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La folie de l’Abénomie en un graphique Par Wolf Richter /L’économie nippone plonge dans un trou noir, la hausse du Nikkei devient Interstellar Par Philippe Béchade

La folie de l’Abénomie en un graphique  Par Wolf Richter /L’économie nippone plonge dans un trou noir, la hausse du Nikkei devient Interstellar Par Philippe Béchade

Il y a deux domaines dans lesquels l’Abénomie, religion économique démocratiquement élue par le Japon, semble avoir réussi : créer de l’inflation sans augmenter les salaires, et donc diminuer les revenus réels, et dévaluer le yen de 25%, faisant ainsi disparaître un quart de la richesse des Japonais sans le leur dire directement. Le Premier ministre Shinzo Abe mérite toute notre admiration pour ces grands accomplissements.

Mais dans d’autres domaines, ses performances sont assez peu reluisantes. L’un des objectifs de la dévaluation du yen est l’augmentation des exportations rendues moins chères à l’étranger, et la réduction des importations, rendues plus chères pour les consommateurs et les entreprises du pays. Cela permettrait au Japon de relancer son secteur manufacturier et de générer un surplus commercial qui gonflerait le PIB, ferait d’Abe un héros, et sauverait le Japon. C’était le plan.

Mais ce plan n’a pas fonctionné. Ses vicieuses conséquences ont même surpris les plus cynique, dont je fais partie.

Pour ce qui est des exportations, elles s’élevaient en janvier à 5,25 trillions de yens, soit une hausse de 9,5% sur un an. Mais ce n’est hélas que la moitié du taux auquel le yen s’est trouvé dévalué au cours de ces douze derniers mois, et en termes de volumes, les exportations ont donc baissé.

Les importations, qui auraient dû baisser à mesure qu’elles étaient rendues plus chères par un yen dévalué, ont gagné 25% pour passer à 8,04 trillions de yens. Les consommateurs et entreprises du Japon se sont lancés dans une orgie d’achat de produits venus de Chine et d’ailleurs.

le déficit commercial du pays a donc gagné 70,8% pour passer à 2,79 trillions de yens. Le pire déficit commercial jamais enregistré. Presque deux fois celui précédemment qualifié de pire balance commerciale de tous les temps, enregistré en janvier 2013. En janvier 2010, le Japon avait encore un surplus commercial de 43 milliards de yens ! Il s’est agi du dix-neuvième mois consécutif de déficit commercial, la pire séquence depuis que quiconque a commencé à compter, pire encore que la série de quatorze mois enregistrée en 1979-80.

Et ce n’était que la suite d’une détérioration effrénée : le déficit commercial du mois de janvier a été le pire mois de janvier de tous les temps. Il en est allé de même pour décembre, novembre, octobre… et ce jusqu’en 2011.

Mais n’allons pas blâmer la fermeture de réacteurs nucléaires et l’importation de gaz naturel liquéfié et de charbon pour la régénération énergétique. Le Japon est obligé d’importer plus d’énergies fossiles pour combler la perte en énergie nucléaire. La valeur des importations de gaz naturel a augmenté de 21,4% sur un an – ou de 129,8 milliards de yens, en grande partie du fait de la dévaluation de la devise japonaise, et non de l’utilisation accrue de gaz naturel. La valeur des importations de charbon a augmenté de 14,8%, ou de 26,8 milliards de yens. Le total combiné est de 156,6 milliards de yens. Sans cette hausse, le déficit commercial aurait été de 2,63 trillions de yens, plutôt que de 2,79 trillions. Elle n’a donc pas changé grand-chose. Le déficit commercial du Japon aurait avec ou sans elle été le plus élevé de tous les temps. 

Et le Japon n’importe pas de gaz naturel et de charbon depuis la Chine, mais c’est toutefois avec la Chine que son déficit commercial a explosé. Malgré les démonstrations d’irritation et d’agression dans les deux pays, le Japon et la Chine sont joints commercialement, et la Chine est le plus gros partenaire commercial du Japon.

Pour aller droit au but concernant les exportations vers la Chine, dont un quart passent par Hong Kong, j’ai combiné les données commerciales de la Chine et de Hong Kong. Les exportations vers les deux pays ont atteint 1,1 trillion de yens, soit une hausse de 8,8% – moins de la moitié du taux de dévaluation du yen ! Mais les importations depuis la Chine et Hong Kong ont augmenté de 34% pour atteindre 1,92 trillion de yens. Fût un temps, le Japon était l’un des pays qui enregistraient les plus importants surplus commerciaux avec la Chine. Mais en janvier, le déficit commercial du japon avec la Chine et Hong Kong a presque doublé pour atteindre 826 milliards de yens.

Où se concentrent les dommages ? L’importation de biens à la consommation, tels que les produits en fer ou en acier, a augmenté de 29% sur un an. L’importation de machines, comme les ordinateurs, a augmenté de 37,4%. Les produits électroniques, dont les semi-conducteurs, les équipements audiovisuels et de télécommunication ont enregistré une hausse de 33,7%. Les équipements de transport ont augmenté de 41%. Les sociétés japonaises dominaient autrefois ces secteurs. Alors que certaines ont été rattrapées par la compétition internationale, d’autres excellent encore pour ce qui est du design de ces produits. Mais elles les fabriquent à l’étranger.

Les sociétés japonaises ont depuis longtemps déplacé leur production à l’étranger pour tirer avantage d’une main d’œuvre peu chère, bien qu’elles restent derrière leurs compétiteurs américains. Depuis le tremblement de terre de mars 2011, elles se sont efforcées de diversifier leurs chaines d’approvisionnement et d’échapper aux contraintes énergétiques, à la hausse des taux et aux coupures de courant qui ont suivi le fiasco de Fukushima. Elles ont déplacé leurs infrastructures de production plus près de leurs plus gros marchés, notamment la Chine, et particulièrement pour ce qui concerne l’industrie automobile.

Elles ont aujourd’hui une raison supplémentaire : traduire les profits de leurs opérations étrangères en yens dévalués ajoute une couche de rouge à lèvre brillant à leurs bilans – et les marchés sont aveuglés par ce genre de sex-appeal illusoire.

Ce que ces héros japonais ne font pas, c’est rapatrier leurs profits étrangers. Ils comprennent l’Abénomie et ne veulent pas voir leurs capitaux démolis par la dévaluation. Ces fonds restent donc à l’étranger, et sont réinvestis à l’étranger, et dépensés à l’étranger. L’économie japonaise a fini par payer. C’est là toute la folie de l’Abénomie.

Bravo, donc, à la Banque du Japon. Sa campagne héroïque d’impression monétaire a porté ses fruits. Les gens n’ont peut-être pas réalisé que leur capital est parti en fumée.

Par Wolf Richter – Wolf Street/ 24hgold.com Publié le 12 novembre 2014

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-la-folie-de-l-abenomie-en-un-graphique.aspx?article=5232493510H11690&redirect=false&contributor=Wolf+Richter.&mk=2

L’économie nippone plonge dans un trou noir, la hausse du Nikkei devient Interstellar Par Philippe Béchade

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leadimg

▪ Alors qu’Alibaba surfe sur un concept consumériste qui fait fureur en Chine — la journée des cyber-soldes du 11/11 (le 1 étant le chiffre qui symbolise les célibataires, de plus en plus nombreux pour cause de manque de femmes dans le pays) –, Tokyo pourrait instituer la journée du « zéro conso », sorte de journée de recueillement consacrée à se remémorer la belle époque (de plus en plus lointaine) où les Japonais avaient les moyens de dépenser de l’argent.

Au besoin, et au fur et à mesure de la paupérisation de la population nippone (des seniors en particulier), cette journée de salutaire abstinence pourrait être rendue trimestrielle. Et si la crise continuait de s’aggraver grâce aux Abenomics, le Japon pourrait passer à un rythme mensuel.

Ce serait vraiment apaisant pour une majorité de retraités qui, une fois par mois, se sentiraient pleinement égaux durant 24 heures… Egaux par rapport à ceux qui ont un travail et un portefeuille boursier et sont les seuls à s’en sortir financièrement.

Le pouvoir d’achat des Japonais dégringole bien à un rythme très nettement supérieur à 2% par an depuis deux ans

Car même si les statistiques officielles déplorent que l’inflation échoue obstinément à rejoindre l’objectif des 2%, le pouvoir d’achat des Japonais dégringole bien à un rythme très nettement supérieur à 2% par an depuis deux ans (on fêtera en fin de mois le second anniversaire du coup d’envoi officiel des « Abenomics »).

La désintégration du pouvoir d’achat serait à rapprocher de la chute moyenne de la consommation au cours des trois derniers mois (-5% en moyenne) — puisque par souci de ne pas biaiser la démonstration, j’exclurai les chiffres catastrophique d’avril/mai/juin dernier.

C’est là que je me suis entendu objecter sur BFM que j’oubliais de tenir compte de l’enrichissement des épargnants nippons depuis que Shinzo Abe et Akira Kuroda (le gouverneur de la Banque du Japon) ont commencé à orchestrer l’envolée artificielle de la bourse de Tokyo et des émissions du Trésor à coup de kilotonnes de billets de MonopolYen (la devise nippone a chuté de 13% contre le dollar en six mois).

Et comme je ne devrais pas l’ignorer, les Japonais sont de véritables fourmis, des épargnants compulsifs… C’est à tel point que la planète (financière) entière sait qu’ils sont en mesure d’absorber tout le papier émis par le gouvernement — pour peu que la banque centrale continue de leur donner un petit coup de main, ce qu’elle a bien l’intention de continuer à faire, dusse-t-elle rajouter 20 milliards de dollars par mois.

▪ Pas si « petit », le coup de main…
Comme vous le pressentiez sans doute, j’ai une petite divergence d’appréciation sur la taille du « petit coup de main » et cela ne date pas d’hier. La pyramide des âges qui trahit un vieillissement accéléré de la population nippone a commencé à déséquilibrer le régime des retraites il y a près d’une décennie.

Avec le vieillissement se rajoute un autre phénomène qui aggrave le processus déflationniste : même si les « anciens » touchaient une retraite dorée (c’est loin d’être le cas, une majorité de seniors touchent des pensions de misère), ils auraient de toute façon une tendance naturelle à moins dépenser et mener une existence plus frugale.

En l’occurrence, ils y sont contraints par la force des choses… et cela contamine les comportements des générations plus jeunes. Voyant ce qui arrive à leurs ainés, les « quadras » des classes moyennes réfrènent leurs appétits de grosses dépenses (immobilier, automobile, voyages) au lieu de profiter du sommet de leur carrière pour se lâcher un peu.

Avec la chute de la consommation, les recettes de TVA manquent à l’appel. Se fiant à des théories économiques postulant la relative incompressibilité de la demande qui semblaient avoir fait leur preuve, Shinzo Abe a rajouté 2% — en principe quasi-indolores — début avril 2014, portant le taux de 5% à 8% (lequel devait être augmenté à 10% dans un an, soit un doublement en 18 mois).

Mais combiné à la hausse des carburants et des denrées alimentaires (le Japon subit sa première pénurie de beurre depuis 50 ans et doit importer massivement), la hausse de la TVA a des effets dévastateurs imprévus.

Les ruraux sont même carrément contraints de se priver et de se tourner vers des activités vivrières

Les consommateurs nippons, sauf la frange la plus aisée, se restreignent sur tout. Les ruraux sont même carrément contraints de se priver et de se tourner vers des activités vivrières, retrouvant un mode de vie comparable à l’avant-Seconde Guerre mondiale ; la seule différence réside dans l’âge moyen, qui a beaucoup augmenté… et cela ne va pas s’arranger.

Face à la multiplication des signaux récessionnistes et même déflationnistes — en dépit de la flambée de la bourse de Tokyo qui engendre un effet richesse nul –, Shinzo Abe pourrait décider de repousser la prochaine hausse de TVA programmée pour octobre 2015 à la mi-2017.

Une anticipation qui a déclenché un nouveau vent d’euphorie à Tokyo mardi, propulsant le Nikkei au-delà des 17 400 points (ce mercredi dès l’ouverture) pour la première fois depuis juillet 2007.

http://la-chronique-agora.com/economie-nippone-nikkei/

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