Douce France

L’inversion de la courbe du Qatar

L’inversion de la courbe du Qatar

Permalien de l'image intégréedeal with it animated GIF Vente de Rafale au Qatar, mauvaise nouvelle pour Air France

 Le Qatar achète 24 Rafale, vive le Qatar ! Vive Le Drian, vive Hollande et vive la France, bien sûr, ne les oublions pas, mais surtout vive le Qatar ! Voilà un son de cloche qu’on n’entendait guère sur notre gauche auparavant, et voir toute la Hollandie s’extasier sur des ventes d’armes à un pays jugé infréquentable quand c’est Sarkozy qui fréquente, c’est presque trop caricatural, et pourtant c’est bien ce qui se passe. Normalement, ou anormalement (on ne sait plus avec notre président normal) « armes + Qatar » aurait dû être l’équation gagnante de l’indignation la plus véhémente. Début février, le journal Libération titrait avec satisfaction « Sarkozy, le très cher ami du Qatar », tandis que dans Le Monde, Thomas Guénolé enjoignait l’ancien président de « rompre avec le Qatar » (non sans certaines bonnes raisons, voir suite de l’article). Et maintenant toute la gauche se pâme, se congratule et se félicite d’un aussi beau contrat d’armement. Mieux que de l’incohérence, mieux que de l’amnésie sélective, c’est un concept hollandesque qui est à l’oeuvre : pour le 1er mai, on aura eu droit à l’inversion de la courbe du Qatar. 

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Il est vrai que les heurs et malheurs du Rafale à l’exportation sont assez fantastiques. Livré pour la première fois à l’armée française en 2001, cet avion du groupe Dassault Aviation très polyvalent, c’est à dire à la fois chasseur et bombardier pouvant agir aussi bien depuis un aéroport que depuis un porte-avions, n’avait jamais décroché de marché export avant cette année.

Or depuis février, il se vend comme des petits pains. Des contrats très importants ont été signés ou sont en passe de l’être : avec l’Egypte pour 24 appareils, puis avec l’Inde pour 36, et enfin il y a quelques jours avec le Qatar pour 24 avions. Au total, la France vient d’engranger pour environ 20 milliards d’euros de commande. Il semblerait que ces bons résultats soient aussi à mettre en partie au crédit des dissensions diplomatiques qui se sont manifestées entre les Etats-Unis et les pays du Golfe. Le repli du Royaume-Uni de la scène mondiale a également joué en faveur de l’avion français. Ses deux principaux concurrents étant hors-jeu, la France a pu se positionner avantageusement.

Donc, vive le Qatar, oubliés les énormes défauts de ce pays réputé infréquentable car trop riche, trop sarkozyste et peut-être aussi trop terroriste. Pourtant, certaines préventions initiales de la gauche, envolées aujourd’hui, n’étaient probablement pas toutes infondées et il y a lieu de lancer quelques recherches.

Le Qatar existe comme Etat souverain membre des Nations unies depuis 1971.Auparavant, il fut occupé par des tribus nomades et des villages de pêcheurs. Colonisé brièvement par les Portugais au XVIè siècle, il connut surtout l’occupation des Ottomans qui en prirent possession pendant quatre siècles. Toute cette période est marquée de rivalités entre tribus, poussant les britanniques à venir mettre bon ordre dans ce qu’ils considèrent comme une position intermédiaire entre l’Angleterre et l’Inde. La découverte d’hydrocarbures va rendre ce protectorat encore plus intéressant. Mais la Seconde guerre mondiale rebat toutes les cartes. L’Inde accède à l’indépendance et les autres possessions britanniques ont les mêmes aspirations. D’abord membre des Emirats arabes unis, le Qatar proclame sont indépendance en 1971.

D’une superficie de 11 600 km2, il compte 2,1 millions d’habitants et sa capitale est Doha. Il est le quatrième producteur mondial de gaz naturel. Il produit aussi du pétrole, mais dans des proportions plus modestes. Son PIB par habitant, avoisinant les 101 000 dollars, est au premier rang mondial, et son taux de chômage a de quoi faire des envieux : il est de 0,6 % (2012).

Le Qatar est dirigé depuis plus de 150 ans par les membres de la famille Al Thani. L’Emir actuel est Tamim Ben Hamad Al Thani, 35 ans, qui a accédé au pouvoir en 2013 à la suite de son père. C’est un homme riche. Selon le magazine Forbes, sa fortune s’élève en 2015 à 2,5 milliards de dollars. Ses intérêts sont surtout sportifs : il préside le Comité Olympique du Qatar, il est membre du Comité international olympique et il est l’unique actionnaire du club de foot PSG, tout en étant un grand supporter du club britannique Manchester United.

La prospérité évidente de ce pays est surtout l’oeuvre du père de l’Emir actuel. Ayant accédé au pouvoir en 1995 (après avoir destitué son propre père) il s’est donné pour objectif de faire du Qatar une puissance régionale moderne, et pourquoi pas, une puissance importante sur la scène mondiale. Le Qatar, et surtout sa capitale Doha, se transforme à toute allure et se recouvre de gratte-ciel d’une architecture audacieuse, hôtels de luxe, centres commerciaux, universités et musées. Un certain nombre de progrès démocratiques sont réalisés : en 2003, le pays se dote d’une Constitution qui autorise la liberté de culte, et la télévision Al-Jazeera est réputée non censurée. Le pays est un allié des Etats-Unis qui y bénéficient d’une base militaire depuis 2002.

Malgré cette prospérité, cette modernité et ces avancée démocratiques, il reste beaucoup de zones d’ombre. Sur le plan politique, la liberté d’expression est très restreinte et il n’y a pas de partis politiques au Qatar. Sur le plan social, l’homosexualité peut être punie de mort et les femmes continuent à vivre séparées des hommes en de nombreuses circonstances, à l’université par exemple. Ou au Lycée Français de Doha. Il a beau s’appeler Lycée Voltaire, il doit être conforme à la Charia : dorénavant (janvier 2014) il instituera une séparation des sexes dans le secondaire et enseignera la religion musulmane. Un conflit sur les programmes est à l’origine de ces nouvelles dispositions. Les dirigeants qataris contestaient en effet les enseignements en histoire et en sciences.

Autre point de discorde, la situation des travailleurs immigrés.Ils représentent près de 90 % des travailleurs et se répartissent en deux groupes : les hommes sont ouvriers sur des chantiers de construction, notamment le stade prévu pour le Mondial de football de 2022, et les femmes sont employées de maison. Ils viennent essentiellement d’Asie. Leurs conditions de travail sont telles que des organisations humanitaires comme Amnesty International ou Human Rights Watch parlent de maltraitance, de travaux forcés et d’esclavage. Le régime de la « Kafala » donne à l’employeur tout pouvoir sur les employés : les passeports sont souvent confisqués et les salaires ne sont ni ceux qui avaient été annoncés ni payés dans les temps. Ces travailleurs sont de plus exclus de la législation du travail valable pour les qataris.

Les ouvriers népalais qui travaillent sur le chantier de la coupe du monde de foot sont particulièrement touchés. Une enquête du journal britannique The Guardian réalisée en septembre 2013 a révélé que des dizaines de jeunes hommes sont morts au taux de un par jour et que des milliers d’autres endurent des conditions épouvantables dont la privation d’eau alors qu’ils travaillent en plein désert par des températures très élevées. La liste des dures conditions subies est telle que le journal y voit toutes les caractéristiques de l’esclavage selon la définition de l’Organisation internationale du travail.

Troisième atteinte grave : le double-jeu avec l’Occident à propos du Jihad, des Jihadistes et des mouvements terroristes islamistes. En de nombreuses occasions, le Qatar s’est montré un allié zélé de l’Occident. Il a participé à la coalition internationale contre le régime libyen du colonel Kadhafi, il a été remercié par la France pour son rôle dans la libération des infirmières bulgares, il a prêté assistance aux Etats-Unis lors d’échanges de prisonniers talibans contre des soldats américains et a également reçu la reconnaissance chaleureuse d’Obama, pour citer quelques exemples marquants.

Et pourtant, nombreux sont les experts, au sein même de l’administration américaine parfois, qui le soupçonnent plus que fortement de soutenir financièrement et logistiquement le terrorisme islamiste. Il semblerait que de multiples groupes jihadistes viennent chercher des fonds au Qatar sous l’oeil plus que permissif des autorités. Passons du laxisme à l’actif : nombreux sont les services de renseignement, dont les services français, qui estiment que le Qatar finance directement des camps d’entraînement de jihadistes dans d’autres pays arabes, notamment Tunisie et Libye, afin d’aller ensuite en Syrie. Autre problème analogue, le Qatar soutiendrait notoirement le Hamas dont un prédicateur sympathisant proche de la famille Al Thani dispose de sa propre émission sur Al Jazeera « La charia et la vie. »

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En conséquence, soyons contents des succès du Rafale, ça apportera peut-être des créations d’emplois, bien que certains contrats prévoient une fabrication locale et non pas française.Mais méfions-nous du Qatar qui n’aurait jamais dû obtenir d’organiser le Mondial de football de 2022, décision aveuglée et précipitée par un flot de dollars qataris, que les organisateurs semblent amèrement regretter maintenant, mais un peu tard.

http://leblogdenathaliemp.com/2015/05/03/linversion-de-la-courbe-du-qatar/

La revanche du Rafale passe par le Qatar

PAR RICHARD WERLY PARIS/ Le Temps 4/5/15

François Hollande est ce lundi à Doha pour parapher l’acquisition de 24 chasseurs français par l’émirat. Un nouveau succès commercial qui permet aux ventes d’armes françaises de bondir en 2015, à la deuxième place mondiale derrière les Etats-Unis

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Les partisans suisses du Rafale ont enfin quelques arguments à brandir face à tous ceux qui se liguèrent pour rejeter l’offre de l’avion de chasse français produit par le groupe Dassault face au Gripen suédois. Après l’Egypte et l’Inde, le Qatar sera ce lundi le troisième pays à acheter ces appareils multimissions qui, jusqu’à cette année 2015, avaient toujours échoué à s’exporter. Le président François Hollande se rend pour l’occasion aujourd’hui à Doha, avant d’enchaîner sur l’Arabie saoudite, premier client de l’industrie d’armement française avec 7 milliards d’euros de commandes depuis dix ans. L’armée de l’air qatarie recevra, pour un montant de 6,3 milliards d’euros, 24 Rafale livrables mi-2018, un tarif bien supérieur à celui consenti en 2012 par Dassault à la Confédération (18 avions pour 2,7 milliards de francs suisses). Leurs pilotes seront entraînés dans le ciel hexagonal, et leur armement (missiles air-air Meteor, missiles de croisière Scalp) sera aussi très «made in France».

Ce nouveau succès du Rafale à l’exportation, le troisième en moins de six mois, est évidemment lié à la configuration géopolitique du moment. Le Qatar, pays très proche de la France, présent aussi bien dans le sport (le fonds qatari QSI possède le club de foot Paris Saint-Germain) que dans l’hôtellerie (des investisseurs qataris sont propriétaires du Carlton de Cannes), est aujourd’hui engagé contre la nébuleuse de l’Etat islamique, dont ses avions bombardent les positions en Irak et en Syrie.

Cette commande de Rafale est aussi un héritage du père de l’émir actuel, Tamim al-Thani, lequel avait promis d’acquérir ces avions avant de démissionner et de transmettre le pouvoir à son fils en juin 2013. L’armée de l’air qatarie est enfin déjà équipée d’avions Dassault, avec 12 Mirage 2000.

Pour le groupe français et ses sous-traitants ou partenaires, tels que Safran, cette acquisition n’en sonne pas moins comme une revanche et une chance de repartir enfin à l’assaut des marchés internationaux. L’Inde, qui a passé commande de 36 Rafale en avril, a besoin d’une centaine de nouveaux chasseurs pour moderniser son aviation, et discute en ce moment avec Dassault des modalités d’importants transferts de technologie, exigés par New Delhi. La Malaisie, où le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu fin 2014, a négocié l’implantation d’une chaîne d’assemblage au cas où elle achèterait des Rafale pour remplacer la vingtaine de Mig 29 russes dont son état-major ne cesse de se plaindre. Les Emirats arabes unis, autre grand client de la France, sont aussi dans le collimateur de Dassault, dont les succès propulsent les ventes d’armes tricolores vers le haut. La France vise 15 milliards en 2015, soit le second rang mondial après les Etats-Unis, alors que son propre budget de la défense (31 milliards d’euros en 2015) a été sauvé in extremis la semaine dernière par l’Elysée, qui lui a accordé une rallonge de 3,8 milliards d’euros jusqu’en 2019.

L’enjeu industriel est maintenant pour Dassault d’arracher des clients «à forte valeur stratégique», c’est-à-dire considérés comme une référence par leurs pairs régionaux. En Asie, Dassault veut faire oublier son ratage de 2003 en Corée du Sud, bastion militaire américain, puis le refus de Singapour en 2005. La Malaisie, qui a déjà acheté des sous-marins français de classe Scorpène – au centre d’un scandale politico-financier local en raison des commissions occultes souvent liées à ces contrats –, pourrait donc permettre de pénétrer l’Extrême-Orient, où les dépenses militaires ont quadruplé depuis l’an 2000, dopées par la puissance de la Chine, dont le budget de défense croît d’environ 15% par an. Autre vexation à surmonter côté pays émergents: le rejet du Rafale par le Brésil, en 2014.

L’Europe reste la grande interrogation: la fin envisagée de l’Eurofighter Typhoon (BAE Systems et Finmeccanica), dont la production pourrait cesser en 2018, et les résultats mitigés du Gripen du suédois Saab, finalement refusé par les Suisses après la votation de mai 2014, rouvrent une brèche dans laquelle Dassault veut s’engouffrer. Le Rafale et ses milliards d’euros de recettes apparaît fin prêt pour le Salon aérien du Bourget, du 15 au 21 juin prochain.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4599e12e-f1d4-11e4-8a43-4ad205b10b56/La_revanche_du_Rafale_passe_par_le_Qatar

4 réponses »

  1. vous parliez dans un article précèdent de l’or ou vous ne souhaitiez plus aborder ce sujet tant que l’or sera dans le trading range 700/800 et 1300 environ ( de mémoire) . Je viens de lire la brève des ECONOCLASTES de Delamarche et dans ses conclusions , afin de se protéger, il conseil l’or l’argent… et des monnaies du type couronne norvégienne…
    D’un coté il faut investir dans les métaux ( maintenant) et de l’autre tout ceci va chuter vers 800$ once dans 6 mois à cause peut être de la chine. Donc on investit dans 6 mois ???
    bref moi petit agriculteur qui essaie de me débattre avec le prix du ble et du colza au main des robots, la politique agricole au main des technocrate bruxellois, et notre métier au main des environnementalistes….
    Nous essayons de comprendre et de prendre les bonnes décisions ( c’est déjà cela ) et d’éviter les erreurs que nos ancêtres ont pu faire avec les emprunts russes et le canal de panama , ou ils ont tout perdu il y a un siècle. bref l’histoire recommence….

    toujours un grand plaisir de vous lire.

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    • C’est Pierre Leconte qui prend pour l’or le trading range que vous indiquez…En ce qui nous concerne nous aimons à dire que l’or est la meilleure façon de shorter le système…Si vous avez un problème quant au bon timing d’entrée sur le marché aurifère , le plus sur c’est de lisser vos achats sur la durée de manière à profitez pleinement de la volatilité des cours mais aussi des changes puisque l’or est exprimé en dollar…

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  2. http://russeurope.hypotheses.org/3786

    ….A tout prendre, et quelles que soient les réserves et les critiques que l’on peut faire sur ce point au gouvernement russe, il est clair que la Russie est bien plus démocratique que le Qatar, les EAU ou l’Arabie Saoudite, qui mène une guerre d’agression au Yémen sans que cela ne fasse sourciller le moins du monde la diplomatie française. Sur la question des « principes », un thème dont François Hollande aime pourtant bien s’emparer pour endosser les habits du défenseur de la liberté et des Droits de l’Homme, on est forcé de constater que sa position est comme les chaussette : elle se retourne sans peine. La question de la présence, ou de l’absence, de François Hollande à la parade du 9 mai à Moscou, quelque chose qui n’a rien à voir avec les désaccords que l’on peut avoir avec Vladimir Poutine, mais qui touche bien pour le coup à la symbolique de ces mêmes principes, risque de nous le confirmer…

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