Changes et Devises

Les banques centrales de l’Occident ont-elles épuisé leurs réserves d’or???

Les banques centrales de l’Occident ont-elles épuisé leurs réserves d’or???

L’or continue de constituer une fraction déterminante des réserves des grandes banques centrales : 8 133 tonnes aux Etats-Unis (1er rang), 3 395 tonnes en Allemagne (2ème), 2 452 tonnes en Italie (4ème derrière le FMI) et 2 435 tonnes en France (5ème). Le stock chinois (6ème) ne représente que 1,6% de ses réserves de change avec 1 054 tonnes, mais ne cesse de gonfler, comme celui de la plupart des pays émergents, notamment la Russie et bien des Etats issus de l’éclatement de l’ex-bloc soviétique. La tendance est générale : sur les trois dernières années, les banquiers centraux ont nettement renforcé leurs réserves métalliques. Bien qu’ils se déclarent défavorables, comme la plupart des économistes, au rétablissement d’un système monétaire ancré à l’or. Il en résulte ce constat paradoxal : pour toutes les banques centrales, l’or constitue une meilleure sécurité que la monnaie qu’elles émettent ou que n’importe laquelle des devises qu’elles reçoivent. Il n’est donc pas surprenant que l’opinion se préoccupe régulièrement de savoir où est stocké le trésor national, s’il est bien égal à son relevé officiel et même… s’il existe vraiment

La bagarre du sénateur américain Ron Paul, contre la FED, atteigne un stade aigu. Le Sénateur réclame (depuis… trente ans) un audit indépendant et complet de l’Institution, afin notamment de vérifier si Fort Knox détient bien les quantités d’or portées au bilan de la Banque centrale. Car certaines opérations relatives à l’or demeurent « hors bilan » : comme le prêt de métal physique, par exemple. Une opération courante, au profit des spéculateurs qui opèrent sur le marché au comptant (encouragés, prétendent certains, par la FED elle-même : l’envolée du prix de l’or n’est jamais un bon signal pour les monnaies en général et le dollar en particulier). La vente short sur le marché spot a d’ailleurs produit quelques embarras diplomatiques, quand des acheteurs (en particulier, la Banque centrale chinoise) ont exigé la livraison de leurs achats au lieu d’un « dépôt » à Londres. Pour de grosses quantités, seules les banques centrales ont le stock suffisant pour le dépannage. C’est à l’occasion de l’un de ces sauvetages d’urgence que les Chinois ont constaté que leurs barres d’or étaient en réalité… du tungstène (même masse volumique que l’or).

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Selon la légende, 16 000 tonnes de lingots de 400 onces (le poids exact d’une « barre » d’or) auraient été fondus sous l’administration Clinton et gentiment décorés à l’or fin. Dont une bonne partie serait présentement logée à Fort Knox (information non vérifiable), le reste ayant été dispersé sur le marché (pas davantage vérifiable). Il est probable que la rumeur soit, au moins partiellement, fondée. Ce qui, dans cette hypothèse, promet des situations compliquées, un jour ou l’autre… Même les Suisses s’inquiètent : un élu revient sur la question lancinante de la localisation de l’or de la Banque nationale. Laquelle a non seulement accordé des prêts en or, mais ne détient pas l’intégralité de son stock sur le territoire helvétique. Pourquoi disperser son or en Angleterre, aux Etats-Unis ou à Hongkong ? Pour assurer « la fluidité des opérations commerciales » sur le métal, argue la BNS. Soit. L’ennui, c’est qu’un prêt n’est pas nécessairement remboursé. Surtout quand il est devenu quasi-certain que les vendeurs short de métal finiront par prendre une grosse gamelle. Et pour accepter de confier la clef du coffre à des financiers britanniques, américains ou hongkongais, il faut avoir la confiance chevillée au corps. Ou bien carburer au fendant de l’aube au crépuscule. 

Jean-Jacques JUGIE/Les Echos Judiciaires Girondins 15/10/2012

EN COMPLEMENT : Des quantités énormes de lingots d’or se retrouvent profondément enfouies dans les salles des coffres des banques centrales de l’Occident… du moins, c’est ce que celles-ci prétendent toutes. Les lingots d’or font partie de leurs réserves respectives de devises, lesquelles comprennent toutes les monnaies fiduciaires habituelles, comme le dollar, la livre, le yen et l’euro.

On estime qu’ensemble, le Fonds monétaire international (FMI) de même que les gouvernements et les banques centrales des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon, de la Suisse et de la zone euro détiennent une quantité impressionnante de 23 349 tonnes d’or dans leurs réserves respectives, soit une somme équivalant à 1,3 billion de dollars au prix actuel de l’or. Toutefois, à part la quantité en tonnes suggérée, nous n’avons que très peu d’information concernant l’or qui compose cette pile massive de marchandise. Les banques centrales de l’Occident ne dévoilent presque rien à ce sujet, que ce soit l’endroit où ces lingots sont entreposés, la forme dans laquelle ils se retrouvent ou la mesure dans laquelle ces réserves d’or sont utilisées à d’autres fins. On nous dit que tout y est, mais les banques centrales ont déployé très peu d’efforts pour fournir des précisions autres que les références arbitraires que nous retrouvons dans les différents rapports financiers afférents aux réserves.

Il y a une douzaine d’années, très peu de gens se souciaient de la façon dont les banques centrales utilisaient leurs lingots d’or. À l’époque, l’or avait été aux prises avec un cycle baissier pendant 20 ans et, à 255 $ l’once, il suscitait très peu d’intérêt. Il semblait tout à fait logique pour les gouvernements occidentaux de prêter leurs réserves d’or (ou, dans le cas du Canada, leur vente pure et simple) afin de dégager un revenu d’intérêt de leurs placements. Et c’est exactement ce que de nombreuses banques centrales ont fait de la fin des années 80 à celle de la première décennie du nouveau millénaire. Les temps ont cependant changé et aujourd’hui, il est essentiel de savoir ce qu’elles font de leurs réserves et où elles les conservent. Pourquoi? Parce que les pays en question sont tous excessivement endettés et impriment de l’argent en toute insouciance. Il serait rassurant de savoir qu’elles détiennent toujours cette « relique barbare » quelque part, accumulant la poussière, juste au cas où leurs politiques concertées d’assouplissement monétaire ne produiraient pas les résultats escomptés.

Il pourrait être intéressant pour vous de savoir que les ventes d’or des banques centrales étaient en fait au coeur de la thèse originale de placement qui a initialement suscité notre intérêt à l’égard de l’or en 2000. Nous en avons appris l’existence par l’entremise de M. Frank Veneroso, qui a publié, en 1998, un excellent rapport sur le marché aurifère intitulé, à juste titre, « The 1998 Gold Book Annual ». Dans ce rapport, M. Veneroso faisait référence au fait que les ventes d’or des banques centrales avaient artificiellement abaissé l’ampleur de la demande d’or aux environs de 1 600 tonnes par année (dans un marché dont l’offre se situe aux environs de 4 000 tonnes sur une base annuelle). Des 35 000 tonnes que les banques centrales prétendaient officiellement détenir à l’époque, M. Veneroso estimait que leur stock d’or physique était déjà en baisse de 18 000 tonnes. De plus, il a émis l’hypothèse voulant que le marché aurifère soit appelé à entamer une remontée robuste une fois que les banques centrales auraient écoulé leur stock d’or destiné à la vente… et il avait entièrement raison, et ce, même si les banques centrales ont continué d’être des « vendeuses nettes » d’or pendant de nombreuses années par la suite.

Bien que le marché haussier de l’or ait continué de progresser pendant les années 2000, les banques centrales ne sont pas devenues des acheteuses nettes d’or physique avant 2009, ce qui a coïncidé avec le moment où l’or a dépassé la marque des 1 000 $ US l’once. La totalité de ces achats ont toutefois été effectués par les banques centrales du monde non occidental, soit par des pays comme la Russie, la Turquie, le Kazakhstan, l’Ukraine et les Philippines, qui continuent d’acheter de l’or depuis. Selon Thomson Reuters GFMS, agence de recherche sur les métaux précieux, les banques centrales du monde non occidental ont acheté 457 tonnes d’or en 2011, et on prévoit qu’elles en achèteront 493 tonnes additionnelles cette année, à mesure qu’elles augmenteront leurs réserves1. Selon nos estimations, elles en achèteront encore plus2. De leur côté, les banques centrales de l’Occident ont essentiellement gardé le silence à ce sujet et n’ont publié aucun chiffre de vente ou d’achat depuis les trois dernières années. Bien qu’il y ait un « Accord sur les avoirs en or des banques centrales » portant sur les ventes d’or des banques centrales de l’Eurosystème, de la Suède et de la Suisse, celui-ci ne parle pas des ventes d’or effectuées par les entités qui sont supposées détenir les stocks les plus importants de ce métal précieux3. Le silence en dit long.

Au cours des dernières années, nous avons recueilli des données concernant l’évolution de la demande physique d’or. Le taux de croissance annuel soutenu de la demande de lingots d’or nous a rendus de plus en plus perplexes à l’égard de l’offre. L’offre annuelle provenant des mines d’or du monde (sauf celles de la Russie et de la Chine, qui n’exportent pas leur production interne) est en fait inférieure à ce qu’elle était en 2000, et aucun vendeur important d’or physique n’a été signalé publiquement depuis près de deux ans, soit depuis que le FMI a annoncé sa vente de 403 tonnes d’or en décembre 20104. Compte tenu de l’accroissement important de la demande physique que nous avons observé au cours des dix dernières années, particulièrement d’acheteurs asiatiques, nous nous contenterons de dire que nous ne savons pas d’où provient cet approvisionnement d’or… mais il doit provenir de quelque part.

Pour vous donner une idée de l’ampleur de l’augmentation de la demande d’or physique au cours des dix dernières années, nous avons dressé une liste de certains acheteurs d’or physique et calculé la variation nette dans la demande annuelle, en tonnes, entre 2000 et 2012 (consulter le Tableau A).

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TABLEAU A
 Les chiffres sont exprimés en tonnes métriques. 
† Sources : CBGA1, CBGA2, CBGA3 (CBGA est l’acronyme anglais pour l’Accord sur les avoirs en or des banques centrales), statistiques du Fonds monétaire international, estimations de Sprott. 
†† Sources : Monnaie royale canadienne et Monnaie américaine. 
††† Comprend les fonds communs de placement à capital fixe, comme la Fiducie d’or physique Sprott et le Central Fund of Canada. 
^ Sources : World Gold Council, estimations de Sprott. 
^^ Source : World Gold Council, estimations de Sprott. 
^^^ Indique l’augmentation annualisée au cours des huit dernières années.

Comme vous pouvez le constater, la demande combinée de seulement cinq sources distinctes s’est traduite par une variation nette de la demande d’or physique de 2 268 tonnes au cours des 12 dernières années – ce qui veut dire qu’il y a, aujourd’hui, une « nouvelle » demande équivalant à environ 2 268 tonnes par année qui n’existait pas il y a 12 ans. Selon le CPM Group, l’un des plus importants organismes compilant des statistiques sur l’or, l’offre annuelle totale d’or sera d’environ 3 700 tonnes cette année. De ce montant, le World Gold Council estime qu’une somme de seulement 2 687 tonnes proviendra de la production minière, alors que le restant tirera son origine de débris d’or recyclés, issus principalement de vieux bijoux5. (Veuillez consulter la remarque 5). Les organismes qui compilent les données ont tendance à insister sur le fait que, chaque année, la demande totale d’or physique correspond exactement à son offre, et ils utilisent les « Placements nets privés » pour combler la différence entre la demande qu’ils attribuent à l’industrie, aux bijoux et aux « transactions officielles » des banques centrales et leur estimation de l’offre annuelle (qui est relativement vérifiable). Bien que la valeur attribuable aux « Placements nets privés » soit implicite, elle ne mesure pas la demande d’achat annuelle et réelle du métal précieux à des fins de placement. Si des données plus exactes étaient présentées aux sommaires de la demande de ces organismes, celles-ci révèleraient un écart énorme, la demande dépassant nettement leur estimation de l’offre annuelle. En fait, nous savons que la demande excèderait l’offre en se basant strictement sur les importations d’or de la Chine en provenance de Hong Kong, qui, à ce jour en juillet, affichaient une hausse de 458 tonnes, ce qui représente une augmentation de 367 % par rapport aux achats effectués par la Chine au cours de la même période l’an dernier. Si la Chine continue d’importer l’or à ce rythme cette année, les importations d’or jaune de ce pays pourraient toucher les 785 tonnes d’ici la fin de l’année. Il s’agit là de 785 tonnes pour un marché dont l’offre minière représentera uniquement, selon toute attente, environ 2 700 tonnes, et ce, pour un acheteur seulement.

À cela s’ajoutent tous les acheteurs privés, dont les achats ne sont pas publiés ni compilés, comme ceux de Greenlight Capital, fonds de couverture géré par M. David Einhorn, qui aurait acheté de l’or physique d’une valeur de 500 millions de dollars depuis 2009. Ou les 1 milliard de dollars d’or physique achetés par la University of Texas Investment Management Co. en avril 2011… ou la panoplie d’autres investisseurs privés (comme les cheiks de l’Arabie saoudite, les milliardaires russes, l’auteur de cette publication, probablement bon nombre de nos lecteurs, etc.) qui ont ajouté de l’or physique à leur portefeuille de placements au cours des dix dernières années. Les rapports des agences de recherche ne tiennent jamais compte de ces « placements privés » dans les calculs de la demande d’or à des fins de placement, bien que ceux-ci soient de vrais achats d’or physique, et non de parts de FNB ou de « certificats » d’or. Ces placements nécessitent que de vrais lingots d’or physiques soient livrés à l’acheteur. Donc, une fois que nous reconnaissons l’ampleur de l’écart entre la demande réelle d’or physique et l’offre annuelle de cette marchandise, il faut évidemment se demander : qui sont ces vendeurs livrant les lingots d’or afin de répondre à l’énorme augmentation dans la demande physique de la marchandise? Quelles entités émettent cet or physique sur le marché sans le déclarer? D’où proviennent tous ces lingots d’or?

Il n’y a qu’un seul candidat possible : les banques centrales de l’Occident. Il se pourrait fort bien qu’une importante quantité de l’or physique actuellement vendu aux nouveaux acheteurs provienne des banques centrales de l’Occident. Ces dernières sont les seuls détenteurs d’or physique en mesure de fournir de l’or d’une façon et selon des quantités qui ne peuvent pas facilement faire l’objet d’un suivi. Ce sont également les décisions de ces mêmes institutions qui ont initialement incité les investisseurs à se tourner une fois de plus vers l’or. Après tout, l’or les protège contre leur irresponsabilité collective – dont ces institutions font allégrement preuve depuis les dix dernières années, particulièrement depuis 2008.

Si, en réalité, les banques centrales de l’Occident prêtent leurs réserves physiques d’or, elles n’auraient pas à divulguer la quantité précise qui quitte leurs salles des coffres respectives. Selon un document présenté sur le site Web de la Banque centrale européenne (BCE) concernant le traitement statistique des réserves internationales de l’Eurosystème, les directives actuellement en vigueur en matière de présentation de rapports n’exigent pas que les banques centrales établissent la différence entre l’or détenu entièrement ou l’or prêté à d’autres parties ou échangé avec celles-ci. Le document indique que : « les transactions réversibles portant sur l’or n’ont aucun effet sur les niveaux d’or monétaire, et ce, quel que soit le type de transaction (c’est-à-dire les échanges d’or, les mises en pension, les dépôts ou les prêts), ce qui est conforme avec les recommandations incluses dans les lignes directrices publiées par le FMI6. » Ainsi, selon les directives actuelles, les banques centrales peuvent continuer de présenter l’or physique à leur bilan même si la totalité de la marchandise a fait l’objet d’échanges ou de prêts. Il suffit d’observer la façon dont les banques centrales de l’Occident désignent leurs réserves d’or. Le gouvernement britannique, par exemple, les décrit comme suit : « Or (y compris l’or échangé ou ayant fait l’objet de prêts). » Il s’agit de l’expression qu’il utilise textuellement dans ses états financiers officiels. Le Trésor américain et la BCE utilisent la même terminologie, avec la mention de « Or (y compris les dépôts en or et, le cas échéant, l’or échangé) » et de « Or (y compris les dépôts en or et l’or échangé) », respectivement (consulter le Tableau B). Malheureusement, la description n’est pas plus détaillée, chaque institution financière ne présentant pas le pourcentage de leurs réserves d’or qui est détenu en or physique par rapport à la proportion d’or qui a été prêtée ou échangée pour autre chose. Le fait que les institutions financières ne fassent pas la distinction entre les deux est incroyable (Note du rédacteur : l’expression « y compris les dépôts en or » qu’elles utilisent est tout aussi incroyable – à quoi d’autre le mot « Or » est-il sensé faire référence?), mais en même temps, ce n’est pas du tout surprenant. Les banques centrales porteraient atteinte à leur crédibilité si elles admettaient qu’elles prêtaient leurs réserves d’or à des banques intermédiaires de lingots, qui vendaient par la suite leur or à la Chine, par exemple. Mais les statistiques suggèrent fortement que c’est exactement ce qui s’est passé. L’or des banques centrales est probablement disparu, et les banques de lingots qui l’ont vendu n’ont réellement aucune chance de le récupérer.

TABLEAU B

ChartB_FR.gif
Sources :
1) http://www.bankofengland.co.uk/statistics/Documents/reserves/2012/Aug/tempoutput.pdf
2) http://www.treasury.gov/resource-center/data-chart-center/IR-Position/Pages/08312012.aspx
3) http://www.ecb.int/stats/external/reserves/html/assets_8.812.E.en.html
4) http://www.boj.or.jp/en/about/account/zai1205a.pdf
5) http://www.imf.org/external/np/exr/facts/gold.htm
6) http://www.snb.ch/en/mmr/reference/annrep_2011_komplett/source 

Remarque :
Données de la BCE à ce jour en juillet 2012. Les données de la Banque du Japon sont présentées au 31 mars 2012.
* Les réserves de la BCE regroupent les réserves détenues par la BCE, la Belgique, l’Allemagne, l’Estonie, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, la France, l’Italie, Chypre, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, l’Autriche, le Portugal, la Slovénie, la Slovaquie et la Finlande.
** La Banque du Japon ne présente que ses réserves d’or à la valeur comptable et elles sont exprimées en yens.

Notre analyse du marché de l’or physique démontre que les banques centrales ont probablement été des fournisseurs « clandestins » d’or physique et elle laisse nettement entendre que leurs réserves d’or sont aujourd’hui négligeables. Si les conclusions de M. Frank Veneroso se rapprochaient, si ce n’est qu’un tantinet, de la réalité en 1998 (et nous estimons que c’était le cas), jumelées à la variation nette de 2 300 tonnes de la demande annuelle, que nous avons facilement identifiée dans l’analyse ci-dessus, on peut en conclure qu’une importante partie des réserves de 23 000 tonnes d’or déclarées par les banques centrales occidentales ne sont simplement qu’une entrée comptable à leur bilan – sans actifs tangibles à l’appui autre que la reconnaissance de dette de la contrepartie ayant emprunté de ces banques dans les années passées. À ce stade-ci, nous ne croyons pas que ces banques centrales seront en mesure de récupérer leur or sans rencontrer d’énormes problèmes, particulièrement si le métal précieux en question a entièrement quitté leur pays. On ne peut que se demander également quelle quantité d’or a été « hypothéquée de nouveau » en cours de route, au sein du système des banques centrales, puisque ces dernières semblent si réticentes à dévoiler tout détail pertinent à l’égard de leurs réserves susceptible de faire la lumière sur les divers « échanges » et « prêts » qu’elles prétendent avoir conclus. Nous pourrions également affirmer que si une vérification adéquate des réserves d’or des banques centrales occidentales était effectuée, comme l’indique la toute dernière proposition de M. Ron Paul suggérant d’effectuer une vérification de la Réserve fédérale américaine, le chat sortirait du sac, et les répercussions sur le prix de l’or seraient explosives.

Malgré le récent enjouement d’intervenants comme Bill Gross (PIMCO), Ray Dalio (Bridgewater) et Ned Davis Research pour l’or, nous reconnaissons que bon nombre d’importants investisseurs institutionnels ne sont pas encore à l’aise avec ce sujet. Nous convenons également que certains lecteurs pourraient tenir peu compte d’une analyse du marché aurifère faisant allusion à un « complot ». Nous ne parlons toutefois pas de conspiration ici, mais bien de stupidité. Après tout, les banques centrales occidentales ont probablement l’impression que l’or qu’elles ont échangé et prêté leur appartient toujours, légalement, et techniquement, c’est probablement le cas. Mais si le scénario que nous suggérons s’avérait exact, et que ces réserves ne leur appartenaient pas, qu’elles n’étaient pas physiquement en leur possession… et bien rien ne va plus avec l’avenir de notre système monétaire. Selon les règles générales du bon sens, quiconque lance un programme de mesures d’assouplissement illimitées qui cible le taux d’emploi (se reporter à la troisième ronde de mesures d’assouplissement quantitatif) a intérêt de pouvoir s’appuyer sur le renfort voulu au cas où la mention « illimitées » finirait par vraiment vouloir dire « illimitées ». Nous espérons que cela ne soit pas le cas, si ce n’est que pour protéger notre système monétaire, mais compte tenu de notre analyse du marché de l’or physique, nous conserverons nos lingots d’or et serons rassurés de savoir qu’ils demeurent intacts, accumulant encore plus de poussière dans nos salles des coffres.

Par Eric Sprott et David Baker sep12

1  http://www.bloomberg.com/news/2012-09-04/central-bank-gold-buying-seen-reaching-493-tons-in-2012-by-gfms.html
2  Veuillez consulter les remarques du Tableau A.
3 http://www.gold.org/government_affairs/reserve_asset_management/central_bank_gold_agreements/
4 http://www.imf.org/external/np/exr/faq/goldfaqs.htm
5   Les estimations afférentes à l’offre minière ont été fournies par World Gold Council; les données à ce jour concernant la production minière d’or indiquent que l’offre totale
d’or provenant du secteur minier pour 2012 sera inférieure, se situant aux alentours de 2 300 tonnes, compte non tenu de la production russe et chinoise. De plus, selon un
nouveau rapport récemment publié par M. Frank Veneroso, l’approvisionnement en débris d’or recyclés pourrait considérablement diminuer dans l’avenir en raison de la baisse
des stocks de déchets industriels et du fait que les bijoux ont été conservés pendant de longues périodes au cours des dix dernières années.
6  http://www.ecb.int/pub/pdf/other/statintreservesen.pdf

5 réponses »

  1. Le rasoir d’Occam nous dit qu’il s’agit plus de bêtise et de négligence que d’un complot planétaire. De plus, compte tenu des actions des banques centrales la bêtise est avérée.

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  2. Très bon article. Je remercie aussi l’auteur de ne pas mettre de mots d’anglais quand les mots français existent par exemple banque de lingots plutôt que bullion bank, etc.

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