Art de la guerre monétaire et économique

Des Maux en mots et en graphiques: L’économie de la Grèce est revenue à son niveau d’avant l’euro

Des Maux en mots et en graphiques: L’économie de la Grèce est revenue à son niveau d’avant l’euro

PAR MARIE CHARREL, LE MONDE/ 4juil2015

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Aucune statistique ne peut restituer l’ampleur des sacrifices concédés par les Grecs depuis six ans. Certains chiffres aident néanmoins à la mesurer. En 1999, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Grèce, en parité de pouvoir d’achat, s’élevait à 24 429 dollars (22 020 euros), selon les calculs de l’institut de conjoncture Cœ-Rexecode.

En 2007, il est monté jusqu’à 33 018 dollars (29 765 euros), avant de retomber à 24 564 dollars (22 145 euros) en 2014. «Cela signifie que depuis la crise, les Grecs ont reperdu toute la richesse qu’ils avaient gagnée depuis l’entrée dans l’euro», résume Charles-Henri Colombier, de Cœ-Rexecode.

GREECE

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Sur la même période, le PIB par tête de la zone euro est passé de 33 562 dollars (30 257 euros) en 1999 à 37 141 dollars (33 483 euros) aujourd’hui, avec un pic à 38 483 dollars (34 693 euros) en 2007. Malgré la crise, les pays de l’union monétaire affichent donc en moyenne une richesse par tête supérieure à celle de 1999. Seule la Grèce fait figure d’exception, avec l’Italie. «Si l’on regarde froidement les chiffres, c’est un complet retour quinze ans en arrière», se désole Patrick Artus, économiste chez Natixis.

Un retour «progressif et ordonné à l’équilibre»

Le constat est tout aussi alarmant si l’on se penche sur l’industrie hellène. Depuis 1999, la production industrielle, hors bâtiment, s’est contractée de 20%, tandis que l’investissement, en volume, s’est effondré de 47%.

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Le PIB, lui, est toujours inférieur de plus de 25% à son niveau de 2009. Cet effondrement de l’économie grecque est-il le seul fruit des politiques de rigueur exigées à la Grèce depuis 2009? Ou s’agit-il d’un retour «progressif et ordonné à l’équilibre», comme l’a froidement diagnostiqué Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, le 23 juin, sur BFM Business.

Pour comprendre de quoi il retourne, il convient de remonter à la création de l’euro. A son introduction, la monnaie unique a eu un impact très différent selon les pays membres. «Dans les Etats périphériques, elle a déclenché une forte baisse des taux d’intérêt et des coûts du crédit, qui se sont rapprochés des niveaux allemands», rappelle Charles Wyplosz, économiste à l’Institut de hautes études internationales de Genève. Une formidable opportunité. Qui s’est transformée en bombe à retardement lorsqu’elle n’a pas été utilisée à bon escient.

Cocktail explosif

C’est ce qui s’est passé dans le cas grec. «La baisse des coûts d’emprunt a alimenté l’augmentation des dépenses publiques, tandis que la consommation a été soutenue par une hausse des salaires supérieure à celle des gains de productivité», ajoute Charles Wyplosz.

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Quand la crise a frappé, Athènes s’est donc retrouvé dans une situation particulièrement délicate. Non seulement son économie était structurellement affaiblie, mais en plus ses importants déficits public et extérieur (15% du PIB) la laissaient sans munition pour faire face à la crise.

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Un cocktail que les politiques de rigueur demandées par la «troïka» (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Commission), mal calibrées, ont rendu explosif. «La récession qu’a traversée la Grèce est l’une des plus violentes enregistrées depuis le XIXe siècle, et l’ampleur de l’assainissement budgétaire opéré depuis est sans précédent», explique Nina Delhomme, économiste au Crédit agricole. Le déficit public est ainsi passé de 15,2% à 2,7% du PIB en cinq ans seulement. Le déficit extérieur a été effacé. Et les salaires ont chuté de 20% à 30%.

greece recession depression

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Malgré ces douloureux sacrifices, les exportations n’ont pourtant pas rebondi comme espéré, contrairement à ce que l’on a observé en Espagne ou en Irlande. Motif: les entreprises grecques tournées vers l’export sont à la fois trop petites et trop peu nombreuses. Mais, surtout, les réformes de la «troïka» n’ont pas traité certains des maux clés dont souffre l’économie grecque. En particulier la question des rentes maintenant des prix trop élevés dans certains secteurs, la corruption endémique, les défaillances de l’administration…

C’est là que l’exemple grec diffère de celui de l’Espagne. Comme Athènes, Madrid est tombé dans le piège des taux d’intérêt trop bas: ils ont alimenté une monstrueuse bulle immobilière, qui a explosé avec la crise de 2007. «Mais ils ont aussi permis d’accumuler du capital productif, c’est-à-dire de renforcer l’industrie, explique M. Artus. Voilà pourquoi le pays s’en sort aujourd’hui mieux.»

«Tout le monde s’est voilé la face»

Dans le cas de la Grèce, qui faut-il blâmer? Les gouvernements grecs successifs, d’abord, qui n’ont rien fait pour lutter contre le népotisme, l’économie noire, la déliquescence de l’industrie. Les institutions de la zone euro, aussi. L’impact de l’entrée dans la monnaie unique sur les pays périphériques était déjà identifié en 1999. Mais rien n’a été fait pour les aider à éviter le piège du crédit à bas coût. «Tout le monde s’est voilé la face, confesse une source européenne. Pire, la flambée de l’immobilier espagnole était vantée comme un succès, alors qu’elle reposait sur un château de sable!»

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Selon les économistes, il faudra au bas mot une décennie pour que le pays retrouve son niveau de vie de 2007. Que les mesures d’austérité se poursuivent ou non, que le gouvernement d’Alexis Tsipras reste au pouvoir ou non, les prochaines années seront extrêmement douloureuses pour les Grecs.

greek bank run

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/df2b5178-2187-11e5-8d1d-5895281d1863/L%C3%A9conomie_de_la_Gr%C3%A8ce_est_revenue_%C3%A0_son_niveau_davant_leuro

Les indicateurs suivants nous rappellent comment ce pays de l’UE a été catapulté au siècle dernier:

Photo published for Greek crisis in memes: 'Grease', bounced checks and cats - CNN.com

✔ 34,6% de la population vit dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale, ou est susceptible d’y glisser (chiffres 2012).

✔ Depuis le début de la crise, le revenu disponible des ménages a chuté de 30%.

✔ 34,8% des ménages grecs ont des arriérés à l’égard de l’Etat, des banques, de la sécurité sociale ou d’autres services publics.

✔ Plus de 40% pensent qu’il ne seront pas en mesure de remplir leurs obligations financières cette année.

✔ Le Service public de fourniture d’électricité coupe l’approvisionnement électrique de près de 30.000 familles et entreprises chaque mois en raison de factures impayées.

✔ Depuis le début de la crise, le chômage a augmenté de 160%. Près de 3,5 millions d’employés travaillent pour soutenir 4,7 millions de chômeurs et d’inactifs.

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✔ Les chômeurs reçoivent une indemnité de chômage de 360 euros pendant les 12 premiers mois de leur chômage. En conséquence, seulement 15% des 1,4 millions de chômeurs reçoivent des prestations. Les travailleurs indépendants (25% du nombre total de personnes actives) n’ont pas droit à ces prestations.

✔ Les transferts sociaux devraient être réduits de 18% cette année. Le budget de la santé a été réduit de 11,1% entre 2009 et 2011. Aucun pays de l’OCDE n’a réalisé une coupe aussi importante sur ce budget.

✔ La pension moyenne de base se monte à moins de 700 euros, et depuis 2010, elle a été réduite d’un quart. Il est prévu que ce montant soit encore réduit de moitié sur les prochaines années.

✔ Pour 48,6% des ménages, la pension est la principale source de revenus.

✔ Selon une étude de l’Université d’Athènes, 12,3% des Grecs souffrent de dépression clinique. Ils n’étaient que 3,3% en 2008.

✔ Environ 800 000 personnes vivent sans accès aux soins de santé et dans certaines régions, des organisations humanitaires telles que Médecins du Monde ont dû se substituer au système de santé national pour fournir des soins et des médicaments aux personnes les plus vulnérables.

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✔ La réduction du nombre de seringues et de condoms disponibles pour les toxicomanes a provoqué une forte hausse des cas d’infection au VIH, les faisant passer de 15 en 2009 à 484 en 2012.

✔ Les chercheurs notent également une augmentation de 21% du nombre d’enfants mort-nés, qu’ils ont attribuée aux restrictions d’accès aux soins prénatals.

✔ La mortalité infantile a augmenté de 43% entre 2008 et 2010.

✔ Enfin, le taux de suicide est également en hausse, et alors qu’on en avait compté 400 en 2008, on a dénombré 500 cas de suicides en 2011.

<a href="http://atlas.qz.com/charts/Vy2X2OrD">Quartz Atlas</a>

http://www.express.be/business/fr/economy/16-chiffres-qui-montrent-qui-paye-la-crise-grecque/203562.htm

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