Aristote contre Platon

De retour en Grèce, après le désastreux traité de Versailles. Après le siège financier. Le printemps grec a été maté. Par Bruno Bertez

De retour en Grèce, après le désastreux traité de Versailles. Après le siège financier. Le printemps grec a été maté. Par Bruno Bertez

Nous avons toujours soutenu que contrairement à la propagande et aux illusions des européistes, la construction européenne et la monnaie unique allient diviser les peuples au lieu de les rapprocher.

Permalien de l'image intégrée Un exemple d’images circulant sur Twitter. Le sentiment anti-allemand est parfois très violent. (capture d’écran)

C’était une question de bon sens, déjà entrevue par Raymond Aron, pourtant favorable à l’idée européenne. Si vous tentez d’unifier deux ensembles disparates et divergents, ce n’est pas l’harmonie qui s’installe, mais la haine. La haine parce que ceux qui n’ont pas envient ceux qui  possèdent et que cela aigrit les uns et autres. Les plus riches prétendent commander aux plus faibles. Les contradictions s’exacerbent entre la logique de l’ensemble et les nécessités des parties, les nécessités domestiques. Mao disait, tout système évolue en fonction de ses contradictions internes et externes. Et là, il y en a des contradictions. Et ceux qui prétendent qu’aller vers plus d’intégration résoudra les problèmes et apaisera les antagonismes se trompent une fois de plus, comme ces couples désunis qui prétendent faire un enfant pour essayer de se rabibocher. Ils ne font que multiplier les occasions de s’affronter.

Nous avons toujours soutenu que l’Europe de Jean Monnet, l’Europe par le haut que l’on impose aux peuples était scélérate et anti-démocratique. Nous avons toujours soutenu que l’Europe était aussi stupide que le socialisme qui consiste à vouloir instaurer un état parfait sans savoir comment, entre temps, faire la transition dans un monde hostile et conflictuel. Nous soutenons que ce qui est en marche c’est non pas un processus d’apaisement des tensions, mais un processus d’amplification, de généralisation, d’extension d’autant plus redoutable que le grain à moudre manque, la croissance ne produit pas assez de surplus pour mettre de l ‘huile dans les rouages. Sous cet aspect la politique d’austérité a été et est une imbécillité supplémentaire dans une construction qui n’en manque pas.

On est toujours puni par ù l’on pêche, on a voulu forcer la main par la monnaie et la finance, celle-ci se venge et, en un retour normal des choses, la faillite financière revient en boomerang faire éclater l’économique, le social, le politique. Un jour, elle fera éclater le carcan juridique.

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Tsipras est rentré chez lui pour se faire insulter. Sur les places, le peuple brule les drapeaux de Syriza, vos télés ne vous le montrent pas, bien sûr. Les slogans anti-allemands inspirent l’imagination. Le ressentiment est d’autant plus grand que la mascarade du référendum est encore présente dans tous les esprits et qu’elle est comme une tâche, visible par tous sur la démocratie. Le référendum a donné à voir que la démocratie était piétinée, comme ces drapeaux en flammes. Comme l’a dit Schauble et il avait raison, « à chaque élection on ne peut remettre en cause les contrats ». Ce qui montre que le problème de la compatibilité de l’Institution Européenne avec la démocratie est structurel. Il y a une contradiction majeure non résolue, qui pour être dépassée a besoin de la dictature d’un groupe exécutif non prévu par les traités, l’Eurogroup.

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Les lignes de division Nord-Sud, sont plus marquées que jamais, approfondies, béantes. Quant à la cohésion sociale interne, elle se fracture. Car la masse sait bien que les élites possédantes ont été du côté des néocoloniaux comme ils disent déjà. Le sentiment que maintenant, le pays est tenu en laisse, exacerbe les divisions. Le peuple en tient la classe possédante et la classe politique pour responsables.

Tout le monde sait déjà que les termes imposés après les fausses négociations sont beaucoup plus durs que ceux qui étaient présentés avant le référendum, cela accentue le ressentiment, les grecs savent qu’ils ont été punis. La Grèce a été dévastée entend-on et maintenant elle va être pillée a dit hier Romano Prodi l’ancien premier Ministre Italien, ses propos ont fait le tour des blogs et des réseaux sociaux. De fait, un fonds étranger va prendre le contrôle des actifs encore possédés par l’état Grec pour empêcher Syriza de se soustraire au pseudo-accord qui a été signé.

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La souveraineté n’est plus qu’un souvenir. Des inspecteurs étrangers vont prendre le pouvoir réel, ce sont eux qui vont superviser les législations qui vont devoir être mises en place, ils auront le droit de veto ! Ils vont avoir droit de regard sur l’Administration. L’Administration va être purgée pour s’assurer de sa docilité. Comment imaginer que cela puisse bien se passer ? Les étrangers vont être en première ligne, visibles, ils vont intervenir quasi sur toutes les questions, ils vont concentrer la haine sur eux explique un député de Syriza. La servitude néocoloniale va casser le pays entre ceux qui la soutiennent et ceux qui la refusent.

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Le Parti Grec Indépendant a été jusqu’à qualifier l’opération Allemande de coup d’état. Et la résonance est grande. Il a annoncé qu’il se retirait de tout et ne collaborerait dans aucun domaine. Car le mot qui devient à la mode est bien celui-là : Collaboration.

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En fait et nous l’avons expliqué dès le premier jour de la prise de pouvoir de Syriza, le pays a subi un véritable siège financier. D’un côté les européens ont affolé la population Grecque, créé la panique bancaire pour favoriser le vidage des comptes et la fuite des dépôts et de l’autre ils ont progressivement fermé le robinet des liquidités. Varoufakis a compris trop tard qu’il fallait fermer les banques,  nationaliser la Banque Centrale, et commencer à préparer une script money (IOU). Et quand il l’a compris, il l’a proposé à ses collègues, il a été mis en minorité par les naïfs qui croyaient à la vertu du référendum. L’argent, le cash, c’est le point central dans un soulèvement. Pas besoin d’aller loin, il suffit de relire l’histoire de la Guerre d’Espagne et le rôle qu’y a joué l’argent. La réalité est que la Grèce était en état de siège financier, monétaire et Varoufakis ne l’a compris que tard. Après la pénurie d’argent, serait venue la pénurie de produits de première nécessité importés comme la viande. Les avertissements des sociétés importatrices ont bien sur ajouté à la panique.

Avis aux amateurs qui voudraient se rebeller un jour contre la dictature Allemande dissimulée derrière le faux nez de l’Eurogroup. L’arme de Bruxelles pour mater les rebellions c’est l’asphyxie financière. Bruxelles brisera quiconque s’opposera à la conception Allemande de l’Europe, ou mettra en cause l’austérité ; il utilisera l’arme de l’asphyxie financière et la peur des peuples devant l’inconnu. Avis aux Eurosceptiques, ce n’est pas un plan de conquête du pouvoir par les élections qu’il faut préparer, c’est un plan de bataille pour reconquérir la souveraineté.

Nous laissons le mot de la fin à Varoufakis : « La Grèce à été obligée d’accepter un Traité de Versailles de la dernière heure qui va laisser le pays exsangue, languissant pendant de nombreuses années. »

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BRUNO BERTEZ Le 14/7/15

illustrations et mise en page by THE WOLF

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3 réponses »

  1. M. Bertez,
    Ce WE du 14 juillet, où l’on célèbre ironiquement la souveraineté nationale, j’ai eu peur. Pour la première fois de ma vie j’ai eu peur. J’ai vu le maréchal Hollande à la télé (j’ai vite éteint). Je vais passer une partie de mes vacances avec mes parents qui, l’âge venant, retrouvent les réflexes vichystes de leur éducation vendéenne maso-catho et je vais devoir prendre sur moi pour éviter les esclandres. Je passe une semaine de vacances avec la cousine de ma femme dont le mari est allemand et nous allons devoir prendre sur nous. Moi qui aime tant la langue allemande, qui vénère Strauss, Wagner et Kraftwerk, je suis tenté de rompre définitivement avec ce pays. L’amitié entre les peuples progresse ! Bravo l’Europe.
    Je ne suis pas toujours en accord avec vous, mais comme durant l’occupation, tous les démocrates, quelles que soient leur sensibilité, vont devoir entrer en résistance pour restaurer notre bien commun, cette démocratie qui nous permet de nous engueuler confraternellement. Comme durant l’occupation, les français ne sont pas dans leur grande majorité des collabos, les sondages le montrent, mais ils sont tétanisés et apathiques, ne sachant pas comment agir. Moi non plus, je ne sais que faire à part propager le virus du loup.
    La situation est instable, la puissance de l’Europe autoritaire de Metternich n’est pas aussi importante que l’on croit, mais aujourd’hui je ne suis plus sûr que son renversement viendra des forces endogènes de l’Europe, qu’un nouveau 1848 est possible. Il est possible qu’une nouvelle fois l’Empire autoritaire soit défait par une double claque venue des USA et des Russes. Non que je considère que les USA soient hors de toute critique, ils ont une grande part de responsabilité de leur désordre mondial ambiant, ils sont aussi travaillés par des forces anti-démocratiques, mais ils gardent un fond libéral, je l’espère. Quant aux Russes, leur tradition libérale est faible, mais en définitive – c’est un paradoxe qu’il faudra expliquer- ils ont grandement contribué dans leur histoire à mettre à bas les empires qui prétendaient dominer le continent. Ces continuité historiques sont fascinantes.

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