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Deux visions de la dette par Andreas Höfert

Deux visions de la dette par Andreas Höfert

L’autre côté de l’Atlantique est toujours le plus vilain. De quel côté que l’on soit.

Pour paraphraser un de mes chers collègues américain, le rapport sur le marché de travail aux Etats-Unis pour le mois de juin, publié vendredi il y a deux semaines, «ne laisse pas entrevoir la moindre éclaircie». Les créations nettes d’emplois ont plafonné à 18.000 unités et le taux de chômage a augmenté pour le troisième mois d’affilée. Mêmes les économistes les plus optimistes ont commencé à revoir à la baisse leurs prévisions pour la croissance américaine. Cela dit, il n’a pas fallu plus d’un jour pour que les participants au marché changent à nouveau leur attention en se focalisant sur la crise de la dette souveraine en Europe, avec cette fois l’Italie en point de mire.

Tout le premier semestre 2011 a été du même acabit: les marchés ont navigué avec fébrilité d’un risque potentiel l’autre, passant de la crise de la dette souveraine en Europe aux problèmes de dette et de croissance américains. A tel point que vu de l’extérieur, une rivalité a semblé s’installer entre le vieux et le nouveau continent. De chaque côté de l’Atlantique, on rivalise de sarcasmes quant à l’état de santé de l’autre rive. Ainsi, de nombreux Américains sont atterrés par le niveau énorme de la dette dans les pays de la périphérie de l’Europe. Ils raillent le manque de courage politique des dirigeants européens, qui tardent à prendre les problèmes à bras le corps.

Les Européens réfutent ces attaques en affirmant que les Etats-Unis occultent la gravité de leurs propres problèmes en maquillant leurs statistiques de dette publique. En outre, les élus américains jouent avec le feu dans le débat actuel sur le relèvement du plafond de la dette. Certains d’entre eux, dans le camp républicain, envisagent même un défaut technique et temporaire des Etats-Unis comme moyen de pression. Enfin, les dirigeants européens s’en prennent violemment aux agences de notation anglo-saxonnes, qu’ils accusent d’exacerber leur crise de la dette souveraine.

En tant que Suisse, neutre et impartial comme il se doit, je constate tout d’abord que le fardeau de la dette publique est aussi lourd d’un côté de l’Atlantique que de l’autre.

Les approches pour atténuer les problèmes de dette sont toutefois très différentes.

  Il existe, en gros, quatre moyens de réduire un ratio dette/produit intérieur brut: l’austérité (plus de recettes et moins de dépenses pour l’Etat), l’inflation, une croissance économique plus forte et un défaut de paiement.

Jusqu’ici, l’Europe a joué la carte de l’austérité et, dans le cas de la Grèce, elle jouera sans doute plus tard celle du défaut de paiement. A l’opposé, les Etats-Unis parient sur une hypothétique reprise économique et monétisent une partie de la dette, ce qui revient à jouer la carte de l’inflation.

Pour les investisseurs, ces approches pour soulager les problèmes de dette publique reviennent à choisir entre une longue érosion de la valeur réelle d’un placement par l’inflation – dans le cas des Etats-Unis – et une perte rapide consécutive à un défaut de paiement – dans  le cas de la périphérie de l’Europe. Mais, dans les deux variantes, la dette souveraine perd actuellement son statut de valeur refuge. En fin de compte, il ne me reste plus qu’à répéter le leitmotiv bien connu: il convient d’éviter les emprunts d’Etat à long terme.

Andreas Höfert Chef économiste UBS juil11

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