Crony Capitalism

Les grands gagnants de la crise de la dette: les cabinets de consultance qui ont gagné des millions d’euros avec les plans de sauvetage

 Les grands gagnants de la crise de la dette: les cabinets de consultance qui ont gagné des millions d’euros avec les plans de sauvetage

Les consultants financiers – Alvarez and Marsal, BlackRock, Oliver Wyman, et Pimco, entre autres – auxquels la troïka composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) a fait appel pour déterminer les conditions des plans de sauvetage économique, ont gagné des millions de dollars d’honoraires avec la crise de la dette, affirme le site EUObserver. Ils ont notamment pris part à l’élaboration des clauses des plans de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne et de Chypre. 

Mais les conditions de leur intervention sont parfois douteuses, affirme le site. Il rappelle que leur intervention, pour décider de l’aide nécessaire à apporter à un pays pour lui éviter de faire défaut, est censée être « indépendante ». Mais on peut se demander légitimement ce que recouvre la notion d’indépendance lorsqu’une société de consultance a des liens avec un fonds d’investissement ou avec une autre institution financière. Dans le cas de Pimco, qui gère aussi le plus gros fonds d’investissement obligataire du monde, le conflit d’intérêts est évident. 

Souvent, on a fait appel à ces sociétés sans même passer par un appel d’offres, ce qui soulève des questions de transparence et de responsabilité. En outre, les cabinets de consultance peuvent décider de sous-traiter des parties de leur mission, ce qui transpose toutes ces questions sur une société tierce. Ces sous-traitants peuvent être des cabinets juridiques locaux, mais l’un des 4 grands cabinets d’expertise comptable internationaux, les  « Big Four », comme on les surnomme (Deloitte, Ernst&Young, KPMG et PriceWaterhouseCoopers (PwC)) y est presque toujours associé. Cette situation a abouti à la formation d’un « cercle doré » composé d’une douzaine de grandes firmes qui détiennent le monopole sur la gestion des plans de sauvetage européens. 

Pourquoi continue-t-on de recruter ces firmes malgré la mise au jour de leurs pratiques ? Pour Constantin Gurdgiev, professeur de finance au Trinity College de Dublin, en partie parce que les banques centrales ne disposent pas de leurs compétences. Il explique qu’avant que la crise ne survienne, des cadres des banques centrales en étaient partis pour travailler dans des institutions financières privées, et que le personnel qu’elles avaient conservé n’avait pas les qualifications pour auditer les bilans des banques et étudier les performances de leur business model. Habitué à collecter et à remettre en forme mécaniquement les informations fournies par les banques, il était incapable de satisfaire les demandes de la troïka. 

L’intervention des grands noms du consulting dans le plan de sauvetage d’un pays permet également de lui donner de la crédibilité vis-à-vis des marchés financiers. 

Pour un ancien officiel du ministère des finances irlandais qui a souhaité rester anonyme, ce qui motive ces grands cabinets, c’est d’entrer en contact avec des membres du gouvernement. Il a évoqué à UEObserver certaines réunions menées avec des représentants de PwC au cours desquelles celles-ci ont préparé l’installation de Facebook en Irlande, en lui présentant notamment les avantages fiscaux du pays, avec le concours du service des impôts irlandais. 

Les firmes de consultance se défendent en assurant qu’elles ont mis en place des « murailles de Chine » entre leurs différentes activités. « Je ne crois pas que ce soit possible de gérer des murailles de Chine, à quelque stade que ce soit », affirme l’ex-fonctionnaire irlandais. « Ce ne sont que des paroles. Ce n’est pas faisable. (…) La notion selon laquelle ils n’ont pas ce genre de lien est complètement fausse. C’est comme ça qu’ils fonctionnent, c’est comme ça qu’ils gagnent leur vie », poursuit-il. 

EUObserver cite quelques unes des interventions qui ont parfois posé problème : 

✔ Alvarez and Marsal a travaillé sur les plans de sauvetage espagnol et chypriote. Pour ce dernier, il est apparu que le cabinet était inéligible en raison d’un conflit d’intérêts potentiels avec la Bank of Cyprus. Mais les médias ont rapporté que Panicos Demetriades, le président de la banque centrale chypriote, avait appointé le cabinet et lui avait versé 15 millions d’euros d’honoraires sans consulter le comité exécutif de la banque. Selon les clauses du contrat, cette commission correspondait à 0,1% du montant de l’évaluation de la recapitalisation requise par les banques chypriotes. On peut se demander si cette recommandation était objective… 

✔La banque centrale irlandaise a fait intervenir son concurrent, BlackRock Solutions, une filiale de conseil de BlackRock, l’un des plus gros fonds de pension du monde, qui gère 3.000 milliards de d’euros d’actifs. Elle devait intervenir pour prévoir le montants des pertes potentielles des banques et pour mener un stress-test, et pour ce faire, elle avait obtenu une commission de 30 millions d’euros. Le premier problème est apparu lorsqu’il est devenu évident que BlackRock Solutions avait surestimé les prévisions de bénéfice des banques. Les politiciens irlandais ont par la suite admis que la procédure de sélection de la société de conseil n’avait pas été idéale. Certains députés ont même soupçonné des délits d’initiés.

✔ La Grèce a également conclu un contrat de 12,3 millions d’euros avec BlackRock Solutions, dont une partie sous-traitée à certains des « Big Four » 

✔ Chypre a également sollicité les services de BlackRock Solutions pour vérifier la méthodologie retenue par Deloitte et Pimco qu’elle avait fait intervenir en premier lieu pour déterminer les conditions de recapitalisation des banques. 

✔  BlackRock Solutions avait également postulé pour faire passer les stress-tests aux banques espagnoles. Mais le ministre des Finances espagnol a estimé qu’elle risquait d’être en conflit d’intérêt avec les activités de la banque BlackRock en Espagne. L’Espagne a en outre payé 10,3 millions d’euros de commissions à une firme de consultance américaine, Oliver Wyman, et à la firme allemande Roland Berger. 

✔ C’est également Oliver Wyman qui a été sélectionnée par la BCE pour assurer les stress-tests qui seront pratiqués sur les 130 plus grandes banques de la zone euro, mais on ne connait pas quelle procédure a été suivie pour effectuer cette sélection.

19 déc. 2013 par Audrey Duperron/ Express.be

http://www.express.be/business/fr/economy/les-grands-gagnants-de-la-crise-de-la-dette-les-cabinets-de-consultance-qui-ont-gagne-des-millions-deuros-avec-les-plans-de-sauvetage/200068.htm

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