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Banque Nationale Suisse : Le plancher monétaire à 1,20: entre pouvoir, vouloir et devoir par Andreas Höfert

Banque Nationale Suisse : Le plancher monétaire à 1,20: entre pouvoir, vouloir et devoir par  Andreas Höfert

Le débat autour du taux plancher mélange des éléments. Il en devient confus.

En Suisse, le plancher du franc vis-à-vis de l’euro est un sujet brûlant. En septembre 2011, lorsque la Banque nationale suisse (BNS) l’a institué – après que le franc ait brièvement touché la parité face à l’euro – l’initiative réunissait un large consensus. Mais ce dernier est actuellement en train de se lézarder, plusieurs personnalités ayant récemment remis en cause cette politique.

Malheureusement, le débat mélange des éléments positifs, normatifs et même politiques. Il en devient confus. Pour y remédier, il faut se poser trois questions distinctes: la BNS peut-elle défendre le plancher de 1,20? Le veut-elle? Et peut-être la question la plus importante: doit-elle intervenir?

EN LIEN : BNS: David contre Goliath

On entend souvent que la BNS n’est pas capable de défendre ce seuil car elle ne fait pas le poids face aux marchés. Après tout, face à ces mêmes marchés, en septembre 1992, la Banque d’Angleterre n’a-t-elle pas dû capituler, puis quitter le système monétaire européen? Cet argument d’incapacité a une limite majeure. Certes, une Banque centrale est impuissante face à la dépréciation de sa monnaie, car ses réserves de change sont limitées. En revanche, elle peut empêcher l’appréciation de sa monnaie car elle a une capacité illimitée d’en créer.

Mais quid du risque de faillite, si elle augmente massivement son bilan? Une Banque centrale n’est pas une banque comme les autres. A mon avis, le seul moment où elle est véritablement en faillite est celui où le public a perdu toute confiance dans sa monnaie. Pour un pays, cela se termine par l’hyperinflation. A l’heure actuelle, la Suisse en est très loin: les prix à la consommation baissent et il n’y aura sans doute pas d’augmentation avant fin 2012.

 

Mais surtout, l’argument d’une éventuelle faillite de la Banque centrale et la perspective lointaine de l’hyperinflation devraient, en fait, affaiblir directement la monnaie. Par conséquent, au lieu de se demander si une Banque centrale peut vraiment affaiblir sa monnaie, ce qu’elle peut toujours, la question est de savoir si elle le veut.

PLUS DHOFERT  DE BNS ET DE Thr WOLF EN SUIVANT :

Le discours de la BNS est très clair à ce sujet. Son président Thomas Jordan ne laisse aucune place à l’ambiguïté lorsqu’il affirme que la BNS défendra le taux de change plancher «avec la plus grande détermination, même dans les conditions les plus adverses».

Les sceptiques tentés d’abandonner maintenant le plancher remettraient en cause la crédibilité de la BNS. Si la BNS surprenait les marchés en cessant de défendre le plancher, il ne fait aucun doute que le franc suisse s’apprécierait fortement. Si elle essayait ensuite de fixer un nouveau plancher, il serait testé de façon aussi virulente que celui à 1,20. Aussi, tant que la défense du plancher à 1,20 fera l’objet d’un consensus en Suisse, la BNS en aura les moyens et le fera.

Mais la BNS a-t-elle raison de fixer un tel plancher? Doit-elle poursuivre une telle politique? La réponse ici est d’ordre politique, et non économique. L’économie est une science des choix, une science lugubre, car tout choix implique un sacrifice. Dans le cas de la défense du plancher pour le franc suisse vis-à-vis de l’euro, les coûts immédiats sont assumés par les consommateurs suisses: ils paient les biens importés à des prix plus élevés que si le franc suisse fluctuait librement. De plus, cette politique monétaire augmente le risque d’inflation à moyen terme. Enfin, les taux d’intérêt extrêmement faibles, conséquence d’une telle politique, sont susceptibles d’alimenter une bulle immobilière.

Ces inconvénients doivent être pesés par rapport aux intérêts des exportateurs suisses et du tissu industriel. Avec un franc suisse à parité avec l’euro, la Suisse pourrait connaître une récession assez sévère et un risque de désindustrialisation à long terme.

Aussi, sur cette dernière question, les économistes ne peuvent que souligner les conséquences des choix. Ces choix restent la prérogative de la sphère politique. En Suisse, le dernier mot revient donc au peuple.

Andreas Höfert Economiste en chef UBS Wealth Management/ Agefi Juin12

EN COMPLEMENT  : Banque National Suisse : «Les contrôles de capitaux ne pourraient qu’être une réponse extrême à une situation extrême»

Une semaine après la conférence de presse semestrielle, Jean-Pierre Danthine revient sur la défense du taux plancher et les mesures supplémentaires qui pourraient être prises si la crise s’aggrave dans la zone euro. Le vice-président de la Banque nationale suisse (BNS) s’explique également sur les annonces sur les fonds propres de Credit Suisse, qui ont fait plonger l’action de la banque.

  Propos recueillis par Mathilde Farine Berne /Le Temps

Le Temps: La BNS a dû intervenir sur le marché des changes pour défendre son taux plancher contre l’euro. Cela a pour conséquence un accroissement des réserves en devises. Quel est le risque d’un gonflement de son bilan?

 Jean-Pierre Danthine: Les risques se limitent au bilan. S’il augmente, les variations seront plus importantes en valeurs absolues. Cela signifie que lorsque nous présenterons nos résultats, ils montreront un montant de bénéfice ou de perte plus grand. 

– Un «montant de perte plus grand» ne poserait-il pas problème?

 – La primauté de la politique monétaire prévaut. Des pertes comptables peuvent être un facteur résiduel. Nous acceptons cet inconvénient pour mener à bien notre politique monétaire. Sur le papier, cela aurait une implication sur la force apparente de notre bilan. Mais nous avons le monopole de l’émission de monnaie, qui nous permet d’être liquide à tout moment, et qui signifie que, sur la durée, les années de pertes sont plus que compensées par les années de gains.

 – Une perte massive pourrait entraîner des fonds propres négatifs. Que se passerait-il?

 – Les fonds propres peuvent être négatifs sans qu’une recapitalisation soit nécessaire car nous ne sommes pas une société comme les autres. Ce ne serait en aucune manière une entrave à notre politique monétaire et cela ne devrait pas durer. Là aussi, le monopole de l’émission de monnaie est déterminant.

 – Des critiques se sont élevées sur le taux plancher, qui serait impossible à maintenir à terme. Comment réagissez-vous?

 – Une discussion démocratique est normale. Il s’agit de mesures extraordinaires et il faut accepter qu’il y ait un débat. La BNS a la mission et le devoir d’expliquer son travail. Il est important de dialoguer quelle que soit la situation.

 – Comment la BNS se prépare-t-elle à un éventuel départ de la Grèce de la zone euro?

 – Une sortie de la Grèce ne fait pas partie de notre scénario de base. Dans ce scénario, nous tablons sur un ralentissement de l’économie, suivi par une reprise lente. Mais nous sommes confiants que les politiques vont pouvoir maîtriser la situation et que la région sortira petit à petit de la crise. Dans ce cas de figure, notre politique monétaire est appropriée. Cela dit, nous devons examiner tous les scénarios possibles. Et, dans ce cadre, évaluer si des mesures complémentaires au cours plancher peuvent être envisagées.

 – Une hausse ou une baisse du taux plancher, comme le demandent certains, est-elle envisagée?

 – Le cours plancher est la politique absolument nécessaire à la situation actuelle de l’économie suisse. Il faudrait un changement radical dans l’environnement macroéconomique pour imaginer un changement de politique. On ne peut pas moduler finement un cours plancher, comme on le fait avec un taux d’intérêt.

 – On parle de contrôles des capitaux pour faire baisser la pression sur le franc. Comment cela pourrait-il être mis en place?

 – Les contrôles de capitaux ne seraient pas nécessairement mis en place par la BNS et impliqueraient le gouvernement. C’est pour cette raison que le groupe de travail qui se penche sur ces questions inclut des membres du Département des finances, du Département de l’économie et de la BNS. Il a pour mission de se préparer comme faire se peut aux scénarios les plus défavorables. Mais il faut garder à l’esprit que les contrôles de capitaux seraient une mesure peu fidèle à la nature de notre économie. Ils ne pourraient qu’être une réponse extrême à une situation extrême. 

– La BNS peut-elle défendre son taux plancher pendant des années?

 – Nous sommes prêts à intervenir de manière illimitée et pendant le temps qu’il faudra. Si l’économie reste, comme aujourd’hui, entre deux eaux, il est tout à fait concevable que le cours plancher doive être maintenu pendant une durée assez longue. 

– Pourquoi la question de la stratégie de sortie n’est-elle pas abordée?

 – C’est totalement prématuré. Cela porterait l’imagination alors que la situation actuelle reste tout à fait claire: nous devons défendre le cours plancher avec toute la détermination requise.

 – Pour certains économistes, le gonflement du bilan comporte un risque inflationniste, que leur répondez-vous?

 – Le risque aujourd’hui reste nul. C’est le cas également pour l’avenir prévisible. Et, dès le moment où le risque inflationniste apparaît, nous disposons d’outils pour résorber les liquidités excédentaires dans le système. Ces moyens ne sont pas seulement théoriques, ils ont déjà été testés. Il s’agit des «reverse repos» [ndlr: opérations de pension par lesquelles des banques déposent des fonds à la BNS qu’ils récupèrent plus tard] et des bons de la BNS [ndlr: ou SNB Bills, obligations que l’institution émet]. Le moment venu, ils permettront de retirer les liquidités de manière extrêmement rapide et efficace.

 – Plus que les outils, c’est la question du moment choisi qui se pose. Comment serez-vous sûrs qu’il ne sera pas trop tôt sans risquer d’étouffer une économie en redémarrage ou trop tard avec une inflation qui sera ensuite difficile à maîtriser?

 – Le moment opportun reste une question classique de politique monétaire. Pour une partie de l’économie, il est toujours trop tôt pour relever les taux par exemple. Dans ce sens, il n’existe pas de recette miracle sinon de faire des analyses et des prévisions, pour réagir au bon moment. 

– La BNS se dit contre l’idée d’un fonds souverain, pourquoi?

 – Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cela n’aidera pas à maintenir le cours plancher. Ensuite, le risque de change n’est pas éliminé par la forme que prennent les investissements. En outre, les liquidités créées doivent pouvoir être retirées. Nos réserves de changes sont destinées à diminuer le moment venu, il faut garder en tête cette idée. Elles correspondent à des francs qui proviennent d’une création de monnaie, pas de la production de pétrole. Enfin, si on veut une politique indépendante, il vaut mieux éviter des investissements qui peuvent être controversés.

 – Certains avancent que nous ne vendons pas de pétrole, mais de la stabilité…

 – Mais ces réserves sont créées à partir de rien. Elles devront retourner dans la boîte à un moment donné.

 – Quelles sont les relations entre la BNS et Blackrock que va rejoindre Philipp Hildebrand?

 – Nous ne nous exprimons pas sur nos partenaires. Quoi qu’il en soit, jusqu’à son entrée dans sa nouvelle fonction, les six mois de sevrage exigés par rapport aux informations d’initiés qu’il pourrait avoir seront écoulés.

A PROPOS par  The WOLF

  Bien au-delà de la crise grecque et européenne, l’on peut légitimement continuer de s’inquiéter du fait que l’on n’ait toujours pas tiré les leçons des crises similaires de la dette et des crises bancaires vécues dans le passé. D’après moi, la plus grande leçon est qu’il vaut toujours mieux encaisser rapidement les coups, pour retrouver la voie de la reprise. Conformément à « la vieille vision du Monde du FMI », il n’y a pas de meilleure médecine que de laisser les prix des actifs s’effondrer pour assainir les marchés, de provisionner les dettes problématiques et recapitaliser de manière crédible les banques. Concomitamment à la mise en oeuvre d’une politique monétaire accommodante et d’une politique budgétaire rigoureuse, cet ajustement s’accompagne traditionnellement d’une dévaluation de la devise pour attirer les flux de capitaux étrangers, grâce au faible niveau de prix des actifs dans leur devise d’origine. Ce sont ces deux dernières étapes qui n’ont pas lieu en Europe et aux États-Unis, et ce pour des raisons politiques.
Dans de tels moments, je me rappelle les paroles de l’ancien Secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, qui avait évoqué l’importance des « inconnues inconnues ». En effet, l’issue à plus long terme de la crise sera imprévisible dans le moindre de ses détails. Ainsi en est-il des lois relatives aux conséquences involontaires – les effets à plus long terme d’une action politique quelconque visant à stabiliser la situation sont également imprévisibles. C’est la leçon que l’on peut tirer des LTRO de la BCE ou des QE de la FED , considérés désormais comme faisant partie intégrante du problème après avoir été précédemment salués comme une des solutions au problème…Les apprentis sorciers de BNS qui se prennent pour des démiurges feraient bien de s’en souvenir !!!!   

2 réponses »

  1. Je pense que la Suisse n’a plus le choix et si je devais parier je miserai plutôt sur une hausse du taux plancher histoire de « tuer » définitivement la spéculation. Il ne faut pas oublier que même à 1.20 les exportateurs suisses souffrent et surtout que les débiteurs non suisses des banques suisses ont du mal à rembourser leurs prêts. Les risques sont donc multiples pour la Suisse qui sait que de toute façon elle serait entraînée dans la chute de l’euro quoiqu’il en soit.

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