Art de la guerre monétaire et économique

La Grèce face à l’hybris européen ( Jacques Sapir)/ La Grèce mettra-t-elle ses bases militaires à disposition des Russes? (Éric Verhaeghe)/ Échecs match Grèce-Allemagne Gambit Dame Merkel refusé, le pion Tsipras en c6, défense slave (Zerohedge)/ La Grèce pourrait faire défaut de sa dette en mai et juin (Mish) /Le vrai problème que pose un défaut de la Grèce/ Résoudre la question grecque devient primordial pour l’euro

La Grèce face à l’hybris européen

18 avril 2015 Par

DORKA THE GEEKPermalien de l'image intégréePermalien de l'image intégrée

La question d’un possible défaut de la Grèce dans les jours, voire les semaines, qui viennent est désormais régulièrement posée. Mais, cette question est parfois confondue avec celle des liquidités internes. Or cette question est aujourd’hui le principal instrument utilisé par l’Eurogroupe pour étrangler la Grèce et tenter d’imposer des politiques qui ont été rejetées par les électeurs le 25 janvier. Rien que cela en dit long sur la notion de la démocratie des principaux responsables européens, et en particulier de M. Jean-Claude Juncker (un multirécidiviste sur ce point qui avait déclaré à la suite de cette élection du 25 janvier « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[1]) ou M. Moscovici. Ajoutons que les récentes déclarations de M. Schäuble[2] vont parfaitement dans ce sens. On mesure que le mot « démocratie » n’est qu’un slogan sans contenu pour les dirigeants de l’Union européenne.

La question des remboursements

La Grèce doit de l’argent au FMI, à la BCE ainsi qu’aux différents fonds d’aides (MES et FESF). Les échéanciers des remboursements jusqu’au 19 juin sont les suivants :

Graphique 1

Echéanciers des remboursements

A - chart Detts

On constate qu’a part de petits remboursements à la BCE, l’essentiel, du moins jusqu’au 19 juin, sera les remboursements aux FMI (2,54 milliards d’euros). Or, le Fond Monétaire International s’est distingué pour l’instant par une attitude bien plus « souple » que celle de la BCE ou de l’Eurogroupe qui supervise les paiements à faire pour le MES et le FESF. Il n’est donc pas exclu que l’on trouve un arrangement sur ces 2,54 milliards d’Euros. Mais, un tel arrangement ne peut être que provisoire. La Grèce devra rembourser, entre le principal et les intérêts, environ 7 milliards aux diverses institutions européennes entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet. Le gouvernement Grec a dit, à de nombreuses reprises, qu’il ne ferait pas ces paiements car ces derniers prélèveraient l’ensemble des sommes (et au-delà) sur le (petit) excédent fiscal primaire qu’il réalise et qu’il souhaite affecter tant à des mesures de soutien à la population qu’a des mesures de relance de l’activité économique. On sait aussi que l’Eurogroupe, pour l’instant, refuse cette solution. L’Eurogroupe refuse de même de négocier sur la dette, et cherche à imposer des réformes qui, outre qu’elles sont à tout plein inutiles[3], sont refusées par le gouvernement grec et surtout pas ses électeurs. Nous sommes donc dans une impasse.

Il s’en déduit qu’un défaut de la Grèce peut survenir dans les semaines qui viennent, mais surviendra de toute manière entre la fin juin et le début du mois de juillet. Sauf si, d’un côté ou de l’autre, un changement de position survient.

La crise de liquidité

Pour chercher à faire céder la Grèce, et imposer une politique dont les électeurs grecs clairement ne veulent pas, l’Eurogroupe institue un rationnement dans l’offre de liquidité à l’économie grecque. La Banque Centrale Européenne a « déconseillé » aux banques grecques d’acheter des bons du trésor, elle a exclu de fait la Grèce du mécanisme d’aide d’urgence à la liquidité (ou ELA), et relève très lentement le plafond de ses offres de liquidités. Un auteur de la revue américaine Foreign Policy, qui ne peut être considérée comme d’extrême-gauche, va jusqu’à parler des « dirty tricks » soit des « sales magouilles » de la Commission de Bruxelles vis à vis de la Grèce[4]. Cette situation, couplée avec les retraits des banques grecques et les sorties de capitaux qui ont atteint un niveau très élevé en mars dernier confronte le pays avec le risque que son économie, affaiblie par les mesures d’austérité mises en place par le « protectorat » européen, ne s’effondre rapidement. C’est un autre problème que celui du défaut. Là où ces deux problèmes deviennent liés est que si la Grèce fait défaut sur ses remboursements extérieurs, la BCE ne pourra plus légalement financer les banques grecques. Le défaut provoquera la crise de liquidité.

Une solution pourrait consister en l’émission par le gouvernement grec de dettes au porteur, avec un pouvoir libératoire absolu, pouvant être utilisées par les individus et les entreprises comme une monnaie. Mais, il est clair qu’une telle mesure équivaudrait à la création d’une monnaie parallèle à l’Euro, monnaie qui se substituerait à l’Euro très rapidement dans les transactions. Un taux de change implicite se constituerait très rapidement, une reconnaissance de dette ne donnant accès qu’à 98%, puis 95% puis sans doute encore moins de sa valeur faciale en euros. De fait, la Grèce serait hors de la zone Euro, et elle devrait rapidement régler la question des comptes courants et à terme dans les banques et déterminer une circulation cette fois-ci scripturale et pas seulement fiduciaire de ces « titres de dette ».

L’idée d’une monnaie parallèle permettant à la Grèce de rester dans la zone Euro est une illusion. L’histoire, qui est remplie de cas ou des pays ont utilisé des monnaies en parallèle sur leur territoire nous apprend que ces systèmes sont hautement instables. Une monnaie parallèle, quel que soit son nom, reviendrait en fait à recréer la drachme. Mais, c’est en réalité la meilleure solution pour la Grèce dans la situation politique actuelle.

Le problème politique.

Le gouvernement grec a construit sa stratégie sur le fait que l’Eurogroupe aurait bien plus à perdre que la Grèce à une crise. En cas de défaut grec, les gouvernement de la zone Euro devraient expliquer à leurs populations qu’il faut recapitaliser d’urgence la BCE et couvrir les pertes du MES et du FESF. Par ailleurs, un défaut grec entrainerait l’activation des CDS (credit-defaut swaps) qui ont été émis. Enfin, psychologiquement, cette crise signifierait à tous les observateurs que l’Euro n’est pas irréversible mais aussi que les pays du « noyau » de la zone Euro ne sont pas prêts à assumer les conséquences du fonctionnement de la zone Euro. Il ne faudrait que quelques semaines pour que la crise se répercute dans les pays périphériques (Espagne, Portugal, Irlande et Italie). De proche en proche, on aboutirait à l’implosion de la zone Euro. C’est pourquoi le gouvernement grec ne veut pas céder. Ajoutons, et tout le monde le comprend, que s’il cède il perd immédiatement toute sa crédibilité et sa légitimité, et que Syriza, un parti passé en quelques années de 4% à 36% des sondages, serait condamné à disparaître.

Mais, là où le gouvernement grec erre, c’est qu’il pense que les décisions au niveau de l’Eurogroupe seront prises sur la base d’intérêts économiques. En fait, les gouvernements des pays de la zone Euro ont investi énormément dans la dimension politique et symbolique. L’Euro, comme le dit depuis des années le philosophe italien Diego Fusaro n’est pas une monnaie, c’est un projet politique et symbolique. Et, ce projet ne peut s’accommoder d’un compromis avec la Grèce. Car, en cas de compromis, validant la stratégie de Tsipras et de Syriza, c’est toute la politique d’austérité qui volerait en éclat (avec un encouragement très fort à Podemos en Espagne et au Sinn Fein en Irlande), non seulement au grand dam de l’Allemagne (et de ces alliés) mais aussi des hommes politiques qui, dans d’autres pays, ont construit leur carrière sur ce projet (comme François Hollande).

C’est pourquoi un compromis est en réalité une illusion. Il n’y a pas d’alternative à l’Eurogroupe que d’écraser ou périr. Il n’y a pas d’alternative pour le gouvernement grec que d’aller à l’affrontement ou périr.

L’impasse et la rupture

En fait, aucun des deux adversaires, que ce soit le gouvernement grec ou l’Eurogroupe, n’a de marge de négociation. Cette situation a été voulue par le Ministre des finances grec, Yannis Varoufakis, qui connaît bien la théorie des jeux, et qui a retourné la faiblesse apparente de son pays pour en faire une force. C’est ce que l’on appelle la « coercive deficiency ». Mais, la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel. Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste. Ce terme peut être traduit par ladémesure. Mais en réalité cela va bien plus loin. C’est un sentiment violent qui est inspiré par les passions, comme dans le cas européen, et plus particulièrement par l’orgueil, et en particulier par l’orgueil politique. Pour les Grecs anciens l’hybris était considérée comme un crime.

La stratégie de Varoufakis se heurte à l’hybris. C’est une figure qu’il doit bien connaître. Il sait, aussi, que face à elle, seule la rupture est possible.

[1] Naulot J-C., « Le défi Tsipras », Libération, 14/04/2015,http://www.liberation.fr/monde/2015/04/14/le-defi-tsipras_1241076

[2] http://www.lesechos.fr/monde/europe/02114542169-passe-darmes-entre-sapin-et-schauble-sur-la-france-1112348.php

[3] En particulier la « réforme » du marché du travail. Voir le World Economic Outlook d’avril 2015, publié par le FMI, et le Chapitre 3, rédigé par Patrick Blagrave, Mai Dao, Davide, Furceri (responsable du groupe), Roberto Garcia-Saltos, Sinem Kilic Celik, Annika Schnücker, Juan Ypez Albornoz, and Fan Zhang, avec l’assistance technique de Rachel Szymanski, disponible à partir du 16 avril sur www.imf.org

[4] Legrain P., « Greece Needs to Start Playing Hardball With Germany », Foreign Policy, 10 avril 2014,http://foreignpolicy.com/2015/04/10/greece-needs-to-start-playing-hardball-with-germany/

http://russeurope.hypotheses.org/3744

La Grèce mettra-t-elle ses bases militaires à disposition des Russes?

GrèceLa Grèce a encore constitué le clou du spectacle mondial cette semaine, et on commence à comprendre (enfin!) le principal obstacle au règlement de la situation: Tsipras ne veut pas réformer les retraites, comme ses créanciers le lui demandent. Du coup, Tsipras confirme son virage vers Moscou, avec des annonces inquiétantes.

Pressions internationales grandissantes sur la Grèce

L’air de rien, les différents sommets internationaux qui se sont tenus cette semaine ont donné l’occasion, aux créanciers de la Grèce, de déclencher un véritable orage d’acier politique sur le ciel athénien.

Mardi:

La BCE relève de 800 millions le plafond d’intervention d’urgence en faveur des banques grecques. Cette technique permet aux banques grecques de financer discrètement l’Etat. Le lendemain, Mario Draghi, à l’issue de la réunion de la BCE, explique:

Cette aide aux établissements grecs pourrait-elle s’interrompre? «La réponse est entièrement entre les mains des Grecs», a déclaré le patron de la BCE. Une manière de dire à demi-mot qu’il est temps pour le gouvernement d’Alexis Tsipras de présenter enfin la liste de réformes que lui réclament pour la semaine prochaine ses créanciers, la BCE, l’Union européenne et ses États membres ainsi que le FMI. «Nous continuerons de rallonger les liquidités aux banques grecques tant qu’elles sont solvables et présentent des collatéraux (garanties, ndlr) suffisants», a cependant ajouté Mario Draghi, se retranchant derrière les règles en vigueur.

De son côté, Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, déclare lors d’une conférence de presse:

« Une crise grecque ne peut être exclue, et cela serait un évènement qui déstabiliserait les marchés financiers », a estimé M. Blanchard en présentant les prévisions économiques révisées du Fonds monétaire international pour 2015 et 2016.
« Nous sommes au milieu de négociations avec les Grecs et nous voulons vraiment qu’elles aboutissent », a-t-il affirmé. Mais une sortie de la Grèce de l’euro « serait très coûteuse et très douloureuse pour la Grèce », a-t-il averti.
« Le reste de la zone euro est en meilleure position pour faire face à une sortie de la Grèce. Certains des pare-feux qui n’étaient pas là avant, le sont maintenant et même si cela ne serait pas facile, cela pourrait être fait », a-t-il estimé.
« Si cela devait arriver, la façon de rassurer les marchés serait d’utiliser cette opportunité pour réaliser des progrès sur la voie d’une union budgétaire et politique et cela serait clairement le bon moment pour le faire »

Mercredi:

L’agence de notation Standard’s and Poor baisse la note de la Grèce à CCC+ « en raison de l’incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec depuis bientôt trois mois à la tête du pays et ses créanciers officiels ».

Le même jour, l’office public grec de statistiques révisait à la hausse le déficit 2014 et à la baisse l’excédent budgétaire laissé par le précédent gouvernement. Preuve est donc faite que Samaras avait tripatouillé les chiffres pour faire croire à une embellie économique destinée à faciliter sa réélection.

Les Echos publient une tribune de Joseph Stiglitz accusant les Européens de laisser la Grèce faire faillite sans réagir.

De son côté, Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, annonçait:

« Personne ne dispose du moindre indice laissant espérer que nous parviendrons à un accord sur un programme ambitieux », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement Tsipras, en fonctions depuis fin janvier, avait « détruit » tous les progrès économiques réalisées par la Grèce depuis 2011.

La BCE rend un avis juridique jugeant le projet de loi sur les saisies immobilières présenté par Athènes beaucoup trop permissif.

Jeudi:

Le FMI et la Banque Mondiale tenaient leurs réunions de printemps à Washington, en marge du G20. La Grèce et son défaut imminent ont occupé l’essentiel des discussions, pendant que les taux grecs dépassaient les 10%, voire les 30% pour les taux à 3 ans.

A cette occasion, Pierre Moscovici a soutenu qu’un « Grexit » n’était ni envisagé ni préparé (en patois moscovicien, il faut entendre le contraire…), mais il a ajouté cette phrase inhabituelle dans le philhéllenisme bisounoursien du commissaire:

« On travaille et on fait des progrès mais ces progrès sont trop lents et à ce stade trop faibles. Le temps commence à presser ». Il juge également qu’il « manque beaucoup de choses » dans la liste de réformes que la Grèce doit présenter à ses partenaires pour toucher le dernier versement du plan d’aide international actuellement en cours. Selon lui, il est « absolument indispensable que des progrès solides soient enregistrés » lors d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro le 24 avril à Riga.

On notera donc avec intérêt que la réunion du 24 avril, présentée comme une séance de validation finale dans l’accord du 24 février, ne sera plus finalement qu’un point d’étape dans le parcours grec vers la rédemption.

Le ministre Varoufakis répondait:

« Nous ferons des compromis pour arriver à un accord rapide. Mais nous ne nous compromettrons pas ». Sans donner de détails concrets sur ces « compromis » qu’Athènes pourrait faire, il a estimé que « jouer avec l’idée d’un ‘Grexit’ (était) profondément anti-européen », et prévenu que prétendre en estimer les conséquences était « prendre ses rêves pour des réalités ».

Au cours d’une conférence de presse, Christine Lagarde déclarait pour sa part, en réponse à des assertions du Financial Times selon lesquelles la Grèce aurait demandé un report de paiement de son échéance du 6 mai:

« Nous n’avons jamais vu une économie développée demander des reports de paiements », a-t-elle souligné, rappelant que de tels reports entraineraient obligatoirement de nouveaux financements et que ceux-ci « signifieraient des contributions additionnelles par la communauté internationale », dont certains membres « sont dans une situation beaucoup plus difficile que celui qui demande ces reports ».

Vendredi:

Si la Grèce n’était pas à l’ordre du jour du G20, elle a néanmoins occupé tous les esprits, confortés par l’inquiétude des marchés qui ont commencé à dévisser. Comme d’habitude, les dirigeants mondiaux ne se préoccupent guère des faits (si têtus…) qu’une fois le mur face à eux…

Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a déclaré vendredi: « ne pas parvenir à un accord créerait d’immédiates difficultés pour la Grèce et des incertitudes pour l’Europe et l’économie mondiale dans son ensemble« .

Selon un communiqué du Trésor, le responsable américain a encouragé les ministres des finances de la zone euro à « chercher une issue constructive« .

Le président américain, Barack Obama, lui-même a exhorté vendredi la Grèce à « engager des réformes« .

« Vous devez montrer à vos créanciers et à ceux qui soutiennent votre système financier que vous essayez de vous aider vous-mêmes« , a-t-il lancé à l’intention des Grecs.

Obama ajoutait même:

«La Grèce doit engager des réformes», a t-il dit. Les Grecs «doivent prélever les impôts. Ils doivent réduire leur bureaucratie, flexibiliser leur marché du travail».

Le ministre britannique Osborne déclarait de son côté:

« La situation en Grèce est l’une des plus inquiétantes à ce jour pour l’économie mondiale. Il me semble évident qu’une initiative ou un calcul malheureux de la part de quelque partie que ce soit pourrait aisément replonger les économies européennes dans le genre de situation périlleuse que nous observions voici trois à quatre ans »

Le G20 a par ailleurs donné l’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur la guerre des monnaies et sur les bulles spéculatives…

Last but not least, Varoufakis rencontrait à Washington Lee Buchheit, avocat spécialiste des défauts souverains. De quoi alimenter les fantasmes sur une prochaine banqueroute grecque.

Samedi:

La Grèce devait rencontrer ses créanciers internationaux à Bruxelles. Si les Grecs ont une fois de plus manifesté leur optimisme à l’approche de cette rencontre, la réaction de la BCE n’a laissé planer aucune forme d’équivoque sur la conclusion. Mario Draghi a en effet déclaré:

M. Draghi a estimé qu’il fallait «rétablir le dialogue», alors que les créanciers internationaux attendent de la Grèce une liste de réformes, avant de délivrer au pays une aide de 7,2 milliards d’euros dont il a cruellement besoin.

Le chef de la BCE a également demandé des réformes «chiffrées» et a exigé que le gouvernement de la gauche radicale Syriza soit attentif à «l’impact budgétaire» de ses propositions.

Refusant de spéculer sur un défaut de paiement de la Grèce, synonyme presque certain de sortie de l’euro, M. Draghi a toutefois estimé que la zone euro s’était dotée d’instruments face au risque de contagion, qui «seraient utilisés en cas d’escalade de la crise».

Un désaccord sur la réforme des retraites

Au fil des semaines où se déroule ce formidable sur-place digne des championnats du monde de poursuite cycliste, il apparaît que le principal point d’achoppement entre les parties porte sur la réforme des retraites. C’est Christine Lagarde qui a fini par cracher sa pastille:

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a répété jeudi pendant un séminaire à Washington qu’Athènes n’avait pas d’autre choix que de réformer son système de retraites, « qui n’est pas viable en l’état », et son système fiscal, « avec la nécessité d’avoir des autorités fiscales indépendantes et des collectes d’impôts efficaces ».

Elle a aussi plaidé pour une libéralisation du secteur des biens et services en raison du poids « des intérêts particuliers » qui entravent la compétition.

 C’est précisément sur ce point que Tsipras livre bataille:

Dans une déclaration à Reuters, le chef du gouvernement de la gauche radicale a fait état de « progrès notables » sur les questions de la collecte de l’impôt et de la lutte contre la corruption.

Il a en revanche évoqué quatre points de désaccord avec l’UE et le FMI : l’emploi, la réforme des retraites, la hausse de la TVA et enfin les privatisations, qu’il préfère qualifier de « développement des actifs de l’Etat ».

En réalité, seule la réforme des retraites et marginalement la flexibilité du marché du travail posent un vrai problème. Le gouvernement Tsipras a en effet procédé à ses premières privatisations cette semaine. En outre, il mène d’ores et déjà une politique de hausse fiscale, en luttant contre la fraude à la TVA et en mobilisant les biens de l’église, exonérée d’impôts.

En attendant que les belligérants se mettent d’accord, Tsipras vide les caisses partout où il trouve encore un peu de gras, pour tenir le plus longtemps possible. Plus personne ne sait si la date limite pour le défaut grec se situe au 24 avril ou au 12 mai… Il est plus probable que la Grèce soit d’ores et déjà en faillite, mais que les places financières fassent semblant de l’ignorer.

Tsipras vend l’âme de la Grèce à la Russie

Face à ce déluge de pressions, Tsipras a pris le taureau par les cornes. Dans la foulée de sa visite à Poutine le 8 avril, il multiplie les signes d’allégeance au président russe, non sans une certaine malice qui agace déjà ses nouveaux amis.

Ainsi, le gouvernement grec a fait courir la rumeur qu’il allait obtenir une avance sur recettes d’exploitation de 5 milliards d’euros en échange de sa participation au projet encore évanescent Turkish Stream. Moscou s’est empressé de démentir l’information:

Non, il n’y a pas eu d’accord, a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur les ondes de la radio Business FM. Vladimir Poutine a lui-même déclaré que personne n’avait demandé de l’aide (à la Russie).

Naturellement, la question de la coopération énergétique a été soulevée (…) et va être étudiée par les experts, mais la Russie n’a pas promis d’aide financière, tout simplement parce que personne ne l’a demandé, a-t-il ajouté.

La Russie négocie-t-elle de plus en plus chèrement une aide financière à la Grèce? Certains signaux faibles l’indiquent.

La rumeur commence par exemple à courir selon laquelle la Grèce mettrait ses bases militaires à disposition de l’armée russe. En outre, la Grèce, qui est pourtant ruinée, a entamé des négociations pour acheter de l’armement russe.

On voit bien la stratégie de Poutine, excellent commercial décidément, évoquée la semaine dernière dans ces colonnes: exiger des concessions immédiates et des engagements commerciaux grecs en échange d’une hypothétique aide future.

Malgré la Grèce, Draghi fore droit

Alors que la situation grecque commence (trop tardivement, puisqu’il s’agit d’une chronique d’un écroulement annoncé) à stresser pas mal de monde sur notre petite planète, et que l’instabilité financière devient un sujet de préoccupation majeure pour le G20, Mario Draghi a annoncé qu’il continuait à faire tourner la planche à billets:

« Nous mettrons l’accent sur la pleine exécution de nos mesures de politique monétaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, avant d’ajouter que ce programme était « suffisamment flexible » pour être ajusté en cas de besoin.

Le patron de la BCE a également commenté les craintes de certains observateurs de voir l’institution européenne confrontée à une pénurie d’obligations disponibles sur le marché, les trouvant « un peu exagérées ». Il a également minimisé les spéculations selon lesquelles les récents signes de reprise de l’économie dans la zone euro pourraient inciter la banque à revoir en baisse son plan de rachats.

Pourtant, certains signes avant-coureurs devraient éveiller l’attention. L’intervention massive de la BCE place en effet les assureurs-vie en situation de risque systémique:

les tests de résistance réalisés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) « font apparaître que 24 % des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité » si les taux restent durablement faibles.

Les assureurs vie doivent en effet rémunérer les porte-feuilles de leurs clients avec des taux positifs, alors que la politique de la BCE effondre les taux des actifs les plus sûrs.

Par ailleurs, la BCE a demandé aux banques européennes de déprécier leurs actifs liés à la banque autrichienne Heta, au bord de la faillite.

Voilà qui s’appelle jouer avec le feu.

Pendant ce temps, la Commission déclare la guerre à Google

Pendant que le monde entier retient son souffle sur la crise grecque, la Commission européenne a décidé d’ouvrir un autre front: l’accusation d’abus de position dominante lancée contre Google. Une amende de 6 milliards d’euros pourrait être prononcée. Il est vrai que l’enquête contre Google ne dure que depuis 5 ans, et que l’approche d’un défaut grec ne justifiait pas que la Commission mobilise ses services sur le sujet Google à un autre moment.

Au passage, les déclarations tonitruantes du patron d’Orange, Stéphane Richard, ont permis de comprendre l’envers du décor sur ce dossier. Manifestement, l’industrie européenne des télécommunications est bien décidée à remporter plusieurs victoires, dont une condamnation de Google, pour récupérer les bénéfices que le géant américain engrange sans rémunérer les opérateurs.

Voilà un dossier qui méritera un prochain billet un peu plus étoffé…

L’Europe plus faible que jamais

Je conclus ce billet en signalant l’excellent papier du site Contexte sur l’un des principaux acteurs de la politique européenne: Donald Tusk. Cet ancien Premier Ministre polonais va devoir gérer les situations les plus épineuses de l’Union… Et il ne semble pas du tout équipé pour y parvenir. Voilà une occurrence bien fâcheuse pour le continent…

http://www.eric-verhaeghe.fr/grece-bases-militaires-a-disposition-des-russes/

Échecs match Grèce-Allemagne
Gambit Dame Merkel refusé,
le pion Tsipras en c6, défense slave


Par Tyler Durden – le 18 avril 2015 – Source ZeroHedge

Le chevalier blanc des Grecs arrive : Poutine prêt à donner 5 milliards d’euros à Athènes comme avance sur les loyers du gazoduc

Au bord de l’insolvabilité et forcée de piocher dans les retraites et la plupart des autres fonds publics, face à un autre mois de lourds remboursements au FMI qui a invité même la Banque centrale européenne à spéculer, la Grèce pourrait introduire une monnaie parallèle IOU [pour I owe you, une reconnaissance de dette informelle]: un chevalier blanc est sorti de nulle part, qui pourrait lui offrir €5 milliards de trésorerie urgemment nécessaire. Le chevalier blanc n’est autre que Vladimir Poutine. «Ce n’est pas parce que la Grèce est criblée de dettes qu’elle est pieds et poings liés et qu’elle n’a pas de politique étrangère indépendante», avait déclaré Poutine précédemment.

On les aura reconnus, Tsipras et Poutine, tout sourires manifestement naturels dans ce monde de brutes

Selon Der Spiegel, citant un haut responsable du parti au pouvoir Syriza, la Grèce s’apprête à signer un contrat gazier avec la Russie dès mardi, qui pourrait apporter jusqu’à €5 milliards dans les caisses vides de la Grèce.

Ce geste pourrait  renverser la situation  pour le pays surendetté, selon un haut responsable grec.

Reuters ajoute que lors de sa visite à Moscou au début de ce mois, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a exprimé son intérêt à participer au gazoduc qui acheminerait le gaz russe en Europe via la Turquie et la Grèce.

Selon l’accord proposé, la Grèce recevrait des avances de fonds de la part de la Russie, basés sur les profits futurs liés au gazoduc. Le ministre grec de l’Énergie a dit qu’Athènes rembourserait Moscou après 2019, lorsque le gazoduc devrait commencer à fonctionner.

Les membres du gouvernement grec n’étaient pas immédiatement disponibles pour commenter l’article du Spiegel.

Bien sûr, pour ce qui est de la Grèce, la probabilité d’un remboursement effectif est négligeable: après tout, la probabilité pour que la Grèce fasse défaut est astronomique, et €5 milliards changeront peu de choses au processus de viabilisation de la dette grecque. Et Poutine le sait très bien.

Cependant, le dirigeant russe n’agit pas par bonté, il s’engage simplement dans un autre mouvement calculé visant à faire d’une pierre deux coups.

  • Après la mort du South Stream, avec lequel l’Union européenne a fait pression sur la Bulgarie pour qu’elle refuse le passage du gazoduc russe vers l’Europe, la Russie avait besoin d’un itinéraire alternatif contournant entièrement l’Ukraine (et la Bulgarie), quelque chose qui pourrait avoir lieu, selon le plan du Kremlin, au cours des trois prochaines années. Avec la Hongrie et la Serbie, tout à fait désireuses de faire transiter le gaz russe vers le terminal central européen en Autriche, la Grèce était le lien manquant pour un transit terrestre. Avec cet accord, la Russie a le feu vert pour étendre le Blue Stream jusqu’en Autriche et préserver sa domination sur le marché de l’énergie européen tout en laissant l’Ukraine totalement hors des négociations.

  • Tout aussi important peut-être, la Russie pourra apparaître soudain comme le généreux bienfaiteur volant au secours de la Grèce, et, à son tour, contrarier la zone euro et se concilier davantage l’opinion publique qui lui est favorable. Pour rappel, nous avions montré il y a quelques semaines que la cote de la Russie dans la population grecque est plus élevée que celle de la zone euro. De cette manière, la Russie a juste gagné un allié critique pour un prix très bas, seulement €5 milliards, sans même avoir à restructurer l’ensemble du bilan grec au cas où la Grèce serait sortie de l’euro et serait attirée dans l’Union économique eurasiatique. Ce qui signifie aussi que toutes les futures tentatives d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie par l’Europe échoueront à cause du véto grec.

La Russie n’est pas seule à chercher à partager les dépouilles de l’eurozone en train de s’effondrer: Beijing a aussi cherché à investir dans les infrastructures grecques et a racheté pour €100 millions de la dette publique à court terme, selon un article du Telegraph de la semaine dernière.

Ironiquement, ce n’est personne d’autre que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble qui a dit que les Grecs sont libres de poursuivre leurs accords avec la Russie et la Chine, en se précipitant pour éviter une faillite imminente. Il s’avère que les Grecs ont décidé de faire exactement ce que l’Allemand a suggéré, et le résultat ne sera certainement pas du goût de l’Allemagne.

La seule question qui découle de ce qui pourrait bien être un autre coup de maître de Poutine est ce que fera l’Europe maintenant que Poutine a, en l’espace de moins d’une année, non seulement annexé la Crimée mais totalement attiré la Grèce (et le cadeau méditerranéen gracieux de Chypre) à sa sphère d’influence.

*  *  *

Alors que nous sommes sûrs que les dirigeants européens serontdésappointés par la carte jouée par la Grèce pour sortir de la prison de la Troïka grâce à la Russie, le peuple grec a déjà exprimé son avis sur celui auquel il fait le plus confiance…

Malgré toute la propagande occidentale…

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/echecs-gambit-dame-merkel-refuse-poutine-c6-defense-slave/

La Grèce pourrait faire défaut de sa dette en mai et juin      

Mish Global Economic Analysis Publié le 15 avril 2015

Chart: Greek 10yr bond yield above 13% –

La Grèce menace de retenir les paiements qu’elle doit au FMI pour les mois de mai et juin. Et cette fois-ci, il ne s’agirait pas d’une blague. Nous pourrions bientôt savoir quand minuit sonnera vraiment.

Voici un extrait d’un article du New York Times intitulé Greece prepares for Debt Default if Talks with Creditors Fail.

La Grèce se prépare aujourd’hui à faire défaut de sa dette, dans l’éventualité où elle ne parvenait pas à se mettre d’accord avec ses créditeurs internationaux avant la fin du mois d’avril, selon des sources ayant connaissance de l’idéologie du gouvernement de gauche radicale.

Le gouvernement, qui n’aura bientôt plus d’argent pour payer ses salariés du secteur public et ses pensions de retraite, a décidé de retenir les 2,5 milliards d’euros de paiements qui devraient être envoyés au FMI aux mois de mai et juin si aucun accord n’était trouvé.

« Nous sommes au fond du gouffre… si les Européens ne nous accordent pas plus d’argent, nous n’aurons d’autre choix que de faire défaut », a expliqué un fonctionnaire du gouvernement.

Le défaut de la Grèce est une possibilité contre laquelle les autres gouvernements européens, irrités par les méthodes de négociations peu professionnelles et la rhétorique de confrontation du gouvernement grec, ont aussi commencé à se préparer.

Sur le court terme, un défaut de la Grèce entraînerait presqu’immédiatement une suspension de l’assistance d’urgence apportée par la Banque centrale européenne au secteur financier grec, la fermeture de banques grecques, l’imposition de contrôles du capital et une instabilité économique accrue.

Le gouvernement est ce mois-ci à la recherche de suffisamment d’argent pour payer 2,4 milliards d’euros de retraites et de salaires.

Le pays devrait rembourser 203 millions d’euros au FMI le premier mai, et 770 millions le 12 mai. 1,6 trillion supplémentaire devrait être remboursé en juin.

Cette crise de financement est née du fait que les 7,2 milliards d’euros accordés à la Grèce l’année dernière ont été retenus suite à des désaccords entre Athènes et ses créditeurs européens quant à ses réformes économiques structurelles.

Un troisième plan de sauvetage est nécessaire

La Grèce fait face à deux gros problèmes.

Son premier problème est que même si elle obtenait les 7,2 milliards d’euros qui lui ont été promis, elle aurait besoin d’un troisième plan de sauvetage. Lisez ceci : Third Greek Bailout? Another €53.8 Billion Needed? Primary Account Surplus Revisited.

Une grande partie de l’argent prêté à la Grèce dans le cadre d’un plan de sauvetage est retournée à la Troïka sous forme de paiements d’intérêts. Ce n’est pas la Grèce qui se trouve refinancée, mais ses créditeurs.

Son second problème est qu’elle n’a plus de surplus de compte primaire. A moins qu’elle remédie au problème avant juin, elle devra  accepter des contrôles de capitaux imposés par la BCE ou quitter l’euro.

Quand sonnera minuit

Mais puisqu’il n’y a que peu de chances qu’un des deux camps cède aujourd’hui, il ne nous reste plus qu’une chose à faire : attendre.

Fuite des capitaux de Grèce : encore 5,27 milliards d’euros en MArs

Permalien de l'image intégrée

Les données de Mars en provenance de la Banque de Grece font apparaitre une hausse de 5.27 milliards d’euros des engagements de type Target2 pour la Grèce, à 96,43 milliards d’euros. 

Target2 représente la fuite des capitaux de la Grèce 

Les données de ce graphique proviennent de Eurocrisis Monitor.

La pente est moins forte, mais la tendance est claire : les capitaux continuent de fuir la Grèce.

L’exposition de l’Eurozone aux engagements de la Grèce est de 96.43 milliards d’Euros selon Target 2, plus 14.028 milliards d’euros concernant l’allocation des billets de banque en Euros.

Les billets en euros pour la Grèce représentaient 13 milliards d’euros le mois dernier, contre 10 milliard à la fin 2014.

Mario Draghi a mentionné hier que l’exposition de l’Eurozone à la Grèce était de 110 milliards d’euros.   On obtient ce chiffre en additionnant 96 et 14 milliards.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-la-grece-pourrait-faire-defaut-de-sa-dette-en-mai-et-juin.aspx?article=6730551804H11690

Le vrai problème que pose un défaut de la Grèce

Phoenix Capital Gains, Pains and Capital Publié le 18 avril 2015 24hgold

Chart: Greek banks index –

La situation en Grèce se réduit tout simplement au plus gros problème auquel fait aujourd’hui face le système financier, le collatéral.

Selon la théorie financière moderne, les obligations souveraines sont les actifs financiers qui présentent le moins de risque (les équités, les obligations municipales ou encore d’entreprises sont toutes inférieurs aux obligations souveraines en termes de risque). Cela s’explique par le fait qu’il est bien plus facile pour une société de faire faillite que pour un pays.

Pour cette raison, le système financier occidental dans son ensemble a vu les obligations souveraines (américaines, allemandes, japonaises, etc.) devenir les actifs les plus utilisés en tant que collatéral, avec plusieurs centaines de trillions de dollars.

Le marché des produits dérivés représente 700 trillions de dollars à l’échelle globale. C’est plus de dix fois le PIB de la planète. Et les obligations souveraines… à l’inclusion des obligations émises par les nations en banqueroute comme la Grèce… sont les actifs principalement utilisés pour garantir ces transactions.

Au beau milieu des mesures d’austérité et du ratio dette/PIB de la Grèce se trouve le véritable problème qui fait face aux banques et aux régulateurs de l’Union européenne : qu’arrivera-t-il aux transactions que les banques européennes ont finalisées en utilisant des obligations souveraines grecques comme collatéral ?

C’est un point qui a été complètement ignoré par les médias. Mais en lisant entre les lignes, il est possible de comprendre ce qui s’est réellement passé avec les précédents plans de sauvetage accordés à la Grèce.

Souvenez-vous que :

1)   Avant que la Grèce ne reçoive son second plan de sauvetage, la BCE a échangé ses obligations souveraines grecques contre de nouvelles obligations qui ne subiraient pas de décote.

2)   80% de l’argent concerné par ce plan de sauvetage a été redirigé vers les banques européennes qui possédaient des obligations grecques, et n’a jamais intégré l’économie grecque.

Pour ce qui est du premier point, avant le second plan de sauvetage accordé à la Grèce, la BCE autorisait les nations et banques de l’Union européenne de porter des obligations souveraines sur ses bilans en échange de liquide. C’est un mécanisme qui a été rendu possible par les Opérations de refinancement à plus long terme 1 et 2, lancées respectivement en décembre 2011 et en février 2012. Collectivement, ces opérations ont entraîné l’accumulation de plus d’un trillion d’euros d’obligations souveraines sur les bilans de la BCE.

Une grande partie de ces obligations provenaient de la Grèce, puisque tout le monde en Europe savait que le pays était en banqueroute.

Quand la BCE a pris la décision d’échanger ses obligations grecques contre de nouvelles obligations qui ne subiraient pas de décote suite au deuxième plan de sauvetage grec, elle s’est assurée à ce que les obligations grecques sur ses bilans demeurent intouchables et puissent continuer de jouer le rôle de collatéral pour les banques qui les lui avaient prêtées. 

La BCE a donc autorisé les banques qui avaient déposé des obligations grecques sur ses bilans à éviter une perte… et à éviter d’avoir à lever davantage de collatéral pour leurs portefeuilles commerciaux.

Ce qui nous mène au deuxième problème que représente le deuxième plan de sauvetage grec : 80% de l’argent versé a été redirigé vers les banques de l’Union européenne porteuses d’obligations, et non vers l’économie grecque.

Une fois encore, il était question d’offrir de l’argent aux banques qui utilisaient les obligations grecques comme collatéral, afin de s’assurer à ce qu’elles disposent de suffisamment de capital.

Il est clair que la situation grecque n’avait en réalité rien à voir avec une remise sur pieds de la Grèce. Oubliez la dette grecque, les mouvements protestataires et les décisions politiques… Les pans de sauvetage n’avaient pour objectif que de s’assurer à ce que les banques européennes porteuses d’obligations grecques puissent rester sur pieds.

C’est pourquoi les négociations qui se tiennent actuellement en Grèce ne se résument qu’à une chose : impliqueront-elles une restructuration véritable de la dette grecque qui affectera l’ensemble des détenteurs d’obligations ?

C’est ce que souhaite la Grèce. Les dirigeants de la BCE et de l’Union européenne pensent qu’une décote de la dette grecque pourrait :

1)   Faire imploser une petite mais significative quantité des transactions sur dérivés de crédit des banques de l’Union européenne.

2)   Pousser l’Espagne, l’Italie et finalement la France à demander des programmes similaires. Ce qui devrait représenter la restructuration de plus de 3 trillions de dollars de collatéral haut de gamme (un collatéral qui soutient plus de 30 trillions de transactions sur dérivés de crédit).

Dans l’ensemble, les banques ont un effet de levier de 26 pour un. A ce niveau, même une baisse de 4% des prix des actifs suffirait à anéantir l’intégralité de votre capital. Une décote de la dette grecque, espagnole, italienne et française représenterait bien plus que 4%.

Une nouvelle crise approche. La BCE a acheté du temps en promettant de faire « tout le nécessaire », mais la bulle globale sur les obligations est sur le point d’éclater. Et lorsqu’elle le fera, 2008 ressemblera à une vieille plaisanterie.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-le-vrai-probleme-que-pose-un-defaut-de-la-grece.aspx?article=6753372526H11690&redirect=false&contributor=Phoenix+Capital.

 Résoudre la question grecque devient primordial pour l’euro

John J. Hardy  Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank/ Le Temps 21/4/15

DORKA THE GEEK II

Il est clair depuis la semaine dernière que nous sommes loin de la fin des négociations entre la Grèce et ses créanciers. Une situation qui pourrait durer encore quelque temps, certains affirmant que la Grèce pourrait tenir jusqu’en juillet en manipulant les dépenses fiscales. En réponse à l’absence d’avancée sur cette question, le rendement sur la dette souveraine grecque a atteint des niveaux record, à près de 28% pour les obligations sur 3 ans.

Plus intéressante encore est la hausse significative dans les «opérations de contagion» de la périphérie de l’Union européenne (UE) la semaine dernière, avec un écart de rendement entre les pays de la périphérie et celui des pays centraux qui s’est encore largement creusé. Ironie de la situation, ces écarts entre les obligations se sont accentués quasiment au lancement des achats d’obligations de la Banque centrale européenne et de la banque centrale nationale début mars, et sont encore plus marqués suite aux inquiétudes de la semaine dernière concernant la Grèce.

Mais c’est sur le marché des devises que l’on trouve l’aspect le plus intéressant de la réaction du marché au soudain regain d’incertitude dû à cette absence de progrès dans les pourparlers avec la Grèce: l’euro a nettement rebondi par rapport au dollar et au yen. Comment la monnaie peut-elle se renforcer alors que nous assistons à un brutal retour de la contagion périphérique dans l’Union européenne?

Cette résilience de l’euro est certainement liée au fait que la monnaie est devenue la monnaie classique de carry trade, les investisseurs empruntant massivement des euros avec des rendements faibles – voire négatifs – pour financer des investissements dans d’autres monnaies. Quand tout est calme et que l’appétence au risque est grande, cette opération fonctionne au mieux, les multinationales et même les pays se pressant alors pour emprunter en euros bon marché et à des rendements extrêmement faibles. Ainsi, Coca-Cola a récemment émis des obligations libellées en euro sur 8 ans avec un coupon de 0,75% qui se négocie au-dessus du prix d’émission. Encore plus extraordinaire, le Mexique a émis la première dette souveraine sur 100 ans du monde libellée en euros avec un coupon de 4,00% et donc négocie au-dessus du prix d’émission. Ainsi, suite à un risque périphérique en soudaine augmentation depuis la semaine dernière, l’enthousiasme pour le carry trade de l’euro semble se tarir.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/cca2c1d4-e768-11e4-a4c3-0255b4a09538/R%C3%A9soudre_la_question_grecque_devient_primordial_pour_leuro

2 réponses »

  1.  » la théorie des jeux ne fonctionne que face à un adversaire rationnel. Or, cela fait des années que les responsables européens sont sortis de tout cadre rationnel et ne sont plus guidés que par l’idéologie mais aussi l’hybris du projet européiste. Ce terme peut être traduit par la démesure. Mais en réalité cela va bien plus loin. C’est un sentiment violent qui est inspiré par les passions, comme dans le cas européen, et plus particulièrement par l’orgueil, et en particulier par l’orgueil politique. Pour les Grecs anciens l’hybris était considérée comme un crime. »

    M.SAPIR a parfaitement diagnostiqué cet état d’etre universel, profondément humain, qui enveloppe nos élites eurodolatres d’une perception toute biaisée des réalités, prolongé dans leurs actes les plus courants.

    L’hybris, c’est certes la démesure, c’est aussi -au delà du constat médical- une conception de soi qui bafoue la rationalité en ce que celle-ci reposerait sur des principes moraux universels et conducteurs d’une narrative basée, non pas sur l’idéal de puissance/jouissance, mais sur la nécessité imperieuse de penser et d’agir selon le principe surdéterminant du VRAI et du BIEN.

    La raison et son logiciel (les principes) dépendent tout entier du terreau emotionel. Le logiciel est la source principielle de la pensée rationnelle, quant à l’irrationnalité elle n’est qu’une valeur de jugement sur le chaos destructurant de la pensée/action constatée par un ou des tiers, en décalage de leur propre logiciel d’action… rationnelle.

    L’idéologie de nos élites est celle d’une classe… d’idée, elle est une croyance sur le reel. Le sens que prend leur existence relativement à leur croyance suit de près la construction identitaire de ce type de sujet. L’image de soi se confond avec celle du groupe auquel ils appartiennent… l’hybris est une valeur commune, elle aveugle les sujets qu’elle atteint aussi efficacement que l »empreinte d’un gourou sur ses disciples.. Ce qui raisonne à l’unisson d’un inconscient grégarisé… résonne de concert.

    Le sentiment de puissance, exercé sur la masse, accentue leur propre soumission à l’hybris.
    La jouissance dans l’etat de puissance est une drogue enivrante, elle deresponsabilise autant qu’elle désinhibe.
    NEMESIS finira par les frapper et les éveiller au monde tel qu’il est, taillé à l »échelle humaine, elle saura trouver leur talon d’Achille… l’hybris!.

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