Agefi Suisse

L’inflation US « falsifiée »et minorée : Une ruse bien banale par Andreas Höfert

Une ruse bien banale par Andreas Höfert

De l’interprétation à bon ou mauvais escient des statistiques. Et de celles de l’inflation en particulier.

«Il existe trois types de mensonges: les mensonges, les mensonges éhontés et les statistiques.» Ce bon mot resté célèbre, que l’écrivain américain Mark Twain attribuait au Premier ministre britannique Benjamin Disraeli, est une nouvelle fois illustré par le débat actuel sur l’inflation et son calcul aux Etats-Unis.

PLUS DE HOFERT EN SUIVANT :

source Wall Street Journal

Au mois de mai, le taux d’inflation US mesuré par l’indice des prix à la consommation (IPC) s’élevait à pas moins de 3,6%, son record depuis octobre 2008. Plus inquiétant encore, ce taux a quasiment triplé au cours des six derniers mois. Malgré tout, la Réserve fédérale garde son sang froid et relativise ce chiffre, concentrant toute son attention sur l’indice d’inflation sous-jacente qui exclut les composantes volatiles telles que le prix du pétrole et des denrées alimentaires.

De plus, une nouvelle polémique concernant l’inflation a surgi.

Selon l’agence de presse Dow Jones le 22 juin dernier, la modification du mode de calcul de l’IPC ferait partie des pourparlers entre républicains et démocrates au sujet du plafonnement la dette des Etats-Unis : « Le législateur envisage de changer le mode de calcul de l’IPC, une réforme qui pourrait faire économiser jusqu’à 220 milliards de dollars et constituer un progrès significatif dans les pourparlers actuels sur la réduction du déficit et le relèvement du plafond de la dette fédérale. «

Bien que les deux camps soient engagés dans un bras de fer quant aux moyens de réduire l’énorme déficit – les républicains insistant sur la réduction de la dépense publique et excluant d’augmenter les impôts, les démocrates souhaitant augmenter la pression fiscale et maintenir le niveau de dépense publique actuel -, la proposition de réforme de l’IPC pourrait faire l’objet d’un consensus. Pourquoi cela?

L’opinion publique étant généralement réfractaire à l’inflation, les gouvernements ont tendance à publier des statistiques d’inflation aussi basses que possible.

Chaque révision de la définition officielle de l’inflation, mesurée par l’IPC aux Etats-Unis (mais aussi dans d’autres pays) dans les cinquante dernières années, s’est traduite par des taux plus faibles et, par symétrie, par des taux de croissance réelle de l’économie plus élevés: comme si à chaque poussée de fièvre on changeait de thermomètre.

C’est dans les années 1970, sous Richard Nixon, qu’est née la notion d’inflation sous-jacente, alors que les prix de l’énergie et des denrées alimentaires commençaient à flamber. Puis, au début des années 1990, divers débats ont conduit à une révision en profondeur de l’IPC aux Etats-Unis.

Le principal ajustement a consisté à remplacer les pondérations fixes par des pondérations variables des biens et des services dans le panier représentatif des ménages servant à mesurer l’inflation. Cette réforme visait à tenir compte des changements de goûts et d’habitudes (les lecteurs de CD remplaçant les enregistreurs de cassettes, par exemple). Le progrès technologique constituait une autre raison. L’iPad 2 en est un exemple actuel notable. Cette tablette est deux fois plus rapide et deux fois moins épaisse que l’iPad 1 et ne coûte pourtant que le même prix. Il s’agit donc d’une «déflation technique» de ce produit particulier. L’IPC aux Etats-Unis fait l’objet d’une révision des pondérations tous les deux ans pour tenir compte de ces paramètres.

Un autre objet du débat sur l’IPC est la possibilité d’inclure les substitutions dues aux prix dans le mécanisme de pondération. Si le prix des pommes de terre augmente, les consommateurs ont tendance à manger davantage de riz. Par conséquent, le poids du riz dans le panier des ménages devrait augmenter, tandis que celui des pommes de terre devrait diminuer. Jusqu’ici, ce raisonnement n’avait pas été explicité dans le calcul de l’IPC américain. Toutefois, il est implicitement pris en compte à l’aide de moyennes géométriques et non arithmétiques de calcul de l’IPC. Cet ajustement technique minimise l’importance des fortes hausses de prix et amplifie les baisses de prix.

La réforme actuellement en discussion vise à rendre ces effets de substitution encore plus explicites. Si elle fait l’objet d’un accord, l’inflation officielle aux Etats-Unis sera donc à nouveau réduite, ce qui permettra au gouvernement de réduire les déficits et la dette.

Les dépenses publiques diminueront car de nombreuses allocations sont indexées sur le taux d’inflation officiel. Les recettes augmenteront car l’inflation n’est rien d’autre qu’une redistribution de la richesse des créanciers vers les débiteurs; autrement dit, une taxe sur l’épargne. Minimiser l’inflation réelle avec ce type de subterfuge contribue à en amplifier le phénomène tout en atténuant certains problèmes d’endettement auquel l’administration américaine est confrontée.

Dans un tel contexte, le vieil adage allemand selon lequel «il ne faut jamais se fier à une statistique à moins de l’avoir falsifiée soi-même» est bien le meilleur conseil que l’on puisse donner.

Andreas Höfert Chef économiste UBS juil11

2 réponses »

  1. Churchill aurait dit « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ».
    A contrario, les allemands ont capitalisé sur Weimar et se concentrent désormais sur la création de vraie richesse, durable: ils sont libérés de cette nécessité de bricoler les statistiques à longueur de temps 😉

  2. Il faut à tout prix cacher à la population ce que signifie réellement la mondialisation pour l’occident en terme d’appauvrissement… Cachez moi cette inflation importée et ce peak everything que je ne saurais voir…

Laisser un commentaire