Agefi Suisse

Delta one en piquée et droit dans le mur : Un courtier londonien déstabilise UBS

Delta one en piquée et droit dans le mur : Un courtier londonien déstabilise UBS

Un courtier londonien déstabilise UBS et la banque annonce une perte de 2 milliards de dollars La banque a annoncé une perte de 2 milliards de dollars. Elle accuse un de ses employés d’avoir mené des transactions illicites. Le monde de la finance ne s’explique pas ce dérapage et s’interroge sur la fiabilité des systèmes de contrôle des risques de la banque

Les cadres de la Société Générale avaient eu un week-end pour se préparer après la découverte des positions à hauts risques accumulées par un jeune courtier de 31 ans, Jérôme Kerviel, le vendredi 18 janvier 2008. UBS n’a pas eu cette chance. Ce n’est que mercredi que la grande banque suisse aurait pris connaissance de l’ampleur des paris d’un de ses courtiers londoniens. L’action UBS a perdu 10% sur la seule journée d’hier.

K. A., 31 ans, identifié dans la matinée par le Financial Times, a été arrêté par la police à son domicile au centre de Londres jeudi à 3h30 du matin. A 8h57, trois minutes avant l’ouverture de la bourse suisse et alors que le Conseil national commençait l’examen du projet de loi «too big to fail», UBS se fendait d’un communiqué de quatre lignes, annonçant que les «opérations non autorisées» de l’un de ses traders avaient causé une perte de 2 milliards de dollars (1,75 milliard de francs suisses) dans sa banque d’affaires.

L’établissement a aussitôt prévenu que cette «fraude» n’avait pas affecté de positions de clients, mais pourrait conduire à une perte sur le troisième trimestre. Les analystes s’attendaient jusqu’ici à un résultat d’un peu plus d’un milliard de francs sur la période, déjà jugée «très faible».

Selon nos informations, le courtier travaillait sur les ETF, des fonds indiciels dont le Conseil de la stabilité financière a déclaré en avril redouter leur complexité. La perte de trading, qui représente 4% des fonds propres de la banque, efface presque entièrement l’économie de 2 milliards de francs attendue par la suppression de 3500 postes annoncée le 23 août dernier.

Dans un entretien accordé à la Welt am Sonntag en octobre 2010, le patron d’UBS, Oswald Grübel, appelait sa banque d’affaires à prendre davantage de risques à l’avenir, seule manière, soulignait-il, de générer à nouveau des bénéfices élevés et de faire jeu égal avec la concurrence.

Kweku Adoboli, le trader de 31 ans d’UBS qui vient d’être arrêté pour avoir causé une perte de 2 milliards de dollars à la banque, vient d’un segment curieux de sa salle de marché: le Delta One desk.

Chaque institution financière en dispose d’un. Themis Trading parle du secret le mieux gardé de Wall Street, mais là, je ne partage pas son avis.

Ce desk particulier traite des produits dérivés sur les actions comme les swaps sur actions, les futures et les options et les ETF, avec la caractéristique de s’appuyer sur la recherche quantitative. En d’autres termes, il utilise beaucoup de mathématiques et de modèles de corrélation, en bref, des algorithmes, pour négocier ce type de produits.

Par exemple, si un hedge funds client d’une banque X veut une exposition aux compagnies minières à l’exception d’Anglo Gold et Barrick Gold, cette banque via le desk Delta one, va lui proposer un swap customisé. Les produits Delta One permettent une exposition à un panier de titres.

Une autre caractéristique de ces produits repose sur les ajustements que les traders doivent effectuer pour assurer que le produit suive correctement la performance du sous-jacent. On appelle ça le delta hedge.

Comme le souligne de nombreux médias, cette division des salles de marché des banques est devenue rentable, et les traders et quants qui y sont rattachés sont très recherchés. Elle n’est pas si secrète que ça, puisque lorsqu’on visite les salles de trading des banques, elle est souvent mise en évidence de par sa taille dans celles-ci.

Elle a pris le relais du trading en actions des salles de marché, devenus beaucoup moins rentables au fil des années, du fait des changements de régulation, de la fragmentation des marchés d’actions, et de la concurrence exacerbée des firmes de trading à haute fréquence comme Getco et Citadel Investments.

Pour en revenir à Kweku Adoboli, il semble que son delta hedge ait mal tourné et qu’il ait essayé de rattraper son coup en jouant une position inverse. Certains participants de marché soulignent qu’il a mal couvert son exposition au franc suisse.

En 2008, Jerôme Kerviel avait aussi connu un delta hedge qui a mal tourné. Et la Société Générale en avait fait les frais.

(source FAIR TRADE)

 PLUS DE DELTA ONE EN SUIVANT :

K. A. travaillait depuis septembre 2003 dans la banque d’investissement d’UBS et depuis septembre 2006 au desk «Delta One», spécialisé sur les produits dérivés et les fonds indiciels cotés (ETF). C’est au sein d’une division de ce type que Jérôme Kerviel avait accumulé des positions risquées dont le débouclage opéré en toute urgence avait causé des pertes de 4,9 milliards d’euros à la Société Générale. Jeudi UBS refusait d’indiquer si les positions prises par son courtier avaient été entièrement liquidées, laissant entendre que l’opération était toujours en cours.

«La somme perdue est incroyable», s’étonne auprès du Temps un ancien responsable d’UBS actif dix ans dans le trading de dérivés sur indice à Londres. Son bureau était à quelques mètres du desk londonien «Delta One». «A ma connaissance, personne n’a l’autorisation de prendre des risques pareils chez UBS. Donc, soit les positions et le risque étaient cachés ou sous-évalués, ce qui m’étonnerait, soit c’est une fraude ou une énorme négligence, amplifiée par des marchés baissiers.» Il ajoute: «Personne n’est encouragé à prendre des risques d’une telle ampleur.»

Selon la Neue Zürcher Zeitung, UBS aurait souligné «l’énergie criminelle» de cet employé d’origine ghanéenne, dont le nom est devenu hier l’un des plus mentionnés sur Twitter. Dans le cas de la Société Générale, Jérôme Kerviel avait été jugé seul responsable et avait écopé de 5 ans de prison, dont 3 ferme, en octobre 2010.

Malgré la restructuration annoncée fin août, UBS affichait ses ambitions à Londres. Son siège, situé à la sortie de la City, a reçu en juin l’autorisation d’être détruit, pour être remplacé par l’un des plus grands bâtiments du quartier financier, avec 70 000 mètres carrés de bureaux, dont quatre trading floors pouvant recevoir 750 courtiers. Le secteur «Delta One» était d’ailleurs un des rares à continuer d’embaucher, comme l’observait le magazine britannique eFinancialCareers le 2 septembre. «Le Delta One est devenu une des principales sources de revenus pour les banques d’affaires», y relevait un spécialiste.

«UBS n’avait pas besoin d’une nouvelle «kervielite» alors que la confiance du marché commençait à revenir dans la banque, réagit Loïc Bhend, analyste à la banque Bordier. Le seul «point positif», selon lui, est que cet accident «plaide désormais nettement pour un désinvestissement de la banque d’affaires au profit de la gestion de fortune».

«Il est stupéfiant que ce soit encore possible, s’étonne un analyste de la Banque cantonale de Zurich cité par Reuters: ils ont visiblement un problème avec la gestion du risque. Même si le montant n’est pas si élevé, il en résultera une fois de plus une perte de confiance.» Sur fond de réactions politiques outrées , les milieux financiers soulignent l’effet «catastrophique» en termes d’image pour la banque d’affaires, portée à bout de bras par Oswald Grübel.

Celui-ci avait nommé Carsten Kengeter à la tête de cette division en 2009, avec comme objectif de revenir d’ici à 2014 aux niveaux de profits d’avant la crise. La banque d’affaires avait enregistré son premier profit de 2,17 milliards de francs en 2010, après avoir accumulé des pertes de 57,1 milliards les trois années précédentes. En février dernier, Oswald Grübel avait estimé que cette performance n’était «pas encore satisfaisante», et avait menacé de réduire des coûts si les profits n’augmentaient pas.

Opposé à l’idée de nouvelles exigences de fonds propres pour les banques trop grandes pour faire faillite, Oswald Grübel avait par ailleurs fait planer la menace d’une délocalisation: «Si la Suisse ne soutient plus les grandes banques, les Anglais et les Américains auront raison de dire: nous avons besoin de votre capital», déclarait-il en mars dernier.

Absence totale» de changement de culture au sein des banques

 Les experts de la finance soulignent le peu de leçons tirées par les banques, trois ans après la crise mais aussi après l’affaire Kerviel Trois ans après la crise, les leçons n’ont pas été tirées, notent les experts

«Il est fort possible que – comme Kerviel – cet employé ait été implicitement incité à prendre des risques, qui au final seront assumés soit par les actionnaires soit par le contribuable; ceci reflète une absence de changement de la culture régnant au sein des banques d’affaires», réagit ainsi Marc Chesney, professeur de finance à l’Université de Zurich.

 Le changement doit venir de la pression des actionnaires

 «Ceci montre aussi que faire confiance aux banques d’affaires pour se réguler elles-mêmes ne fonctionne pas», ajoute cet expert. Selon lui, la question cruciale n’est désormais plus seulement celle du rôle des autorités. «C’est bien celui des actionnaires de ces banques, qui se devraient d’intervenir», martèle Marc Chesney.

 Aux yeux de Xavier Kemlin, actionnaire de la Société Générale qui s’était porté partie civile lors du procès Kerviel, «de tels traders franchissant la ligne blanche sont des purs produits du système». Cela en raison de «questions de bonus, de reconnaissance des supérieurs». Mais, également, «parce qu’il y a une telle pression poussant à faire du chiffre, à amener des deals», reconnaît celui qui s’était plongé au cœur de la procédure judiciaire.

 En l’absence de détails, c’était cependant la stupéfaction qui prévalait hier encore. Ne tenant pas à spéculer sur les causes de telles pertes, Olivier Scaillet, professeur de finance et de statistique à l’Université de Genève, ne peut que s’étonner «que, compte tenu des moyens modernes de contrôle des risques – outils statistiques et informatiques de suivi en continu des risques et de validation des trades– ce type de pertes soit encore possible».

 Des «traders» mal formés

 Au-delà des détails techniques, la question de la formation des courtiers revient à nouveau sur le devant de la scène. «Si les salles de marché sont perçues par les futurs courtiers comme un vaste casino auquel les connaissances scientifiques autoriseraient l’accès, si la plupart des modèles présentés dans le cadre de leur formation – et utilisés par la suite – ne fonctionnent… qu’en absence de crise, alors c’est que manifestement un problème existe», lance Marc Chesney. Ce dernier est à l’origine d’un appel «pour renouveler l’enseignement de la finance» avec d’autres universitaires. Autant de questions déjà posées dès 2009 et qui, trois ans après la plus grave crise financière de l’après-guerre, n’ont pas encore de réponse.

Une enquête est en cours et dira les responsabilités. Le courtier malhonnête a-t-il agi seul? Comment se fait-il que la banque n’ait pas décelé à temps les positions spéculatives? Pourquoi les sécurités et les procédures internes n’ont-elles pas fonctionné?

 Malgré un nouveau système de bonus censé récompenser la performance réelle à long terme, cette fraude relance les doutes sur la culture du risque qui règne au sein de marchés financiers qui vivent toujours dans l’illusion que rendement et risque peuvent être dissociés par des artifices mathématiques. La banque d’affaires, dont les métiers et l’utilité sont mal connus, a perdu plus que 2 milliards de dollars. La confiance dans tout le système financier est en cause, une nouvelle fois. Pour la restaurer, l’enquête devra être exemplaire et implacable

Les agences de réactions réagissent déjà à l’incident

L’agence de notation financière Moody’s a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir placé la note «AA3» long terme d’UBS sous surveillance. Cela en vue d’une possible dégradation en raison des «faiblesses dans la gestion du risque du groupe». L’examen de la situation «a peu de chance de conduire à des dégradations de plus d’un cran», a précisé Moody’s dans un communiqué. Moody’s étudiera également «les implications d’un tel événement sur la capacité de la direction à faire croître le chiffre d’affaires de la banque d’investissement d’une façon convenable en termes de risque, et l’impact potentiel sur ses bénéfices d’un nouveau revers sur ce front». «De la même façon, nous envisagerons les implications potentielles d’un tel événement sur la réputation d’UBS auprès de ses clients de son activité de banque privée et de gestion de fortune», a ajouté l’agence. 

Par François Pilet, Pierre Veya et Pierre Alexandre Sallier/Le Temps SEP11

EN COMPLEMENT : C’est un coup supplémentaire porté à la réputation de UBS et de sa direction.

Après les lourdes pertes de 50 milliards de dollars essuyées depuis la crise des subprimes en 2008. Et une amende de 780 millions de dollars aux Etats-Unis en 2009 dans le cadre de délits d’évasion fiscale qui avaient amené la banque à livrer aux autorités américaines les données de plus de 4400 de ses clients.

Après les résultats décevants publiés en juillet au titre du deuxième trimestre 2011, en particulier dans la banque d’investissement, UBS a annoncé le mois dernier un programme prévoyant la suppression de 3500 emplois, dont 400 en Suisse. Afin d’économiser deux milliards de francs de coûts par an à partir dès 2014. Un plan qui n’avait pas été assorti des sacrifices réclamés par l’Association suisse des employés de banques (ASEB), à savoir une réduction des rémunérations pour les 10% des employés de UBS les mieux payés. Les efforts portés sur la réduction des bonus depuis la crise financière ont même eu pour effet, comme pour d’autres banques d’investissement, d’accroître la part des rémunérations fixes.

Le sérieux revers dévoilé jeudi affecte aussi sérieusement la position de Carsten Kengeter, CEO et président de la banque d’investissement depuis novembre 2010 après en avoir été co-CEO depuis avril 2009. L’homme le mieux payé du groupe UBS l’an dernier a en effet touché une rémunération totale de 9,3 millions de francs suisses, soit plus de trois fois celle du CEO Oswald J. Grübel. Alors que la banque d’investissement de UBS a enregistré en 2010 un bénéfice avant impôts de 2,2 milliards de francs sur un total de 7,45 milliards pour l’ensemble du groupe. Après deux ans dans le rouge.

Lors de la prochaine Journée des investisseurs prévue à la mi-novembre, nombre d’actionnaires, mais aussi de collaborateurs actifs dans les autres métiers du groupe, en particulier dans la gestion privée, l’asset management et la banque de détail et d’entreprises en Suisse, souhaiteront voir celui-ci réduire son exposition aux risques de la banque d’investissement. Si un retrait de ce métier ne paraît pas l’option la plus probable actuellement, un redimensionnement de celui-ci paraît plus réaliste. Lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre en juillet, Oswal Grübel avait d’ailleurs admis que la banque d’investissement pouvait être réduite de 25% à 50% pour continuer à répondre aux besoins des autres métiers du groupe. Autrement dit tant que ce métier ne renonce pas à vouloir rivaliser avec les leaders du secteur. Soit les grandes banques d’investissement américaines.

Un désengagement de l’activité FICC (Obligations, changes et matières premières) contribuerait à libérer notablement les besoins en fonds propres. Alors qu’ont fait long feu les efforts menés depuis plus de deux ans pour permettre à UBS de rejoindre les plus grands dans ce métier à la source des lourdes pertes du subprime. Jeudi, la sanction des investisseurs n’a pas tardé, le titre UBS a chuté de 10,8% pour passer sous la barre des 10 francs à 9,75 francs. Alors que le plus bas historique avait été atteint en 1991 à 7,85 francs et le plus haut en 2007 à 71 francs. Quant à la perte frauduleuse de 2 milliards, elle représente moins de 4% des fonds propres du groupe UBS.

source agefi sep11

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s