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Terres rares : Le retournement imprévu du verrouillage géopolitique ,la Chine passera dans un proche avenir de pur exportateur à importateur. Mutation de poids.

Terres rares : Le retournement imprévu du verrouillage géopolitique ,la Chine passera dans un proche avenir de pur exportateur à importateur. Mutation de poids.

La dépendance des fabricants de technologies dites propres aux terres rares et à l’approvisionnement chinoise défraie la chronique depuis 2009, date des premières restrictions d’exportation imposées par la Chine et renouvelées chaque année depuis. Rappelons à ce propos que les quotas d’exportation chinois – d’ailleurs non remplis – ont fait l’objet de vives attaques de la part des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Japon auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce qui vient de se prononcer en défaveur de la Chine.

Pourtant, la Chine a lancé le mois dernier un important programme d’achat de terres rares pour renforcer ses réserves stratégiques. Impliquant les six principaux producteurs de terres rares chinois (Baotou Steel Rare Earth Hi-Tech, Minmetal Rare Earth, China Nonferrous Metal Industry’s Foreign Engineering and Construction, Chinalco Rare Earth Jiangsu, Nonferrous Metals et Ganzhou Rare Earth Mineral Industry), ce programme porte sur environ 10.000 tonnes, soit pas loin de 10% du marché adressable, à des prix légèrement supérieurs aux cours en vigueur.

Tout en restant, premier producteur mondial de terres rares avec environ 85% de la production – un ratio en baisse depuis la mise en exploitation de gisements aux Etats-Unis et en Australie – et 23% des réserves mondiales, la Chine passera dans un proche avenir de pur exportateur à importateur de terres rares.

L’objectif avoué du programme d’achat chinois est de contrebalancer le déclin de la demande et des cours par un renforcement des inventaires chinois. De l’aveu même du China Daily les gisements chinois ont été surexploités et la dépendance du marché mondial aux exportations chinoises est en déclin. Les réserves chinoises, estimée à 40% des réserves mondiales il y a encore trois ou quatre ans, n’en représentent plus 23%. A noter, le programme d’achat vise les terres rares moyennes et lourdes car les terres légères restent en quantité suffisante pour satisfaire la consommation locale pendant encore un siècle déclarait Liu Yinan, vice-président de la Chambre chinoise du commerce des métaux et minéraux au China Daily.

«Le retournement de la Chine, passée d’exportateur à importateur de terres rares moyennes et lourdes, se justifie par l’évolution de la nature de sa production industrielle» nous explique Laurent Krull, géologue et fondateur de LKConsult à Nyon, spécialiste des métaux et des terres rares et conseiller de l’unique fond spécialisé du marché, le REE Fund (Rare Earth Elements Fund). «La Chine exportait la matière première de base mais en consommait peu. Avec le développement de son industrie – en particulier celle des aimants permanents -, elle doit s’assurer qu’elle dispose des ressources nécessaires à alimenter sa production sur le long terme. Les terres rares sont les vitamines de l’industrie modernes; leurs propriétés physiques exceptionnelles permettent de donner un avantage compétitif certain à ceux qui sauront les intégrer durablement dans leur chaîne de production. ‘’

«Longtemps artisanale – et extrêmement polluante – l’exploitation des gisements chinois s’est organisée» continue Laurent Krull. «Aux provinces du Nord incombe la responsabilité des terres rares légères (Lanthanum, Cerium, Neodymium, Praseodymium); à celles du Sud, celle des terres rares lourdes (Yttrium, Terbium, Dysprosium) dont les réserves menacées doivent être sécurisés».

Les projections montrent que la Chine consommera les terres rares lourdes de manière croissante et sera amenée à en acheter à l’extérieur. D’autant qu’à la suite de la mise en place des quotas et de l’explosion des prix, l’industrie mondiale s’est organisée et les grandes industries consommatrices (Siemens, BASF, Albermarle, Toyota, etc.) ont diversifié et continuerons à diversifier leur approvisionnement. «Le dumping des prix et les quotas appartiennent au passé» conclut Laurent Krull.

Eoliennes, lampes basse consommation, moteurs automobiles électriques mais aussi aujourd’hui réfrigérateurs magnétocaloriques, systèmes de freinage «régénératifs» ou LED (diodes diode électroluminescente) étaient assujettis aux cours extrêmement volatiles du néodyme, du dysprosium ou du terbium car, comme l’expliquait Simon Collins de Trafigura (L’Agefi du 8 avril), il n’existe aucun mécanisme de dérivés pour garantir les contrats à terme et donc atténuer les variations brutales. La première bourse des terres rares, le Baotou Rare Earth Products Exchange sise dans la province chinoise de Mongolie intérieure, n’a ouvert qu’en octobre et, si elle peut, à terme, améliorer découverte des prix et standardisation de la qualité, elle vise apparemment à permettre à la Chine de dicter les prix, de l’aveu même de son directeur général Gu Ming.

En réponse aux quotas d’exportation chinois de 2009, les fabricants ont amélioré l’efficacité de leurs procédés pour ménager la consommation de terres rares, en particulier celle des plus couteuses comme le dysprosium dont le cours a chuté de manière spectaculaire depuis deux ans, de 1135 dollars la livre à 243 dollars aujourd’hui. Les pouvoirs publics de plusieurs pays dont la France avec COMES (Comité français des métaux stratégiques créé en janvier 2011 pour travailler sur l’approvisionnement de la France en métaux stratégiques) et l’initiative européenne sur les matières premières, cherchent à atténuer la dépendance. Toujours en France, le projet ASTER, soutenu par le groupe Rhodia, s’est fixé comme l’objectif depuis janvier 2012 de «fournir une vision globale de la criticité des terres rares».

Or les terres rares ne le sont pas au sens propre du terme. Elles sont relativement également réparties dans le monde et on en trouve au Brésil, en Afrique du Sud, en Australie, au Canada. En fait à peu près partout. La rareté provient des difficultés d’extraction et des dommages environnementaux que cette extraction génère. Comme nous l’exposait Don Bubar, CEO d’Avalon Rare Metals, «les terres rares ne sont pas des matières premières comme les autres. Ce sont des créations issues d’un processus extrêmement complexe à plusieurs étapes qui les apparente bien davantage aux produits chimiques» (L’Agefi du 20 février). Et qui exigent temps d’étude et capitaux considérables, même en Chine où le renforcement des normes anti-pollution a été confirmé lors du troisième plenum du 18e Comité central présidé par Xi Jinping en novembre.

Nicolette de joncaire/ Agefi Suisse 29/11/13

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/terres-rares-la-chine-passera-dans-un-proche-avenir-de-pur-exportateur-a-importateur-mutation-de-poids.html?catUID=19&issueUID=468&pageUID=13994&cHash=1a4fbcaaeb3d1611552bd5d2f449297d

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