Afrique

Géopolitique: En chinois, pétrole se dit «shiyou»

Géopolitique: En chinois, pétrole se dit «shiyou»

En décembre dernier, la Chine a pour la première fois devancé les Etats-Unis comme principal importateur de pétrole au monde. Grâce à la fracturation hydraulique, Washington devrait assurer l’autarcie énergétique d’ici à 2030. A l’inverse, Pékin va se montrer de plus en plus gourmand de pétrole étranger. Un renversement qui devrait avoir de profondes répercussions sur les priorités géostratégiques des deux pays

Dans l’inflation de chiffres qui accompagnent la montée en puissance de la Chine, certains sont moins flatteurs que d’autres. La deuxième économie mondiale est récemment devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre (par habitant, elle reste toutefois loin derrière les pays occidentaux). Le smog récurrent de Pékin est désormais l’un des symboles de cette nouvelle Chine en construction – comme on disait au début de l’ère communiste. Plus spectaculaires, les statistiques livrées cette semaine par l’Agence internationale pour l’énergie (AIE) indiquent que, pour la première fois, la Chine s’est placée devant les Etats-Unis comme principal importateur de pétrole. Un monde bascule.

 Pour être précis, ces données ne concernaient que le mois de décembre. Durant l’année 2012, les Etats-Unis ont importé en moyenne 7,41 millions de barils par jour contre 5,40 millions pour la Chine. Mais le rattrapage s’accélère. Les experts s’accordent à dire que la Chine devrait être le premier importateur de brut dès 2014 ou 2015 au plus tard, ce qui aura des implications géopolitiques majeures. Sont en jeu la course à de nouveaux marchés d’approvisionnement, la sécurisation des routes maritimes et des ajustements diplomatiques répondant aux impératifs énergétiques.

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Deux raisons expliquent ce basculement. Côté américain, les nouvelles technologies de fragmentation hydraulique pour l’extraction des hydrocarbures ont permis une deuxième révolution pour les producteurs locaux. La dépendance envers les marchés d’approvisionnement étrangers décroît en conséquence. A tel point que l’on prévoit aujourd’hui que les Etats-Unis seront autosuffisants en matière énergétique d’ici à 2030. L’extraction pétrolière chinoise, à l’inverse, du moins dans son bassin historique de Daqing, arrive peu à peu à épuisement alors que la croissance économique se maintient au-delà de 7% par an. Pékin s’est lancé depuis des années dans une course aux nouveaux forages, en particulier dans le nord-ouest du pays. Mais on est loin du compte: en 2013, 60% de sa consommation de pétrole sera importée.

 Cette inversion de tendance a pour conséquence très concrète un retrait américain des régions riches en hydrocarbures permettant une redéfinition des objectifs nationaux. C’est ce qui explique en partie la stratégie du pivot initiée par Barack Obama: désengagement progressif du Proche-Orient pour se focaliser sur le Pacifique. A l’inverse, Pékin va devoir renforcer ses alliances avec les pétromonarchies du golfe Persique tout en cherchant à diversifier au mieux ses sources d’approvisionnement. L’axe Pékin-Téhéran-Caracas est l’une des illustrations des réalignements possibles (la Chine pleure la mort d’Hugo Chavez, considéré comme «un grand ami»). La ruée chinoise vers l’Afrique, il y a dix ans, était déjà motivée par la soif du pétrole. De manière plus significative encore, la Chine et la Russie ont vu leurs relations se réchauffer comme jamais auparavant, avec les hydrocarbures comme principal liant aux discussions. De même l’affirmation toujours plus pressante de la souveraineté de Pékin sur l’essentiel des eaux et îlots de la mer de Chine du Sud et de la mer de Chine de l’Est s’explique-t-elle par la volonté de s’assurer la mainmise de fonds marins supposés riches en hydrocarbures, que revendiquent par ailleurs de nombreux voisins. 

Depuis près de cinquante ans, les Etats-Unis étaient le principal importateur mondial de pétrole. Pour assurer son approvisionnement, Washington n’a pas hésité à déclencher des guerres ouvertes (deux fois en Irak) ou de l’ombre, que ce soit au Proche-Orient, en Afrique ou en Amérique latine. L’autarcie pétrolière annoncée de l’unique superpuissance ne mettra pas fin à son interventionnisme, mais ce sera en fonction de nouvelles considérations, en quête d’autres ressources naturelles. A l’inverse, Pékin sera toujours plus contraint de s’engager sur le plan international pour sécuriser ses besoins en hydrocarbures. La tentation de s’assurer la présence d’alliés à la tête de pays jugés prioritaires pourrait être grande. On observe les prémices de cette politique interventionniste en Afrique.

Par Frédéric Koller/Le Temps 9 Mars2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/461bab46-881d-11e2-9d94-19104cc21ce0%7C0

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