Art de la guerre monétaire et économique

Comment accroître la richesse publique des nations

Comment accroître la richesse publique des nations

Emmanuel Garessus/ Le Temps 18/8/15

Le siège du fonds Temasek appartenant à l’Etat de Singapour. (Keystone)

Le siège du fonds Temasek appartenant à l’Etat de Singapour. (Keystone)

Les gouvernements sont plus riches qu’ils ne le croient. Leur fortune publique atteint au minimum l’équivalent du PIB mondial, 75 000 milliards de dollars. Elle dépasse le total des dettes publiques (54 000 milliards), selon l’ouvrage.

Le capitalisme d’Etat est à la mode, mais sa performance est dramatique. La valeur des plus grandes entreprises publiques a diminué d’un tiers entre 2007 et 2014, selon The Economist. En Chine, leur rendement (4,6%) est inférieur de moitié au rendement des entreprises privées, fait valoir Nicholas Lardy, dans Markets over Mao (2014). Il est vrai que le parti s’immisce dans toutes les décisions importantes, notamment le choix des dirigeants. Les scandales, le clientélisme et les affaires de corruption se multiplient dans les entreprises publiques, du Brésil au Venezuela en passant par l’Inde et la Chine.

Les actifs publics ne sont pas seulement opaques. Souvent ils ne sont même pas comptabilisés, selon les auteurs. C’est le cas des avoirs immobiliers, lesquels représentent pourtant l’essentiel de la richesse publique: 86% des forêts mondiales appartiennent à l’Etat (68% en Suisse). Le Royaume-Uni, la Suède et la Nouvelle-Zélande font partie des rares pays produisant un bilan des actifs publics. La plupart des pays, à l’image de la Grèce malgré 100 millions d’euros d’aide de Bruxelles, n’ont même pas de cadastre.

C’est la démocratie qui est en danger lorsque les gouvernements ont un accès direct aux actifs publics, affirment les auteurs. Les gouvernements doivent se concentrer sur la gestion du pays et non pas sur celle des entreprises publiques. La solution idéale consiste à concentrer tous les avoirs publics dans une seule institution entièrement séparée de l’influence du gouvernement. Plusieurs fonds souverains s’en rapprochent. Leur autonomie, y compris dans les nominations, doit leur permettre de modifier la composition de leur portefeuille à leur guise. Leur objectif unique doit être la maximisation de la valeur de la richesse publique à long terme. Et la réglementation ne doit pas les privilégier par rapport aux sociétés privées, affirment les auteurs. L’exemple à suivre est celui de la Finlande, avec Senate Properties. Son rendement est de 4%.

Un Etat riche n’est pas un Etat fort. Gunnar Myrdal emploie le terme de «soft state» lorsque les Etats contrôlent des pans entiers de l’économie, à l’image de la Russie, du Brésil et de la Chine. Les entreprises publiques sont les moins performantes de ces pays. Ne parlons pas de la Grèce: sa compagnie ferroviaire publique dépense en salaires un montant de 40% supérieur à ses recettes.

L’expérience suédoise, qui a inspiré de nombreux pays, est longuement détaillée dans l’ouvrage. L’absence de définition de la structure du capital a suscité des dérives et coûté cher à Telia et Vattenfall. La Finlande en a tiré les leçons qui s’imposaient et créé le fonds national Solidium, en 2008, qui s’appuie sur les mêmes principes que le fonds Temasek, à Singapour. Ce dernier appartient formellement au Ministère des finances, mais sa direction est composée à 40% par des managers étrangers. A l’inverse du capitalisme d’Etat chinois, où le Parti communiste conserve tous les droits, il va jusqu’à donner des instructions au gouvernement. Singapour compte deux fonds souverains: GIC gère les réserves de cash et Temasek maximise la valeur à long terme de ses participations. Le premier ressemble à un hedge fund, le second à une société de private equity. La performance annuelle moyenne de Temasek s’élève à 18% depuis 1974! La Malaisie, le Vietnam, Abu Dhabi, et Dubaï s’en sont inspirés.

L’Etat ne doit plus jouer à la fois le rôle d’arbitre et de joueur. Mieux vaut un cadre institutionnel qui tire les leçons des expériences récentes. Les auteurs le qualifient de fonds national des richesses (FNR). Ce gérant d’actifs, comme Temasek et Solidium, maximise la valeur du portefeuille et l’optimise à souhait indépendamment du gouvernement. Le fonds souverain classique (FSR) gère plutôt les liquidités excédentaires. Les auteurs dressent la liste des 16 pays ayant un FNR. 90% sont en Asie et au Moyen-Orient. Leur valeur atteint 1100 milliards de dollars. Il leur manque toutefois une classe d’actifs majeure, l’immobilier, que les auteurs souhaiteraient qu’ils intègrent.

Le gouvernement doit être un régulateur impartial qui défend l’intérêt du consommateur et s’abstient de tout clientélisme. Un rêve sans doute pour la plupart des pays! Le contrôle qu’il conserve aujourd’hui sur l’économie pénalise la croissance et coûte très cher au contribuable, ainsi que le démontre cet ouvrage de référence. Faut-il une nouvelle crise pour engendrer des réformes? Le risque d’une mauvaise gestion publique, comme l’affirme Francis Fukuyama, c’est une crise de représentation. Nous n’en avons jamais été aussi proches.

1. «The Public Wealth of Nations», Dag Detter and Stefan Fölster, Palgrave Macmillan, 2015, 230 p.

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/af9aaac0-4505-11e5-85d0-41b5fd577541/Comment_accro%C3%AEtre_la_richesse_publique_des_nations

Le coût social du capitalisme

«... En novembre de l'année dernière, US Rep. Chris Stewart (R.Utah) a vu son projet de loi adopté par la Chambre.

Stewart est un tueur à gages pour le capitalisme. Son projet de loi est conçu pour empêcher les scientifiques indépendants et qualifiés de conseiller l'Environmental Protection Agency (EPA). Ils seront remplacés par des personnes désignées par l'industrie affiliée, qui peuvent avoir, ou non, l'expertise scientifique pertinente, mais dont les chèques de paie dépendront de la façon dont ils raconteront à l'EPA ce que leurs employeurs veulent entendre.

Rep. Stewart affirme qu'il s'agit d'une question d'équilibre entre les faits scientifiques et les intérêts de l'industrie (sic).» 

Paul Craig Roberts
Paul Craig Roberts
Paul Craig Roberts

Par Paul Craig Roberts – Le 12 août 2015 – Source CounterPunch

Il y a peu d’entreprise, pour ne pas dire aucune, qui absorbe la totalité du coût de ses opérations. Les sociétés basculent beaucoup de leurs coûts sur l’environnement, le secteur public, et les tierces parties lointaines. Par exemple,actuellement 3 millions de gallons d’eaux usées toxiques[11 350 m3provenant d’une mine du Colorado ont fui et font tranquillement leur chemin vers le lac Powell dans l’Utah. Les systèmes d’alimentation en eau d’au moins sept villes dépendant des rivières ont été fermés. Les déchets avaient été abandonnés par l’entreprise privée, à la fermeture de la mine, et ont été accidentellement libérés par l’Environmental Protection Agency, ce qui peut-être vrai mais pourrait aussi bien être une dissimulation pour couvrir la responsabilité de la mine. Si le réservoir du lac Powell est pollué, alors il est probable que le coût d’exploitation de la mine, ainsi imposé à des tiers, dépasse la valeur totale de la production de celle-ci sur toute sa durée de vie.

Les économistes appellent ces coûts des coûts externes ou coûts sociaux. La mine a fait des bénéfices en fabricant des polluants, dont le coût est supporté par ceux qui n’ont eu aucune part dans les bénéfices.

Si c’est ainsi que fonctionne le capitalisme réglementé, alors vous pouvez imaginer ce que ça serait s’il n’était pas réglementé. À ce sujet, il suffit de penser au système financier non réglementé, aux conséquences que nous subissons déjà de ce fait, et à ce qui nous attend.

Malgré les preuves massives du contraire, leslibertariens s’accrochent fermement à leur conception romantique du capitalisme, qui, libéré de l’ingérence du gouvernement, sert le consommateur avec les meilleurs produits aux prix les plus bas.

Si seulement c’était vrai !

Les progressistes ont leur propre contrepartie du romantisme des libertariens. Ils considèrent le gouvernement comme le chevalier blanc qui protège le public contre la cupidité des capitalistes.

Si seulement, ça aussi, c’était vrai !

Tout le monde, et plus particulièrement les libertariens et les progressistes, devrait lire le livre de Jeffrey St. Clair, Born Under A Bad Sky (2008) [Né sous une mauvaise étoile].St. Clair est un écrivain attachant, et son livre est enrichissant à plusieurs niveaux. Si vous n’avez jamais navigué sur les rivières de l’Ouest américain, ni relevé le défi de rapides dangereux ou campé parmi les moustiques et serpents à sonnettes, vous pourrez découvrir ces facettes grâce à St. Clair, tout en apprenant simultanément comment la corruption du Park Service, du Service des forêts et de l’Administration Territoriale aide les compagnies forestières, les compagnies minières et les éleveurs de bétail à faire de l’argent par le pillage des forêts nationales et des terres publiques.

Les subventions publiques prévues pour les mineurs, les bûcherons et les éleveurs sont aussi extravagantes et aussi nuisibles à l’intérêt public que les subventions versées par la Réserve fédérale et le Trésor aux banques too big to fail [trop grosses pour faire faillite].

Progressistes et libertariens ont besoin de lire les rapports de St. Clair sur la façon dont le Service des forêts crée des routes dans des forêts vierges, afin de subventionner l’abattage d’arbres séculaires et la destruction de l’habitat des espèces animales rares et menacées. Nos romantiques doivent apprendre comment des terres de faible valeur sont négociées contre des terres publiques de plus grande valeur afin de transférer la richesse du public au secteur privé. Ils ont besoin d’apprendre comment les éleveurs, autorisés à utiliser les terres publiques, détruisent les berges et  l’habitat de la faune et de la flore aquatique. Ils doivent comprendre que les chefs des agences de protection fédérales eux-mêmes sont des opérateurs pour le compte des entreprises privées forestières, minières, et pour les coopératives d’élevage qui travaillent pour elles-mêmes et non pour le public. Les Américains de tous bords doivent comprendre que, tout comme ils sont manipulés par les sénateurs et les députés, achetés, vendus et payés par le complexe militaro-sécuritaire, Wall Street et le lobby d’Israël, ils sont également manipulés par les agences gouvernementales publiques en charge de réglementer les mines, les forêts et l’élevage qui protègent des intérêts privés.

L’intérêt public n’apparaît jamais dans le paysage.

Les deux plus grands réservoirs, lac Mead et lac Powell, sont à 39% et 52% de leur capacité. Les lacs immenses dont dépend l’ouest des États-Unis se tarissent. Et maintenant, le lac Powell va recevoir 3 millions de gallons[11 350 m3d’eaux polluées contenant de l’arsenic, du plomb, du cuivre, de l’aluminium et du cadmium. Les puits dans les plaines inondables par les rivières polluées sont également en danger.

Les polluants, qui ont fait virer l’eau à l’orange, suivent la rivière Animas depuis  Silverton, traversent le Colorado via Durango puis se déversent dans le fleuve San Juan à Farmington, Nouveau-Mexique, une rivière qui se jette dans la rivière Colorado qui alimente le lac Powell et le lac Mead.

Tous ces dommages sont causés par une mine capitaliste.

En novembre de l’année dernière, US Rep. Chris Stewart (R.Utah) a vu sonprojet de loi adopté par la Chambre.

Stewart est un tueur à gages pour le capitalisme. Son projet de loi est conçu pour empêcher les scientifiques indépendants et qualifiés de conseiller l’Environmental Protection Agency (EPA). Ils seront remplacés par des personnes désignées par l’industrie affiliée, qui peuvent avoir, ou non, l’expertise scientifique pertinente, mais dont les chèques de paie dépendront de la façon dont ils raconteront à l’EPA ce que leurs employeurs veulent entendre .

Rep. Stewart affirme qu’il s’agit d’une question d’équilibre entre les faits scientifiques et les intérêts de l’industrie.

Paul Craig Roberts est ancien secrétaire adjoint du Trésor américain. Il a été journaliste et rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Son livre  Comment l’économie a été perdue est désormais disponible auprès de Counterpunch en format électronique. Son dernier livre est Comment l’Amérique a été perdue.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/le-cout-social-du-capitalisme/

 

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