Behaviorisme et Finance Comportementale

Volatilité en hausse, Bourses en baisse: banal Par Jean Pierre Béguelin

Volatilité en hausse, Bourses en baisse: banal Par Jean Pierre Béguelin

Quand une Bourse chute, la mesure de sa volatilité bondit, un mouvement automatique sans signification particulière, mais qui permet de prolonger la liste déjà longue des euphémismes financiers

Dow ugly…

 Nasdaq in correction…

 VIX breaks above 30..

Cette année, le fantôme d’octobre est revenu hanter les rues et les circuits intégrés tant à Wall Street que sur les autres Bourses. Vers le milieu du mois en effet, le cours des actions est sèchement tombé partout dans le monde, relançant de plus belle le manège médiatique des euphémismes boursiers. C’est que la Finance est un monde où un chat noir n’est pas un chat noir, mais un chaton gris tirant sur le blanc immaculé: un simple recul des cours devient une prise de bénéfices, leur chute brutale une correction temporaire et leur effondrement un assainissement nécessaire. Le nouveau chouchou des «euphémistes» s’appelle volatilité. Ces deux dernières semaines, n’avons-nous pas tous appris, certains peut-être avec surprise, que, parallèlement à leur récente correction, les marchés étaient soudainement devenus plus volatils, l’indice VIX – dit indice de la peur – ayant brutalement augmenté. Oui, mais encore?, se demandera tout naturellement l’honnête homme…

C’est qu’il faut remonter à Pythagore et à son fameux théorème pour le comprendre. Vieux souvenir de l’école primaire: quiconque voulant relier les deux extrémités d’un triangle rectangle devra parcourir une distance égale à la racine carrée de la somme de chacun des côtés élevé au carré; si un de ceux-ci vaut 3 km et l’autre 4 km, il faudra donc en cheminer 5 pour lier ces deux extrémités. Si ces lieux sont 10 fois plus éloignés les uns des autres, la distance à parcourir pour les relier sera tout naturellement 10 fois plus longue qu’originellement, soit de 50 km. Mais les points de ce second triangle sont beaucoup plus dispersés sur le territoire que ceux du premier si bien que la distance à parcourir pour relier leurs extrémités donne une idée de leur éloignement réciproque. On mesure alors tout naturellement la dispersion ou l’écartement des côtés d’un triangle par la racine carrée de la somme des carrés de ses extrémités. Une formule qu’on peut étendre sans autre à un nombre fini d’observations en prenant comme point de d’ancrage non plus le sommet du triangle, mais la moyenne des données et en calculant non plus la somme mais la moyenne des distances à parcourir par observation. Le chiffre ainsi obtenu est appelé officiellement écart-type en français, déviation standard en franglais, mais tout le monde l’appelle sigma – σ – du nom de la lettre minuscule de l’alphabet grec avec laquelle il est universellement noté.

Si les chiffres ne sont pas répartis sur un territoire, mais se succèdent dans le temps comme c’est généralement le cas des phénomènes économiques ou financiers, ce sigma est d’autant plus grand que les observations individuelles successives sont très différentes entre elles. Celles-ci s’écartent nettement et visiblement les unes des autres si bien que les données de base, donc aussi les événements qui les génèrent, apparaissent, tels des alcalis, comme étant très volatils. Mesuré sur une durée donnée, mettant sur 30 jours d’observations successives, l’écart type sigma donne alors une idée de la volatilité du phénomène observé, par exemple des cours boursiers

En fait, il fait même un peu plus. Si l’on compare un vrai intermittent du spectacle ayant gagné, mettons, 12’000 francs en une année au travers de rentrées à la fois irrégulières et imprévisibles avec son voisin fonctionnaire recevant régulièrement 1000 francs tous les mois, les rentrées successives du premier seront caractérisées par un sigma positif et, sans doute, notable tandis que celui du second dont le salaire mensuel est constant sera égal à zéro. Or, toutes choses égales par ailleurs, l’intermittent tirera sans doute moins de satisfaction que ne le fera son voisin des 12’000 francs reçus au total car les périodes de vaches grasses durant lesquels il pourra beaucoup dépenser augmenteront moins son plaisir que ne lui coûteront les peines ressenties quand il devra tirer le diable par la queue. Pour un revenu semblable, un sigma élevé traduit ainsi une moindre satisfaction en raison des pertes temporaires de pouvoir d’achat. Il mesure alors le risque qu’on subit en recevant un revenu variable ou en en acquérant un actif qui peut perdre de la valeur. Pas étonnant dans ces conditions qu’il ait été adopté «con mucho gusto» par les acteurs financiers se voulant les plus savants.

C’est pourquoi il est à la mode depuis quelques années de calculer un indicateur de volatilité pour un groupe de titres ou pour le marché tout entier. En réalité, cet indice n’est rien d’autre que l’écart-type sigma des 30 ou des 90 variations journalières antérieures du prix des actifs pris en considération, le calcul étant effectué soit directement, soit indirectement sur les dérivés de ceux-ci. S’il est bas, les cours cotés semblent solides car le marché, placide, ne devrait pas réagir brutalement aux nouvelles les inattendues; si, en revanche, la volatilité est élevée, les risques paraissent plus forts et les marchés nerveux si bien que la moindre mauvaise nouvelle paraît susceptible de déclencher de fortes fluctuations et de bousculer les Bourses. Or ceci est une illusion, l’indice de volatilité ainsi estimé n’ayant aucune valeur prédictive puisqu’il ne repose que sur les valeurs du passé récent. Et elle est d’autant plus trompeuse que les mouvements boursiers sont loin d’être symétriques, leurs baisses étant beaucoup plus rapides et violentes que leurs hausses. En effet, qui achète une action accroît ses risques, qui la vend les diminue, une décision toujours plus facile à prendre que la première. En Bourse, on le sait, une bonne nouvelle n’amène pas le printemps, mais une mauvaise fait pleuvoir ou, peut-être, neiger comme ce fut le cas, il y a 10 jours, quand de mauvais chiffres américains ont soudain remis en cause la solidité de la conjoncture mondiale dans l’esprit des opérateurs.

Or, dès qu’elle est intégrée dans les chiffres considérés, cette baisse des cours fait remonter l’écart-type des variations et, donc, la volatilité apparente de ce marché, un rebond d’autant plus marqué que ce dernier avait été particulièrement calme jusqu’alors. Mais ce sursaut de volatilité ne fait que refléter la baisse des cours, il ne nous apprend absolument rien que nous ne connaissions déjà. Néanmoins, il fournit un parfait euphémisme aux commentateurs car, même s’il s’agit en fait du même phénomène, décrire une hausse soudaine de la volatilité fait nettement moins peur qu’évoquer une baisse brutale et, peut-être, durable des actions. En outre, évoquer des changements de volatilité donne au discours financier un vernis savant qui plaît particulièrement aux nombreux boursicoteurs qui ne veulent surtout pas être ruinés sans l’aide des spécialistes.

SOURCE Le Temps 25/10/14

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a9b08242-5b81-11e4-b7f4-d2d5f283df81/Volatilit%C3%A9_en_hausse_Bourses_en_baisse_banal

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