Art de la guerre monétaire et économique

Mister Market and Doctor conjoncture du Jeudi 28 Mai 2015: La nouvelle ère, de l’œuvre au noir au satanisme Par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor conjoncture du Jeudi 28 Mai 2015: La nouvelle ère, de l’œuvre au noir au satanisme Par Bruno Bertez

Nous aurions pu intituler notre texte sur « La nouvelle ère » : comment fabriquer un consensus.

Nous serions ainsi restés dans le registre accessible et banal de la Bourse. Nous ne l’avons pas fait car l’Œuvre qu’accomplissent les Maîtres du monde va au-delà de la Bourse, de la finance et de la monnaie, c’est une sorte d’ « Œuvre au noir » . Elle a un double côté alchimique et satanique.

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D’ailleurs pour bien assimiler ce que nous voulons faire sentir, il faut se replonger dans Yourcenar et Goethe. Encore que le premier film muet sur le mythe de Faust exprime encore mieux ce qui nous inspire.

L’action des Maîtres du monde pose, comme dans les grands mythes évoqués ci-dessus, la question du bien et du mal, la question du prix à payer, des contreparties à la toute-puissance, et la question de savoir à qui tout cela profite.

Nous voulions exposer l’aspect théorique, c’est à dire le cheminement par les découvertes de la théorie de la Communication, le formatage des opinions et des esprits. La fabrication des consensus est trop proche encore des pratiques classiques de manipulation et de l’usage de la propagande alors que ce nous voulons faire toucher du doigt, c’est le saut radical dans la démarche des Maîtres du monde, ceux que nous appelons quelquefois « les démiurges ». Il ne s’agit plus de travestir la réalité comme dans le mensonge et la propagande, il s’agit de faire advenir un autre monde en agissant sur le sujet connaissant.

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Ils croient que les perceptions gouvernent tout et que la maîtrise des perceptions est possible grâce aux techniques quasi-militaires mais «  »soft » » de lavage de cerveau. La modernité, ce n’est pas le mensonge, lui il est éternel; la modernité c’est la l’instauration d’un monde ou les signes, les paroles et les discours peuvent être ni vrai ni faux et néanmoins être efficaces.

La modernité est fondée sur la disjonction. Comme nous le disons souvent, c’est l’ombre séparée du corps. C’est la création d’un monde parallèle, d’un imaginaire qui est un «  »ailleurs » », par la coupure qu’il instaure entre les signes censés représenter la réalité et la réalité elle-même. Et dans ce monde tout est possible, rien n’est impossible. Nous sommes dans la dissociation des Alchimistes et dans le mythe de Faust.

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Pour bien comprendre, il faut réfléchir sur le concept et la notion de « modèle ». Un modèle est une représentation du monde qui « marche », qui donne des résultats, c’est une projection idéologique, spiritualiste, un produit du cerveau qui le conçoit. Le modèle évacue la notion de cause, il préfère celle de corrélation; son outil de prédilection, c’est la statistique. Les modèles ont envahi la pensée politique et économique et ils remplacent la pensée classique fondée sur les catégories du vrai et du faux. Un modèle, cela marche ou cela ne marche pas. Il y a eu quelques réflexions intéressantes de Milton Friedman sur cette question… ce n’est pas un hasard quand on connaît la filiation de Bernanke ! Avec les modèles de Friedman en mains, Bernanke a pu s’écrier, parlant de la Grande crise «  plus jamais ça! ».

En fait ces pratiques modernes ont été préparées par les fameuses découvertes des prix Nobel qui ont articulé la théorie des marchés efficients, c’est à dire la théorie selon laquelle les marchés sont toujours à leur prix dès lors qu’ils intègrent toutes les informations. C’est cette théorie qui est à la base de la politique de transparence/pilotage maintenant pratiquée par presque toutes les Banques Centrales.

L’analyse financière n’a pas compris en quoi tout ceci est nouveau, en quoi cela crée un monde différent. De la même façon elle n’a pas compris les travaux de Nash sur la théorie des jeux et son application à l’univers financier. La finance n’est pas articulée au réel, nous ne sommes pas dans un monde binaire ou la finance reflète le réel, non, nous sommes dans un monde hautement complexe ou l’opérateur doit se poser la question « que dois-je faire sachant ce que je sais, sachant qu’ils savent ce que je sais ». Le rapport n’est pas un rapport à la réalité, mais un rapport aux autres participants et aux Maîtres.

Le père de l’analyse financière fondamentale, Benjamin Graham, l’ancêtre dont se réclame Warren Buffett, disait: « sur le court terme les marchés sont une machine à voter, mais sur le long terme, ce sont des machines à peser ». » C’est de Graham qu’est venue cette idée de Grande Réconciliation inévitable entre les perceptions des gens et le monde réel. Mais Graham n’avait pas prévu que les Maîtres du monde, les démiurges mettraient en place une théorie très sophistiquée qui permettrait de faire croire que le long terme n’existe pas et que le long terme n’est qu’une succession de courts termes comme l’a énoncé Bernanke en 2009. Il n’imaginait pas que les apprentis sorciers auraient à leur disposition une «  »printing press » » illimitée, avec une monnaie libérée de toute contrainte d’émission et un crédit socialisé, c’est à dire ou le risque est assumé, payé par la collectivité mondiale. Il n’imaginait pas que l’on puisse séparer l’ombre du corps radicalement. Il n’imaginait pas que l’on puisse être cynique au point de repousser tous les ajustements et tous les rééquilibrages et que l’on puisse préférer aller jusqu’au bout du chaos.

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Les Maîtres du monde inversent la formule que beaucoup reconnaîtront : « l’ordre jaillit du chaos », eux ils sont pour que « le chaos jaillissent de l’ordre ». Nous sommes dans le satanisme.

Le jeu satanique consiste à utiliser la confusion entre ‘ »information’ » et « ‘communication’ ».

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La communication n’a pas pour ancrage ou référent le vrai ou le faux, mais l’utile ou l’inutile. Mais en évacuant la question centrale : utile pour qui, au service de qui, de quels intérêts ? Certes pas au service des citoyens, ou de la masse d’entre eux, les classes moyennes, non, au service d’une infime minorité de 0,01%.

BRUNO BERTEZ Le 28 Mai 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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17 réponses »

  1. Je ne retiens que la dernière phrase de votre billet :  » ..Il n’imaginait pas que l’on puisse être cynique au point de repousser tous les ajustements et tous les rééquilibrages et que l’on puisse préférer aller jusqu’au bout du chaos. ». Ce n’est donc qu’un sauve qui peut, même des Maitres comme vous les appeler, ne maitrisant peu de choses en fin de compte, si ce n’est que quelques morceaux de sorcellerie financière pour gagner un peu de temps.

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      • J’ajouterais que je trouve dommage que vous soyez passé totalement à coté de ce texte de Bruno (comme à peu près tous ses textes dailleurs) car en ce qui me concerne je le considère comme essentiel… La névrose du monde n’est plus aujourd’hui névrose elle est devenue réalité perceptible et palpable pour bon nombre de nos concitoyens et ceci grâce au travail d’orfèvre de nos maitres magiciens…qui à défaut d’être enchanteurs sont passé maitre dans l’art du chant… des sirènes…

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  2. à propos de vos illustrations dont je pense tout le bien et notamment de la dernière

    Lors d’un débat berruyer delamarche et un haut banquier français (membre trilaterale?), l’interviewer (non journaliste au sens littéraire) leur a demandé, indigné:
    de mémoire, en leur coupant la parole: « mais enfin existe t’il quelqu’un qui a les moyens , un milliardaire?, un de leur membre? qui veut ou se bat pour arrêter tout cela? »

    il y a quasiment un an, un bureau d’analyse bricolé mais compétent fait sans doute avec peu de moyens (ou pas: peut être est-ce une société affiliée à un hedge fund) défonca l’action let’s gowex (ce qui fut une période marrante car un contact sur bourso en avait plein… avec un des plus daubique business model que j’ai vu alors que la capi approchait 1bn de mémoire)

    Ai pu comprendre, par expérience, que les diplomates -littéraire par construction- sont parmi les mieux armés sur longues périodes pour déchiffrer le réel.
    C’est ainsi par exemple que Jean Francois-Poncet est l’auteur du « nid d’aigle » après l’avoir cordialement visité avant la guerre.
    ou qu’un autre révélé par wikileaks avait surnommé Medvedev: Robin

    C’était donc avant 2010, je pense que ce diplomate américain, n’a à l’époque pas mesuré l’étendue de sa prémonition.

    ps:aucun rapport mais concernant encore lacuité des diplomates.
    Il est d’usage d’attribuer « rideau de fer » à Churchill
    wiki Il s’agit d’une expression instaurée par Winston Churchill lors de son discours à Fulton le 5 mars 1946.

    Hier l’ai lue en français dans un ouvrage de propagande allemand par un diplomate du reich en… 1943
    Il y a par ailleurs des extraits d’analyses hallucinantes en 1942 1943 sur les intentions réelles us vis à vis du dollar, l’aerien, le militaire la guerre froide à venir et le fait que WW2 est surtout une guerre contre l’europe.
    Ce post scriptum permet de finir la boucle car nous en sommes strictement au même point aujourd’hui

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    • Vous évoquez il me semble en filigrane un point qui me semble essentiel: pour comprendre la finance d’aujourd’hui il faut maitriser la science philosophique d’hier…On comprend alors pourquoi dans beaucoup de pays (la France en particulier) on s’acharne à martyriser les sciences humaines et la philosophie en particulier…Il y a des liaisons qui pourraient s’avérer dangereuses…

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    • C’est clair ce que vous dites. Lisez la BD Quai d’Orsay ( à la rédaction de laquelle a participé un ancien ministre des affaires étrangères ) et c’est clair. Tout tourne autour d’Heraclythe et de la mythologie. Connaître l’histoire pour voir le futur.

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  3. Croyez vous vraiment en un plan qui s’étendrait sur… des générations? Se donner autant de peine avec tous ces massacres pour… quoi? Croire en satan c’est croire en dieu pour ma part je suis athée.

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    • Il n’y a pas de plan puisqu’il n’y a pas de complot, juste un système qui pour perdurer met à la tache ses gestionnaires apparents…..Et comme dans tout système construit de main de maitre : qui veut faire l’ange fait souvent la bête, qui se prend pour Dieu confère souvent aux Diable…Quant aux athées, dans un système de vote c’est comme les abstentionnistes : qui ne dit ou ne croit en rien consent…

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      • « Ils croient que les perceptions gouvernent tout et que la maîtrise des perceptions est possible grâce aux techniques quasi-militaires mais « »soft » » de lavage de cerveau.  »

        en évoquant la 2nd guerre mondiale et un thème que Lacroix riz va traiter à savoir le « renversement des fronts » ou que le réel enjeu était pour les us pas tellement flinguer l’allemagne dont elle était alliée mais :
        UK
        la Russie

        c’était une guerre contre l’europe dans son ensemble et pas au sein de l’europe
        en 1942/1943 les nazis n’ont pas compris pourquoi les us ne renversaient pas les fronts avec eux (comme prevu! ce n’est pas moi qui le dit) contre Staline

        Ainsi, comme par exemple dans le cerveau des communistes francais avec le pacte de non agression germano soviet..- les fronts auraient pu se renverser en 2semaines: ce qui passe nécessairement par le renversement de l’opinion en 2semaines aussi!

        TOUTE l’europe et la puissance US d’aujourd’hui se sont jouées à ce moment, churchill qui a refusé le renversement, couilloné, a definitivement enterré le sterling, et a liquidé l’empire

        =>on peut avoir l’impression que de gros enjeux sont à l’oeuvre en ce moment que nous allons payer pendant 50ans
        (votre article suppression du cash qui existe depuis 5000ans!)

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  4. Les mythes sont des archétypes, ils donnent à réfléchir sur soi et la marche du monde, car le monde marche selon ce qu’en pense et fait l’humain. Penser et faire reposent tout entier sur ce qui fait la condition de l’Etre, et dans l’Etre il y a la part la plus obscure et ténébreuse (saurienne) mais aussi une étincelle de vie qui ne demande qu’à croitre et répandre sa lumiere au delà de lui meme. L’Etre est à la mesure de son influence d’avec son inconscient et sa conscience émerge au monde comme la pointe de l’iceberg, voilà l’aiguillon de sa pensée qui se pense elle meme et qui pense le monde, dans un incessant va et viens.

    Le satanisme, c’est le pari ( qui est croyance) que fait l’homme selon ses désirs, les désirs ne sont pas bornés, ils ne le peuvent pas, ils méritent réalisation sans qu’aucune restriction moralisatrice n’en vienne à castrer la jouissance promise. Pouvoir, dans la démesure (hybris), c’est jouir selon la sur-enchère de ses désirs, c’est enfin réaliser/gouter ce qui n’a pas encore était conquis.
    La modernité est la conséquence d’un modèle cognitif, une croyance qui construit l’idéalisation de soi sur la profanation des traditions universelles… La dégénerescence des mots, au seul contact viral des enfants d’Asmodée qui manipulent la pensée par l’alchimie transformatrice de la léxicalité, conduit la plèbe, incidemment, à perdre les repères, comme des phares dans la brume suivant le marquage de la route, et à se perdre soi meme, ignorant d’ou l’on vient (déracinement) et ou l’on va..

    Vendre son ame pour le seul bénéfice du court terme d’une vie, c’est décidément mal calculer le rapport bénéfice/risque comme solde de tout compte d’une existence dont on fixait l’échéance à la mort physique.

    La tradition comprise dans la contre culture moderne, cela consiste à faire de l’humain l’unique pivot de la réalité sensible, c’est ainsi supprimer l’aspect supra-humain qui obligeait l’Etre à certaines contritions temporalisées dans des rituels immuables, in illo tempore, et récurrents… véritables bulles d’ espace-temps spécialement aménagés et dévoués à la sacralité. Cela invitait à des responsabilités puissantes relativement à un quelque chose qui lui était supérieur (les dieux, Dieu ou le Grand Ancetre) et pour lequel il aurait à répondre ici-bas comme dans l’autre monde.

    L e monde dans la Tradition c’est la recherche de l’équilibre général, c’est l’ordre comme condition existentielle et « axis mundis » inébranlable et efficient de la communication du divin au sacré, du haut semblable au bas de la doctrine Hermétiste, qui vaut archétype de la religiosité des traditions véritables.

    « La modernité est fondée sur la disjonction. Comme nous le disons souvent, c’est l’ombre séparée du corps. C’est la création d’un monde parallèle, d’un imaginaire qui est un « »ailleurs » », par la coupure qu’il instaure entre les signes censés représenter la réalité et la réalité elle-même. Et dans ce monde tout est possible, rien n’est impossible. Nous sommes dans la dissociation des Alchimistes et dans le mythe de Faust. »… L a modernité c’est la subversion, c’est bien là le trophée d’Asmodée.

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  5. « Ils croient que les perceptions gouvernent tout et que la maîtrise des perceptions est possible grâce aux techniques quasi-militaires mais « »soft » » de lavage de cerveau. »
    N’est ce pas là l’outil de haute technologie scientifique que l’on appelle: ingienerie sociale?. Viser le controle des populations par le raffinement des manipulations les plus sournoises. L’objectif est de faire se ployer les etres en en modifiant le mental, en le travestissant par des oripeaux qui sont autant d’artifices les retenant dans la matière, les intimant de regarder leurs pieds ou leur nombril plutot que le ciel. Ils prennent leur ombre pour la réalité et s’y contemple comme Narcisse.
    Nul ne doit etre indifferent aux admonestations, véritables mantras médiatiques. Nous devons tous croire ce que l’on nous preche, mieux! nous devons etre les stakanovitchs du systeme… des serfs fiers de leur condition de fidèles contempteurs du Systeme, fidèles de la prime enfance à la tombe.

    « la modernité c’est la l’instauration d’un monde ou les signes, les paroles et les discours peuvent être ni vrai ni faux et néanmoins être efficaces. »
    L’efficacité d’un mensonge c’est d’abord le savant mélange du vrai d’avec le faux, le bon grain malaxé dans l’ivraie, car de cet assemblage l’ivraie domine et détermine sa raison d’etre pour ce qu’ il s’insère dans l’esprit et conditionne les actes.

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  6. A vous lire on dirait que les émules de Woland se soient imprégnés des écrits de Crowley, AO Spare leurs continuateurs. Chaos Magick vous connaissez?

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