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L’euro de Thilo et le modèle allemand (actualisé au 6/6/12 à 5h45)

L’euro de Thilo et le modèle allemand (actualisé au 6/6/12 à 5h45)

Le dernier ouvrage de Thilo Sarrazin développe une vision décalée mais salvatrice de la situation européenne.

Titre: Europa braucht den Euro nicht (L’Europe n’a pas besoin de l’euro)/Thilo Sarrazin Deutsche Verlags-Anstalt, 464 p. Non traduit

 

 Le nouveau best-seller de Thilo Sarrazin, «L’Europe n’a pas besoin de l’euro», est en bonne place dans les rayons des libraires en Allemagne. Ancien membre du comité exécutif de la Bundesbank, en instance d’exclusion du SPD, le parti social-démocrate allemand , T. Sarrazin est perçu à tord comme un populiste. Son précédent ouvrage intitulé «L’Allemagne court à sa perte», très controversé, a été vendu à plus de 1,5 million d’exemplaires. Son nouvel opus pourrait bien dépasser ce chiffre. 

A l’origine de ce livre, la célèbre déclaration de la chancelière Angela Merkel: «Si l’euro échoue, l’Europe échoue». Thilo Sarrazin y réplique en développant sa thèse centrale, à savoir que «l’Europe a prospéré pendant plusieurs décennies, sans monnaie commune, avant le lancement de l’euro. L’euro n’est pas une condition nécessaire pour l’Union européenne.» 

PLUS DE THILO SARRAZIN EN SUIVANT :

 Ne pas lier les eurobonds à la dette historique de l’Allemagne Par Emmanuel Garessus

Ne pas lier les eurobonds à la dette historique de l’Allemagne L’Europe ne dispose pas de la baguette magique permettant une sortie de l’euro dans l’ordre et la discipline. Plus on réfléchit à ce scénario et plus il semble impossible

Alors, les politiciens prolongent leur mode de travail, sans attaquer les problèmes à la source. Ils font pression sur l’Allemagne et appellent la Banque centrale à la rescousse. La BCE sauve les banques, les budgets des Etats, règle les déficits courants, fait marcher la planche à billets et accumule les actifs pourris, explique Thilo Sarrazin, dans son dernier ouvrage*. L’homme n’appartient pas au politiquement correct. Il avait déjà publié une analyse iconoclaste sur l’immigration: Deutschland schafft sich ab (2010). En 1997, cet ancien de la Bundesbank avait signé un premier ouvrage qui se voulait favorable à l’euro. Il s’excuse aujourd’hui d’avoir cru au respect des principes essentiels. On reproche souvent à Thilo Sarrazin de ne pas présenter de solution. Certes, il n’a pas la clé de la sortie. Mais c’est oublier la justesse de son bilan et la richesse de l’argumentation.

L’Allemagne d’Angela Merkel joue le temps, mais cède progressivement sur les principes, en politique intérieure (smic, fédéralisme) et extérieure (Europe). Le débat sur l’euro est balisé quand il n’est pas interdit. On ne touche pas à l’Europe. Sarrazin cite Erich Honecker avant la chute du mur de Berlin: «En avant toujours, en arrière jamais» («Vorwärts immer, rückwärts nimmer»). Dans le climat idéologique qui pèse sur l’Europe actuelle, il nous paraît important de présenter les faits après une décennie d’euro: L’Allemagne a-t-elle vraiment profité de l’euro?

Une floraison de chiffres qui intéressera le lecteur montre que l’Allemagne a été pénalisée par l’euro.

D’ailleurs, durant les quatre années de crise, le PIB des membres de la zone euro a augmenté plus lentement que dans l’ensemble de l’UE et bien plus lentement qu’au Royaume-Uni, en Suède ou aux Etats-Unis.

L’Allemagne est entrée dans l’euro avec un PIB par habitant, ajusté du pouvoir d’achat, supérieur de 21% à la moyenne de l’UE et la différence a baissé à 18%. Pour la France, l’écart a diminué de 15 à 8%. Pour l’Italie, de 18 à 1%. Les non-membres s’en sont mieux sortis, à l’image de la Suède et de la Suisse. Thilo Sarrazin aimerait «se suissiser». En une décennie, l’écart entre la Suisse et l’Allemagne s’est accru de 21 à 25%. La Suisse est en paix depuis plus d’un siècle. Ses finances publiques sont saines. Sa quote-part de l’Etat est inférieure à la plupart des pays européens. Sa monnaie est stable ou en légère hausse (de 5% face à l’euro en une décennie). Son PIB par habitant est de 47% supérieur à la moyenne de l’UE, contre 32% en 2005.

Initialement, l’euro devait surtout assurer une plus grande intégration de l’Europe, celle de Schuman et Adenauer. L’inverse s’est réalisé. L’euro est une cause de désintégration. L’importance économique de la zone euro pour l’Allemagne ne cesse de diminuer. Entre 1998 et 2011, les exportations allemandes ont augmenté de seulement 89% vers la zone euro, de 97% vers l’UE-27 et de 154% vers le reste du monde. La perte de compétitivité des pays périphériques réduit en effet leur capacité à acheter des produits allemands. Le même phénomène d’éloignement des autres pays de la zone euro est vrai pour les importations.

La zone euro, c’est d’abord un problème de productivité. Celle du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne est d’un tiers inférieure à celle de l’Allemagne. Celle de la Grèce de plus de la moitié. Au classement de l’IMD des pays les plus compétitifs, l’Allemagne est 9e, devancée par trois non-membres de l’euro: Suisse (3e), Suède (5e) et Norvège (8e). La France n’est que 29e, bientôt rattrapée par l’Estonie. Personne ne parle de ce pays dans les médias. Pourtant, il assume ses engagements. Son assainissement a fait baisser son PIB de 22% en quatre ans. Par habitant, il est inférieur de moitié à celui de la Grèce, mais le taux d’épargne, lui, est six fois supérieur, son taux d’endettement 22 fois inférieur… Et en 2011, la croissance de l’Estonie s’est élevée à 8%.

Non seulement l’Allemagne a été pénalisée par l’euro, mais ses engagements n’ont cessé de se renchérir. Les garanties sont estimées à 763 milliards d’euros.

La suppression des différences de taux d’intérêt qu’impliqueraient les «eurobonds» renforcerait l’implication de l’Allemagne dans le financement du Sud. Toujours pour l’Allemagne, Sarrazin a calculé que la charge financière passerait de 44,8 milliards à 66,6 milliards d’euros, sur la base de 2010. L’eurobond est un instrument défendu par les banques parce qu’il réduit les risques de créances douteuses. Mais ses effets incitatifs sont dangereux, à commencer par l’aléa moral. Bien sûr Bruxelles applaudit des deux mains à la venue de l’eurobond. «Ce serait le cheval de Troie de l’intégration fiscale», selon Sarrazin.

La justification de l’eurobond rappelle le lancement de l’euro. Un agenda politique derrière un discours économique. Les faux arguments sont aussi abondants que pervers. Thilo Sarrazin s’insurge contre le lien insupportable entre l’Holocauste et l’eurobond pour faire plier Berlin (BaZ 26.5). Peer Steinbrück utilise les mêmes ficelles et évoque l’hypothèque morale des deux guerres et de l’Holocauste. Comment lier un instrument qui évite à un gouvernement d’assumer ses engagements et le drame de l’Holocauste?

Angela Merkel le répète: «La fin de l’euro signifie la fin de l’Europe.» On entre de plain-pied dans l’idéologie. L’Europe ne s’arrête de loin pas à l’euro. La fin de l’euro marquerait par contre l’échec d’une vision socialiste de l’Europe, d’une union politique européenne placée sous un gouvernement centralisé. La fin des Etats-nations, écrit Thilo Sarrazin. Bruxelles oublie vite que 240 millions d’Européens ne vivent pas dans l’UE. L’Europe n’a d’ailleurs jamais formé une seule entité. Thilo Sarrazin a raison de prendre le contre-pied de l’actuelle vision centralisatrice des médias et qui a conduit au drame actuel. La richesse de l’Europe réside dans sa diversité culturelle, économique et politique. Wilhelm Röpke le disait lui-même: «La tentative de fusion dans un seul bloc serait une trahison de l’Europe.»

EN COMPLEMENTSUne vision contestable de l’Europe par Andreas Hofert

Pour étayer cette thèse il avance certains arguments qui actuellement relèvent du consensus parmi les économistes. L’euro n’a jamais été un projet économique mais plutôt politique. Depuis sa création, l’euro manquait d’institutions susceptibles de faire de la zone euro un espace monétaire optimal. Il faut maintenant faire les premiers pas vers l’intégration budgétaire et le fédéralisme. La crise de l’euro est plus profonde qu’une crise de la dette souveraine: elle est avant tout le fruit des déséquilibres de balances des paiements entre membres de la zone euro, déséquilibres apparus après la mise en circulation de l’euro.

 Certaines thèses sont moins convaincantes. Ainsi, Thilo Sarrazin affirme que les pays européens restés à l’écart de la zone euro ont fait mieux que ses membres. La récession couplée à des tensions inflationnistes au Royaume-Uni ou le choix de la Suisse d’établir un plancher à 1,20 pour le franc face à l’euro, qui revient de facto actuellement à adopter l’euro pour éviter une destinée plus funeste, contredisent ou relativisent cet argument.

  

 Autre argument peu convaincant, celui selon lequel l’Allemagne n’a pas vraiment profité de l’euro puisque ses exportations vers les marchés émergents ont progressé plus vite que celles vers le reste de la zone euro. Thilo Sarrazin omet un détail: la croissance des marchés émergents a été nettement plus forte que celle des pays européens. De plus, la croissance des exportations allemandes vers les marchés émergents a probablement été dopée par les parts de marché que l’Allemagne a prises aux pays européens moins compétitifs.

 

source NYT

La conclusion du livre est assez déconcertante. Si l’auteur estime, à juste titre, qu’un abandon de l’euro aurait un coût pour l’Allemagne – ce qui soit dit en passant contredit son affirmation selon laquelle l’Allemagne n’a pas profité de l’euro – il estime que «si la zone euro doit fonctionner, alors tous ses membres doivent s’aligner sur les pratiques allemandes».

 Cela trahit chez lui un manque de recul sur le plan économique autant qu’historique. Si le modèle allemand est aujourd’hui couronné de succès, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il l’a été dans le passé ou qu’il le sera à l’avenir. A la fin des années 1980, le Japon faisait figure de référence. A la fin des années 1990 et au début des années 2000, c’était le modèle anglo-américain. Le modèle allemand était obsolète, tendance «vielle Europe» à l’époque.

 L’Europe a toujours été caractérisée par sa diversité de modèles économiques. A mon avis, il s’agit d’un de ses principaux atouts. Certes, grâce à une faible inflation et à une monnaie forte, l’Allemagne est parvenue à réaliser un miracle économique après 1945. Mais l’Italie aussi. La réussite de cette dernière était cependant basée sur un mélange d’inflation plus élevée et de monnaie plus faible. Pour que l’euro survive, il faudra sans aucun doute davantage d’intégration.  Mais, auparavant, il faudra aussi un débat de fond sur la forme que cette intégration doit prendre.

 Andreas Höfert Chef économiste UBS Wealth Management/agefi

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 L’euro-pénitence allemande

-En Allemagne , » L’Europe n’a pas besoin de l’euro » a pris la tête des ventes des essais de l’hebdomadaire Der Spiegel. Son auteur, l’ancien banquier central controversé Thilo Sarrazin, s’insurge notamment contre les euro-obligations.

Il est une personne au moins à Berlin qui semble croire que les euro-obligations s’imposeront un jour à l’Allemagne: le banquier polémiste Thilo Sarrazin, 67 ans. Dans son dernier ouvrage paru fin mai, il estime qu’on force l’Allemagne à accepter les euro-obligations pour prix de son passé nazi. «Les partisans allemands des obligations européennes sont animés par ce réflexe très allemand selon lequel nous ne pourrions expier l’Holocauste et la Deuxième Guerre mondiale qu’une fois transférés en des mains européennes l’ensemble de nos intérêts et de notre argent.»

Dans cet ouvrage truffé de chiffres, Sarrazin assure que «l’euro n’a pas été un gain économique au cours de ses 13 ans». «Ni en termes d’emploi, ni en termes de croissance, ou d’exportations l’euro ne nous a apporté quelque chose. Et pour nos voisins, l’euro a même été dommageable.» Les pays restés en dehors de la zone euro, assure Sarrazin, ont connu une croissance plus forte et moins de chômage que l’Allemagne; les produits allemands se vendraient mieux en dehors de la zone euro. Persuadé que l’Union européenne ne peut bien fonctionner que si tous ses membres «se comportent plus ou moins comme les Allemands», alors que Grecs et Italiens seraient «de nature» peu sérieux, Sarrazin préconise la «germanisation» mentale du Vieux Continent. Le livre serait sans doute passé inaperçu si son auteur n’avait un pedigree aussi impressionnant. Ancien directeur de la Bundesbank, ancien ministre des Finances du Land de Berlin, Sarrazin est un auteur à succès et l’épouvantail du Parti social-démocrate qui cherche en vain à l’exclure depuis deux ans.

Les thèses de Sarrazin ne sont pas vraiment nouvelles. D’un strict point de vue économique, l’euro n’aurait apporté à l’Allemagne qu’une poignée de dizaines de milliards d’euros et personne en République fédérale ne réclame réellement les euro-obligations. De plus, s’il critique l’entrée dans l’euro, Sarrazin n’apporte pas de réponse à une question de poids: comment sortir de l’euro sans pertes considérables pour le pays?

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, Sarrazin raisonne comme s’il était possible à l’Allemagne de mener une politique européenne qui ne tiendrait pas compte du passé du pays… Sarrazin reproche aux Kohl et autres Adenauer d’avoir idéalisé l’Europe comme moyen de rédemption pour un passé monstrueux. C’est bien sûr polémique. Mais Sarrazin pense-t-il vraiment que l’Allemagne puisse mener une politique européenne qui ne tiendrait pas compte de son passé?

En termes de provocations, Sarrazin n’en est pas à son coup d’essai. A l’été 2010, il avait publié Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne s’autodétruit) dans lequel il assurait que son pays était sur le déclin du fait de la forte croissance de la population musulmane, récalcitrante à l’intégration. Le livre pourtant soporifique s’est vendu à plus de 1 million et demi d’exemplaires, provoquant un véritable scandale en Allemagne. L’éditeur, qui s’attend à un nouveau succès en librairie, a imprimé 350 000 exemplaires de la première édition. 250 000 seraient précommandés sur Internet.

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