Art de la guerre monétaire et économique

La galaxie de Poutine: décryptage du Kremlin

La galaxie de Poutine: décryptage du Kremlin

Des experts russes décryptent le fonctionnement du Kremlin Une étude sur le pouvoir russe suggère l’existence d’un appareil exécutif informel bien plus influent que le gouvernement

L’oligarchie et la «tandemocratie» (tandem Medvedev-Poutine) ont fait long feu. Place au Politburo 2.0. C’est ce qu’affirme une étude réalisée par le groupe d’experts Minchenko Consulting. Le document dénude le fonctionnement du pouvoir et décrit le président russe Vladimir Poutine comme un arbitre gérant les relations entre chefs de clan. «La Russie est un assemblage de groupes rivalisant entre eux pour le contrôle des ressources», résume l’étude dirigée par Evgueni Minchenko, un politologue et conseiller politique réputé.

Sans être révolutionnaire dans sa démarche ni dans ses conclusions, l’étude décrit minutieusement et, semble-t-il, de l’intérieur, une construction politique singulière et souvent méconnue. Elle identifie huit chefs de clan. Certains occupent des positions officielles (Sergueï Ivanov, directeur de l’administration présidentielle; Viatcheslav Volodine, son adjoint; Dmitri Medvedev, premier ministre). D’autres sont des figures politiques régionales (Sergueï Sobianine, maire de Moscou), des patrons d’entreprises publiques (Igor Setchine, patron du pétrolier Rosneft; Sergueï Tchemezov, patron de Rostekhnologii), ou des hommes d’affaires (Guennadi Tim­tchenko ou Iouri Kovaltchouk) qui entretiennent des relations privilégiées avec Vladimir Poutine. La diversité de leurs profils souligne combien le pouvoir réel en Russie est personnifié – et non pas lié à une fonction officielle – et conditionné par des relations interpersonnelles.

En l’occurrence, les huit chefs de clan sont tous liés à Vladimir Poutine, pour certains d’entre eux depuis plus de deux décennies. A un niveau inférieur figurent des dizaines de personnalités diverses aspirant au rang de chef de clan comme, par exemple, le patriarche de l’Eglise orthodoxe.

L’appellation «Politburo 2.0» (bureau politique 2.0) fait référence à l’organe suprême du Parti communiste de l’URSS. Il incarnait le pouvoir réel, même si ses membres – entre 5 et 25 – n’occupaient pas de postes dans les structures étatiques. Le nouveau politburo se distingue de celui de l’ère soviétique en ce que son existence n’est pas formalisée et qu’il «ne se réunit pas», selon Evgueni Minchenko. Ce qui laisse une marge de manœuvre d’autant plus grande à l’arbitre suprême qu’est Vladimir Poutine.

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La restauration du Politburo a lieu après une période où le mode opérationnel du pouvoir connaît des bouleversements. Durant les années 90, l’Etat russe dirigé par le président Boris Eltsine – affaibli par la crise économique et la montée en puissance de groupes mafieux – tombe sous la coupe d’une poignée de milliardaires, assis sur des fortunes d’origines incertaines, dictant les décisions gouvernementales comme les lois. L’arrivée de Vladimir Poutine en 2000 change la donne. Désormais, le pouvoir possède un centre unique arbitrant les différents clans et structures étatiques.

Le gouvernement est resté la partie émergée de l’appareil exécutif, une sorte de vitrine ou écran de fumée cachant les véritables mécanismes de prise de décision. Pour Evgueni Minchenko, «le système du Politburo est apparu autour de 2005, après l’affai­re Khodorkovski» (l’emprisonnement, pour 14 ans, de cet ex-magnat du pétrole qui finançait les partis d’opposition). Vladimir Poutine renationalise d’un coup une grande partie du pétrole russe et neutralise à la fois l’opposition et les oligarques, en effrayant suffisamment les seconds pour qu’ils cessent de financer les premiers.

La publication de cette étude fait couler beaucoup d’encre à Moscou. C’était l’objectif d’Evgue­ni Minchenko, expert en quête de notoriété: «Nous sommes une société de consulting. Le conseil auprès de décideurs représente le gros de notre activité. Pour nous, l’analyse politique est un produit collatéral de notre occupation première.»

Les conclusions de l’étude, pourtant, n’ont guère déclenché de polémique. Les «kremlinologues» ont tous à peu près abouti au même modèle politique. «Il y a eu des débats sur qui est chef et qui n’est que candidat. Mais pas sur le modèle», explique Evgueni Minchenko. Dénuder ainsi le roi en public sans être inquiété pourrait démontrer que l’Etat russe respecte la liberté de parole. Pas du tout, rétorque le politologue Andreï Piontkovski. «Les matrones romaines se promenaient nues en présence de leurs esclaves sans éprouver la moindre honte. C’est qu’elles ne les considéraient pas comme des êtres humains. C’est une sorte de parade des vainqueurs.»

Par Emmanuel Grynszpan Moscou /Le Temps Aout 12

2 réponses »

  1. Fort intéressante analyse, qui me fait me souvenir
    de la parabole de la paille et de la poutre.

    En effet, il me semble (BIEN)que ces  » puissances de l’ombre » SI BIEN DÉCRITES LÀ,
    sont également comme très effectivement à l’oeuvre dans nos « démocratouilles » (SIC)
    aux analyses et critiques si fines …. LORSQU’IL S’AGIT D’AUTRUI !

    La manipulation et le détournement de la compréhension de l’opinion publique EST À SON ZÉNITH … CHEZ NOUS !

    LA PAILLE ET LA POUTRE HEIN ?

    Ben ouais, l’Occident s’est bati avec le christianisme, l’oublier, c’est signer son arrêt de mort ….
    NOUS SOMMES EN TRAIN DE LE FAIRE ET À VITESSE ACCÉLÉRÉE !

    VIVE NOUS !

    E LA MI.SE.RIA !!!

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  2. Si j’étais égocentrique, je penserais que cet article m’est adressé. ^^

    Le commentaire d’Antoine Clark a déjà tout dit, mais je ne vais pas me priver de paraphraser.

    En effet, il doit être possible d’exporter cet organigramme dans tous les pays moyennant des changements de noms et de cercles de pouvoir. C’est un peu moins discret en Russie, où ils en sont à l’alternance Poutine-Medvedev alors que nos démocraties libérales ont inventé l’artifice sublime du parti unique à deux têtes. Ce n’est surement pas à vous que je vais l’apprendre, Mr Bertez a surement été bien plus proche du secret des dieux que je ne le suis, lors de son passage à l’agefi.

    Malheureusement chez nous, pas de parade des vainqueurs, est-ce de la discrétion ou de la tenu? Quelques affaires passent le filtre comme la gueguerre Lauvergeon/Proglio dont les liens avec des types louche genre djouri sont décris, des affaires qu’un Khodorkovski ne renierai pas. Passons également sur les cooptations diverses et variés des différents corps de l’ENA, de leurs places réservés à la tête des grandes banques, et de leur solidarité de classe bien décrite dans « l’oligarchie des incapables » dont vous avez assuré la promotion sur ce blog.

    L’aspect aristocratie héréditaire existe également déjà chez nous et même aux états-unis caché derrières tous les narratives de success story monté en épingle, comme l’a bien montré John R. MacArthur dans « Une caste américaine ». Ses braves Russes n’en sont qu’à la tentative de la mettre en place. On a donc le temps de voir venir avant que « le système Poutine » arrive à notre niveau.

    En fait, le seul grand tord de l’oligarchie Russe, et surtout de Poutine, c’est de ne pas s’être laisser faire vassalisé par l’occident. C’est également de ne pas se faire le relais de la vulgate libérale progressiste que l’on subit chez nous.

    Pour allez plus loin, je pense qu’on peut douter de l’honnêteté intellectuel de ce groupe d’expert, notamment sur les perspectives qu’ils ont d’un Poutine pro-occidental en 2018. Parce que de mon coté, tous les informations que je trouve tendent vers une opposition de plus en plus affirmée.

    – Le bouclier antimissile américain
    – La Syrie et le blocage par tout les moyens de la pérennisation des politiques de devoirs d’ingerence, R2P, bombardement humanitaire etc…
    – L’agacement face à la politique d’agression douce des USA par le financement direct d’ONG diverses et variés qui ont été à la manœuvre dans les manifestations en Russie.
    – L’alignement des politiques étrangères des BRICS et la mise en place de structure pour contourner celle de l’occident
    – L’intégration accéléré de l’OCS
    – La renaissance du mouvement des non-alignés et le probable succès de sa réunion pourtant en Iran.

    bref, cela sent tout de même un peu le travail de commande de l’occident, pour l’occident.

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