Art de la guerre monétaire et économique

Mais qui donc soutient l’Euro? (Charles Gave)/ La fin de l’Euro et les opportunités pour la Russie (Jacques Sapir)/ Olivier Delamarche : « L’euro est une monnaie qui n’a pas d’avenir »/ Chypre II: l’Autriche inaugure la première mise à contribution des créanciers pour sauver une banque depuis l’adoption de la directive européenne/ Face à la Russie, Jean-Claude Juncker veut une armée européenne

En 2011, pour les raisons que j’ai longuement expliqué dans” L’Etat est mort vive l’état “(Grand E, petit e). Je pensais que nous arriverions au moment décisif vers 2014 -2015, moment où les marchés de la dette en Europe se révolteraient contre ce système qui assurait la ruine de tout le monde.

Ce que je n’avais pas, mais pas du tout prévu, était que la BCE allait rompre tous les Traités,  changer toutes les règles qui président à la gestion convenable d’une banque centrale,  abandonner toute prudence au point de coller des taux d’intérêts négatifs et de financer les budgets des Etats en rachetant directement de la dette étatique. Dans ma naïveté, je pensais que les Allemands en général et la Bundesbank en particulier allaient s’y opposer. Que nenni !

Comme le disait le Marechal de McMahon “Hier, nous étions au bord du gouffre, aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant “. Sous la direction de Draghi,  le faussaire des comptes Italiens à la fin des années 90, la BCE se livre en fait à une opération d’acharnement thérapeutique sans exemple dans l’histoire depuis la mort de Franco pour essayer de prolonger le plus longtemps possible un mort vivant.

Ce qui m’a amené à me poser la question suivante : Pour qu’un système aussi débile que l’Euro s’installe  et dure, il faut que ce système ait des supporters puissants.  Et donc dans ce petit papier, je vais essayer de les débusquer.

Les premiers soutiens se trouvent dans ceux qui en ont eu l’idée, c’est-à-dire cette classe technocratique Française si bien représentée par Trichet, Lamy ou Delors, qui après avoir ruiné la France, ont décidé de créer un ETAT Européen dont ils assureraient l’Administration, la France étant devenu trop petite pour leur immense talent.  Et donc une structure  de pouvoir a été montée, la BCE, remplie de gens non élus mais cooptés et le but principal de cette structure est de continuer à financer cette expérience non démocratique  puisque les marchés ne veulent plus le faire.

Cette structure de pouvoir assure les fins de mois de l’autre structure de pouvoir en Europe de gens non élus, la Commission, peuplée de zombies du style Barroso ou Juncker,  qui elle émet des « directives » qui ont prééminence juridique sur les Lois passées par les Parlements Nationaux, qui sont donc dessaisis «  de jure et de facto » de la Souveraineté  Nationale, ce qui est insensé.

Ces directives de la commission européenne, qui sont préparées dans le plus grand secret, prennent en effet le pas même sur la Loi Fondamentale de chaque pays, c’est-à-dire la Constitution.

Et ceux qui sont au pouvoir à Paris (qui ont nommé en douce ceux qui sont à Bruxelles ou à Francfort (voir le cas typique d’un incompétent notoire comme monsieur Moscovici), adorent l’Euro puisque  la BCE finance leur politique débile en achetant toutes les obligations émises.

La BCE affranchit donc les politiques de toute sanction en provenance des marchés, c’est-à-dire de la réalité. Nous avons donc un système, organisé par et pour ceux que j’appelle  «les hommes de Davos», qui ont comme caractéristique principale de mépriser le Peuple, et de détester les Nations pour communier dans une espèce d’internationalisme mou, gras et verbeux, et bien sur ce système n’a rien de démocratique. On peut donc dire sans crainte d’être démenti qu’aujourd’hui la plupart des pays Européens ne vivent plus  sous un régime démocratique puisqu’ils ne peuvent plus virer les gens qui  rédigent les lois qu’ils vont devoir suivre. Et qu’on ne me parle pas du Parlement Européen puisque son ordre du jour est complètement sous le contrôle …de la Commission. Nos fiers élus Européens ne peuvent voter que sur les sujets où la Commission les a autorisés à voter et sur des textes préparés par cette  même commission. Bien entendu, cette soumission de tous les instants est grassement rémunérée pour éviter les révoltes intempestives.

Comme je l’ai souvent écrit, les Institutions Européennes, à la fin des années 90, ont été l’objet d’un coup d’état, qui a enlevé tout pouvoir de décision aux élus des Nations pour le transférer à un théâtre d’ombres à Bruxelles.

Premiers supporters de l’Euro donc, la classe politique au pouvoir actuellement puisque la BCE les libère de la fameuse tyrannie des marchés

Deuxième élément de soutien qui assure la survie de l’Euro, la classe de «ceux qui sont payés par nos impôts», en salaires ou en subventions diverses et variées. Si la France venait à sortir de l’Euro, le  bénéficiaire Français de cette manne étatique verrait son pouvoir d’achat amputé de la baisse du Franc Français contre le DM.  A la place d’être payé 4000 euro par mois, notre fonctionnaire toucherait 4000 nouveaux, nouveaux francs qui assez rapidement vaudraient  3000 DM. Et donc tous  ces braves gens se battent pour que la France reste dans l’Euro, puisque cela leur assure un pouvoir d’achat qu’ils n’ont en rien mérité. Un exemple entre mille : d’après le journal « Marianne », le « Président qui déteste les riches » aura plus de 40000 euro par mois de droits à la retraite à faire valoir quand il cessera ses activités, payés par nos impôt, ce qui m’amène à faire deux remarques.

  • La première : dans mon article monsieur Ayrault et son chauffeur, j’imaginais que l’ancien Premier Ministre allait toucher des qu’il serait à la retraite environ  200.000 E par an, ce qui correspondait d’après mes calculs à  la rentabilité d’un capital  d’au moins 30 millions d’Euro. J’étais très, très loin du compte.
  • La deuxième c’est que vous ne voudriez pas que cette belle retraite, si durement gagnée, ne soit payée en francs? La protection du pouvoir d’achat de nos élites est un devoir national.

Et classe politique et hauts fonctionnaires trouvent bien sur un soutien actif chez les média, qui ne survivent que grâce aux transfusions financières opérées généreusement par l’Etat Français vers le compte d’exploitation de nos défenseurs acharnés de la Liberté d’expression.

La Liberté d’expression garantie par des subventions étatiques, voila une idée que même l’URSS n’avait pas eue. La France est en effet, à ma connaissance, le seul pays démocratique au monde où la presse est subventionnée au vu et au su de tout  un chacun… par le gouvernement.

Et le rôle de cette presse est très simple : il faut qu’elle explique sans arrêt au petit peuple, ignorant par définition mais dont ON veut le bien,  que les « experts » (Attali, Minc, Duhamel  BHL rejoints par tous les Oints du Seigneur..) sont absolument certains que si l’Euro venait à disparaitre, ce serait une catastrophe inimaginable, nous retournerions immédiatement à l’âge de pierre et la guerre entre la France et l’Allemagne reprendrait immédiatement.

Donc, le rôle des media n’est en rien de présenter un dossier argumenté sur les avantages, les inconvénients ou les modalités d’une éventuelle sortie de l’Euro mais tout simplement de faire peur.  Et je dois dire qu’ils accomplissent cette mission avec brio et succès.Mais comme Attali, Minc, BHL, Duhamel et tous les seconds couteaux qui sévissent à leurs cotés se trompent sur tout et depuis toujours, le peuple commence à avoir des doutes.

J’engage le lecteur à écouter par exemple sur ce site ce que disait Attali de l’Euro à la fin des années 90….On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Heureusement, ce grand homme a décidé de devenir Sri Attali, le grand sage Indou qui veut nous apprendre à trouver la paix intérieure malgré la dureté de la vie. Devant un tel culot, on ne peut que s’incliner, avec respect, en espérant que pour une fois c’est lui qui a écrit l’ouvrage et que ce sera son dernier.

Mais la partie la plus facile à effrayer dans la population est bien sur constituée par les rentiers qui ont pensé s’assurer une retraite en souscrivant à une assurance vie qu’ils ont investie massivement en obligations de l’Etat Français. Eux, ils sont terrifiés par l’éventualité d’une disparition de l’Euro, et ils ont raison.

Mais hélas, la BCE, comme je l’ai indiqué plus haut a comme objectif premier non pas leur bien être (quelle idée !),  mais la survie des structures de pouvoir mises en place dans les 15 dernières années en Europe au profit de gens non élus tels monsieur Juncker ou Draghi. Pour cela, elle a introduit récemment des taux d’intérêts négatifs, selon la vieille idée Keynésienne que pour avoir une économie saine, il faut d’abord procéder à l’euthanasie du rentier. Comme je l’ai indiqué dans un article récent, le but parfaitement officiel de la BCE est donc de ruiner les rentiers Européens en général et le rentier Français en particulier.  Or il se trouve que les détenteurs d’assurance vie constituent en France les gros bataillons  des partisans de la survie de l’Euro et la BCE  vient de leur déclarer la guerre, pour protéger nos élites contre leur propre incompétence.

Le choix devant lequel se trouve le rentier Français est donc assez simple.

Soit il préfère un  infarctus, la sortie de l’Euro, et cela  n’est pas toujours fatal, soit il préfère un cancer généralisé. Dans le second cas, on  met certes plus longtemps à trépasser, mais la fin de vie n’est pas très agréable.

Et donc nos assurés vont se retrouver ruinés quoiqu’il se passe.

Leur soutien à l’Euro va faiblir au fur et à mesure qu’ils vont prendre conscience de cette dure réalité, ce qui va ouvrir un boulevard à ceux qui veulent le supprimer (suivez mon regard…)

J’en tire deux conclusions :

  • La première est que les lecteurs qui ont une assurance vie doivent de toute urgence en changer la composition et vendre  toutes les obligations Françaises qu’ils pourraient avoir pour les remplacer par des obligations Américaines ou des actions « “Schumpéteriennes” cotées à  Paris. (NDLR sont appelées “actions schumpéteriennes des actions de sociétés sans lien avec l’état qui vendent un produit tangible, pour simplifier/ ex: Air Liquide)
  • La deuxième est que l’agonie de l’Euro a commencé, mais que nous avons en face de nous des forces immenses qui gèrent nos institutions en fonction du vieux principe socialiste « Périsse le Peuple plutôt que nos idées»  et donc que cette agonie va être plus longue et douloureuse pour tout le monde que je ne le pensais en 2011.

Je suis désolé d’avoir  été trop optimiste à l’époque, et je m’en excuse.

Et c’est en effet au pied du mur que l’on voit le mieux le mur.

Dans le fond, j’aurais du être un professeur.

J’ai fait des études d’économie absolument par hasard, je suis allé travailler ensuite dans une banque d’affaires Française également par hasard. Ils m’ont collé dans le service des marchés financiers sans que je sache pourquoi et depuis je n’ai pas cessé de suivre le même processus intellectuel.

D’abord, je veux essayer de comprendre pourquoi ce que je surveille comme du lait sur le feu passe son temps à monter,  à descendre, et surtout à faire des choses qui surprennent tout le monde tout le temps, moi le premier.

Si vous aimez vous sentir idiot fréquemment, alors vous devez travailler dans les marchés financiers, c’est une remarquable école d’humilité.  Cela va faire quarante ans ou plus que j’essaye de comprendre pourquoi la valeur des choses monte ou baisse et croyez bien que je me donne un mal de chien pour ça.

Et puis, dés que j’ai compris, ou que crois avoir compris, je me précipite pour l’expliquer tous ceux qui sont prêts à m’écouter.

Un financier « normal », s’il a compris quelque chose se garde bien en effet de l’expliquer aux autres et garde soigneusement l’information pour lui. Pas moi.

Certes, je me fais payer pour aller voir les autres, mais dans le fond ce qui m’amuse c’est de comprendre et d’expliquer et pas tellement de gagner de l’argent. J’aurais sans doute pu gagner beaucoup plus d’argent si je me contentais de gérer l’argent des autres, mais Dieu, que je me serais ennuyé.

Mais les choses ont beaucoup changé récemment.

Depuis quelques années nous sommes  en effet entrés dans un monde idiot ou la seule chose qui compte est de savoir ce que vont faire monsieur Draghi ou Madame Yellen et je dois dire que je suis bien las de commenter leurs actions.

Et du coup, je me suis dit, je vais remettre ma casquette de «  professeur rentré » et expliquer aux lecteurs de l’IDL pourquoi les politiques suivies par ces phares de la pensée ne peuvent pas ne pas échouer.

Commençons par le commencement.

Dans un pays, à un moment donné, il y a le capital et le travail, et de leur rencontre nait l’économie.

Dans ce petit papier, je vais me concentrer sur le capital, et je vais tenter d’expliquer comment il doit être alloué pour qu’il y ait croissance économique qui seule permet la hausse des niveaux de vie.

La première chose qu’il faut signaler est que le capital est une ressource rare.

La question essentielle est en fait non pas COMMENT on va allouer cette ressource rare mais QUIva y avoir droit.

Depuis la plus haute antiquité, la réponse à cette question était le plus souvent celui qui pouvait taper le plus fort sur ses concitoyens à grands coups d’épée ou de massue ou celui qui pouvait les convaincre que les Dieux exigeaient que ses prêtres (eux, les oints du Seigneur) soient grassement entretenus par la population puisqu’ils étaient les seuls à pouvoir entrer en contact avec la Divinité (Pour plus d’explications, lire « Le Devin » d’Asterix)

Au XVIII en Grande Bretagne, changement de décor.

On commence à pratiquer un système ou dans le fond, celui qui a accès au capital n’est pas celui qui le dépense le mieux, souvent après l’avoir volé, mais celui qui  le fait fructifier au mieux, suivant en cela la parabole des Talents.

Et c’est de ce changement qu’est née la notion même de croissance économique. Dans le fond, pour qu’il y ait croissance, if faut que la quantité de capital que les travailleurs peuvent utiliser monte avec le temps, ce qui permet à leur productivité de croitre et donc à leur niveau de vie de monter.

Il faut donc réserver l’utilisation du capital aux serviteurs qui rendront plus de talents à l’arrivée qu’ils n’en avaient reçu au départ.

Certes, certes, mais comment faire dans la pratique ?

Et bien le plus simple est d’organiser une vente aux enchères perpétuelle (un  marché, comparable à une foire aux bestiaux), où ceux qui ont des projets, appelons les des entrepreneurs, vont emprunter de l’argent (la forme fongible du capital) à ceux qui ont un excès d’épargne, appelons les des rentiers.

Ceux qui ont des mauvais projets ou un historique d’avoir toujours perdu l’argent qu’ils avaient emprunté n’auront rien. Ceux qui ont une rentabilité trop faible n’auront rien et devront fermer boutique.

Ceux qui ont des bons projets et une bonne réputation pourront se développer et tant pis pour les autres…

Car, hélas, la vérité que je peux plus dissimuler plus longtemps est que  le capitalisme est un système Darwinien et c’est même pour cela qu’il marche.

Comment va se faire cette allocation du capital dans la réalité Darwinienne qui est la sienne ?

Comme ceci : Les apporteurs de capital vont le confier à mes entrepreneurs en prenant en compte deux critères, la rentabilité espérée et le risque pris.

Vont donc avoir accès au capital les entrepreneurs qui présentent le meilleur rapport rentabilité/risque. Seuls auront accès à mon capital ceux pour lesquels il existe une espérance de gain suffisamment importante pour que je sois à la fois rémunéré en tant que rentier et que je retrouve mon capital augmenté à la fin. Et si  la rentabilité de mes placements est supérieure au cout du capital alors le niveau de vie général montera, puisque la croissance future dépend de l’augmentation du stock de capital  qui entraine l’accroissement de la productivité qui conditionne les augmentations à  venir du niveau de vie.

OUF !

Le processus d’attribution du capital est donc un processus qui sélectionne systématiquement les opportunités d’investissements en partant du haut, ceux qui vont gagner beaucoup d‘argent en prenant peu de risque et en descendant jusqu’à ce qu’il n y ait plus de capital au niveau de risque que les épargnants sont prêts a prendre.

Et ce niveau est déterminé par le taux d’intérêts.

Et donc ceux qui ne peuvent assumer ce coût (de l’argent) ne peuvent avoir accès  à cette ressource rare qu’est le capital, périclitent et disparaissent…

Et en disparaissant, ils libèrent du capital et du travail  qui vont la où la croissance est forte.

Pour ceux qui me lisent depuis longtemps, c’est ainsi que la « destruction créatrice » de Schumpeter s’exerce. Seuls survivent ceux qui rendent plus de talents qu’ils n’en ont reçus. Quant aux autres, comme le disait le Christ, ils tombent en enfer. Et donc, gaspiller le capital est un péché mortel.

Dans le fond la croissance est un phénomène créé par la sélection naturelle.

Ce qui m’amène à la période actuelle.

Les banques centrales ont pris la décision d’amener les taux d’intérêts à zéro, ce qui veut dire que la sélection n’existe plus. Que vous soyez efficace ou non, l’accès au capital est le même et le prix est à peu de choses prés le même pour tout le monde, le plus favorisé étant bien l’Etat, gros  destructeur de capital s’il en est puisqu’à  l’intérieur de l’Etat, il n’y a pas de destruction créatrice.

Pour sauver les Etats, les banques centrales ont donc décidé d’empêcher la destruction créatrice.

Et comme la destruction va s‘arrêter,  la création va s’arrêter aussi, puisque sans destruction il ne peut y avoir création, et le stock de capital va  donc cesser de monter.  L’Etat, grâce à sa grosse massue a repris le contrôle de l’allocation du capital. Comme le stock de capital va cesser de monter, la productivité ne va plus  augmenter et donc le niveau de vie stagner ou baisser.

Mais dans d’autres pays le système Darwinien est toujours en place et les sociétés de ces pays, qui  elles resteront efficaces, n’auront aucun mal à concurrencer les nôtres et à leur tailler des croupières. Et l’étape suivante de cette descente aux enfers sera sans doute le protectionnisme, qui ne fera qu’appauvrir un peu plus les Français. Tout cela m’attriste au plus haut point.

SOURCE ET REMERCIEMENTS: INSTITUT DES LIBERTES  

http://institutdeslibertes.org/mais-qui-donc-soutient-leuro/

http://institutdeslibertes.org/envies-rentrees/

La fin de l’Euro et les opportunités pour la Russie Par Jacques Sapir

Le 11/3/15

Les dernières déclarations et articles qui ont été écrits ces derniers jours par plusieurs économistes et hommes politiques européens montrent que nous sommes à nouveau entrés dans une phase aiguë de la crise de l’Euro.

En Grèce, la question d’un possible retour à la Drachme est ouvertement discutée. En Italie, c’est Stefano Fassina, un économiste du Parti Démocrate (parti de centre gauche dont les premier Ministre actuel, Mattéo Renzi est issu), qui fut par ailleurs vice-ministre à l’Économie et aux Finances dans le gouvernement Letta, qui a décidé de franchir le Rubicon sur la question de l’Euro. Cette « conversion » de Fassina indique bien que le débat est en train de prendre de l’ampleur en Italie, allant de la Ligue du Nord au Parti Démocrate, et en passant par Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi ainsi que le Movimente Cinque Stelle de Bepe Grillo.
 
Plus récemment c’est un sociologue et économiste allemand, Wolfgang Streeck, qui dans Le Monde a publié une longue tribune pour indiquer que l’Europe doit abandonner la monnaie unique. Ces différentes prises de position, sans oublier celles de Podemos en Espagne, sont un bon indicateur du fait que nous sommes actuellement à un point de rupture. Streeck le dit sans ambages, le maintien de l’Euro est en train de tuer l’Europe et de provoquer une montée de l’antagonisme antiallemand. Ceci était prévisible depuis plusieurs années. Mais conduit à poser une série de questions. Quelles seront les conséquences d’un tel acte pour la Russie?

L’importance de la zone Euro pour la Russie

On le sait, ce pays commerce beaucoup avec les pays de l’Union Européenne, et de la zone Euro. Il faut donc regarder avec attention quelles seraient les conséquences pour la Russie d’une dissolution de la zone Euro.

Cette dernière pourrait être déclenchée par plusieurs événements: un échec des négociations actuellement en cours en Grèce, un changement politique en Italie (survenant après les élections régionales de ce printemps), ou un retrait des investisseurs  » hors zone-Euro  » survenant à la suite d’une forte inquiétude sur les pays dits  » périphériques « , à la suite de la victoire possible en Espagne de Podemos au début de l’automne. Notons ici que ces divers scénarii ne sont nullement exclusifs l’un de l’autre. Nous serions alors confrontés à une succession de crises entraînant la sortie, de proche en proche, de plusieurs pays. La question se posera de savoir à partir de quand le gouvernement français prendra la décision de sortir de l’Euro. Économiquement, il est clair que la sortie soit de l’Espagne soit de l’Italie, rendra impérative pour la France de quitter la zone Euro.

Les effets d’une dissolution de la zone Euro pour la Russie

Si la zone Euro est dissoute, voire simplement  » suspendue  » (et l’on sait que l’on raffole à Bruxelles et dans d’autres capitales de ces euphémismes) sine die, on reviendrait aux monnaies nationales. Ce processus s’accompagnerait de dévaluation (pour les pays souffrant de problèmes de compétitivité) et de réévaluation pour les pays ayant un excès de compétitivité. En fait, c’est bien l’impossibilité actuelle de procéder à des dépréciations ou des appréciations des monnaies qui est l’une des causes de la récession que connaissent nombre de pays de la zone Euro.

On voit, sur le graphique 1, où l’on a reporté les évolutions du coût unitaire de la main d’œuvre depuis 1999 (soit depuis la création de l’Euro), que des écarts importants se sont constitués par rapport à l’Allemagne. La correction de ces écarts implique soit des baisses de salaire, qui provoqueraient une forte contraction de la demande intérieure dans ces pays, soit une dépréciation de leurs monnaies. En fait, cette dépréciation pourrait aller de —10% pour le Portugal à —25% pour l’Italie. Il est par contre probable que le Deutschemark se réévaluerait dans des proportions importantes. Cela aurait immédiatement des conséquences importantes pour le commerce extérieur de la Russie, rendant les produits allemands plus chers, et les produits français et italiens moins chers. Par ailleurs, permettant alors à une grande partie de l’Europe de renouer avec la croissance, une dissolution de l’Euro aurait des effets d’entraînement très bénéfiques sur l’économie de la Russie. Cette dernière, après avoir  » importé  » la crise européenne depuis 2011, importerait se croissance retrouvée.

Vers une coopération étendue entre la Russie et les pays européens?

La disparition de l’Euro ne veut pas dire qu’il n’y aurait plus de coordination entre les pays européens. Cette coordination resterait nécessaire à la suite d’une dissolution, même conflictuelle, de la zone Euro. Cette coordination s’imposera tout d’abord au sujet du contrôle des capitaux qui devra être envisagé dans les deux à trois ans après la dissolution de la zone Euro. Il faudra à la fois éviter des sorties importantes et brutales de capitaux que des entrées tout aussi massives qui auraient comme effet de déstabiliser les parités atteintes par les différentes monnaies. Le contrôle des capitaux apparaît comme un élément clef de la politique de  » cible de change  » qui deviendra l’un des principes de la politique de la Banque Centrale dans chaque pays.

Mais, ce contrôle des capitaux sera aussi important pour permettre à la Banque Centrale (en France, la Banque de France) de retrouver une large autonomie pour la fixation des taux d’intérêts. Cette coordination s’imposera aussi, et assez rapidement, quant aux objectifs de la politique de change. Il faudra laisser une certaine flexibilité aux divers taux de change, à la fois parce que le niveau d’inflation structurel est différent selon les pays, parce que les gains de productivité et l’évolution des salaires seront eux aussi différents, et enfin parce qu’un pays pourrait connaître un  » choc exogène  » important, imposant une dépréciation extraordinaire de sa monnaie. Notons que le système de change sera d’autant plus stable que le contrôle des capitaux sera maintenu. L’une des leçons des crises spéculatives qui sont survenues lors du Système Monétaire Européen dans les années 1990 est que la liberté totale des capitaux est contradictoire avec un système de coordination. La Russie pourrait alors avoir intérêt à s’associer à ce mécanisme de coordination et de contrôle des changes. Le point est important. Une Europe  » post-Euro  » serait bien plus prête à accepter une coopération monétaire avec la Russie.

La Russie et l’Europe dans le système monétaire international

Mais, cette coopération entre les pays européens et la Russie trouverait un autre terrain de développement. A terme, on pourrait imaginer une monnaie commune assurant les transactions entre l’Europe et le reste du monde, transactions commerciales et financières, a du sens. Cette monnaie n’existerait que comme un  » panier de monnaies  » des pays qui accepteraient de faire partie de ce système. C’est ainsi que fonctionnent les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Cette  » monnaie commune  » pourrait servir de monnaie de réserve aux Banques Centrales des pays européens, mais aussi au niveau international. De ce point de vue, il y a une véritable attente dans les pays dits  » émergents  » d’une monnaie qui soit une réelle alternative au dollar. L’Euro n’a pu que très imparfaitement remplir ce rôle, en raison des problèmes liés à sa conception même. Il n’a jamais dépassé 26% des réserves des banques centrales et il est aujourd’hui au troisième rang, derrière le Dollar et le Yuan, comme monnaie de transactions financières. De ce point de vue, il faut reconnaître le relatif échec de l’Euro sur le terrain de l’affirmation d’une monnaie internationale. Une  » monnaie commune « , débarrassée des problèmes intrinsèques à l’Euro, pourrait sans doute mieux s’affirmer. Ici encore, on voit l’intérêt de la Russie à une telle évolution. Adossée à une monnaie commune européenne, le Rouble pourrait bien mieux jouer son rôle de monnaie régionale de réserve dans les pays de l’ex-URSS, et supplanterait complètement le Dollar.
On le voit, la fin de l’Euro ouvrirait de nouvelles perspectives de coopération entre la Russie et les pays de l’ex-zone Euro. La crise qui semble désormais s’annoncer doit être dès lors vue comme une immense opportunité, tant pour les pays qui souffrent aujourd’hui de l’Euro que pour la Russie.

 http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150311/1015107678.html#ixzz3UCBuaYTU

Olivier Delamarche : « L’euro est une monnaie qui n’a pas d’avenir »

Olivier Delamarche sur BFM Business 23 fevrier 2015(BFM Business, 23 février 2015 – cliquer sur l’image pour voir la vidéo)

« Personne ne souhaite rester dans l’Histoire comme celui qui a fait éclater l’euro (…) En attendant, on gagne du temps mais le temps ça ne se gagne pas, ça se paye et ça se paye lourdement… On va essayer de prolonger l’agonie grecque en leur remettant un peu plus de dette sur la figure mais ça n’a aucun intérêt… Les Grecs auraient tout intérêt à sortir de l’euro pour essayer de repartir sur de nouvelles bases, c’est ce qu’ils auraient déjà dû faire il y a 5 ans… »

« Aujourd’hui, dès que vous lancez le débat, vous êtes traité de fasciste, parce que l’euro est une pure religion ».

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/02/24/olivier-delamarche-leuro-est-une-monnaie-qui-na-pas-davenir/

Chypre II: l’Autriche inaugure la première mise à contribution des créanciers pour sauver une banque depuis l’adoption de la directive européenne

Les autorités autrichiennes ont annoncé qu’elles n’injecteraient plus d’argent dans la « bad bank » Heta Asset Resolution créée pour résoudre les difficultés de la banque nationalisée Hypo Alpe Adria, et que les porteurs d’obligations seraient mis à contribution en application de la nouvelle résolution bancaire adoptée par l’UE en 2014, rapporte le Financial Times. Cette annonce, qui a surpris les investisseurs, a provoqué une chute des cours de 27% de la valeur de certaines obligations.

2 réponses »

  1. Les dépots étant la contre partie des investissement des banques. Ils deviennent donc l’unique garanti en cas de problème de la dites banque a partir du momment ou les états s’en lave les mains. Par contre le fait que les états obligent que l’argent gagné soit déposé a la banque se font complice de cette arnaque, puisqu’il ne formule aucune loi visant a protéger les dépots banquaires. Il suffirait que la partie investissement des banques soit séparé de la partie dépot pour que tout rentre dans l’ordre. Mais les états on besoin de prêt et il sont obligé d’autoriser les banques a leur préter l’argent des déposants. La loi de 1973 est la condition necesaire pour que l’arnaque puisse perdurer et que les états puissent s’endétté sur le dos des épargnants. Tout a été mis en place pour que le système puisse augmenter la quantité de monnaie. La dévaluation de la monnaie a été remplacé par l’inflation des biens. Mais la problème subsiste toujours car l’inflation des biens implique l’inflation des dépenses de l’état et la necessité pour lui d’emprunter toujours plus et de payer toujours plus d’interet au banques. En résumé l’épargne n’est plus autorisé il faut que cette épargne participe a l’inflation d’un moyen ou d’un autre. Les banquiers ont trouvé la solution en s’autorisant d’utiliser l’épargne dormante en toute liberté et sans bien sur rémunérer cette utilisation aux déposants. Il y a toujours un momment ou un des cow boy sort son flingue pour descendre le ou les tricheurs. Voter FN aujourd’hui c’est une manière douce de sortir le flingue sortir les tricheurs du saloon 🙂 🙂 🙂 C’est malheureux de doivoir en arriver là, mais nous ont il laissé une autre solution. L’art de la guerre c’est surtout d’évité d’acculer son ennemi dans un endroit ou il n’as pas de porte de sortie, cela l’oblige a prendre tout les risques pour se sortir de l’ornière. En plus d’être de mauvais économiste de mauvais gestionnaire nos politiciens sont incapable de comprendre l’art de la guerre. Il font tout pour la perdre. Et c’est là ou ont peut se demander si il ne la font pas exprét de la perdre afin de la déclencher.

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  2. Les réflexions de Charles Gave sont toujours pertinentes.

    Mais comment se réapproprier nos constitutions si aucune force n’est disponible pour stopper les dérives frauduleuses prouvées et démontrées de cette finance folle ?

    Ce cauchemar devient de plus en plus sombre et sans issue pacifiste. Une faillite désordonnée tant redoutée est de plus en plus probable.

    D’un autre côté, le vrai visage socialiste s’affiche au grand jour pour ceux qui en doutaient encore.

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