Art de la guerre monétaire et économique

L’économie chinoise, un modèle plus fragile qu’il n’y paraît

L’économie chinoise, un modèle plus fragile qu’il n’y paraît

 

Face à la crise de la dette aux États-Unis et en Europe, l’économie chinoise paraît en position de force mais son modèle de croissance repose trop sur l’investissement et sa dépendance au crédit ne cesse de s’accroître, estiment les experts.Avec 9,5% de croissance au deuxième trimestre et des réserves de change qui frôlent 3200 milliards de dollars, la Chine, qui a ravi l’an dernier au Japon la place de deuxième économie mondiale, paraît avoir réussi à s’extraire rapidement des difficultés engendrées par la crise financière de 2008.

chine: les réserves de change à 3197,5 milliards

Les réserves de change de la Chine, les plus importantes au monde, ont atteint 3197,5 milliards de dollars fin juin, en augmentation de 30,3% sur un an, a rapporté la banque centrale chinoise sur son site internet. L’accumulation colossale de ses réserves de changes par Pékin reflète le déséquilibre des échanges extérieurs du pays. La Chine maintient administrativement son taux de change à un niveau très bas, ce qui favorise ses exportateurs, tandis que l’afflux de capitaux dans le pays gonfle la masse monétaire et crée de l’inflation.La hausse des prix en Chine a atteint 6,4% en juin, son plus haut niveau en trois ans.

PLUS DE CHINAMERICA EN SUIVANT :

 

«Clairement la Chine représente une part plus importante de l’économie mondiale et son taux de croissance est supérieur à celui du monde développé, ce qui veut dire qu’elle se renforce, mais cette force est trompeuse», a déclaré à l’AFP Fraser Howie, co-auteur d’un livre sur le système financier chinois intitulé Le capitalisme rouge (John Wiley and Sons Ltd, 2011).

Pour contrebalancer les pertes d’emplois massives dans les industries exportatrices fin 2008 et en 2009, Pékin avait ouvert en grand les vannes du crédit pour financer la construction d’autoroutes, de lignes de train à grande vitesse ou des programmes immobiliers et relancer ainsi la demande intérieure.

«Les projets d’infrastructures ont clairement été considérés par les banques comme étant sans risques parce que garantis par le gouvernement», estime Patrick Chovanec, professeur à l’école d’économie et de gestion de l’Université Tsinghua de Pékin. Ce genre de mesures de relance «crée de la croissance mais aussi des problèmes à l’avenir en termes de mauvaises créances», souligne cet économiste.

Les dettes accumulées par les «plates-formes de financement» des collectivités locales se montent officiellement à 10 700 milliards de yuans (1568 milliards CAN), mais une grande partie des prêts est distribuée hors du circuit bancaire.

Selon l’agence Fitch, le montant total des nouveaux prêts atteindra cette année 18 000 milliards de yuans, dont seulement 8000 milliards distribués par les banques.

Selon M. Chovanec, la dépendance au crédit de la Chine «est devenue un nouveau modèle de croissance, mais qui n’est pas durable».

Dans le cadre du 12e plan quinquennal qui court de 2011 à 2015, le gouvernement veut rééquilibrer la croissance en accordant une part plus importante aux dépenses des ménages.

Mais trimestre après trimestre, les indicateurs économiques continuent à mettre en évidence une croissance plus rapide de l’investissement et des exportations que de la consommation.

«Le modèle de croissance de la Chine est devenu si déséquilibré qu’il sera extrêmement difficile pour elle d’en changer», estime Michael Pettis, professeur à l’université de Pékin.

«Ce sera très difficile pour la Chine de croître sans maintenir l’investissement à des niveaux élevés, et le corollaire sera une croissance insoutenable à long terme de la dette», selon lui.

Le gouvernement ne manque pas de puissants leviers pour orienter le développement économique. Il contrôle et finance la majorité des grandes entreprises du pays, et fixe le cours de la monnaie par rapport au dollar.

Dans ce système, les entreprises d’État ont un meilleur accès au crédit. Pour beaucoup d’économistes, il s’agit d’une mauvaise allocation de ressources, car le secteur privé, plus compétitif, est aussi la principale source de création d’emplois du pays.

Chine : Le programme de logements sociaux va être un sujet très important sur la deuxième partie de l’année. Le gouvernement prévoit la construction de 10 millions d’appartements pour un coût de 230 milliards de dollars américain. La question posée concerne le financement de ce programme très ambitieux qui devrait permettre à de nombreux travailleurs chinois, vivant actuellement dans les dortoirs des entreprises qui les emploient, d’accéder à la location privée puis à terme à la propriété. Les retombées économiques pourraient être significatives.

«Les entreprises d’État sont beaucoup plus puissantes que par le passé», estime Richard McGregor, auteur de Le parti, le monde secret des dirigeants communistes chinois (HarperCollins, 2010). Mais si «l’État est devenu momentanément plus fort», il n’est «pas certain que cela soit un phénomène durable», selon lui.

Confrontée à une nouvelle crise dans le monde développé, la Chine pourrait-elle appliquer aujourd’hui la même recette qu’en 2008 ? Selon M. Howie, «la Chine peut doper son activité intérieure à court terme» par des projets peu rentables mais «au bout du compte, cela constituera un gaspillage de ressources et le modèle finira par échouer».

moody’s: avertissements à 61 entreprises chinoises

L’agence de notation Moody’s a décerné des avertissements à 61 entreprises chinoises, pointant des faiblesses dans leur gouvernance ou leur comptabilité et provoquant ainsi la chute de certaines en Bourse, dans un rapport . Ce rapport pointe par des «drapeaux rouges» décernés aux entreprises les éléments de leur gestion présentant des risques pour les investisseurs potentiels en matière de trésorerie, de comptabilité ou de gouvernance. Il intervient au moment où les autorités chinoises et américaines se sont réunies à Pékin pour discuter de la mise en place d’inspections communes des sociétés d’audit basées en Chine et chargées d’examiner les entreprises cotées aux Etats-Unis, les marchés étrangers émettant des doutes sur les normes comptables chinoises.

Après la Grèce et les États-Unis, la Chine?

L’inflation s’élève maintenant à 6,5% en Chine alors que sa croissance se situait à 9,5% durant le deuxième trimestre, soit le plus bas taux croissance enregistré depuis deux ans. La Chine sera-t-elle la prochaine économie à chanceler?

« Auparavant, personne ne posait de question sur les perspectives de croissance de la Chine,  explique Patrick Chovanec. Maintenant, le sentiment a changé. »

Un « crash » de l’économie chinoise arriverait si, selon les analystes, la croissance chutait jusqu’en bas de 7%. Un tel ralentissement serait vraisemblablement imputable à l’inflation ou à un revers sur le marché de l’immobilier chinois. Or, le parti communiste chinois est loin d’aimer voir l’inflation monter trop haut. Rappelons-le, c’est une inflation galopante, à près de 20%, qui avait amené les manifestants à occuper la place Tian an Men en 1989.

« Si l’inflation augmentait en haut de 10% durant une longue période, ils nous feraient un Volker, c’est-à-dire qu’ils hausseraient dramatiquement leurs taux pour empêcher l’inflation de continuer de monter », écrit Bloomberg Businessweek en rappelant que cette stratégie comporte des risques importants. Une montée trop rapide des taux risquerait en effet de plonger le pays dans une récession.

De plus, sur le marché de l’immobilier, la quantité d’appartements invendus est passée de zéro l’été dernier à une réserve pour près de trois mois de ventes durant les derniers mois. Si la situation se poursuit et que les prix se mettent à baisser, non seulement les Chinois propriétaires perdront une partie de leurs économies, mais les gouvernements locaux ne pourront plus payer les prêts qu’ils ont contractés pour payer des projets résidentiels et commerciaux.

Puisque la Chine consomme près de la moitié de la production mondiale de fer, de charbon et de fer, ainsi que 40% du cuivre produit, la chute de la consommation aurait des conséquences importantes sur des entreprises comme Samsung, Toyota et Volkswagen. À titre d’exemple, Samsung a tiré 20% de ses revenus de 2010 de ventes réalisées en Chine.

L’Iran et la Chine ont signé samedi en 8 une série d’accords pour des projets d’infrastructures, d’un montant total de 4 milliards de dollars, dans les domaines de l’énergie, de l’eau, de l’industrie, des mines et de l’environnement, ont rapporté les médias iraniens.

La Chine doit notamment vendre à l’Iran une soixantaine d’incinérateurs avec récupération d’énergie, d’une valeur de 500 millions de dollars, qui seront installés d’ici un an dans les grandes villes du pays et le long de la région touristique de la mer Caspienne.

Pékin doit de son côté augmenter ses importations de minerais iraniens, selon la télévision d’Etat.

Selon l’agence officielle Irna, le montant total de ces accords est de 4 milliards de dollars.

«La Chine est désormais le premier partenaire économique de l’Iran (avec) un volume d’échanges de 30 milliards de dollars l’année dernière», a déclaré le vice-président iranien Mohammad Javad Mohammadi-Zadeh à la télévision d’Etat.

Ces accords ont été signés lors de la visite d’une délégation chinoise conduite par M. He Guoqiang, haut responsable du parti communiste chinois.

«Le principal objectif est de porter rapidement nos échanges économiques et commerciaux à 100 milliards de dollars», a affirmé le président Mahmoud Ahmadinejad en recevant cette délégation, selon le site de la présidence.

«La Chine, dans une perspective stratégique, veut renforcer sa coopération avec l’Iran car c’est dans l’intérêt des deux nations et des pays de la région», a pour sa part déclaré He Guoqiang, selon la même source.

Selon l’ambassadeur de Chine à Téhéran cité par Irna, «les échanges bilatéraux vont atteindre plus de 40 milliards de dollars cette année» (2011).

La Chine a fortement renforcé sa présence économique et commerciale en Iran au cours des dernières années, notamment dans le secteur pétrolier et gazier, profitant de l’embargo occidental qui a obligé de nombreux partenaires européens de l’Iran à se retirer.

Pékin, qui achète désormais près de 20% du brut iranien, critique les sanctions occidentales contre l’Iran et s’oppose à un renforcement des sanctions de l’ONU frappant Téhéran à cause de son programme nucléaire controversé

De plus, si le gouvernement chinois devait recapitaliser ses banques, les coupures à faire ailleurs dans son budget amèneraient vraisemblablement une baisse des achats de bons du Trésor américain, rappelle Bloomberg Businessweek : « Les États-Unis devraient offrir des meilleurs taux sur leurs obligations afin d’attirer plus d’acheteurs, ce qui pourrait augmenter le coût du service de la dette américaine. »

La progression constante du fonds souverain

China Investment Corp. La stratégie est de plus en plus axée sur les pays à forte croissance .

Le fonds souverain chinois China Investment Corp. (CIC) a annoncé avoir réalisé un retour sur investissements de 11,7% en 2010, comme en 2009, avec une focalisation accrue sur les pays émergents.

Fin 2010, le CIC gérait 409,58 milliards de dollars d’actifs, soit plus du double qu’en 2007, quand il avait été mis en place. Fin 2009 le CIC disposait de 332,39 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

CIC a précisé avoir investi près de la moitié de son portefeuille en actions, pour 27% d’obligations ou de bons du Trésor, 21% d’investissements dits alternatifs et 4% détenus en liquide.

«L’activité de CIC a été plus équilibrée en 2010, que ce soit en terme géographique ou en terme de secteurs», a précisé le directeur exécutif du fonds souverain chinois, Lou Jiwei, soulignant qu’«une part accrue des investissements a été effectuée sur les marchés émergents», en Asie, Afrique et Amérique latine.

Le CIC avait été créé en 2007 pour investir une partie des gigantesques réserves chinoises en devises étrangères, les plus importantes au monde, estimées à 3.197,5 milliards de dollars fin juin.

Selon M. Lou, le CIC est «prudemment optimiste» pour 2011 et «poursuivra ses investissements à l’étranger avec prudence».

source Bloomberg Businessweek/Agence France-Presse Pékin juil11

3 réponses »

  1. Le modèle chinois est loin d’être parfait, mais il convient de le comparer aux modèles occidentaux, qui eux foncent dans le mur a grande vitesse

    J'aime

  2. ce n’est pas l’analyse que je fais.ils partent plus tard mais semblent foncer dans le même sillon que les occidentaux
    S’ils réussissaient ça signifierait qu’il faut jeter aux orties les théories économiques considérant que l’on peut financer à une très large échelle des projets non rentables publics par le crédit.

    J'aime

  3. Non, le modèle chinois n’est pas parfait, il est opportuniste. Il dépend beaucoup trop de l’extèrieur et suivra l’économie américaine dans le trou si celle-ci s’effondre. En l’absence d’un ajustement automatique des balances des paiement, le Yuan ne s’apprécie pas malgrè ses excédents commerciaux gigantesques. Il accumule des créances douteuses en $ qui disparaitront quand les USA tomberont.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s