BFM

Philippe Béchade(Agora)/ BFM – Vendredi, c’était le jour de mes sorcières bien aimées- Des records du marché actions justifiés ?

Philippe Béchade(Agora)/ BFM – Vendredi, c’était le jour de mes sorcières bien aimées- Des records du marché actions justifiés ?

Les traders à haute fréquence menacent de faire sauter la bourse 

 Par Frédéric Lelièvre, chef de la rubrique Economie & Finance du «Temps» et François Pilet, chef de la rubrique Economie du «Matin Dimanche»

En une décennie, des financiers d’un nouveau genre ont pris le contrôle de la bourse. Les traders à haute fréquence achètent et vendent à la vitesse de la lumière. Ils jurent fluidifier les rouages de la finance. Ils menacent pourtant de gripper l’économie tout entière. Telle est la thèse d’un livre-enquête à paraître le 13 mars. Extrait.

EN LIENS: http://krachmachine.fr/?page_id=2

http://blogs.lecho.be/fairtrade/2013/03/la-faille-inqui%C3%A9tante-de-bats.html#ixzz2NgY56Udm (Et d’une manière générale l’excellent et incontournable Blog de Jennifer Nille Fair Trade spécialisé sur toutes les questions afférentes au Trading à Haute fréquence) 

B A S I L D O N. Les lettres capitales, blanches, se dressent sur une petite butte tapissée d’herbe à l’entrée de cette ville en banlieue de Londres. «On dirait les mêmes lettres qu’à Hollywood, en moins grand», plaisante Tariq Rashid. Confortablement assis à l’arrière d’une grosse berline noire, il indique la route au chauffeur, un peu perdu malgré son GPS. Tariq Rashid, lui, a l’habitude. Cadre de NYSE Euronext, la bourse qui regroupe notamment celles de New York, Paris et Amsterdam, il vient ici tous les mois. Pour s’assurer que ses clients, les traders à haute fréquence, ne manquent de rien dans ce qu’il appelle le «centre européen de liquidité». La formule désigne en réalité le cœur même de la bourse où sont cotées Bouygues, LVMH ou Total.

Depuis longtemps, le Palais Brongniart, à Paris, ne sert plus qu’à des conférences. La corbeille a fermé en 1987. Désormais électroniques, les transactions boursières ont été se loger dans les ordinateurs de la bourse de Paris installés notamment à Aubervilliers, en banlieue nord. Fin 2010, ces serveurs sont regroupés en Angleterre, première place financière européenne. A Basildon, ils ont pris place dans un bâtiment réputé ­ultra-sécurisé et équipé des dernières technologies de communication. Là, dans une zone industrielle de cette cité de 200 000 habitants reconstruite après la Seconde Guerre mondiale, bat désormais le cœur du plus grand marché d’actions et de produits dérivés européen. Et dont le sang irrigue directement les machines surpuissantes des nouveaux vampires de la finance, les traders à haute fréquence.

PLUS DE HFT EN SUIVANT:

Comme aux JO

[…] Tariq Rashid parcourt sa présentation, «NYSE Euronext welcomes you to the Basildon liquidity center». Assise à l’avant, une attachée de presse vérifie ses e-mails sur son BlackBerry tout en écoutant l’interview. La circulation, dense pour ce milieu de matinée ensoleillée d’octobre, ralentit le véhicule parti de la gare de King’s Cross, au centre de Londres. Elle laisse tout le loisir à Tariq de présenter son Basildon, et sa sophistication. «Aujour­d’hui, le trading est indissociable de la technologie», s’enthousiasme ce scientifique de formation. Recruté à la fin des années 80, à sa sortie de l’université, par le service des armes atomiques du Ministère britannique de la défense, cet Anglais d’origine indienne a ensuite rejoint la bourse de Londres, pour laquelle il a travaillé pendant presque quinze ans. Avant d’être débauché par Euronext en décembre 2008, dans le but de participer à la naissance du centre de Basildon.

«Au départ, 120 sites avaient été mis en concurrence, rappelle-t-il. Le choix a été fait en croisant des conditions de taille, de stabilité du terrain, ou encore d’accessibilité en transports, d’énergie.» Pour la sécurité, obsession de NYSE Euronext dès lors que la bourse doit fonctionner en tout temps, Basildon présentait un avantage: ne figurer sur aucun couloir aérien. Le bâtiment et ses équipements sont classés «tier 4», la note la plus élevée d’une norme américaine de fiabilité des centres de données. Ouverte fin 2010, l’installation fait partie d’une stratégie mondiale qui connecte tous les serveurs du groupe américano-européen. Aux Etats-Unis, celui de Mahwah, autre banlieue perdue, de New York cette fois, est d’ailleurs le frère jumeau de Basildon. Au total, NYSE Euronext a investi près d’un demi-milliard de dollars dans ces deux bâtiments. Une somme qui illustre la course aux armements que se livrent les acteurs de cette nouvelle finance, une course pour passer les ordres d’achat ou de vente en quelques microsecondes, des milliers de fois plus vite qu’un clignement de paupières.

La berline file maintenant sur l’autoroute qui borde le Parc olympique. Vous avez renforcé la sécurité pendant les JO de Londres? «Inutile, on est toujours en sécurité maximale», répond Tariq du tac au tac. Encore une bonne heure de route vers l’est de Londres. Enfin, la voiture contourne un bâtiment de quelque 300 mètres de long. Protégé par une double rangée de grilles, équipées de détecteurs de présence, il fait 30 000 mètres carrés au sol, grand comme six terrains de football. «Avant, il servait d’entrepôt à un groupe de la grande distribution. Nous n’avons pas changé son apparence extérieure», indique Tariq.

A l’étage, Dave Bruce se prépare à faire le guide. Il distribue des gilets de sécurité orange fluo. Le sien est en polaire, plus confortable. Cet ingénieur de formation a participé à la conception puis à la construction du «centre de liquidité» où travaillent une soixantaine de personnes. A présent, il est notamment le responsable des bâtiments de NYSE Euronext en Europe.

«Bomb proof»

Une carte passée devant un capteur déverrouille une lourde porte blanche, épaisse de 20 centimètres. Dave tire sur la poignée et laisse apparaître un immense espace qui fait penser à un parking, sans voiture. Peint en vert, le sol est d’une propreté presque clinique. Des marques jaunes dessinent de larges places de stationnement. Aucun ordinateur, aucun serveur ne les occupent. En revanche, de grosses machines, bleues à droite, blanches à gauche, vibrent avec régularité. Dave commence ses explications: «Ici, nous sommes dans la partie technique. C’est là qu’arrive l’alimentation électrique, et l’eau qui sert à refroidir les machines de la bourse. Elles, vous les verrez à l’étage au-dessus.»

Chaque couleur correspond à un raccordement, au réseau électrique et au réseau d’eau. Tout est doublé, au cas où un système lâcherait. «Non, vous ne pouvez pas photographier, mais c’est gentil d’avoir demandé la permission», sourit l’attachée de presse.

Dans un anglais rapide, Dave débite les prouesses techniques de son bâtiment, conçu pour répondre aux exigences des traders à haute fréquence et de leurs ordinateurs gourmands en énergie. «Tout est prévu en cas de coupure de courant, explique-t-il en relevant ses petites lunettes. Si elle dure moins de 200 millisecondes, l’énergie qui tourne dans le système peut nous suffire. Après, nous avons les batteries qui prennent le relais, poursuit-il en entrant dans une autre pièce remplie de centaines de boîtes jaunes qui ressemblent à des batteries de voiture. Cela nous donne dix minutes pour lancer nos générateurs diesel, installés dehors. Pendant ce temps, la glace que nous stockons permet d’assurer le bon fonctionnement du système de refroidissement.» Dave ­affiche sa confiance dans ses installations, capables de résister au pire, comme la plus grande coupure de courant qu’a connue la Grande-Bretagne: «C’était en 1987. Elle a duré quatre heures.» Il s’arrête soudain devant des tableaux électriques Schneider hauts de 2 mètres. «C’est français, ça. J’ai été voir à Grenoble comment ils les fabriquaient!» se souvient- il en faisant un clin d’œil.

Le saint des saints de la bourse, les rangées de serveurs, ce n’est pas encore pour tout de suite, même si Tariq regarde l’heure qui passe sur sa montre. Il franchit une autre double porte blanche et emprunte un escalier accroché au côté du «bunker». «Vous pouvez dire «bunker» parce que c’est bien bomb proof, résistant aux bombes, confirme Dave. Les murs font jusqu’à 40 centimètres d’épaisseur.» Invisible de la rue, ce blockhaus blanc a été construit en toute discrétion à l’intérieur même de l’ancien entrepôt, dont les murs et le toit servent essentiellement de camouflage.

La «colo»

[…] Dave passe le relais à Lee Evans. Le jeune responsable technique du centre de données déverrouille la porte du hall 1, situé pile au-dessus des machines bleues et blanches du début de la visite. Le bruit surprend. Comme un essaim d’abeilles. L’odeur aussi, odeur du neuf qui se dégage de l’emballage d’un appareil électroménager. Pas de fenêtre, de longs couloirs, bordés d’armoires noires qui montent jusqu’au plafond. Ce sont les serveurs. «Pas ceux de la bourse, je vous les montre après dans le hall 2. Ici, nous sommes à la «colo», clame Lee pour bien se faire entendre. La colonie? «Non, la colocation. Cela veut dire que nos clients, hedge funds ou traders à haute fréquence entre autres, louent ici un espace dans lequel ils placent leurs bécanes au plus près des nôtres.»

Dans la voiture, un peu plus tôt dans la matinée, Tariq avait donné plus d’explications. La colocation, «c’est une sorte de service immobilier, résumait-il. Il y a six ou sept ans, aux Etats-Unis, lorsque le trading est devenu électronique, certaines entreprises ont déployé des stratégies de négociation qui misaient sur la vitesse des transactions. La distance physique les séparant des serveurs de la bourse est devenue un enjeu pour elles. En se rapprochant, elles pouvaient traiter avec une latence [le temps entre l’émission d’un ordre et son exécution] très faible et n’étaient pas désavantagées par la localisation physique de leurs bureaux. Ces firmes ont alors demandé aux bourses un espace au plus près de leurs serveurs.» Au début, c’était «plutôt basique et très cher, notait Tariq. La première génération de colocation consistait généralement en une salle construite à la hâte à côté des serveurs de la bourse. La place était limitée, si bien que ceux qui arrivaient les premiers étaient avantagés. A Basildon, nous avons construit la colocation de deuxième génération; ce qui se fait de mieux dans le genre. Nous garantissons le même temps d’accès à nos matching engines [ces ordinateurs dans lesquels s’exécutent les transactions boursières] à partir de notre hall de colocation: 37 microsecondes. C’est très peu.» […]

La colocation du hall 1 occupe 900 mètres carrés, pour 300 cabinets à serveurs. Pourtant, aucun nom ne figure nulle part, si ce n’est celui des fabricants de matériels informatiques. Impossible de savoir quelles armoires occupent les stars du négoce à haute fréquence, les Citadel, Getco, Optiver ou encore Sun Trading. NYSE Euronext ne communique pas l’identité des colocataires. […]

La berline noire aux sièges en cuir stationne de nouveau devant la grille. En montant à bord, Tariq demande: «Au fait, comment avez- vous rencontré Roland?» Roland Bellegarde est le vice-président exécutif du groupe de NYSE Euronext, chargé des activités européennes de négociation cash et de cotation. Une semaine plus tôt, le Français avait accepté un entretien pour nous donner le point de vue du groupe sur le négoce à haute fréquence, ce à quoi Tariq n’est pas habilité. Morceaux choisis:

– Qui sont ces traders qui agissent pratiquement à la vitesse de la lumière?

Roland Bellegarde: Des participants de marché qui investissent pour leur propre compte, qui n’ont pas de clients. Ils achètent et vendent à haute fréquence, mais en fin de journée ils ne détiennent plus de titres, leurs positions sont à zéro.

– Et ce sont de gros clients pour vous…

En Europe, le négoce à haute fréquence représente environ 30% du marché, un chiffre relativement stable depuis un an, en bonne partie en raison de l’incertitude réglementaire actuelle. Pour nous, ils ne représentent pas notre première source de revenu, mais ils sont importants parce qu’ils produisent un effet d’entraînement sur les autres investisseurs. Grâce à leur vitesse, ils affichent les meilleurs prix et ainsi attirent les volumes et les marchés vers les plateformes où ils opèrent. Or ils peuvent, contrairement aux banques ou autres intermédiaires financiers, qui ne font pas de la haute fréquence, passer d’une plateforme à l’autre sans autre justification que les opportunités de gain et quand ils le souhaitent, parce qu’ils ne rendent pas de comptes à des clients. Pour nous, il n’est pas facile de gagner de l’argent avec des clients aussi volatils.

Les défenseurs de la haute fréquence soutiennent avoir fait baisser les coûts de transaction. Est- ce vrai?

Cette baisse, de 30 à 40% depuis 2007 selon nos estimations, ne vient pas du négoce à haute fréquence. Elle s’explique d’abord par la concurrence créée par MiFID entre places boursières.

– Cette technologie produit des krachs aux Etats-Unis. Epargnée jusqu’ici, l’Europe est-elle menacée?

La structure des marchés est différente. Les Etats-Unis ne disposaient pas jusqu’à ce jour des coupe-circuit que nous avons en Europe, en tout cas sur les bourses réglementées comme la nôtre. Cela dit, puisque les plateformes alternatives sont beaucoup moins encadrées réglementairement, on ne peut exclure le risque de krach, ici aussi.

Source Le Temps/Mars 2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/165824d4-8714-11e2-b02e-b10630a87b3f/Les_traders_%C3%A0_haute_fr%C3%A9quence_menacent_de_faire_sauter_la_bourse

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s