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Focus sur le marché secondaire du cuivre : nouvelle mafia ?

Focus sur le marché secondaire du cuivre : nouvelle mafia ?

Le recyclage devient le grand gisement du futur. Le vol comme nouvel indicateur conjoncturel.

La production minière de cuivre était de 14 millions de tonnes en 2001 pour une consommation de 15 millions. En 2010, elle était de 16 millions pour une consommation de 19. Si la consommation des pays développés a plutôt tendance à baisser, les énormes besoins en infrastructure des pays à forte croissance absorbent des millions de tonnes de cuivre. Avec 7,9 millions de tonnes, la Chine, à elle seule, consomme 40% de la production mondiale. La baisse importante de ses stocks au cours du troisième trimestre 2011 laisse augurer une reprise rapide des achats

Sa conductivité en fait le premier matériau de câblage électrique et de télécommunications du monde, les tubes de cuivre restent l’option la plus fiable et la plus rentable pour la plomberie, le chauffage et le refroidissement. Pour des raisons de coût, les fabricants de puces informatiques le substituent à l’aluminium. On compte près de 20 kilos de cuivre à bord d’une voiture américaine moyenne  et 900 grammes de cuivre sur un PC traditionnel. Mais le cuivre se recycle bien et 35% de la consommation provient de la récupération. La demande devrait dépasser l’offre (toutes origines confondues) de 234.000 tonnes pour 2012 selon Barclays et de 348.000 tonnes selon AQM Copper. Après avoir atteint son maximum historique de 10.000 dollars la tonne en février 2011, le cours est retombé aujourd’hui  à 7650 dollars. Toutefois Goldman Sachs prévoit une hausse de 26% à 9.500 dollars la tonne dans les douze mois, un retour aux prix du début de l’année dernière.

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Tant pour des raisons de pénurie minière due aux difficultés croissantes d’extraction  que pour des raisons de préservation de l’environnement, le marché de l’ensemble des métaux de récupération occupe une place de plus en plus significative. On en estime le volume mondial à 400 millions de tonnes par an. Pour ce qui est du cuivre, la production, chère et très polluante, consomme beaucoup de matières premières et d’énergie. Il faut extraire 200 tonnes de minerai pour produire une tonne de métal. Le cuivre fabriqué à partir de matériaux de récupération offre une économie considérable tant sur le plan des ressources naturelles que de l’énergie (le gain énergétique serait de l’ordre de 85%). Les données fournies par l’UE indiquent que l’utilisation de métaux de récupération dans l’industrie réduit la production de CO2 de 200 millions de tonnes par an. Le cuivre de récupération est utilisé tant par les hauts-fourneaux que par les fours à réverbère et les fours à arc électrique. Dans ces derniers, 75 à 80% de la matière première provient déjà de la récupération.

En 2010, la Chine a acheté environ 4 millions de tonnes de déchets de cuivre. Une hausse de 9,2% sur l’année précédente. Le plan quinquennal 2011-2015 prévoit de relever le statut des industries de recyclage à un niveau stratégique, au même rang que l’acier, le pétrole, la défense et les autres industries considérées par la Chine comme essentielles à sa sécurité nationale et à sa stabilité sociale.

L’objectif de la Chine est de donner aux métaux non-ferreux de seconde main un rôle de premier plan dans la construction d’une économie durable. Selon Mr Robert Stein, président de la division des métaux non-ferreux du Bureau of International Recycling (BIR), «les Chinois ciblent une production annuelle de métaux non-ferreux secondaires de l’ordre de 11,1 million de tonnes par an d’ici 2015, la quote-part du cuivre serait de 3,6 millions de tonnes». La tendance est déjà bien établie : alors que les importations de métal raffiné et de concentré de cuivre ont chuté au premier trimestre 2011, celles des déchets ont augmenté de 2%.

Il est toutefois à noter que le marché secondaire du cuivre est particulièrement opaque. Selon le BIR, 35% du marché secondaire échappe à tout contrôle et reste pratiquement inconnu. On y trouve des pratiques qui lui ont valu le titre de «Mafia du cuivre « 

En Suisse, pionnière en matière de récupération des déchets et du recyclage, le recyclage des appareils électriques et électroniques aurait produit 3100 à 3800 tonnes de cuivre en 2007. La collecte efficiente des déchets électroniques en Suisse est due principalement à la gestion efficace du flux des déchets par deux organisations, SWICO et S.EN.S et le recyclage du cuivre compte une vingtaine de sociétés spécialisées.

Parmi les plus importantes, on compte Hügler, basée à Dübendorf, qui produit 120.000 tonnes de matière première à base de déchets, Thommen de Kaiseraugst spécialisée, depuis plus de 75 ans, dans le traitement et la transformation de la ferraille, des déchets électroniques, des métaux non ferreux et des métaux précieux à partir du démantèlement d’usines de production ou de complexes industriels ou encore le groupe Metallum de Regensdorf qui dispose de compétences globales dans la collection et le recyclage et fait appel aux technologies les plus modernes y compris une installation de flottation pour la séparation des métaux en fonction de leur densité ainsi que d’une installation de tri par couleur. Cablofer Recycling, de Bex, autre spécialiste en recyclage industriel, bénéficie non seulement  d’un site principal  de recyclage des fils et câbles électriques en Suisse mais également d’une installation de flottation sur laquelle plus de 7000 tonnes de matériel sont valorisées chaque année, d’une cisaille de redimensionnent des déchets métalliques de grande taille,  d’une installation de tri par couleur et induction ainsi que d’une installation complète de broyage pour le traitement du matériel électronique, électrique et électroménager. A citer encore, la société SuperDrecksKëscht de Rheinfelden, fondée en 1937, récupère près de 100% des métaux des appareils et produits hors d’usage à partir de la collecte des appareils réfrigérants sur l’ensemble du territoire suisse.

Le vol: un indicateur conjoncturel

La hausse des cours des métaux, notamment du cuivre et du plomb, a transformé en préoccupation majeure ce qui n’était autrefois qu’une nuisance mineure. Selon le département de l’énergie, le vol des métaux coute plus d’un milliard de dollars par an aux Etats-Unis.  Chapeaux de cheminée, statues, cloches, tuyaux, fils, câbles, chéneaux et gouttières, revêtements, unités externes d’air conditionné, rails de chemin de fer et autres composants  sont arrachés des murs et des bâtiments. Les voleurs choisissent de préférence des bâtiments vacants ou difficiles à sécuriser dans des zones, souvent sans électricité ni lignes de communication, comme les chantiers, les immeubles à l’abandon, les tours de communication, les sous-stations d’électricité ou les églises. Même les équipements hospitaliers n’échappent pas à la rapacité des voleurs.  Lesquels prennent parfois de gros risques d’électrocution. Environ 15.000 tonnes de ferraille seraient volées en Grande-Bretagne, d’après Bloomberg. Les voleurs de cuivre causent souvent de gros dommages sur les lieux et le vol de métaux couterait 770 millions de livres sterling à l’économie britannique chaque année, en interruption de service et en remplacement des composants. La recrudescence des vols se fait sentir en France où la police a démantelé un réseau de trafic transfrontalier avec l’Espagne en décembre. Les autorités françaises ont d’ailleurs interdit les transactions en espèces depuis l’été dernier pour tenter de lutter contre le phénomène. Belgique, Canada, les incidents se multiplient. Parfois avec mort d’homme.

La Suisse n’échappe pas aux razzias. Un gang de roumains, en provenance d’Angleterre, a été arrêté dans le canton de Fribourg fin décembre au cours d’une tentative de vol de cuivre. Le cuivre d’une toiture a été arraché à Coppet en novembre. Une épidémie de vols avait déjà eu lieu en Suisse alémanique en 2008 lors de la flambée des cours. Frédéric Revaz, porte-parole des CFF, confirme que le réseau ferroviaire suisse est, lui aussi, victime des voleurs de cuivre. Moins que ses homologues français ou allemands, car le réseau suisse est moins dense et beaucoup plus fréquenté. Ce sont les entrepôts plutôt que les lignes qui sont visés. « Le rythme des vols varie en fonction du prix des métaux et de l’activité des bandes organisées» explique-t-il. Bien que le nombre de vols soit encore modeste, les CFF ont renforcé les patrouilles de la police des transports, surtout pour améliorer la surveillance des entrepôts. (NJN)

source Agefi janv12

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