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BCE: Différents scénarios juste avant la décision monétaire

BCE: Différents scénarios juste avant la décision monétaire

La Banque centrale européenne se réunit jeudi. Les appels à une baisse des taux se multiplient. Timing crucial.

On a bien compris que le discours de Mario Draghi de septembre 2012 était fondamental et qu’il fallait tout faire pour rassurer les marchés et les Banques centrales de la zone euro. Cependant, depuis le début 2013 les investisseurs restent sur leur faim et demandent plus.

A l’instar de la Réserve fédérale américaine qui en est déjà à son 3e assouplissement quantitatif, quelles sont aujourd’hui les cartouches qui restent à la BCE pour redresser la croissance économique?

Tentative de réponse sur la forme de questions/réponses:

Euro zone unemployment

1. Y a-t-il des leçons à apprendre des dernières baisses de taux de la part de la BCE?

Oui.

Si l’on prend dans les grandes lignes les dernières évolutions de taux, l’on peut noter 4 phases très précises:

l La bulle internet

Sur une base de 3% début 1999 et encore début 2000, au moment de la création de l’euro, le principal taux directeur de la BCE augmentera jusqu’au plus haut de 4,75% à la fin de l’année 2000.

l La création de la zone euro

Le taux BCE baissera régulièrement à partir de la mi-2001, l’introduction effective de la monnaie européenne début 2002 n’interrompant pas cette tendance. Le taux de 2% sera fixé par la BCE mi-2003 et maintenu à ce niveau jusqu’à la fin de l’année 2005. En période de nette croissance on assiste ensuite à une remontée du taux «refi» jusqu’à 4% en 2007 et bientôt 4,25% en juillet 2008.

l La crise financière

A partir de la crise financière de l’automne 2008, sur le modèle des taux des autres grandes banques centrales occidentales (mais moins rapidement quand même que le taux américain), le taux BCE sera abaissé très rapidement à de multiples reprises. De 3,75% à la mi-octobre 2008, on atteint 1% en mai 2009.

Ce niveau bas sera maintenu pendant 2 ans, avant que la BCE n’estime qu’il y a une pression inflationniste assez probante pour augmenter légèrement son taux en avril puis en juillet 2011.

l La crise de la dette

Pour la première fois depuis 1999, la BCE ramènera son principal taux directeur en deçà de 1%, à 0,75%. Cette décision portera ce taux à son niveau le plus bas historique. La BCE abaissera également d’un quart de point ses deux autres taux directeurs, à savoir le taux de dépôt au jour le jour (0% contre 0,25% précédemment), ainsi que son taux de prêt marginal (1,50% contre 1,75% auparavant).

En baissant son taux, l’institution voulait ouvrir les vannes du crédit et par ricochet soutenir l’économie en zone euro, sur fond de crise de la dette et alors que plusieurs pays de la région étaient en récession et des perspectives sombres pour les autres.

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2. La situation actuelle justifie-t-elle une baisse de taux?

Non pas d’une manière fondamentale (une baisse des taux d’un quart de point n’a qu’une valeur symbolique), mais d’une manière psychologique: la BCE fera tout ce qui est dans ses pouvoirs pour soutenir la zone euro.

En ce sens, de plus en plus de responsables politiques appel Mario Draghi à une telle issue.

l L’Allemagne

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann a confirmé que la BCE pourrait abaisser davantage ses taux d’intérêt si les données économiques le justifiaient. Il fait aussi référence et une dégradation brutale du sentiment des investisseurs et des analystes en Allemagne en mars 2013.

l La… BCE!

Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, a déclaré que la BCE pourrait baisser ses taux d’intérêt encore davantage si les données macro-économiques rendaient nécessaire un tel assouplissement.

Selon la définition, la fixation par la Banque Centrale Européenne de son principal taux directeur obéit principalement à la mission principale confiée statutairement à la BCE de maintenir l’inflation (la stabilité des prix) sous la barre des 2% dans la zone euro.

La maximisation de la croissance économique et de l’emploi via la politique monétaire vient en second plan.

Cependant, nous sommes aujourd’hui en Europe dans une situation où il n’y a pas de croissance, mais pas d’inflation non plus. En ce sens et selon les récentes statistiques, nous constatons une décélération de l’inflation dans la zone euro en mars 2013.

3. Quels sont les visions des pros et des antis?

En fait, on peut considérer actuellement qu’il y a 2 «écoles».

La première pense qu’au vu des statistiques macro-économiques maussades, la situation pourrait s’aggraver ce qui justifie donc une baisse des taux. De plus, en toute logique, l’inflation devrait se confirmer sous son objectif de 2%.

La deuxième pense que la politique de Mario Draghi a toujours été dans le wait and see, c’est-à-dire que ce dernier va préférer attendre des résultats concrets des OMT (programme de rachat d’obligations souveraines) annoncés en septembre 2012 avant d’agir.

4. Peut-on déceler dans le langage de la BCE une décision imminente?

Dans le communiqué de la BCE du 4 avril, apparaît une plus grande prudence sur le diagnostic économique de la zone euro. Il intègre le repli des enquêtes conjoncturelles, y compris en Allemagne, dont la croissance semble s’essouffler à l’entrée du deuxième trimestre. La BCE réfléchit aux outils qui permettraient de transmettre le caractère accommodant de la politique monétaire à la sphère réelle.

Intéressant de noter par ailleurs l’apparition de la mention «aussi longtemps que nécessaire» pour qualifier le caractère accommodant de la politique monétaire de la BCE.

En ce sens, on se souvient alors de la fameuse phrase de la Réserve Fédérale Américaine pour confirmer que les taux resteront bas pour un bon nombre d’années («For an extended period of time»).

5. Une baisse des taux oui, mais pour aider qui?

lending and funding rate changes

Là où le bât blesse, c’est qu’actuellement, le canal du crédit est toujours bouché. Concrètement, il faut absolument continuer de prêter aux banques autant qu’elles en ont besoin et à taux fixes, afin d’éviter qu’elles soient à court de liquidité et que cela n’affecte en définitive leurs politiques de prêts à l’économie réelle.

Mario Draghi lui-même a confirmé récemment que la politique très accommodante de la BCE ne parvenait toujours pas à produire ses effets dans certaines parties de la zone euro.

Par conséquent, des entreprises situées dans des pays considérés comme stressés font face à des conditions de crédit moins bonnes que leurs concurrents du même secteur installés dans des pays «non stressés».

Pour ne rien arranger au sein des économies en difficultés, les PME y souffrent bien plus que les grandes entreprises dont l’accès aux marchés des capitaux reste plus aisé et qui dépendent donc moins du secteur bancaire.

«Cela est particulièrement déconcertant compte tenu que les PME comptent pour les trois quarts de la population active dans la zone euro», a souligné Mario Draghi.

Il faut aussi rappeler ici que lors de la dernière conférence de presse mensuelle, le président de la BCE avait indiqué que l’institution cherchait à remédier à ce problème, sans dévoiler de quelle manière elle comptait s’y prendre.

6. Est-ce que le timing est important?

Le timing n’est pas important, il est primordial!

En effet, l’important n’est pas l’ampleur de l’aide, mais son effet psychologique.

Il faut en effet admettre qu’une baisse de 25 points de base n’est fondamentalement pas importante. Malgré tout, elle confirme le fameux discours de Mario Dragui de juillet 2012: tout sera fait pour sauver la zone euro et sa stabilité.

Son impact psychologique serait donc très important.

Il s’agit cependant de ne pas attendre, car plus on attend, plus l’effet de surprise perdra de sa splendeur. Le consensus serait donc à même de demander plus.

7. Quels sont en général les effets d’une baisse de taux sur l’euro?

Une baisse (aussi faible soit elle) des taux aura un effet sur l’Euro. De manière générale, si les taux baissent, l’euro sera moins rémunérateur (dans une logique de Carry Trade) et donc moins attractif pour les investisseurs spéculatifs.

8. Au-delà de la baisse des taux, quelles sont les autres armes en possession de la BCE?

Concrètement, il y a 2 autres mesures que peut entreprendre la Banque centrale européenne, avec des effets divers pour l’économie:

l Un QE européen

Tout comme la Réserve fédérale américaine, la BCE pourrait utiliser des actifs à court terme pour financer des titres de long terme. Tout comme la Fed, grâce au différentiel de taux entre les deux types d’échéance, la BCE pourrait encaisser une marge sans avoir à supporter un risque de crédit.

Il n’y a pas actuellement de risque d’inflation, donc un rachat d’actif massif n’est pas une crainte pour le principal mandat de la BCE.

l Un nouveau Credit Easing

La BCE a, pour l’instant, mené 2 programmes de LTRO en injectant plus de 1000 milliards d’euros de prêts à 3 ans aux taux de 1% pour les banques de la zone euro. Si elle a rémunéré le dépôt des banques à 0,25%, l’on considérait cependant que le risque de crédit qu’elle assumait pouvait être élevé. Si en 2012, le bilan de la BCE était grevé par des risques de crédit importants sur lesquels elle n’avait que peu de contrôle, aujourd’hui, ce n’est plus de cas. Le risque est moins élevé.

Il faut de nouveau rappeler ici, comme l’a fait récemment Mario Draghi que le mandat ou la responsabilité de la BCE n’est pas d’entreprendre des réformes structurelles ni de consolider les budgets et encore moins de restaurer la santé du bilan des banques.

JOHN-F. PLASSARD  Mirabaud Securities/Agefi Suisse mardi, 30.04.2013

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/la-banque-centrale-europeenne-se-reunit-jeudi-les-appels-a-une-hausse-des-taux-se-multiplient-timing-crucial.html?issueUID=315&pageUID=9393&cHash=ecb2c38a7dc059c395a9b9221689f3e9

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