Art de la guerre monétaire et économique

Grèce, Plan B et implications Par Jacques Sapir/ Comment Yánis Varoufákis a tenté de mettre en place un système bancaire parallèle en Grèce

Grèce, Plan B et implications Par Jacques Sapir

 27 JUILLET 2015 http://russeurope.hypotheses.org/4148

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La presse internationale a publiée plusieurs articles détaillant les propositions formulées par Yannis Varoufakis à Alexis Tsipras, propositions qui furent rejetées par le Premier ministre Grec. Elles nous éclairent sur le contenu du « plan B » qui existait en Grèce. Ces propositions montrent que, contrairement à ce que continuent à prétendre certains, dont Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF (voir son entretien à Marianne[1]), l’alternative n’était pas entre la « banqueroute » et la capitulation. Il y a eu ici un mensonge conscient quant aux raisons de la capitulation de Tsipras. Il existait bien, en effet, une autre voie et cette dernière n’était pas “rocambolesque”. Mais, celle-ci impliquait, à relativement court terme, une sortie de la Grèce de l’Euro, une position qui semble être acceptée par des collaborateurs de Varoufakis[2]. Il faut en tirer toutes les conséquences.

Le contenu de ce plan « B »

Ce plan a été en partie révélé par un quotidien grec[3], à partir de fuites provenant de l’appareil gouvernemental. Ce quotidien étant très opposé à Syriza, il convient de faire attention à des formulations qui sont employées, et qui ne correspondent nullement à la réalité. Néanmoins, on y apprend que Varoufakis et Tsipras, dès le mois de décembre 2014, soit avant l’élection de janvier 2015, s’attendaient à se heurter à une opposition résolue de la BCE et à un blocage des activités bancaires en Grèce. Le journaliste Britannique Ambrose Evans-Pritchard, dans The Telegraph, donne la version de Varoufakis[4]. Cette source peut-être considérée comme plus fiable, et en tous les cas plus honnête, que celle du journal grec. Romaric Godin, de La Tribune, dont on salue ici le couverture des événements en Grèce, a publié un article plus court sur le sujet[5].

Le plan de Varoufakis consistait à créer un système parallèle au système officiel pour les paiements entre le gouvernement et les entreprises[6]. Mais, l’administration fiscale étant de fait sous le contrôle d’experts appointés par la « Troïka », il fut obligé de le faire en secret. Ce système de paiements parallèles aurait permis au gouvernement grec de contourner le blocage des banques organisé par la BCE. Il aurait aussi pu permettre un glissement très rapide de l’Euro vers la Drachme, mais Varoufakis, selon les propos rapporté par The Telegraph, n’envisageait cela qu’en toute dernière extrémité[7]. Toujours d’après les déclarations faites à Ambrose Evans-Pritchard dans The Telegraph, Varoufakis affirme que c’est dans la nuits du 5 au 6 juillet, alors que le « Non » l’avait largement emporté au référendum, que Tsipras s’est refusé à mettre ce système en œuvre, ce qui provoqua la démission de Varoufakis.

Je sais, pour avoir été en contact avec des membres du cabinet de Varoufakis, que ce système de paiements parallèle n’était que l’un des éléments du « plan B ». La réquisition des banques et de la Banque Centrale, dans le cadre des pouvoirs d’urgence qu’auraient dû réclamer Tsipras, en faisait partie. Dans les conversations que j’ai eu avec des membres du cabinet, j’ai expliqué qu’il fallait être conscient que ces mesures de réquisitions constituaient une rupture des traités, et qu’il fallait les présenter comme une réponse aux actions illégales de la BCE envers la Grèce.

Sur le fond, il est clair que le refus de Tsipras de mettre en œuvre ce « plan B » est lié à son refus, quel qu’en soit les motifs, de rompre avec le cadre de l’Euro et de l’Europe. Les explications sur la crainte de provoquer la « banqueroute » des banques ne tiennent pas, car, justement, ce plan visait à porter remède à la situation des banques. La décision d’Alexis Tsipras est politique. Placé devant le choix entre le programme de Syriza et l’UE, il a choisi l’UE et l’austérité. C’est ce qui explique sa capitulation la semaine suivante et l’acceptation du Diktateuropéen du 13 juillet.

Les conséquences de la réquisition de la Banque Centrale de Grèce

Un point important ici, car il a été évoqué à de nombreuses reprises dans le débat français, et en particulier dans des discussions publiques que j’ai eues avec Jacques Généreux et Jean-Luc Mélenchon[8], porte sur la réquisition de la Banque Centrale. Cette réquisition avait fondamentalement pour but de récupérer la souveraineté monétaire et de débloquer les réserves détenues à la BofG et dans les banques commerciales, mais sous « clef » de la BofG. Ces réserves se montaient à 12 milliards d’euros, et auraient permis à la circulation monétaire de reprendre pour quelques semaines.

Une source de la BCE, relayée par un article du Financial Times, indique que face à une telle mesure la BCE aurait dénoncé les réserves réquisitionnées comme de la « fausse monnaie »[9]. Cet article contient plusieurs inexactitudes par ailleurs. Mais, ce qui nous intéresse ici est bien la réaction de la BCE face à la réquisition d’une des Banques Centrales de la zone Euro. En fait, la BCE ne peut pas discriminer entre l’argent en circulation avant la réquisition et la fraction saisie du fait de la réquisition. La seule chose qu’elle puissetechniquement faire c’est d’isoler le pays ayant fait cette réquisition et d’obliger les banques des autres pays de la zone Euro de ne pas reconnaître comme valable en tant qu’euro la monnaie circulant dans le pays ayant fait cette réquisition. Notons que c’est déjà en partie ce que la BCE avait imposé à la Grèce. Mais, dans le cas d’une réquisition il est donc possible que la BCE isole totalement le pays ayant réalisé cette réquisition, l’obligeant alors soit à ne plus du tout commercer avec les autres pays de la zone Euro, soit à changer de monnaie et de fait à sortir de la zone Euro.

Autrement dit, la réquisition pourrait conduire très rapidement à une sortie de l’Euro. Dans le cas de la Grèce, le gouvernement grec pouvait légitimement dire que les mesures de réquisition, qui auraient été nécessaires pour éviter la destruction du système bancaire grecque, n’étaient que la réponse à l’action illégale de la BCE qui avait mis en péril le système bancaire alors que l’une de ses missions, inscrites dans sa charte, est justement d’assurer le bon fonctionnement de ce système bancaire. Mais, dans les faits, il apparaît clairement que les actions de la BCE ne sont plus contraintes par une quelconque légalité. Cette dernière est devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle.

Implications

Les implications d’une telle évolution de la BCE sont claires pour tout gouvernement qui entrerait en conflit avec les institutions de la zone Euro. Il lui faudrait recourir très vite à l’état d’exception. Concrètement, cela signifie que dans le cas de la France, si un gouvernement, par exemple à la suite d’une élection présidentielle ou dans d’autres circonstances, engageait un bras de fer avec les institutions de la zone Euro, il li faudrait très rapidement recourir à l’article 16 afin de pouvoir, durant le temps de la crise, gouverner par décret. Rappelons en les termes :

« Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L’Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l’exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d’examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d’exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. [10]»

Il est clair que les « institutions de la République » ainsi que « le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels » seraient ici clairement mises en cause par le risque de chaos bancaire. Il convient de signaler que l’article 16 confère les pleins pouvoirs au Président de la République, les avis du Premier ministre, des Présidents des Chambres ou du Conseil Constitutionnel étant seulement indicatifs. De même, il faut signaler que dans son arrêt Rubin de Servens, datant du 2 mars 1962, le Conseil d’Etat précise que la décision de mettre en œuvre les pouvoirs exceptionnels est « un acte de gouvernement dont il n’appartient pas au Conseil d’État d’apprécier la légalité ni de contrôler la durée d’application ». Autrement dit le Conseil d’Etat s’est mis de lui-même hors-jeu quant à un possible contrôle, a priori ou a posteriori des dispositions de l’article 16.

Tout « plan B » doit donc inclure clairement le recours le plus rapidement possible à l’article 16.

Notes

[1] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, entretien avec Bruno Rieth, Marianne, 25 juillet 2015, http://www.marianne.net/pierre-laurent-sortie-zone-euro-n-empeche-pas-pression-marches-100235637.html

[2] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », in SocialEurope, 23 juillet 2015,http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

[3] http://www.ekathimerini.com/199945/article/ekathimerini/news/varoufakis-claims-had-approval-to-plan-parallel-banking-system

[4] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[5] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/pirater-l-administration-fiscale-grecque-l-incroyable-plan-b-de-varoufakis-494507.html

[6] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[7] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

[8] Le débat avec Jean-Luc Mélenchon date de juillet 2013, et il fut réalisé par l’équipe d’arrêt sur image. Mélenchon fait référence à cette réquisition à partir de discussions que j’avais eues depuis le printemps 2011 avec Jacques Généreux qui, à l’époque, était le responsable « économie » du Parti de Gauche.

[9] Kerin Hope et Tony Barber, « Syriza’s covert plot during crisis talks to return to drachma »,Financial Times, 24 juillet 2015, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/2a0a1d94-3201-11e5-8873-775ba7c2ea3d.html#axzz3gx22HCKc

[10] Rédaction de 2008.

« Nous avons décidé de pirater notre propre ministère »: l’idée de Varoufakis pour sauver l’économie grecque

G.GA. Publié le lundi 27 juillet 2015 La LIBRE BE

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L’ancien trublion du gouvernement d’Alexis Tsipras, qui avait déjà reconnu avoir été partisan d’une ligne dure vis-à-vis des créanciers et d’un «plan B» pour faire peur aux Européens, a expliqué lors d’une téléconférence le 16 juillet avec des responsables de fonds spéculatifs, dont des extraits ont été publiés dimanche par deux quotidiens grecs, qu’il avait l’intention de mettre en place «un système bancaire parallèle» en piratant le logiciel de l’administration fiscale grecque.

Lors de cette téléconférence en partie retranscrite par le quotidien Kathimerini, Yanis Varoufakis explique que l’idée était de «créer clandestinement des comptes secrets reliés au numéro fiscal de chaque contribuable» grec, pour que, le moment venu, ils puissent utiliser «cette espèce ce mécanisme parallèle de paiement vis-à-vis des gens à qui ils doivent de l’argent ou pour payer leurs impôts à l’Etat».

Une alternative au manque de liquidités

«Cela aurait créé un système bancaire parallèle au moment où les banques étaient fermées à cause de l’action agressive de la Banque centrale européenne (BCE) visant à nous étrangler», a ajouté l’ex-ministre selon cette retranscription.

Dans un entretien au journal britannique The Daily Telegraph en ligne lundi, l’ex-ministre confirme globalement la teneur de son intervention dans le cadre d’un rendez-vous organisé par le Forum officiel des institutions financières et monétaires (OMFIF).

Mais il accuse les médias grecs «d’avoir complètement déformé ses propos» en voulant le faire passer pour «un escroc» alors qu’il cherchait une alternative au manque de liquidités entraîné par la politique de la BCE à l’égard de la Grèce et était «complètement contre le démantèlement de l’euro».

« Nous avons décidé de pirater notre propre ministère »: l’idée de Varoufakis pour sauver l’économie grecque

« Une semaine plus tard, il m’appelle et me dit : ‘Je contrôle les machines mais pas le logiciel, il appartient à la troïka. Je fais quoi?’ On s’est vu, sans que personne ne le sache, et je lui ai dit que si je demandais une autorisation, la troïka serait directement au courant que nous tentions de créer un système parallèle. Et nous avons décidé de pirater le logiciel de notre propre ministère juste pour copier les numéros fiscaux enregistrés sur la plateforme. »

Ces propos de l’ancien ministre des Finances, traduits par nos confrères du Huffington Post, auraient été tenus par Yanis Varoufakis lors d’une conférence téléphonique avec des fonds souverains et des fonds de pension, principalement asiatiques. Les enregistrements sont arrivés entre les mains du quotidien grec I Kathimerini et si Varoufakis a contesté leur utilisation le faisant passer pour un extrémiste de la drachme, il a reconnu leur véracité dans un entretien accordé au Daily Telegraph.

La parade du numéro fiscal

S’il a toujours été « contre le fait de détruire l’euro », Yanis Varoufakis a donc imaginé un plan B pour sauver l’économie grecque de la banqueroute en cas de désaccord prolongé avec les instances européennes. Une quête de solution alternative adoubée par Alexis Tsipras en décembre dernier, soit quelques semaines avant l’éclatante victoire de Syriza aux élections législatives : « Avant de gagner l’élection en janvier, le Premier ministre m’a donné son feu vert. J’ai donc assemblé une petite équipe, restée secrète. »

L’objectif de Yanis Varoufakis, c’est alors de contourner les banques, inévitablement soumises au joug européen puisque les liquidités sont injectées par la Banque centrale européenne. Pour ce faire, l’ex-ministre des Finances a sa petite idée : « Nous voulions créer, discrètement, des comptes de réserve rattachés à chaque numéro fiscal, et permettre ensuite à chacun d’y accéder facilement avec un code. »

Vu comme ça, ça semble un peu abstrait. Le Huffington Post traduit donc l’exemple concret donné par Varoufakis : « Imaginons par exemple que l’État doive un million d’euros à un laboratoire pharmaceutique pour l’achat de médicaments pour le compte de la Sécu. Nous aurions pu immédiatement faire un virement vers le compte de ce laboratoire grâce à son numéro fiscal, puis lui en donner accès avec un code pour qu’il l’utilise ensuite comme un mécanisme de paiement parallèle pour n’importe quel autre versement vers n’importe quel autre numéro fiscal. »

Lors de l’échange téléphonique avec ces membres de fonds d’investissements, qui a eu lieu le 16 juillet – soit une semaine après sa démission -, Varoufakis décrit en effet un plan qui aurait impliqué de « pirater » le système de l’administration fiscale pour mettre en place un « système bancaire parallèle« . « Ce plan aurait consisté à créer un système permettant de transférer des fonds directement des contribuables aux organisations ou entreprises créancières de l’Etat en cas de tarissement des fonds voire de fermeture des banques« , explique la Tribune. Un système basé sur une sorte de monnaie provisoire donc, aussi appelée « IOUs ».

Ce système serait revenu à « créer un système bancaire parallèle au moment où les banques étaient fermées à cause de l’action agressive de la Banque centrale européenne visant à nous étrangler (…) C’était particulièrement bien développé et nous aurions pu faire une grosse différence, estime Varoufakis, puisque très vite on aurait pu l’étendre, en utilisant des applis pour smartphones. Bien sûr ce serait formulé en euro mais en un clin d’œil il pourrait être converti en nouvelles drachmes« .

La marche arrière de Tsipras

Voilà comment Yanis Varoufakis voulait contourner les contraintes européennes. Rien d’insurmontable une fois qu’on devient ministre des Finances, fonction occupée par l’économiste au sortir des élections. Sauf qu’une fois en place, il se rend compte que la direction des impôts est sous le contrôle d’un homme de la fameuse troïka. D’où l’idée d’un piratage de ses propres logiciels, pour faciliter la mise en place de ce système parallèle.

Tout était pensé, même une application pour smartphone. En euro, mais facilement convertible en drachme, selon le Huffington Post. Mais pressé par les instances européennes, Alexis Tsipras a finalement freiné des quatre fers, explique Varoufakis au Daily Telegraph : « Quand le moment fatidique est arrivé, il s’est rendu compte que ce serait trop compliqué à mettre en place. Je ne sais pas exactement quand il est arrivé à cette conclusion, mais je l’ai su explicitement le soir du référendum. C’est pourquoi j’ai présenté ma démission. »

http://www.lalibre.be/economie/actualite/nous-avons-decide-de-pirater-notre-propre-ministere-l-idee-de-varoufakis-pour-sauver-l-economie-grecque-55b5f61435708aa4373975d4

Yánis Varoufákis, l’ancien ministre grec des Finances, avait-il préparé un plan de sortie de la zone euro grâce au piratage de la plateforme fiscale de la Grèce ? C’est ainsi qu’ont été inteprétées, dimanche, des révélations du quotidien grec Ekathimerini, obligeant Varoufákis à s’expliquer. Tout en assumant avoir effectivement travaillé à la mise en place d’un système bancaire parallèle pour le cas où la BCE couperait l’accès aux liquidités du pays.

LE FEU VERT TEMPORAIRE DE TSÍPRAS

Ce dimanche 26 juillet au matin, le quotidien de centre droit Ekathimerini, qui a couvert l’ensemble de la crise des dernières semaines entre la Grèce et ses créanciers, publie un article explosif : «Varoufákis affirme qu’il avait obtenu l’autorisation de préparer un système bancaire parallèle.» Sa source ? Des propos qu’a tenus l’ancien ministre des Finances grec, le 16 juillet (soit dix jours après sa démission), dans une réunion téléphonique avec les responsables d’un fonds d’investissement dirigé par l’ancien ministre britannique des Finances Norman Lamont.

Au cours de cet échange, Varoufákis explique qu’en décembre, un mois avant la victoire de Syriza aux élections législatives, le futur Premier ministre Aléxis Tsípras lui a donné le feu vert pour la conception d’un système de paiement parallèle qui permettrait au pays, si d’aventure la BCE devait lui couper les vivres, de continuer à créer de l’argent sans planche à billets. «J’avais réuni une équipe très compétente, une équipe réduite qui devait rester secrète pour des raisons évidentes», explique Varoufákis, qui s’est donc mis au travail dès l’arrivée de Syriza au pouvoir. Concrètement, il se serait agi d’utiliser le site de l’administration fiscale grecque (leur impots.gouv.fr), où tous les particuliers et toutes les entreprises ont renseigné leurs coordonnées bancaires, pour le transformer en une banque virtuelle où chacun aurait vu son compte crédité d’un certain montant. Les échanges monétaires auraient eu lieu via cette plateforme.

Problème : pour mettre en place ce système, il fallait récupérer les données du site des impôts grecs. Or, celui-ci était placé sous l’œil de la troïka – autre information non négligeable issue de ces révélations. Varoufákis a donc autorisé un de ses proches amis, spécialiste en technologies de l’université de Columbia, à «hacker le système informatique de [son] propre ministère afin de pouvoir copier le code du site des impôts sur un ordinateur dans son bureau». Mais ce geste pourrait lui valoir des poursuites pour «trahison». Le sachant, il demande à ses interlocuteurs, lors de la conversation téléphonique, de ne le répéter à personne – c’est raté.

Quoi qu’il en soit, «le travail était plus ou moins achevé», explique Varoufákis, évoquant même la possibilité de lancer des applications pour smartphones. Mais «la difficulté était de partir des cinq personnes qui l’avaient planifié pour arriver aux 1 000 personnes nécessaires pour le faire fonctionner. Je n’ai jamais reçu l’autorisation le permettant».

 LE RÔLE DE WOLFGANG SCHAÜBLE

Au cours de son entretien téléphonique, Yánis Varoufákis a également évoqué le rôle joué par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, dans les négociations. Fermement opposé à une réduction de la dette grecque, Schaüble s’est en revanche prononcé pour un Grexit provisoire qui pourrait se révéler bien plus coûteux pour ses créanciers. Comment expliquer alors une telle position ? Pour Varoufákis, c’est clair : le plan de Schaüble, «tel qu’il me l’a décrit», est d’éviter une union monétaire fonctionnant avec un Parlement (comme le suggérait encore récemment François Hollande).

En dehors de ce plan B, un autre passage (moins repris) de la retranscription d’Ekathimerini donne une idée de la position allemande et française vue par Varoufakis et évoque un autre plan plus ou moins secret, mais allemand cette fois. « Schaüble [le ministre allemand des finances] a un plan. […] Il pense que l’eurozone n’est pas viable comme elle est. Il pense qu’il faut des transferts fiscaux, et un certain degré d’union politique. Mais il pense que pour cette union fonctionne sans fédéralisme, sans la légitimité d’un parlement fédéral élu, il faut mettre en place une discipline stricte pour y arriver. Et il m’a dit explicitement que le Grexit lui donnerait ce pouvoir de négociation, un pouvoir de la terreur suffisant pour imposer aux Français une idée à laquelle Paris résistait. Laquelle ? Transférer une partie du pouvoir de décision budgétaire de Paris à Bruxelles.« 

Dans cette optique, affirme Varoufákis, Schaüble lui a «dit explicitement qu’un Grexit lui donnerait assez de pouvoir de terreur pour imposer à la France ce que Paris refuse. De quoi s’agit-il ? Transférer une partie de la souveraineté budgétaire de Paris à Bruxelles». Et d’ajouter, dans The Telegraph, que le ministre allemand des Finances sait parfaitement que le troisième plan d’aide, dont les discussions viennent de commencer à Athènes, «est voué à l’échec», mais que son objectif demeure de faire sortir la Grèce de la zone euro. «Il n’y aura pas d’accord le 20 août», parie Varoufákis.

Lundi après-midi, un institut de recherche dont l’un des membres participait à la discussion du 16 juillet a publié, «avec l’accord de Yanis Varoufakis», l’intégralité de l’entretien.

http://www.liberation.fr/monde/2015/07/27/comment-yanis-varoufakis-a-tente-de-mettre-en-place-un-systeme-bancaire-parallele-en-grece_1354580?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

EN BANDE SON: 

1 réponse »

  1. « Dans les faits, il apparaît clairement que les actions de la BCE ne sont plus contraintes par une quelconque légalité. Cette dernière est devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle. » M.Sapir

    Il semble de plus en plus évident, à moins que d’etre atteint de cécité mentale, que l’euro groupe a une vocation maffieuse car non seulement elle est libre de ses actions et rejète toute ingérence étrangère c.à.d celle des peuples/cheptels dont elle a la garde mais elle conserve tout pouvoir décisionnel discuté dans les alcoves institutionnels sans que rien ne filtre… c’est la culture du secret de celle qui nourrit, légitimement, les « théories du complot ».
    Récemment, dans une interview donnée par M.Varoufakis celui-ci nous révélait la TOTALE illégalité juridique de l’euro groupe et donc, de par son inexistance légitime et juridique… sa totale non représentativité démocratique.
    Cet euro cartel est surtout le meilleur représentant d’une oligarchie financière qui du fait meme de son mode de fonctionnement se rapproche clairement de la définition de FASCISME.

    NB: Varoufakis

    ” …l’Euro-groupe n’a pas d’existence juridique, il n’existe aucun traité qui régit l’Euro-groupe. »

    Nous sommes donc en présence d’un groupe sans existence juridique qui a rien moins que le pouvoir de décider de la vie des Européens.

    Personne ne peut y opposer quoi que ce soit étant donné qu’il n’existe pas légalement.

    Aucun compte rendu des débats n’est donc rédigé, tout est totalement confidentiel. Et donc aucun citoyen ne peut savoir ce qui s’y dit. …

    On y aborde des questions quasi de vie ou de mort et aucun membre n’a à répondre de quoi que ce soit à personne.” (source « les crises »)
    ————————————————————————————————————

    En terme de stratégie, le ministre allemand compte toujours se servir de l’épouvantail grec pour mener une vampirisation des restes encore substanciels de souveraineté politique en France:
    « Schaüble [le ministre allemand des finances] a un plan. […] Il pense que l’eurozone n’est pas viable comme elle est. Il pense qu’il faut des transferts fiscaux, et un certain degré d’union politique. Mais il pense que pour cette union fonctionne sans fédéralisme, sans la légitimité d’un parlement fédéral élu, il faut mettre en place une discipline stricte pour y arriver. Et il m’a dit explicitement que le Grexit lui donnerait ce pouvoir de négociation, un pouvoir de la terreur suffisant pour imposer aux Français une idée à laquelle Paris résistait. Laquelle ? Transférer une partie du pouvoir de décision budgétaire de Paris à Bruxelles.«
    Pourtant, on ne peut écarter complètement la possibilité que l’Allemagne pousse ses pions/désirs dans le sens de ce que nombre de politiciens des pays du sud considéreraient comme une pure abdication formelle de leur pouvoir national et qu’ainsi les peuples comprennent, enfin, que les élections n’ont servis qu’ à permettre le transfert quasi total des prérogatives régaliennes à l’Allemagne du IV ème REICH. Une telle échéance pourrait réveiller des contestations internes, un esprit de fronde, et une dissolution des parties politiques qui se satisfaisaient du jeu de l’alternance… Peut etre que l’Allemagne serre le noeud coulant autour des kapos provinciaux pour sois consolider son hégémonie au seins de l’Union europeenne, soi à l’inverse, provoquer son explosion future puisque la monnaie Euro a été concue de manière si rigide dans un environnement fiscal, économique et culturel hétérogène propre à se disloquer à la moindre crise systémique: 2008 n’ayant été qu’une mise en bouche de ce qui arrivera bientot quand la 2eme phase crisique montrera le bout de son nez: krach du marché Action, puis Obligataire et Monétaire (avec un probable interlude sur une remontée des prix des matieres premières due autant à l’avilissement des valeurs monétaires qu’ à la fuite vers l’unique et assuré havre de profit que constitue, pour les traders, l’épargne du consommateur… financiarisation oblige).

    L’avenir de l’Union europeenne tient autant à l’élasticité dorso-fombaire des politiciens face aux pressions descendantes teutonnes qu’à la manière dont l’Italie pourra survivre dans un environnement de nouveau récessif puis… dépressionnaire qui semble poindre à l’horizon moyen terme.

    On se rappellera que l’avenir objectif du pan germanisme financiaro-industriel est résolument à l’Est!.. mais que des états satellitaires, devenus des landers allemands, satisferaient volontier nos oligarques transnationaux… à l’exception de Washington.

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