions de l’organe fiscal suédois sont particulièrement larges, puisqu’il a mandat non seulement pour fournir des projections, mais aussi investiguer sur les motivations et conséquences des politiques gouvernementales. En principe, un organe fiscal indépendant aurait pu représenter une aide très précieuse durant la crise financière.

Aux Etats-Unis, une telle agence aurait pu donner son avis sur les coûts et bénéfices des plans de sauvetage, ce qui aurait sans doute aidé à mettre un terme à la paralysie du Congrès et à permettre d’obtenir des conditions moins risquées pour les contribuables.

On ne peut probablement pas espérer que ces nouvelles institutions fiscales deviennent aussi importantes ou puissantes que les banques centrales, au moins dans un avenir proche. Il existe bien plus de consensus autour de la politique monétaire que la politique fiscale. Et la politique fiscale est largement plus complexe et multidimensionnelle. Ceci dit, le principe général semble être un pas important vers une fiscalité saine.

Bien sûr, des organes fiscaux ne sont pas suffisants en eux-mêmes, quelle que soit leur qualité. Il restera toujours très tentant, pour chaque génération, de dire: « Mes petits-enfants seront deux ou trois fois plus riches que moi, quel est donc le problème s’ils doivent payer un peu de dette? » De plus, les cycles politiques et l’alternance renforcent la tendance au déficit; les décideurs cherchent à promouvoir les sentiments de santé économique et de prospérité, en augmentant les dépenses visibles, au prix de dettes cachées et d’un investissement de long terme plus faible.

L’audit international

Pour résister à ces pressions puissantes, le travail des organes fiscaux devra être audité régulièrement par des agences internationales, telles que le Fond monétaire international, de manière à protéger leur indépendance et promouvoir leur responsabilité.

Sans aucun doute, Bernie Madoff pourrait bien avoir raison et sa propre « pyramide de Ponzi » pourrait ne pas se révéler la plus importante de l’histoire.

Il importe dès lors de compter sur une plus grande transparence et sur une évaluation indépendante, plus systématique, des politiques gouvernementales, pour aider à trouver une solution à l’énigme permanente des déficits démesurés. Il s’agit certainement d’une des idées les plus innovatrices et prometteuses, récemment émises dans un paysage politique bien stérile par ailleurs.

Par Kenneth Rogoff

 Project Syndicate, 2011. Traduit de l’anglais par Timothée Demont.

2 réponses »

  1. Vendredi 15 avril 2011 :

    BONDS EUROPE/Nouveau record sur les taux grecs et portugais.

    Paris (awp/afp) – Les taux grecs et portugais dépassaient à nouveau vendredi leur plus haut historique depuis la mise en place de l’euro et les rendements longs irlandais continuaient à se tendre alors que les pressions pour restructurer les dettes de ces pays se multiplient.

    A 18H00 HEC (16H00 GMT), les taux grecs à 10 ans grimpaient à 13,712 %, contre 13,156 % la veille à la clôture.

    Les taux portugais à 10 ans montaient pour leur part à 8,868 %, contre 8,767 % la veille.

    “De plus en plus de personnes très écoutées par les marchés évoquent une restructuration de la dette pour plusieurs pays de la zone euro”, a commenté Patrick Jacq, stratégiste obligataire chez BNP Paribas.

    Ainsi, pour Mohamed El-arian, PDG de Pacific Investment Management Company (PIMCO), le plus gros fonds de gestion obligataire au monde, une restructuration des dettes grecque, portugaise et irlandaise est inévitable, alors que l’Espagne devrait être épargnée, selon un entretien accordé jeudi soir à la chaîne américaine CNBC.

    http://www.romandie.com/infos/news/201104151900190AWPCH.asp

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,997 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Irlande : taux des obligations à 10 ans : 9,709 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Le plus hallucinant, c’est la Grèce :

    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 18,504 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 5 ans : 15,696 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB5YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 13,826 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

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  2. A propos de l’Etat portugais :

    – Emprunt à 3 mois :

    Mercredi 20 avril 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 3 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 4,046 %.

    Les taux sont en hausse : c’était 3,403 % lors de la précédente émission.

    – Emprunt à 6 mois :

    Mercredi 20 avril 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 6 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 5,529 %.

    Les taux sont en hausse : c’était 5,117 % lors de la précédente émission.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=ab038073bca922aece3e74e1cea491c7

    Portugal : taux des obligations à 2 ans : 10,304 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT2YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 3 ans : 10,664 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT3YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 5 ans : 10,911 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT5YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 9,193 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

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