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Conundrum résolu : Pourquoi les investisseurs prêtent à Berlin sans espoir de rendement

Conundrum résolu :  Pourquoi les investisseurs prêtent à Berlin sans espoir de rendement

L’Allemagne, qui vient de s’endetter à échéance deux ans à taux nuls, fait plus que jamais figure de havre de paix pour les investisseurs qui s’arrachent sa dette à la fois par crainte du pire en zone euro et pour des raisons réglementaires.

Mercredi matin, le pays a emprunté 4,55 milliards d’euros d’obligations à deux ans (Schatz), sans offrir d’intérêt, une première pour une émission de ce type.• Le pays avait déjà pu s’endetter à taux zéro et même négatifs mais pour des échéances de court terme, ce qui veut dire que les investisseurs sont allés jusqu’à payer pour emprunter. Pour cet emprunt à deux ans, qui a rencontré une forte demande, l’Allemagne avait proposé aux marchés avant l’opération un coupon de 0%. Autrement dit, le détenteur du titre était prévenu qu’il ne toucherait pas le moindre intérêt.

→ Les espoirs de gagner de l’argent sont extrêmement minces pour les investisseurs, qui pourraient même y perdre ne serait-ce que parce que l’inflation en Allemagne a atteint 2,1% en avril. Le taux réel, c’est-à-dire le taux de l’opération moins l’inflation, est donc largement négatif.

 

Alors, pourquoi?

Pour l’heure, l’intérêt réside principalement dans le fait de se prémunir contre des vents encore plus défavorables en zone euro, estiment les analystes.

« La dette allemande est le seul marché qui a une taille suffisante pour accueillir les flux recherchant une sécurité maximale », estime Axel Botte, stratégiste obligataire chez Natixis AM. « On est dans une période où il y a tellement de craintes sur de plus en plus d’emprunteurs que la sécurité est l’unique facteur de décision des investisseurs », renchérit Patrick Jacq chez BNP Paribas.

→ Pour preuve, le taux de référence à 10 ans allemand ne cesse de battre des records et évolue à ses plus bas historiques sous 1,4% sur le marché obligataire, où s’échange la dette déjà émise.

L’Allemagne rassurent pleinement les investisseurs grâce à ses déficits maîtrisés et sa dette contenue. Sa dette est d’ailleurs la plus liquide en Europe, c’est-à-dire très présente dans les portefeuilles des investisseurs, ce qui assure à chacun la possibilité d’en acheter et d’en vendre facilement.

Pourtant, la dette allemande est déjà très chère, prévient René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis, pour qui « c’est prendre un risque non négligeable de voir le rendement augmenter dans les 10 prochaines années ». Le rendement d’une obligation évolue à l’inverse de son prix.

Certains opérateurs ont néanmoins des vues à plus court terme, comme par exemple d’espérer que le prix de l’obligation monte encore plus sur le marché secondaire (et donc que le taux baisse) pour pouvoir revendre le titre avec une plue-value ce qui se passera si la demande reste très soutenue.

En outre, « dans certains cas, les investisseurs peuvent se servir des obligations allemandes pour couvrir une position sur les actions », les deux actifs évoluant en sens inverse, rappelle Botte.

Le retour du mark…

D’autres, mais très peu nombreux, vont même jusqu’à miser sur la réapparition du mark, « qui s’apprécierait par rapport au panier composant la monnaie unique actuelle, d’où des bénéfices potentiels dans ce cas », selon le stratégiste.

Enfin, un autre facteur majeur est que la réglementation, qui entend limiter la prise de risque, pousse les investisseurs professionnels (banques centrales, fonds de pension, investisseurs institutionnels…) à détenir surtout des actifs notés triple AAA, qui ne sont plus si nombreux sur les marchés. « Les règles prudentielles condamnent les investisseurs à n’acheter que des titres triple A ou du très bons », explique Defossez, ce qui s’applique également aux banques et assureurs, grands acheteurs de dette publique.

Source afp mai12

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