Art de la guerre monétaire et économique

Bernanke rejoint le hedge fund américain Citadel/Virtu Financial: L’entrée réussie du courtier à haute fréquence/ Goldman Sachs renoue avec ses plus hauts niveaux/ Les investisseurs Individuels US ont raté le cycle de bull market / A Genève, les divas du trading pétrolier perdent de leur superbe/ La réorganisation du monde : un double-circuit financier au service de la spéculation (Liliane Held-Khawam)

Bernanke rejoint le hedge fund américain Citadel

AGENCE 17/4/2015

L’ancien gouverneur de la banque centrale américaine (Fed) Ben Bernanke va rejoindre le fonds d’investissement à risque Citadel Investment Group, en tant que conseiller, a confirmé ce dernier jeudi.

«Nous sommes honorés d’accueillir le Dr. Bernanke chez Citadel», se réjouit l’homme d’affaires Ken Griffin, qui a fondé en 1990 ce fonds basé à Chicago et gérant pour 25 milliards d’actifs.

«Il a une connaissance extraordinaire de l’économie mondiale et sa connaissance approfondie de la politique monétaire et des marchés financiers sera très précieuse pour notre équipe et nos investisseurs», ajoute M. Griffin.

Dans ses nouvelles fonctions, M. Bernanke fournira en effet son expertise en matière de finance et d’économie internationale au comité d’investissement de ce «hedge fund», est-il précisé par le fonds alternatif.

«Citadel est une firme dynamique avec des gens extrêmement talentueux et une approche rigoureuse à l’analyse et l’investissement. Je suis impatient d’apporter mon point de vue sur des problématiques variées affectant l’économie mondiale», a déclaré Ben Bernanke, cité dans le communiqué.

Ancien conseiller économique de George W. Bush, M. Bernanke, âgé de 61 ans, a dirigé la Réserve fédérale (Fed) de février 2006 à janvier 2014 et a à ce titre piloté la politique monétaire des Etats-Unis pendant l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire économique récente.

Depuis son départ de la Fed, M. Bernanke se consacrait à la recherche académique au sein de la Brookings Institution. Il donnait aussi des conférences rémunérées.

Interrogé par le New York Times, qui a révélé l’information, M. Bernanke dit être conscient des critiques du public sur le pantouflage de hauts fonctionnaires passant au privé. Mais il fait valoir que Citadel n’était pas régulé par la Fed et qu’il n’exercerait pas au sein du groupe d’activités de lobbying.

Il précise qu’il recevra une rémunération fixe de Citadel, mais pas de participation au capital, ni de bonus lié à ses performances.

L’ancien patron de la Fed n’est pas lié par un accord d’exclusivité à Citadel et pourra proposer ses services à d’autres firmes.

Le prédécesseur de M. Bernanke, Alan Greenspan, a occupé diverses fonctions chez Deutsche Bank, chez le gestionnaire obligataire PIMCO et chez le fonds d’investissement Paulson & Company après son départ de la Fed.

Virtu Financial: L’entrée réussie du courtier à haute fréquence

AGENCE 17.04.2015

Le spécialiste américain du courtage à haute fréquence Virtu Financial gagnait près de 20% jeudi pour son entrée à la Bourse de New York.

L’action, cotée sous le symbole «VIRT», a fait ses premiers pas à la mi-journée sur la plate-forme électronique Nasdaq, où elle s’échangeait quelques minutes plus tard à 22,72 dollars.

Cela valorise l’ensemble de la société à 3,1 milliards de dollars et représente un gain de 19,58% comparé au prix d’introduction de 19 dollars, déjà fixé mercredi soir tout en haut de la fourchette prévue de 17 à 19 dollars. L’opération avait permis de lever 314 millions de dollars. Vers 21h hier, le titre était encore en hausse de 17,6% à 22,35 dollars.

Virtu avait initialement prévu d’entrer en Bourse au printemps dernier, mais l’opération avait été suspendue sine die alors que s’intensifiait la surveillance du courtage à haute fréquence, une pratique permettant à des robots d’échanger des actions à très grande vitesse (de l’ordre de la milliseconde).

Les pressions sur le secteur avaient notamment augmenté après la parution du best-seller du journaliste Michael Lewis, «Flash Boys», qui relatait l’histoire d’un courtier en rébellion contre les méthodes de courtage les plus sophistiquées.

La justice de l’Etat de New York, la SEC et le FBI avaient notamment ouvert des enquêtes sur ce secteur d’activité.

Virtu se lance en Bourse, Flow se tâte

le 8/4/15 Jennifer Nille

Virtu Financial avait déjà tenté en 2014 de faire son entrée en Bourse. Mais la firme a été gênée par la publicité négative sur le trading à haute fréquence suite à la publication de « Flash Boys », le livre de Michael Lewis, très critique envers ce trading. Elle a aussi provoqué la stupéfaction générale lors de la publication de ses comptes financiers, où elle a révélé n’avoir connu qu’une seule journée de pertes en cinq ans.

Mais depuis, les critiques se sont un peu calmées. Et surtout, la firme de Vincent Viola, ancien président du New York Mercantile Exchange, a reçu le soutien de Brad Katsuyama, le PDG de la plateforme IEX, héros du livre de Michael Lewis. Katsuyama a désigné Virtu comme l’une des bonnes firmes de trading à haute fréquence. Il faut dire que Virtu s’est connecté à IEX dès son lancement en octobre 2013. Cela sent à peine l’échange de bons procédés…

Comme le souligne les Echos, Virtu traîne quelques casseroles. Le superviseur des marchés australiens a lancé une enquête le 7 avril 2015 pour déterminer si des firmes de trading ont pu obtenir le communiqué de la Banque centrale australienne qui a annoncé un statu quo surprise de ses taux d’intérêt avant la publication officielle.  Car le dollar australien a connu des brusques variations avant la publication de ce communiqué. En France, l’Autorité des Marchés Financiers va auditionner en juin Virtu pour que la firme explique les agissements de Madison Tyler, une de ses filiales, en 2009, sur le marché français.

Avec cette entrée en Bourse, Virtu ira rejoindre KCG, la seule autre firme de trading à haute fréquence cotée. Mais les rangs pourraient grossir, car Flow Traders, une firme de trading à haute fréquence basée à Amsterdam, envisage aussi de se faire coter. Cette firme est spécialisée dans le market making des ETF (fonds indiciels). Mais le blogAmsterdam Trader souligne que derrière l’opération de Flow Traders, il y a surtout une volonté des fondateurs de vendre leurs participations. Toutefois, il faut aussi souligner que Flow Traders fait partie de ces firmes de trading en Europe qui ont développé leur propre réseau d’antennes hertziennes, afin d’obtenir plus rapidement les données de marché entre Eurex (situé à Francfort) et le Liffe (à Londres). 

http://blogs.lecho.be/fairtrade/2015/04/virtu-se-lance-en-bourse-flow-se-t%C3%A2te.html#ixzz3XkJMpzbm

Goldman Sachs renoue avec ses plus hauts niveaux

AGENCE 17.04.2015

Goldman Sachs et Citigroup ont confirmé jeudi le bon début d’année des grandes banques américaines en dégageant de gros bénéfices trimestriels salués par les analystes. Fleuron par excellence de la banque d’affaires, Goldman Sachs a renoué avec ses meilleures années grâce à la forte volatilité qui a relancé la spéculation. 

Son bénéfice net au premier trimestre a ainsi flambé de 40% sur un an, à 2,84 milliards de dollars, tandis que son chiffre d’affaires a progressé de 13,8% à 10,61 milliards. Ce sont les meilleurs résultats de la banque new-yorkaise depuis le premier trimestre 2010. 

«Vu la normalisation des marchés (financiers) et une grande activité de la part de nos clients, nous restons optimistes sur le fait que (notre) croissance va se poursuivre», a commenté Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs. 

La forte volatilité ayant marqué les trois premiers mois de l’année sur les places financières a conforté la stratégie de son établissement de se renforcer dans le courtage malgré un durcissement de la règlementation et de nouvelles exigences en matière de fonds propres. 

Les revenus générés par le courtage chez Goldman Sachs ont bondi de 23% sur un an à 5,46 milliards de dollars. C’est beaucoup plus que chez les rivales JPMorgan Chase (+9%) ou Bank of America (-5%). 

Dans le détail, les très suivies activités de courtage d’obligations, de devises, de taux et de matières premières (FICC) ont généré des recettes de 3,13 milliards de dollars, en hausse de 10%. Quant au courtage des actions, leurs revenus ont bondi de 46% à 2,33 milliards de dollars. Le marché des devises a été en effervescence entre janvier et mars avec notamment l’appréciation du franc suisse, porté par la décision mi-janvier de la Banque nationale suisse (BNS) de supprimer le taux plancher de un euro pour 1,20 franc suisse. 

Les investisseurs Individuels US ont raté le cycle de bull market 

Levi-Sergio Mutemba 17/4/2015

 Le manque de moyens et d’expertise n’a pas permis d’accéder aux rendements élevés qui ont suivi la crise de 2008. 

«L’on dit souvent qu’une vague montante élève tous les navires sur la mer. Mais que cette vague n’est d’aucune utilité lorsque l’on ne dispose pas soi-même d’un navire.» C’est ce que Claes Bell, analyste chez Bankrate, l’un des plus importants fournisseurs américains de services financiers aux particuliers, observe au sujet des investisseurs individuels («retail») aux États-Unis. Pour la majorité d’entre eux, en effet, depuis la crise financière de 2008, le bateau a fait défaut: par manque de moyens et d’expertise, ils n’ont pas participé au cycle de bull market initié il y a plus de cinq ans. 

Malgré la «prolifération d’instruments de placement» au cours des dernières années, 52% des Américains rapportent qu’ils ne détiennent aucune action ou placement (mutual funds ou exchange-traded fund) investi dans quelque actif que ce soit. C’est ce qui ressort du sondage publié début avril par Bankrate Money Pulse Survey. Interrogé par celle-ci, Robert Stammers, dont la tâche est d’éduquer les investisseurs auprès de la prestigieuse école de formation des analystes CFA Institute, dit ne pas s’en étonner. 

«Les Américains sont des épargnants, par nature. Ils investissent essentiellement dans une perspective de protection du capital», explique Robert Stammers. «Ils ne cherchent pas à prendre les risques nécessaires, qui seuls expliquent un niveau suffisant de rendement sur le long terme.» Selon lui, le fait de demeurer aussi longtemps à l’écart du type d’actifs générant les performances les plus conséquentes risque de placer ces épargnants dans des situations financières difficiles.

 L’expert reconnaît toutefois que pour 53% des personnes n’ayant pas investi dans les titres financiers au cours des récentes années, la cause en est le simple manque d’argent. L’Américain moyen dispose de moins de 25.000 dollars pour préparer sa retraite. Une somme insuffisante pour permettre à celui-ci de s’intéresser aux marchés financiers. Ils ne sont également que 21% à ignorer les mécanismes des bourses, tandis que 9% disent ne pas accorder la moindre confiance à leurs conseillers en investissement. 

La situation pourrait être la plus alarmante pour les jeunes. D’après le sondage de Bankrate, ils ne seraient que 26%, parmi les moins de trente ans, à détenir des titres financiers en portefeuille. Pour Robert Stammers, plus les jeunes retardent leur placement, plus grand est le coût d’opportunité sur le long terme. Ainsi que le risque de connaître, eux aussi, des trajectoires financières assez éloignées de l’optimum. Ils passent, en particulier, à côté des intérêts composés ou du rendement total, intégrant les gains des réinvestissements des dividendes et intérêts. Ce, notamment due à une demande moins importante d’encaisses monétaires (ils étudient la plupart du temps) par rapport à celle des seniors. 

Le marché de l’emploi aux États-Unis a été si disloqué durant la crise financière de 2008, qu’il n’est pas surprenant de constater que de nombreuses personnes n’ont pas pu investir quoi que ce soit.

http://www.agefi.com/quotidien-agefi/marches-produits/detail/edition/2015-04-17/article/le-manque-de-moyens-et-dexpertise-na-pas-permis-dacceder-aux-rendements-eleves-qui-ont-suivi-la-crise-de-2008-396515.html

A Genève, les divas du trading pétrolier perdent de leur superbe

PAR SYLVAIN BESSON/Le Temps 17/4/15

Avec leurs bonus et leurs égos démesurés, les traders étaient les rois du négoce de matières premières. Pour la première fois depuis 30 ans, certains se retrouvent sans emploi. D’autres quittent Genève, faute de poste à leur mesure. Enquête au cœur d’une confrérie discrète.

Pour qui veut se faire une idée du style de vie flamboyant des traders en matières premières, Ross Koller offre une incarnation parfaite, emblématique.

Des années durant, cet Américain au visage juvénile a sillonné Genève au volant de Ferrari pétaradantes. Il en possède toute une collection, dont une F40 rouge empestant la benzine, aux sièges inconfortables, avec une plaque britannique ornée des lettres OIL. Il a aussi pratiqué le polo au Club de Veytay, entre Versoix et Coppet, en compagnie d’autres seigneurs du pétrole genevois.

Ses chaînes en or et sa villa de grand style, sur la rive gauche de la cité lémanique, reflétaient la prospérité d’une industrie qui a fait de la Suisse l’un de ses bastions. Ce que rappelle, chaque année, le sommet des matières premières organisé par le Financial Times, qui s’ouvre lundi au Beau-Rivage Palace de Lausanne.

Dans cet univers qui reste malgré tout secret, Ross Koller fait aussi figure d’exception. Il est l’un des rares traders pétroliers que les Romands ont pu voir à la télévision, invité par Darius Rochebin comme représentant en Suisse des républicains américains.

Fin 2014, pourtant, ce personnage haut en couleur a quitté Genève. Ses chevaux de polo ont été mis en pension, sa maison semble désertée, ses Ferrari ne pétaradent plus dans les rues. L’histoire de ce départ, que Le Temps a pu reconstituer, est emblématique des changements à l’œuvre dans le monde du négoce de matières premières.

Selon l’un de ses confrères, Ross Koller est parti de Genève parce qu’«il en avait marre de ne rien trouver». En 2011, l’Américain a quitté son poste de trader en produits distillés (gasoil, diesel) chez Mercuria, un géant genevois du négoce énergétique. Il s’est ensuite lancé dans des projets à moindre échelle, qui ont capoté ou n’ont pas abouti. Il n’a pas retrouvé de travail dans une grande société, ce que le trader précité attribue au durcissement du marché de l’emploi dans le négoce pétrolier. Il y a trop de traders disponibles et, pour la première fois depuis trente ans, certains se retrouvent sans emploi.

«Sur son nom, sur sa réputation, on n’est plus embauché, explique ce professionnel, qui s’exprime sous le couvert de l’anonymat. On ne joue plus sur ce marché en 2015 comme on jouait en 2008. Le profit net d’un desk [équipe de traders traitant une catégorie de produits, ndlr] s’est beaucoup réduit: avant c’était 200 millions par an, aujourd’hui c’est 40 millions. Les banques ne sont plus là: avant, il y en avait 15 qui avaient des desks de traders, aujourd’hui c’est zéro.»

En outre, ajoute notre interlocuteur, «on ne paie plus les gens comme avant. A Genève, on embauche moins, beaucoup de gens sont prêts à se brader», pour un salaire inférieur à ceux des années d’or de la décennie 2000.

Mais Ross Koller n’est pas du genre à se brader. Après avoir longtemps attendu un poste à sa mesure, il a fini par s’exiler à Houston, au Texas, où il est devenu trader de produits distillés chez PetroChina. Il rêve pourtant de revenir en Suisse, sa patrie d’adoption: «Je compte retourner à Genève, dans six mois ou dans quelques années, explique-t-il lors d’une conversation par Skype. Je me sens Genevois. Mais c’est sûr que l’ambiance a changé, pas seulement à Genève d’ailleurs, mais partout, à Londres, New York ou Houston.»

Pour saisir ce qui se joue ici, il faut comprendre ce que fait un trader en matières premières. Son travail consiste à repérer et «arbitrer» les déséquilibres du marché mondial – un produit manque et coûte cher à un endroit, il est abondant et bon marché ailleurs. Si un réseau de stations-service en Afrique a besoin de diesel, le trader va aller le chercher à la source, par exemple dans une raffinerie russe. Les traders de produits pétroliers distillés, comme Ross Koller, traitent avec des raffineurs et revendent à des distributeurs, des grossistes, des stockeurs.

Tel un chevalier du Moyen Age entouré de pages et d’écuyers, le trader est assisté d’une équipe de servants: opérateurs qui exécutent la transaction (lettres de crédit, contrôle qualité), spécialistes chargés d’affréter les cargos, comptables, juristes, informaticiens… Mais c’est lui qui est personnellement responsable du bon déroulement des transactions, dans un monde où la moindre défaillance peut coûter des millions si le produit payé par une contrepartie n’est pas livré en temps et en heure.

En ajoutant son salaire, ceux de son équipe et ses frais de voyage, on estime qu’un trader coûte entre un million et demi et trois millions de francs par an à son employeur. Du coup, cette caste d’élite ne compterait dans le monde que 2000 représentants environ – chiffre le plus souvent cité par les professionnels –, dont 250 à 300 se trouveraient à Genève.

Hiérarchiquement, le trader trône au sommet de la pyramide du prestige, du statut et du salaire. La pression du chiffre qui pèse sur lui est énorme. Et sa vision du marché est déterminante: il doit prendre des positions qui anticipent les mouvements de prix des produits qu’il traite. Ce qui, de l’avis général, demande une confiance en soi phénoménale.

«Il faut pouvoir tenir des positions, souvent à travers des moments difficiles, explique Ross Koller. Il faut avoir du courage. Il y a des gens qui vont savoir analyser le marché, mais qui ne seront jamais des traders.»

Dans les années 2000, Ross Koller était régulièrement cité par l’agence Bloomberg comme augure du marché du mazout. Ses avis sur l’offre et la demande faisaient autorité. Y avait-il pénurie aux Etats-Unis? Excédent en Europe? Pour les négociants, ces questions sont cruciales. En 1999-2000, un hiver froid, conjugué à de faibles stocks, a presque fait doubler les prix du mazout aux Etats-Unis. Ceux qui, depuis l’Europe, pouvaient s’approvisionner en produits russes bon marché et les livrer en Amérique ont réalisé des profits fabuleux.

«A l’époque, vous gagniez de l’argent uniquement en ayant la vision de ce qui allait se passer», se souvient Mohab Kamel, ancien trader de produits pétroliers raffinés chez Mercuria. Les sociétés de négoce se réduisaient pour ainsi dire aux cerveaux de leurs traders: leurs contacts, leur compréhension du marché, leur capacité à vendre leur vision aux investisseurs, aux banquiers, aux clients.

«Les traders étaient les rois, les moteurs de l’industrie, résume Mohab Kamel. Mais aujourd’hui, ils n’ont plus les mêmes pouvoirs qu’il y a dix ans.»

Enrichies par une décennie de pétrole cher, les sociétés de négoce ont acheté des terminaux, des installations de stockage, des réseaux de stations-service. Leurs effectifs ont décuplé – Mercuria avait 30 personnes à Genève au début des années 2000, elle y compte quelque 250 employés aujourd’hui, 1500 au niveau mondial. «Les entreprises sont devenues des entités organisées, des machines, ce ne sont plus des bandes de copains», note Nikos Asimakopoulos de la société d’intelligence économique Alaco à Londres.

Mieux structurée, plus grande, «l’entreprise commence à avoir plus de pouvoir sur son trader que l’inverse», estime Mohab Kamel. De plus en plus, elle lui impose d’alimenter ses propres circuits de raffinage ou de distribution, au lieu de vendre des cargaisons sur le marché selon sa vision et son génie personnel. «Les boîtes ont moins besoin de l’intelligence d’un individu», résume Mohab Kamel.

Financièrement, le métier est aussi devenu moins attrayant. Dans les années 2000, les sociétés de négoce versaient chaque année aux traders des bonus en cash – «entre deux et cinq fois le salaire, soit 500 000 à deux millions de francs à peu près», selon Mohab Kamel.

Mais après la crise financière, plusieurs entreprises ont commencé à proposer des actions au lieu d’argent liquide. Et ce changement n’a pas plu aux traders.

«Plusieurs compagnies ont modifié leurs systèmes de rémunération, confirme Mohab Kamel. Souvent, le contrat ne précise pas comment vous êtes payé. Quel est le prix de l’action? Comment êtes-vous payés si vous quittez la boîte? On ne sait pas. Beaucoup de traders s’en vont à cause de ça.»

Comme les sociétés de négoce sont presque toutes privées, non cotées en bourse, ce sont elles qui déterminent la valeur de leurs actions. Ce qui leur donne une emprise nouvelle et inédite sur leurs employés. Ross Koller ajoute qu’à Genève, «plus ou moins toutes les boîtes sont passées à ce système».

2011, année où l’Américain a quitté Mercuria, marque le début d’une période sombre pour certains traders genevois. Elle s’est prolongée jusqu’à l’an dernier. Sur le marché des distillats, «il y avait trop de produit et pas assez de demande, on a eu un marché plat [sans variations de prix, ndlr], et dans ce cas il n’y a rien à faire, c’est complètement inintéressant, raconte Ross Koller. Cette absence de volatilité a vraiment fait souffrir le marché du distillat. Ce n’était pas fun, pas joli du tout. Cette déprime a duré trois ou quatre ans.»

Un dernier facteur joue contre les traders: les coûts croissants de la réglementation. Depuis quelques années, les autorités américaines sanctionnent durement les négociants en matières premières qu’elles soupçonnent de manipuler le marché. «Désormais, les dents des régulateurs ont l’air assez pointues pour que les gens les remarquent», commente Amy Lashinsky de la société Alaco, qui fournit des prestations de contrôle interne aux sociétés de négoce.

En août 2014, la société nyonnaise Arcadia Energy et sa maison mère britannique, spécialisées dans le trading pétrolier, se sont vu infliger une amende de 13 millions de dollars, après que deux de leurs traders ont brièvement gonflé la demande de pétrole brut aux Etats-Unis grâce à des transactions artificielles.

Le marché des produits pétroliers distillés est particulièrement vulnérable aux manipulations, car les acteurs y sont peu nombreux. En Méditerranée, un trader qui achète cinq cargos devient un acteur dominant du marché. Dans de telles conditions, la tentation peut naître de s’entendre sur les prix avec d’autres collègues.

«Le price-fixing, oui, cela existe, témoigne l’avocat Jeremy Davies du cabinet spécialisé Holman Fenwick Willan à Genève. Deux traders peuvent s’entendre. Et c’est illégal. Mais ce n’est pas si rare.»

Pour détecter et punir les collusions éventuelles, les autorités de contrôle ont développé un arsenal de logiciels qui traquent les mouvements de prix suspects sur les marchés des matières premières. Les sociétés s’équipent aussi de systèmes pour surveiller leurs employés, ce qui renchérit le coût des traders. «Cela réduit un peu notre flexibilité, ce n’est pas confortable d’être sous la loupe tout le temps, même si on ne fait rien de mal», note Ross Koller.

Malgré tout, après vingt-cinq ans dans le métier, et alors que beaucoup de ses collègues ont pris une retraite dorée, l’Américain en veut encore. Le retour de la volatilité sur les marchés pétroliers – le prix du brut s’est effondré depuis l’été dernier – redonne de la marge de manœuvre aux traders comme lui. Et permettra peut-être à ses Ferrari de pétarader à nouveau, d’ici à quelques mois, dans les rues tranquilles d’une ville suisse.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b7a5758a-e51d-11e4-94b8-e7cac4d21567/A_Gen%C3%A8ve_les_divas_du_trading_p%C3%A9trolier_perdent_de_leur_superbe

La chute de Sunny Boy

PAR NATHALIE VERSIEUX BERLIN/Le Temps /17/4/15

Ancienne coqueluche des milieux boursiers, Thomas Middelhoff est incarcéré depuis novembre pour abus de biens sociaux. Il risque un nouveau procès sur le dossier Arcandor. Début avril, il a demandé à bénéficier de la procédure de la faillite personnelle

Thomas Middelhoff n’en a pas fini avec les ennuis. L’ancienne coqueluche des milieux d’affaires, en prison pour abus de biens sociaux depuis novembre dernier, risque un nouveau procès sur le dossier Arcandor, la maison mère des grands magasins Karstadt qu’il a dirigés entre 2004 et 2009. Le procureur de Bochum, chargé du dossier, s’intéresse à un virement de 800 000 euros à la faculté Saïd Business School de l’Université d’Oxford, effectué – «sans véritable contrepartie» et sans l’aval du Conseil de surveillance, souligne le Ministère public – par Arcandor deux jours avant la destitution de Middelhoff en février 2009. A l’époque, le groupe allemand était au bord de la faillite. Thomas Middelhoff a toujours justifié le sponsoring à l’intention de la prestigieuse université britannique par la difficulté pour Arcandor de «recruter des managers de talent» parlant suffisamment anglais. Mais «Middelhoff siégeait au sein de l’une des instances de l’université», rappelle le magazine Der Spiegelau sujet de cette nouvelle affaire. Au moment de la signature du contrat entre Oxford et Arcandor, en 2008, le groupe allemand se portait déjà si mal que les salariés des grands magasins avaient déjà dû renoncer à leurs primes de noël et de congés.

Cette affaire s’ajoute à la condamnation, le 14 novembre dernier, pour abus de biens sociaux à 3 ans de prison avec incarcération immédiate. Thomas Middelhoff avait fait payer par Arcandor une cinquantaine de vols en avion privé et en hélicoptère, dont certains pour éviter les embouteillages, alors que le groupe – qui a finalement déposé le bilan en 2009 – était au bord de la faillite. Au total, Middelhoff a causé à son employeur 500 000 euros de préjudice, selon le Tribunal d’Essen. Début avril, Thomas Middelhoff a demandé à bénéficier de la procédure de la faillite personnelle, alors qu’une cinquantaine de créanciers se sont tournés vers la justice au cours des derniers mois.

En Allemagne, tout le monde connaît ce visage plutôt ingrat aux cheveux soigneusement gominés, toujours bronzé, ce regard pétillant derrière de petites lunettes sans monture, ce sourire carnassier, cette haute stature athlétique immanquablement vêtue d’un costume taillé sur mesure, veston deux rangs fermé sur une chemise immaculée… Au temps de sa splendeur, Thomas Middelhoff fait régulièrement la une de la presse économique. Il est alors le «prodige de l’économie allemande», un visionnaire charismatique, un séducteur à l’intelligence acérée capable de faire grimper les cours de la bourse en deux phrases bien trempées au cours d’une présentation de bilan. Sa carrière est fulgurante: à 37 ans membre du conseil de direction du géant de la presse Bertelsmann, à 45 ans à la tête du groupe, à 55 ans chef d’Arcandor… La chute de Thomas Middelhoff n’en sera que plus spectaculaire.

Thomas Middelhoff est né en 1953 à Düsseldorf dans une famille de la bonne bourgeoisie. Son père possède une petite entreprise de textile, dans laquelle le fils débute après des études d’économie à l’Université de Munster. A 33 ans, il quitte l’entreprise familiale pour rejoindre Bertelsmann. On est en plein boom de la «Nouvelle Economie», cette phase de forte croissance générée par le développement des nouvelles technologies de l’information et des communications au début des années 90. Bertelsmann, empire de province poussiéreux sis à Gütersloh au centre du pays, est à mille lieues des nouvelles technologies. Thomas Middelhoff va bousculer «la vieille Dame», surnom donné alors au groupe. «Sunny Boy» se définissant lui-même comme «Américain avec un passeport allemand», il jouit de la confiance des héritiers du fondateur, la famille Mohn, et d’une grande liberté d’action au sein de Bertelsmann. Son plus gros coup à l’origine de la légende Middelhoff: la création d’une joint-venture avec AOL. Les parts achetées pour quelques centaines de millions de dollars en 1995 seront revendues quatre ans plus tard pour 7,5 milliards d’euros à Time Warner. Thomas Middelhoff devient la coqueluche de la bourse. Et rejoint la jet-set. Avec la prime de 40 millions que lui accorde Bertelsmann, il s’achète une propriété à Saint-Tropez, un yacht de 33 mètres à la consommation impressionnante et confie la gestion de sa fortune et sa confiance à Sal. Oppenheim qui l’orientera plus tard vers des placements hasardeux, lorsqu’il sera à la tête de Karstadt. C’est sa première erreur.

D’autres suivront (les achats de Napster, Pixelpark ou Myplay). Surtout, Thomas Middelhoff commet un impair: forcer l’entrée en bourse du groupe familial Bertelsmann. Le pas est impossible à franchir pour la famille Mohn. C’est le clash. Thomas Middelhoff quitte Bertelsmann en 2002 pour Londres, où il passe à la banque d’affaires avant d’être appelé par Madeleine Schickedanz aux abois pour sauver le groupe familial Karstadt-Quelle en difficulté. Middelhoff se sépare d’activités non rentables (les magasins Hertie, aujourd’hui disparus), cède le parc immobilier du groupe pour renflouer les finances, engage Arcandor dans le tourisme (avec l’achat de la société Thomas Cook) et annonce, en 2007, «le sauvetage» du groupe après une «réunion de travail» dans sa propriété de Saint-Tropez où sont décidés les licenciements de quelque 4500 vendeuses. Un an et quelques mois plus tard, Arcandor dépose le bilan.

De la jet-set à la faillite personnelle, Thomas Middelhoff n’aurait pas su gérer son statut de nouveau millionnaire. Aujourd’hui ses avoirs sont gelés. Arcandor lui réclame les 4 millions d’euros de son parachute doré, Sal. Oppenheim les 2,5 millions du yacht qu’il n’a jamais payé. Le feuilleton judiciaire autour de Thomas Middelhoff n’a pas fini de rebondir.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/027aec92-e466-11e4-94b8-e7cac4d21567/La_chute_de_Sunny_Boy 

La réorganisation du monde : un double-circuit financier au service de la spéculation Par Liliane Held-Khawam

AVRIL 18, 2015

Le monde de la finance marche sur la tête. Nous avions les banques qui créent de la monnaie grâce à nos dettes. Il y a quelques semaines, la BNS annonçait qu’elle ponctionnerait nos dépôts bancaires. Et aujourd’hui nous avons la Confédération suisse qui émet des emprunts obligataires sur 10 ans avec un rendement négatif. Enfin, en même temps l’Etat mexicain s’endette en euros sur 100 ans !

Qui dit mieux ? Des emprunts à vie ? Pourquoi pas ? En tout cas, la crise a bon dos. Austérité, confiscation et peut-être la fin de la propriété privée cohabitent avec l’euphorie, l’enrichissement illimitée, le siphonage du patrimoine local par le marché financier mondial avec la bénédiction d’autorités devenues complices.

Il faut le dire haut et fort. Cette crise pour laquelle le citoyen et les entreprises locales n’en finissent plus de laisser emplois et chemise est une assise sur laquelle prospèrent des marchés financiers partis à la conquête de la planète. Le marché des obligations d’Etat est une clé de voûte de cet enrichissement systématique et le rendement négatif des emprunts y contribue…

Le marché obligataire est l’investissement préféré des Caisses de pensions et des assurances-vie qui sont la pierre angulaire des investisseurs de longue durée. Poser des rendements obligataires négatifs après avoir imposé les dépôts bancaires par un taux d’intérêt négatif revient à s’en prendre directement à nos retraites. On cherche à les rabattre vers des marchés plus spéculatifs et surtout celui des actions s’ils veulent gagner de l’argent et survivre…

Une opulence illimitée basée sur la spéculation pure

Voici 3 graphiques qui montrent l’explosion des bourses alors même que les gouvernants répètent à l’envie leurs difficultés à gérer la crise ambiante. On voit clairement comment les bourses de New York, Francfort et Zürich ont évolué depuis 2008. Edifiant tellement la croissance saute aux yeux. smidowdaxQue font ces personnes pour obtenir de telles performances alors que la paupérisation s’installe dans leur pays ? Ils spéculent toujours plus et toujours plus vite. De puissants logiciels de trading de haute fréquence sont là pour maximiser encore et toujours leurs gains.

Il faut dire qu’ils sont soutenus en permanence par des politiques monétaires, financières et publiques des banques centrales et autres gouvernements. Une aide illimitée avec pour assise l’économie réelle des gens normaux artisans, entrepreneurs ou salariés. Cette formidable plus-value boursière (triplement aux Etats-Unis et en Allemagne depuis 2009) est annoncée avec une excellente nouvelle. Wall Street va distribuer 1000 milliards de dollars en dividendes pour l’année 2014.

La déflation est le lot des acteurs locaux.

Pendant ce temps, les acteurs locaux qui n’ont pas accès au marché financier mondial dépérissent. Ils sont séchés sur place par une concurrence sur-vitaminée par les largesses du marché financier mondial et une production exotique à bas coûts voire esclavagiste. Impossible de faire le poids.

Les prix dégringolent toujours plus entraînant avec eux, marges bénéficiaires, niveau salarial et pouvoir d’achat. Cela s’appelle « déflation ». Tout économiste cherche à l’éviter. Nos banques centrales qui ont pour mission de maintenir une progression des prix à + 2% par an sont en échec.

Voici une carte qui parle mieux que des mots. Seuls 3 pays de la zone euro sont en vert. Ils bénéficient –encore- d’une petite inflation de 0.1 à 0.6%. déflation carteLa Suisse qui n’est pas évaluée sur cette carte est, selon les chiffres de l’Office fédérale de la statistique, en déflation depuis mai 2011. Ce sont 4.6 points qui manquent pour que les objectifs de la BNS soient réalisés. Cette déflation est très grave dans la mesure où elle exprime l’assèchement de la masse monétaire de proximité (locale). Elle contraste fortement avec l’euphorie et la pléthore de liquidités du marché financier international. Nous sommes bel et bien devant un double circuit financier.

Des ressources illimitées pour les uns. Une austérité et une confiscation du patrimoine pour les autres. Un chiffre seul illustre cette aberration, près de 50 millions d’américains sur 300 bénéficient de « food stamps »,(Department of Agriculture (USDA)) , l’équivalent de la soupe populaire…

En Suisse aussi la paupérisation ne cesse de progresser. Les personnes âgées en sont les principales victimes. Le taux de pauvreté des plus de 65 ans peut atteindre les 18% alors que celui de ceux qui sont à risque de le devenir va jusqu’à 29% …. Ce sont donc 47% des plus de 65ans qui flirtent avec la pauvreté une fois à la retraite.

Un double-circuit financier

Cette situation financière et économique schizophrénique entre les bénéficiaires des marchés financiers et le simple citoyen s’est installée de manière structurelle. La gouvernance publique soumise au puissant feu roulant du lobbying de la finance mondialiste a réussi à légaliser un spectaculaire double-circuit financier. L’un déborde de liquidités qui se multiplient sans aucun mérite ni contrepartie connus. Il nage dans une abondance surréaliste et voit exploser sa croissance par des bénéfices jamais égalés. Il est transnational. Son indicateur est cette bourse flamboyante, extravagante et sans base réelle ou réaliste.

Les banques centrales avec leurs assouplissements quantitatifs, la défense du taux-plancher (BNS) et autres pratiques boursières telles que les REPOS y sont pour beaucoup dans cette flambée boursière doublée de spéculation endémique. Elles nourrissent copieusement ce circuit transnational par une stratégie qui lui est systématiquement bénéfique.

L’autre circuit est régional (local). Il est réservé au fruit du travail des individus et des PME/PMI. Il est lié à l’économie réelle de proximité. Ce canal financier est asséché, miné par une gouvernance publique déflationniste. Il inclut des établissements financiers qui n’ont pas bénéficié du label « too big to fail ». Il est soigneusement siphonné au fur et à mesure des crises provoquées par le premier circuit transnational (par exemple, loi too big to fail).

Pourtant c’est le circuit financier local et national qui donne la crédibilité et la consistance au transnational. Ce sont les excédents des balances de paiement des pays, l’épargne en réserve et les capitaux de retraite qui font que la haute finance va courtiser ou pas un pays X. Quelqu’un a dit un jour qu’un pays comme la France qui bénéficie de rendements obligataires très avantageux profitait encore de la garantie offerte par l’épargne du peuple.

La Suisse qui dispose de centaines de milliards d’excédents de balance de paiements, de 700 milliards de capitaux de retraite et de non moins importantes épargnes intéresse particulièrement les marchés financiers.Dans un timing parfait, le Conseil fédéral a assoupli l’Ordonnance sur la prévoyance professionnelle vieillesse (Annexe1), survivants et invalidité juste avant d’envoyer le signal fort sur le rendement négatif obligataire à 10 ans devenu une impasse.

Ce circuit financier mondial, véritable table de casino géante a pourtant un talon d’Achille. Le peuple. Il n’est strictement rien sans lui. Que celui-ci se rebelle, qu’il retire son argent des banques, qu’il fasse la grève des impôts ou qu’il dénie la reconnaissance de la monnaie bancaire et c’est tout le système qui s’écroule…

Liliane Held-Khawam

Annexe 1: Assouplissement des normes de gestion des caisses de pension

assouplissement ordonnance LPP https://lilianeheldkhawam.wordpress.com/2015/04/18/2081/

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