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Prospérités nationales: géographie changeante par Andreas Hofert

Prospérités nationales: géographie changeante par Andreas Hofert 

 L’exemple des Pays-Bas montre que l’étiquetage simpliste «faible» ou «fort» des pays en Europe n’intègre pas la complexité du problème.

La répartition des acteurs de la crise de la dette européenne est restée assez simpliste: les pays sont divisés en deux groupes, les faibles et les forts, ces derniers suscitant peu d’attention. Si l’on observe de plus près chaque pays, on constate cependant que cette dichotomie perd de sa pertinence.

Tout au long de la crise, de nombreux investisseurs se sont concentrés presque exclusivement sur les pays dits «faibles», en s’inquiétant de leur besoin de consolidation budgétaire et de la morosité de leur conjoncture économique. A l’exception de l’Allemagne, dont l’économie continue de défier les lois de la gravité, les pays «forts» n’ont guère suscité l’attention. Nous constatons toutefois des évolutions assez intéressantes dans ces pays, évolutions qui bousculent la séparation entre les faibles et les forts. Les Pays-Bas illustrent particulièrement bien ce propos.

 

En effet, dans leur ensemble, les statistiques néerlandaises ne semblent pas aussi robustes que prévu par beaucoup. Le pays était déjà en récession au quatrième trimestre 2011, avec une contraction sur deux trimestres consécutifs, et cette tendance a perduré au premier trimestre 2012. A cause de ce double plongeon, le produit intérieur brut réel néerlandais s’établit actuellement 2% au-dessous de son niveau de début 2008. Les Pays-Bas n’ont toujours pas récupéré de la crise financière. En fait, ces chiffres ne sont pas aussi spectaculaires que ça et peuvent plutôt être considérés comme la norme en Europe. A l’exception notable de l’Allemagne, toutes les grandes économies de la zone euro sont en récession ou en stagnation.

Les tendances à long terme des Pays-Bas ne sont pas non plus aussi saines qu’on pourrait le penser. Le marché immobilier local fait face à une importante correction des prix, qui ont plongé de plus de 10% par rapport à leurs records d’août 2008. L’effondrement est sans commune mesure avec celui constaté en Irlande et en Espagne, mais il est loin d’être fini et ajoute probablement au stress des consommateurs hollandais, qui doivent également affronter un chômage en hausse.

En termes de compétitivité, les coûts de main-d’œuvre ont augmenté de presque 30% aux Pays-Bas depuis l’introduction de l’euro, contre 3% seulement en Allemagne, selon les statistiques de l’OCDE. Cet écart ne s’est pas encore concrétisé par des balances commerciales ou courantes négative comme c’est le cas par exemple en France, mais il pourrait devenir un frein à plus long terme pour les Pays-Bas.

De plus, le pays est confronté à une forte incertitude politique, suite à la démission du Premier ministre conservateur Mark Rutte et de son gouvernement, le 23 avril dernier. La fragile coalition s’est disloquée lorsque le parti d’extrême droite populiste eurosceptique de Geert Wilders, qui avait soutenu le gouvernement jusque-là, a rejeté les plans d’austérité. Actuellement, les sondages suggèrent que le parlement néerlandais qui sera élu à l’automne pourrait être bien plus orienté à gauche et bien moins enclin à l’austérité. La notation AAA des Pays-Bas, en cours de révision par les agences, pourrait ainsi être compromise à son tour.

Les Pays-Bas ne sont pas non plus à proprement parler un pays fort lorsqu’il s’agit des statistiques fiscales. Le ratio déficit/PIB y est relativement élevé depuis quelques années et, pour cette année, les prévisions tablent sur un taux bien supérieur au critère de 3% imposé par Maastricht. Les Pays-Bas ne font pourtant pas non plus partie des pays que l’on qualifierait de faibles dans la zone euro. Parallèlement à l’excédent de la balance courante mentionné précédemment, son ratio dette/PIB de 65,2% à fin 2011 reste relativement faible par rapport aux autres pays de la zone euro.

L’exemple des Pays-Bas montre pourtant que l’étiquetage simpliste «faible» ou «fort» des pays en Europe n’intègre pas toute la complexité de la crise. En fin de compte, il ne reste définitivement qu’un seul pays fort dans la zone euro: l’Allemagne. Tous les autres ont des difficultés – du moins comparés à l’Allemagne – et c’est leur degré de gravité qui pose problème, à moins que ce ne soit l’Allemagne.

ANDREAS HÖFERT Economiste en chef UBS Wealth Management/Agefi  mai12

1 réponse »

  1. N’oublions pas non plus l’hymalayenne dette privée ( +/- 640miad.EUR soit +/- 37.500 EUR/hab. ) adossée à des actifs immobiliers en perte de valeur : décor d’un scenario déjà vécu aux USA ( subprime ) et en Espagne : d’abord , le défaut reflue vers les banques ( secteur hypertrophié aux Pays-Bas ) , ensuite la grande marée engloutit les finances publiques . .

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