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Etats-Unis : Néo-conservateurs et néo-libéraux – comment les idées mortes tuent encore/Dix raisons pour lesquelles le couple Clinton ne mérite pas un troisième mandat à la Maison-Blanche

Néo-conservateurs et néo-libéraux : comment les idées mortes tuent encore Par Robert Parry

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Hillary Clinton veut que les électeurs américains aient peur de Donald Trump, mais il y a également des raisons de redouter une présidence néoconservatrice/néolibérale de Clinton, et ce qu’elle signifiera pour le monde, écrit Robert Parry.

Par Robert Parry – Le 11 mai 2016 – SourceConsortiumnews / Le Saker Francophone

Pendant des siècles, la monarchie héréditaire était le moyen le plus répandu pour la désignation des chefs d’État. Elle a évolué en un système complexe se maintenant par le pouvoir et la propagande, alors même que ses racines idéologiques s’asséchaient pendant le Siècle de la raison. La monarchie étant devenue une idée morte, elle a néanmoins continué de tuer par millions dans son agonie. 

Aujourd’hui, les dangereuses idées mortes sont le néo-conservatisme et son fidèle allié, le néo-libéralisme. Ces concepts ont respectivement façonné la politique étrangère américaine et son économie, au travers des dernières décennies – et ils ont pitoyablement échoué, du moins du point de vue de la plupart des Américains et des peuples des nations ayant subi les effets de ces idéologies.

Aucune n’a profité à l’humanité, les deux ont mené à la mort et la destruction, cependant les jumeaux néo ont bâti une si puissante propagande, et un si puissant appareil politique, en particulier à Washington, qu’ils continueront surement à faire des ravages dans les prochaines années. Ce sont des idées zombies qui tuent.

Pourtant, le Parti démocrate est prêt à nominer un adhérent à ces deuxnéos, en la personne d’Hillary Clinton. Plutôt que d’aller au-delà du malaise de la politique du président Obama, et de ce qu’il appelle le manuel de procédures de Washington, les démocrates s’y réfugient.

Après tout, l’establishment de Washington reste ravi des deux néos,favorisant l’interventionnisme type changement de régime du néo-conservatisme, et le mondialisme libre-échangiste du néo-libéralisme. En somme, Clinton s’est avérée être la candidate clairement favorite des élites, du moins depuis que les alternatives se sont limitées au populiste milliardaire Donald Trump et au socialiste démocrate Bernie Sanders.

Les concourants du parti démocrate semblent compter sur les médias de masse et les leaders d’opinions proéminents pour marginaliser Trump, le probable candidat républicain, et pour achever Sanders, qui fait face à des difficultés sans fin contre Clinton dans la course à la candidature démocrate, spécialement parmi les cadres du parti, connus en tant quesuper-délégués.

Mais la hiérarchie démocrate parie pour Clinton, dans une année où une bonne partie de l’électorat américain se révolte contre les deux néos, fatiguée des guerres perpétuelles demandées par les néo-conservateurs, et appauvris par l’exportation des emplois manuels par les néo-libéraux.

Bien que la résistance populaire à ces néos reste peu définie dans les esprits des électeurs, le dénominateur commun des charmes contrastants de Trump et Sanders, est que des millions d’Américains rejettent les néos et répudient les institutions établies qui insistent à maintenir ces idéologies.

La question urgente

La question urgente pour la campagne de 2016 est : est-ce que l’Amérique échappera aux zombies des jumeaux néos, ou passera les quatre prochaines années avec ces idées mortes-vivantes, tandis que le monde vacille de plus en plus vers une crise existentielle.

La principale chose que ces néos zombies ont pour eux, est que la grande majorité des personnes importantes de Washington les ont embrassés et y ont gagné de l’argent et du pouvoir. Ces personnes n’ont probablement pas plus l’intention de renoncer à leurs gros salaires et à leur influence démesurée, qu’un courtisan favori d’un Roi ou d’une Reine de se ranger du côté de la foule crasseuse.

Les néo-adhérents sont aussi très doués à monter des problèmes pour leur bénéfice, facilités par le fait qu’il n’y a pratiquement aucune opposition ou résistance des médias de masse ou des think thanks.

Le néo-conservatisme est devenu la politique étrangère officielle de Washington, reléguant sur le bas-côté les réalistes de l’ancien temps qui favorisaient un usage plus judicieux de la puissance américaine.

Pendant ce temps, le néo-libéralisme domine les débats politico-économiques, considérant les marchés comme l’or d’un nouvel âge, et la privatisation des biens publics comme une loi sacrée. Ils ont écarté les vieux du New Deal, qui appelaient à un gouvernement robuste pour protéger le peuple des excès capitalistes et à la construction d’infrastructures publiques dans l’intérêt de l’ensemble de la nation.

L’absence de forte résistance aux idéologies néos dominantes, est la raison pour laquelle nous avons vécu la catastrophique pression de la pensée collective à propos des armes de destruction massive de l’Irak en 2003, et celle pour laquelle personne n’a osé remettre en question les avantages du libre-échange.

Après tout, les élites bénéficièrent des deux stratégies. Le bellicisme néoconservateur engouffra des milliers de milliards de dollars dans le complexe militaro-industriel, et la délocalisation néolibérale procura des milliards de dollars à des individus chefs d’entreprise et investisseurs de Wall Street.

Ces intérêts ont, l’un après l’autre, été en partie reversés pour fonder desthink tanks à Washington, pour financer des organes de presse, des campagnes et des discours d’amis politiciens. Pour les concernés, cette tactique est donc gagnante sur toute la ligne.

Les perdants

Pas tant pour les perdants, ces citoyens qui ont vu la grande classe moyenne américaine évidée sur les dernières décennies, observant l’infrastructure publique de l’Amérique pourrir, et s’inquiétant pour leurs fils et filles envoyées faire d’inutiles, perpétuelles et vaines guerres.

Mais, inondés de propagande intelligente – et luttant pour joindre les deux bouts – la plupart des Américains voient la réalité comme à travers un sombre miroir. Plusieurs «se cramponnent aux armes ou à la religion» comme l’a indélicatement dit Barack Obama durant sa campagne de 2008. Ils ont peu d’autres choses – et beaucoup se tuent avec les opiacés qui couvrent leur peine, ou avec ces armes qu’ils voient comme la dernière chose qui les relie à la liberté.

Ce qui est clair, cependant, c’est qu’un large nombre ne fait pas confiance à – et ne veut pas de – Hillary Clinton, qui a obtenu une note défavorable de 24 points dans un récent sondage. Il semble qu’un autre commentaire indélicat d’Obama lors de sa campagne de 2008 s’avère être injuste, quand il garantissait qu’Hillary était «suffisamment appréciée». Pour de très nombreux Américains, ça n’est pas le cas (bien que Trump ait fait mieux que Clinton avec un score de 41 points négatifs).

Si les démocrates nominent Hillary Clinton, ils espéreront que l’ordre établi des néo-conservateur/libéraux  pourra tellement diaboliser Donald Trump, qu’une majorité d’Américains voteront pour l’ancienne secrétaire d’État par abjection et peur des folies que pourrait faire le milliardaire narcissique à la Maison Blanche.

Les prescriptions politiques de Trump ont été dans tous les sens – et il est difficile de savoir ce que reflète sa vraie pensée (ou son ignorance naïve), à l’opposé de ce qui constitue son talent d’homme de scène, qui lui à valu d’être le survivant de la compétition de TV-réalité pour la présidence républicaine.

Trump pense-t-il réellement que le réchauffement climatique est un canular, ou cède-t-il simplement à l’aspect je ne veux rien savoir du parti républicain ? Considère-t-il vraiment le deal nucléaire iranien d’Obama comme un désastre, ou joue-t-il avec la haine de la droite envers d’Obama?

Contre les néos ?

Trump, quant à lui, n’est pas un fan des néos. Il critique franchement les néoconservateurs sur la guerre d’Irak, et condamne l’ex secrétaire d’état Clinton pour son rôle clé dans un autre catastrophique changement de régime en Libye. Plus encore, Trump appelle à la coopération avec la Russie et la Chine, plutôt qu’à l’escalade des tensions, préférée par les néoconservateurs.

Dans son discours du 27 avril sur la politique étrangère, Trump a appelé à une «nouvelle direction de politique étrangère pour notre pays – une non plus aléatoire, mais intelligente, non plus idéologique mais stratégique, non plus de chaos mais de paix… Il est temps d’inviter de nouvelles voix et de nouvelles visions dans la bergerie. […]»

«Ma politique étrangère mettra toujours les intérêts du peuple américain, et la sécurité américaine, par-dessus tout le reste. Ce sera la base de chaque décision que je ferai. L’Amérique d’abord sera le principal et majeur motif de mon administration.»

De tels propos – suggérant que de nouvelles voix sont nécessaires, et quel’idéologie n’a pas sa place – vont clairement à l’encontre des néoconservateurs, étant donné que leurs voix étouffent celles de tous les autres, et que leur idéologie domine la politique étrangère des États-Unis depuis des années.

Comme si ça ne suffisait pas, Trump présenta une stratégie de typel’Amérique d’abord, en opposition avec celle des néo-conservateurs qui veulent une présence américaine un peu partout pour les intérêts d’Israël et d’autres alliés. Trump n’est pas intéressé par la mise en scène dechangements de régime pour éliminer les leaders dérangeant Israël.

Le magnat de l’immobilier a également fait de la critique du libre-échange une pièce maîtresse de sa campagne, arguant que ces accords avaient épuisé les travailleurs américains, en les forçant à entrer en lice avec des travailleurs étrangers ne recevant qu’un salaire très inférieur.

Le sénateur Sanders a utilisé des arguments similaires pour sa campagne démocrate rebelle, critiquant le soutien d’Hillary Clinton au libre-échange et aux guerres de changement de régime telles que celles d’Irak ou de Libye.

En examinant son long dossier dans la vie publique, il y a peu de doutes que Clinton est une néoconservatrice en politique étrangère et une néolibérale en stratégies économiques. Elle se tient fermement en faveur du consensus officiel de Washington, ce qui lui permet de jouir de son adhésion.

Elle a suivi l’attitude néolibérale chérie de Wall Street envers le libre-échange, qui profita largement aux multinationales, tandis qu’elles délocalisaient des millions d’emplois américains vers des pays à bas coût. (Elle n’a refroidi son ardeur pour les accords commerciaux qu’en vue de sa compétition démocrate avec Bernie Sanders.)

Des guerres et encore des guerres

Sur la politique étrangère, Clinton a systématiquement soutenu les guerres néoconservatrices, bien qu’elle désavoue l’étiquette de néoconservatrice, lui préférant son moins toxique synonyme : interventionniste libérale.

Mais, comme le pur néoconservateur Robert Kagan, qui s’est redéfini comme étant interventionniste libéral, l’a dit au New York Times en 2014 : «Je me sens à l’aise avec elle sur la politique étrangère. Si elle poursuit la politique que nous pensons qu’elle poursuivra, cela pourrait être qualifié de néo conservatisme, mais ses supporters ne l’appelleront certainement pas comme ça, ils utiliseront d’autres termes.»

Résumant les impressions de penseurs tels que Kagan, le Times relate que Clinton «reste le récipient dans lequel beaucoup d’interventionnistes versent leurs espoirs».

En février 2016, désemparé par la montée de Trump, Kagan, fondateur duProjet pour le nouveau siècle américain de George W. Bush et de sa guerre en Irak, annonça ouvertement son soutien à Clinton dans un article duWashington Post.

Et Kagan ne se méprend pas en voyant Hillary Clinton comme un compagnon de route. Elle a souvent marché au même pas que les néoconservateurs, lorsqu’ils ont mis en œuvre leurs changements de régimesagressifs contre des gouvernements et des mouvements politiques ne s’alignant pas avec Washington ou divergeant des intérêts d’Israël au Moyen-Orient.

Elle a soutenu des coups d’État, comme au Honduras en 2009 et en Ukraine en 2014. Des invasions comme en Irak (2003) et en Libye (2011), et des subversions comme en en Syrie, de 2011 à maintenant. Le tout avec différents degrés de résultats catastrophiques.

Recherche de coercition

Dennis Ross est l’ancien conseiller spécial de Clinton, lorsqu’elle était Secrétaire d’État. Il travaille maintenant au Washington Institute for Near East Policy, un think tank résolument pro-israélien sur la politique américaine au Moyen-Orient. Dans son récent commentaire pour Politico, nous pouvons voir un aperçu de ce que donnerait une présidence Clinton.

Dans son article, Ross dresse un monde surréaliste, dans lequel les problèmes du Moyen-Orient viennent de l’hésitation du Président Obama à s’engager militairement plus agressivement dans la région, et non de la décision des néoconservateurs d’envahir l’Irak en 2003, ni des plans similaires pour renverser les gouvernements laïcs de Libye et de Syrie en 2011, laissant ces pays en ruine.

Canalisant les souhaits du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Ross appelle à un attelage des États-Unis aux intérêts régionaux d’Israël, de l’Arabie Saoudite et des autres membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dans la rivalité contre l’Iran chiite.

Ross écrit : «Obama pense que l’usage de la force n’est envisageable qu’en cas de menace directe du territoire national. Son état d’esprit justifie l’action préventive contre les terroristes et le combat contre État islamique. Mais cela enferme les intérêts américains et l’utilisation de la force pour les soutenir dans des conditions très étroites…»

«[En envahissant le] Yémen, les Saoudiens n’ont pas agi de main morte, car ils craignaient que les États-Unis ne mettent pas de limite à l’expansion iranienne dans la région, et ils ont ressenti le besoin de dessiner leur propre ligne rouge.»

Pour contrer l’hésitation d’Obama à utiliser la puissance militaire, Ross appelle à la réaffirmation  d’une politique américaine musclée au Moyen-Orient, sur la même ligne que la doctrine néoconservatrice, ce qu’approuve également Hillary Clinton, c’est-à-dire :

  • Menacer l’Iran avec un «langage direct et explicite sur l’emploi de la force, pas avec des sanctions», si l’Iran dévie des accords négociés avec Obama sur son programme nucléaire (le zombie bombarde-bombarde-bombarde-bombarde l’Iranest encore en vie !) ;
  • Planifier les différentes éventualités avec les états de la CCG et Israël… pour envisager les possibilités de contrer l’Iran et son usage croissant de milices chiites, pour miner les gouvernements de la région ;
  • Être prêt à armer les tribus sunnites en Irak si le premier ministre irakien ne le fait pas ;
  • Établir des «refuges sûrs et des zones d’exclusion aériennes» en Syrie, si le président russe Vladimir Poutine ne force pas le président syrien Bachar al-Assad à se retirer.

Employant le ton dur classique des néoconservateurs, Ross conclut : «Poutine et les chefs du Moyen-Orient comprennent le principe de la coercition. Il est temps pour nous de le réappliquer.»

On pourrait souligner les nombreuses incohérences logiques dans l’argumentaire de Ross, dont son oubli de mentionner que la majeure partie de la supposée ingérence iranienne au Moyen-Orient a pour but d’aider les gouvernements syriens et irakiens dans leur lutte contre État islamique et al-Qaïda. Ou aussi que l’intervention russe en Syrie n’a visé que le soutien du gouvernement reconnu internationalement, dans son combat contre les extrémistes sunnites et les terroristes.

Mais la signification de la recommandation de Ross de réappliquer la coercition américaine dans la région, est qu’elle souligne ce que le monde peut attendre d’une présidence Clinton.

Clinton utilisa beaucoup de ces arguments dans son discours devant le Comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC), et dans des débats avec Bernie Sanders. Si elle reste sur cette ligne en tant que présidente, il y aura au moins une invasion partielle de la Syrie par les États-Unis, une très probable guerre avec l’Iran, et une escalade des tensions (et une possible guerre) avec la puissance nucléaire qu’est la Russie.

Comment tout cela est supposé améliorer les choses ? Cette question est noyée sous le classique grondement néoconservateur sur le fait de faire preuve de force et de réappliquer la coercition.

En somme, le Parti démocrate semble parier que l’inondation de spots TV d’Hillary Clinton contre Trump, peut suffisamment effrayer le peuple américain pour donner aux néoconservateurs et aux néolibéraux un bail de plus sur la Maison Blanche – et quatre ans de plus pour faire des dégâts dans le monde.

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Robert Parry

Traduit par Ismael, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/neo-conservateurs-et-neo-liberaux-comment-les-idees-mortes-tuent-encore

« Peu de choses sont plus dangereuses que les empires poussant leurs propres intérêts dans la croyance qu’ils font à l’humanité une faveur. » – Eric Hobsbawm (1917-2012), historien britannique, le 10 juin, 2003

« Il devrait être la politique des États-Unis de soutenir les efforts visant à supprimer le régime dirigé par Saddam Hussein du pouvoir en Irak… » – Bill Clinton (1946- ), tiré de la loi inspirée des neocons, et appelée l’‘Iraq Liberation Act’, promulguée par le Président Clinton, en 1998

« Je vais solliciter ses idées, je vais lui demander des conseils et je vais l’utiliser [l’ancien président Bill Clinton] en tant qu’émissaire de bonne volonté pour faire le tour du pays afin de trouver les meilleures idées que nous avons, parce que je crois aussi,
comme il l’a lui-même dit, qu’on a déjà résolu quelque part en Amérique ce qui ne va pas avec l’Amérique. » – Hillary Clinton (1947- ), candidate démocrate à la présidence américaine, lors d’un débat le 17
janvier, 2016

« Je vais vous dire ce que font nos militaires sous la responsabilité de [l’ancien directeur de la CIA] Michael Hayden et de gens comme lui. Nous sommes en guerre au Moyen-Orient depuis 15 ans, 18 ans. Nous avons dépensé quatre ou cinq mille milliards de dollars. Nous ne savons pas ce que nous faisons. Nous ne savons pas contre qui nous nous battons. Nous armons des gens que nous voulons de notre côté, mais nous ne savons pas qui ils sont.Quand ils prennent le contrôle d’un pays, ils sont pires que ceux qu’ils ont renversés. » – Donald Trump (1946- ), candidat républicain àla présidence américaine, en réponse à une lettre ouverte de
soi-disant « experts » en sécurité nationale

En démocratie, les citoyens connaissent en général peu de choses sur les candidats pour qui ils votent, en bien ou en mal, au-delà de l’image officielle créée par la propagande. Dans le cas de la candidate démocrate Hillary Clinton, cela fait environ 40 ans qu’elle et son mari, l’ex président Bill Clinton, sont en politique active.

Cet article vise à éclairer quelque peu la réalité qui se cache derrière les impressions parfois superficielles que l’on a d’eux.

Disons pour commencer qu’il existe présentement aux États Unis un grand mécontentement populaire à l’endroit des politiciens associés à l’establishment politique et corporatif du pays. Sondage après sondage montrent une grande insatisfaction, sinon une certaine colère, de l’électorat à l’endroit des politiciens en place, et même à l’endroit des candidats qui veulent les remplacer. Il y règne aussi une grande polarisation de l’électorat.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que deux candidats présidentiels, le démocrate Bernie Sanders et le républicain Donald Trump tiennent un discours anti-establishment, et proposent des politiques de nature populiste pour sortir leur pays du marasme relatif qui perdure.

En politique intérieure, les deux candidats populistes Sanders et Trump mettent tous deux de l’avant, à leur façon, des politiques favorables à la classe moyenne. Cette dernière a subi les contrecoups de quelques trente ans de mondialisation économique et financière et de l’implantation d’accords de ‘libre échange’, lesquels sont, en
définitive, des accords pour les investisseurs et les grandes banques, bien avant d’être des ententes purement commerciales.

En politique extérieure, les deux se dissocient des guerres étrangères, coûteuses et facultatives, dans lesquelles le gouvernement américain s’est lancé au cours des dernières décennies. La plupart de ces guerres, surtout celles encore en cours au Moyen Orient, furent entreprises sous la pression des néoconservateurs pro-israéliens
(connus sous l’appellation abrégée de néocons), lesquels sont fort influents tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du gouvernement américain, et lesquels dominent la politique étrangère américaine depuis la fin de la Guerre froide, en 1991.

Il est bien connu, en effet, que des néo-conservateurs de premier plan sont devenus très influents dans les hautes sphères des administrations Bush I (1989-1993) et Bush II (2001-2009). Beaucoup se souviennent de la façon dont des personnages tels que Paul Wolfowitz,John Bolton, Elliott Abrams, Richard Perle, Douglas Feith, … etc.,
usèrent de différentes tactiques pour impliquer les États Unis dansune guerre sans fin de type impériale, présentée comme une série de guerres dites « préventives » au Moyen-Orient. La première fut, bien sûr, l’agression militaire non provoquée de George W. Bush contre l’Irak, en mars 2003.

Même si cela est moins connu, les néocons ont également joué un rôle important dans l’administration de Bill Clinton (1993-2001) et dans l’administration actuelle de Barack Obama (2009-2017). Dans les deux cas, ils se sont faits les promoteurs d’une série de provocations et de guerres à l’étranger, en particulier au Moyen-Orient, mais aussi en Europe de l’est, en plus de préparer le terrain pour des crises financières futures, en mettant de l’avant des législations bancaires risquées.

Néanmoins, la candidate présidentielle qui a les meilleures chances, selon les sondages, d’accéder à la présidence américaine, lors des élections du 8 novembre prochain, est Hillary Clinton. Celle-ci a d’ailleurs précisé qu’advenant son élection, elle n’hésiterait point à consulter son mari, l’ancien Président Bill Clinton. (L’élection de
Hillary Clinton deviendrait d’ailleurs une certitude si l’establishment républicain réussissait à priver le milliardaire Donald Trump de l’investiture républicaine, alors qu’il a remporté le plus grand nombre de primaires).

Dans les circonstances, on peut se demander, primo, si l’élection de Hillary Clinton à la présidence ne serait pas, en quelque sorte, un troisième mandat du couple Clinton à la Maison-Blanche, et secundo, ce que l’on peut attendre d’une telle éventualité. La boutade de Bill Clinton, en 1992, qu’avec le couple Clinton, les USA pouvaient avoir « 
deux présidents pour le prix d’un » n’a guère perdu de sa pertinence.

Il y a quelque temps, j’avais identifié trois crises majeures de ce début de siècle, dont les origines remontaient à des décisions prises sous le règne du Président Bill Clinton (1993-2001).

Nous pouvons peut-être les rappeler ici et en rajouter un certain nombre qui s’appliquent davantage à la candidate Hillary Clinton :

1- La première crise a trait à la relance d’une deuxième Guerre froide
avec la Russie

L’histoire retiendra que le président Bill Clinton prit sur lui-même de briser une importante promesse faite par son prédécesseur, le président George H. Bush, à l’effet que le gouvernement américain n’allait pas agrandir l’OTAN en accueillant dans son sein des pays de l’Europe de l’Est, si la Russie acceptait de dissoudre le Pacte de Varsovie. Comme on le sait, au cours de sa campagne de réélection, en 1996, plus précisément, le 22 octobre 1996, le président Clinton crut retirer un avantage électoral en promettant d’élargir l’OTAN pour y englober la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie.

À cette époque,peu de gens se rendaient compte que cette promesse brisée marquait le début d’une nouvelle guerre froide avec la Russie, comme l’a fait remarquer George F. Kennan (1904-2005), un diplomate américain et spécialiste de la Russie.

On connaît encore moins le fait que Mme Hillary Clinton, quand elle était secrétaire d’État dans le gouvernement démocrate de Barack Obama, nomma une personne néoconservatrice de premier plan, Mme Victoria Nuland, épouse de l’idéologue néoconservateur Robert Kagan, au poste de porte-parole du Département d’État américain. Mme Nuland fut par la suite promue au poste de secrétaire d’État adjointe aux affaires européennes et eurasiennes, soit en mai 2013, toujours dans la même administration démocrate de Barack Obama. Auparavant, elle avait travaillé pour Dick Cheney, alors vice président républicain dans le gouvernement de George W. Bush. Elle agissait alors comme conseillère principale de politique étrangère. Par après, elle fut nommée ambassadrice auprès de l’OTAN.

C’est la même Mme Nuland qui dirige présentement le programme américain qui vise à provoquer la Russie dans une nouvelle guerre froide. (On a là une preuve qu’à Washington D.C., on peut transiter avec facilité d’une administration républicaine à une administration démocrate, pourvu qu’on appartienne à la confrérie des
néo-conservateurs).

2- Le gouvernement de Bill Clinton s’est employé à réduire le rôle des Nations Unies dans le monde, à compter de 1998-1999

Le président Bill Clinton a miné considérablement la crédibilité des Nations Unies quand il décida d’ignorer le Conseil de Sécurité de l’ONU pour impliquer les États Unis dans la guerre du Kosovo, en 1998-1999, en lançant une campagne de bombardements en Yougoslavie. Il s’agissait alors d’une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, cette dernière proscrivant toute guerre d’agression qui ne
reçoit pas son imprimatur. Ce fut un précédent dangereux.

En effet, quelques années plus tard, son successeur encore plus belliqueux et encore plus méprisant de la loi internationale, le président George W. Bush, invoqua le précédent mis de l’avant par Bill Clinton pour lancer une guerre d’agression contre l’Irak, en mars 2003, toujours sans recevoir l’aval du Conseil de Sécurité.

C’est pourquoi, on peut dire que le président Bill Clinton doit assumer une part évidente de responsabilité pour le chaos qui prévaut présentement dans le monde. En pratique, les Nations Unies ont dû céder leur place à l’organisation de l’OTAN, laquelle dorénavant sert de caution plus ou moins ouverte aux guerres impériales que les États-Unis mènent dans le monde. Cela est une violation du cadre légal de l’ONU et même des principes prévus dans la Charte de Nuremberg, cette dernière définissant une agression militaire comme étant un « crime contre la paix et la sécurité de l’humanité ».

En 1991, peu de gens virent que l’effondrement de l’Union soviétique finirait par provoquer l’effondrement de l’Organisation des NationsUnies, laquelle, peu à peu, en est réduite au même niveau d’influence qu’avait l’ancienne Société des Nations, durant les années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale.

3- Bill Clinton a permis un retour aux abus bancaires d’avant la Grande Dépression, et préparé le terrain pour la crise financière de 2007-2009

En effet, le président Bill Clinton promulgua, le 12 novembre 1999, une loi parrainée par les sénateurs républicains Gramm, Leach et Bliley, laquelle loi éliminait, en pratique, la plupart des dispositions qui établissaient une séparation entre les banques
d’affaires (lesquelles émettent des titres et d’autres produits risqués), et les banques commerciales (qui acceptent des dépôts assurés par le gouvernement), une séparation qui existait depuis 1933, en vertu de la Loi Glass-Steagall.

Avant l’adoption de la loi de 1999, sous le régime de la précédente loi Glass-Steagall, il était illégal pour une banque acceptant des dépôts assurés par la FDIC d’investir dans d’autres avoirs que des obligations gouvernementales et dans d’autres titres à faible risque. Avec sa signature, cependant, le Président Clinton se trouva à permettre aux super grandes banques et aux grandes compagnies d’assurance, dorénavant très peu réglementées, d’adopter des pratiques financières risquées, un penchant fort connu au cours de l’histoire et qu’il était facile de prédire qu’il allait se répéter si on enlevait les garde-fous. Comme on le sait, les nouveaux produits financiers des banques et des compagnies d’assurance se sont effondrés en 2007-2009, et cela a conduit à la grande crise financière dite des « subprimes ».

Alors que le candidat démocrate Bernie Sanders a déclaré vouloir rétablir pleinement la loi Glass-Steagall, son adversaire, l’ancienne secrétaire Hillary Clinton, s’oppose pour sa part au rétablissement de la loi bancaire de 1933, préférant introduire des mesures pour mieux encadrer les pratiques du système bancaire parallèle qu’on appelle le « shadow banking ».

4- La guerre américaine de 2003 contre l’Irak a véritablement commencé en 1998, avec la signature par le président Bill Clinton de la loi de la ‘Libération de l’Irak’

Le 19 février 1998, un petit groupe de néoconservateurs américains (Robert Kagan, Paul Wolfowitz, Elliot Abrams, John Bolton, Richard Perle, …etc.), désireux de pousser les États Unis dans une guerre au Moyen-Orient, écrivirent une lettre ouverte au président Bill Clinton. Ils l’incitaient à prendre les moyens nécessaires pour « renverser le régime de Saddam Hussein » en Irak.

Le président Clinton ne se lança pas en guerre immédiatement pour faire plaisir aux néocons, après tout il était en fin de mandat, mais il accepta de faire sienne, en la signant le 31 octobre 1998, une loi concoctée par les Républicains et il promulgua la loi dite de ‘Libération de l’Irak’ (The Iraq Liberation Act). La loi stipulait que dorénavant, ce serait : « la politique des États Unis de soutenir les efforts pour renverser le régime de Saddam Hussein en Irak… ». Bill Clinton fit même voter un montant de $97 millions de dollars pour l’entraînement et l’équipement militaire de l’opposition irakienne. Tout cela ouvrit la porte à une guerre d’agression des États-Unis contre l’Irak.

Ce ne fut donc pas une surprise quand le président George W. Bush, à la recherche d’un appui bi partisan pour la guerre qu’il projetait contre l’Irak, se référa explicitement à la loi de Libération de l’Irak de 1998, signée par le président Bill Clinton. Il s’en est
servi pour faire adopter par le Congrès américain, le 2 octobre 2002, une loi qui autorisait le recours à la force contre l’Irak. On peut donc dire que le président Bill Clinton mit la machine de guerre américaine en marche contre l’Irak dès 1998, et il doit assumer une part de responsabilité pour tous les désastres humains et autres qui
ont découlé de cette première guerre d’agression, au début du 21ème siècle.

5- Hillary Clinton a à son crédit sa propre guerre d’agression, (soit la guerre américaine en Libye menée sous de fausses représentations et laquelle créa des millions de réfugiés)

Mais Hillary Clinton n’est pas en reste sur son président de mari puisqu’elle a, elle aussi, puissamment contribué à détruire un autre pays, cette fois-ci, la Libye.

En effet, malgré les pressions, le président Barack Obama se montrait réticent à copier George W. Bush avec son invasion militaire de l’Irak en 2003.

Voilà pourquoi, en 2011, il hésitait à lancer une nouvelle guerre d’agression américaine, cette fois contre la Libye, même si les néocons à l’intérieur et à l’extérieur de son administration poussaient fort pour une telle guerre. Ce dernier pays, dirigé par le colonel Mouammar Kadhafi, avait eu le malheur d’être identifié dans le grand plan des néo-conservateurs comme l’un des pays arabes dont les néo-conservateurs voulaient renverser le gouvernement dans leur campagne de déstabilisation du Moyen Orient, en utilisant à cette fin, la force militaire américaine au profit d’Israël.

À l’époque, il y avait deux poids lourds dans le gouvernement de Barack Obama qui s’opposaient avec véhémence aux pressions des néocons pour une nouvelle intervention militaire américaine pour renverser le gouvernement de la Libye, soit le vice-président Joe Biden et le secrétaire à la Défense Robert Gates. Mais c’était sans compter sur l’apport de la principale alliée des néoconservateurs à l’intérieur du
gouvernement, soit la secrétaire d’État Hillary Clinton.

En effet, Hillary Clinton réussit à surmonter la formidable opposition du duo Biden-Gates à une intervention militaire américaine en Libye en persuadant un président Obama faible et irrésolu que le président libyen Kadhafi avait un supposé plan de « génocide » contre son propre peuple et que le gouvernement américain avait la « responsabilité de protéger la population libyenne » et empêcher un tel « génocide », peu importe ce que dit la loi internationale sur les agressions militaires. Il y a un dicton qui dit que « celui qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » !

Ce faisant, Hillary Clinton ne faisait rien d’autre que suivre le précédent créé par son mari, le président Bill Clinton, quand ce dernier bombarda la Yougoslavie, en 1998-1999, en dehors du droit international. Il y avait quelque chose d’ironique à ce que le
président Obama se range du côté d’Hillary Clinton et des néocons alors que lors de la campagne électorale qui l’opposait à Mme Clinton en 2008, il avait dit que cette dernière empruntait le langage de George W. Bush.

En 2011, il est vrai que le gouvernement de Mouammar Kadhafi était aux prises avec une rébellion, soutenue par des puissances étrangères, mais l’accusation d’un « génocide » appréhendé était fort exagérée.

Suite au bombardement de la Libye par les États Unis et une poignée de pays européens, des groupes rebelles réussirent à capturer le colonel Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011. Après l’avoir sodomisé, ils l’assassinèrent, lui et sa famille. Il s’en est suivi un grand chaos en Libye, et ce pays en déroute est encore la proie de combats entre différents groupes de fanatiques islamiques. De plus, la Libye
désorganisée est la source de millions de réfugiés fuyant leur pays dévasté vers l’Europe et d’autres parties du monde.

On peut se surprendre que Hillary Clinton se soit publiquement vantée d’un pareil désastre. Dans les jours qui ont suivi le renversement du gouvernement Kadhafi, en effet, elle déclara ce qui suit sur un plateau de télévision : « nous sommes venus ; nous avons vu ; il est mort ! »

Ses conseillers néocons lui avaient dit qu’on se souviendra d’elle comme l’instigatrice d’une nouvelle « Doctrine Clinton » ! Si la création d’une catastrophe humaine de haute échelle compte comme « expérience » dans un curriculum vitae, la candidate Hillary Clinton est sans aucun doute « qualifiée » pour devenir présidente des
États-Unis. Cependant, il est évident qu’elle souffre d’un déficit d’empathie humaine élémentaire.

6- Hillary Clinton : la candidate de proue de l’establishment du 1%

En tant que politiciens professionnels, Bill et Hillary Clinton sont devenus le couple politique le plus riche de tous les temps. En 2012, leur patrimoine combiné dépassait 112,000,000.00 $. En revanche, le candidat démocrate Bernie Sanders avait des avoirs qui ne dépassaient guère 420,000.00 $. Il n’y a pas l’ombre d’un doute que la famille politique Clinton appartient à l’establishment du 1% et même du 0,1%, parmi les contribuables américains. La politique a été une industrie des plus enrichissante pour eux.

On ne doit donc guère se surprendre que la candidate démocrate à la présidentielle soit de loin le choix privilégié de l’establishment. Les néocons trouvent en elle une alliée très fiable. Si elle devient présidente des États-Unis, ils peuvent espérer continuer et même accélérer la réalisation de leur plan d’ensemble pour le Moyen-Orient. Ce serait la joie dans certains quartiers !

En revanche, les deux candidats à la présidentielle Bernie Sanders et Donald Trump s’opposent aux guerres américaines tous azimuts d’inspiration néoconservatrice, et ils mettent de l’avant des politiques et des réformes favorables à la classe moyenne. Pour sa part, le candidat démocrate Bernie Sanders propose des politiques sociales agressives, tandis que le candidat républicain Donald Trump ambitionne de renverser la marche vers une mondialisation industrielle et financière toujours plus poussée, laquelle s’est traduite par la perte de millions d’emplois rémunérateurs aux États Unis, suite au déplacement des installations de production et des profits de sociétés
américaines vers l’étranger.

La candidate Hillary Clinton peut cependant bénéficier d’un système vicié de sélection du candidat démocrate à la présidentielle. En effet, l’establishment du parti démocrate s’est réservé un nombre de 719 « superdélégués » non élus, soit 15 pourcent de l’ensemble des délégués à la convention démocrate des 25-28 juillet prochains,
lesquels peuvent faire pencher la balance dans le sens de leurs intérêts. Dans ces conditions, même si le candidat Bernie Sanders obtenait une légère majorité des délégués élus, suite aux résultats des primaires, ses chances d’être choisi représentant démocrate à l’élection présidentielle sont presque nulles.

Tout cela pour dire qu’il n’y a pas de candidat plus associé à l’establishment politique aux Etats-Unis, et au gâchis que cet establishment laisse derrière lui, que Madame Hillary Clinton.

7- L’intention arrêtée de Hillary Clinton de poursuivre la politique américaine de provoquer des changements de gouvernement dans les autres pays et de créer le chaos dans ces pays

Hillary Clinton, par ses faits et gestes, est une va-t-en-guerre invétérée, laquelle fait penser au sénateur John McCain, le candidat républicain à la présidence en 2008. Quand elle siégeait comme sénatrice de l’État de New York (2001-2009), elle se rangea avec enthousiasme derrière la guerre d’agression de George W. Bush contre
l’Irak, et quand elle était secrétaire d’État (2009-2013), elle a admis avoir joué un rôle important dans le coup d’état qui renversa, le 28 juin 2009, le président démocratiquement élu du Honduras, Manuel Zelaya, par l’armée de ce pays.

De même, le soutien de Hillary Clinton pour Israël est sans nuances. Dans les milliers de courriels personnels qu’elle a envoyés à des amis alors qu’elle était secrétaire d’État, certains contenant des secrets d’état, (peut-être un acte illégal), elle a nombre de fois affirmé sa volonté d’utiliser l’armée américaine pour réaliser les objectifs du
gouvernement israélien au Moyen-Orient. Dans un courriel révélateur, par exemple, et envoyé au printemps de 2012, elle exprime son point de vue très clairement en ces termes :

« La meilleure façon d’aider Israël à faire face à la menace nucléaire de l’Iran est d’aider le peuple syrien à renverser le régime de Bachar al-Assad … Pour les dirigeants israéliens, la véritable menace d’une Iran nucléarisée n’est pas la crainte qu’un dirigeant iranien devenu fou lance une attaque nucléaire non provoquée contre Israël, ce qui mènerait à l’anéantissement des deux pays. Ce que les dirigeants
militaires israéliens craignent vraiment — mais ils ne peuvent pas le dire — est la perspective de perdre leur monopole nucléaire …

Par la suite, Israël et les États-Unis pourraient être en mesure de développer une vision commune quant au moment où le programme nucléaire iranien deviendrait tellement dangereux qu’une action militaire s’imposerait … En bref, la Maison-Blanche peut apaiser la tension qui existe entre Israël et l’Iran en faisant le bon choix en Syrie. »

Il ne fait aucun doute que si Hillary Clinton devenait présidente des États Unis, elle n’aurait aucun scrupule à employer la puissance militaire américaine pour appuyer les objectifs d’un pays étranger, Israël, au Moyen Orient. Cela devrait faire partie des débats dans une campagne électorale.

8- Hillary Clinton entretient des liens étroits avec la haute finance de Wall Street et d’autres puissants intérêts

Tandis que le candidat Bernie Sanders finance sa campagne électorale,dans une large mesure, à partir de petits dons individuels, et alors que le candidat Donald Trump finance sa campagne à même ses propres fonds, la candidate Hillary Clinton compte principalement sur l’apport important de riches lobbyistes professionnels, de grandes sociétés et de méga banques. Le financier milliardaire Georges Soros, par exemple, a contribué à hauteur de 8 millions de dollars à la campagne de Hillary Clinton. Des méga banques, telles Citigroup Inc, Goldman Sachs et Morgan Stanley, figurent parmi ses principaux donateurs. Hillary Clinton est de loin celle qui dépense le plus parmi tous les candidats présidentiels.

Un recours aussi systématique à de riches donateurs devrait soulever des soupçons, car cela pourrait vouloir dire que ces derniers auront son oreille lorsqu’elle occupera la Maison-Blanche. Le rôle central que joue l’argent dans les élections américaines rend de plus en plus difficile d’élire un gouvernement « du peuple, par le peuple et pour
le peuple », selon les mots du président Lincoln.

Un financier et politicien américain, Simon Cameron (1799-1889), a déjà lancé en boutade qu’ « un politicien honnête est celui qui, une fois acheté, reste acheté ». En effet, depuis la décision fatidique de la Cour Suprême américaine, en janvier 2010, dans la cause dite de « Citizens United », par un vote serré de 5 contre 4, cette dernière statuant que les sociétés incorporées faisaient partie du « peuple »
et que dépenser de l’argent à des fins électorales faisait partie de la « liberté d’expression », l’importance que prend l’argent dans l’issue des élections est devenu une question centrale aux États Unis.

Dans le cycle électoral en cours, Hillary Clinton est la seule candidate chez les démocrates qui reçoit des montants élevés de riches donateurs, à hauteur de 77 pourcent de tous les dons recueillis. Certaines de ces contributions lui viennent indirectement de donateurs étrangers. Tout candidat qui fait reposer sa campagne électorale sur les dons provenant de richissimes individus ou sociétés devrait avoir
des comptes à rendre.

9- La responsabilité personnelle de Hillary Clinton dans l’assassinat de l’ambassadeur Stevens lors du désastre de Benghazi

Il y a deux scandales dans le désastre de Benghazi, en Libye, et l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton est impliquée dans les deux.

Le premier tient au fait le Département d’État que présidait Mme Clinton n’a pas fourni une protection suffisante au consulat où se trouvaient l’ambassadeur J. Christopher Stevens et l’officier de renseignement Sean Smith. Et pire, avant d’être attaqués et tués par des militants islamistes, le 11 septembre 2012, ils avaient demandé une protection militaire de toute urgence, à trois reprises, et cette aide leur avait été refusée. Hillary Clinton a dit assumer sa part de responsabilité dans ce fiasco.

Le deuxième scandale vient du fait que l’ex secrétaire Hillary Clinton avait semble-t-il accepté que la mission diplomatique de son ministère en Libye serve de couverture aux opérations secrètes de la CIA dans ce pays. Cela plaçait automatiquement les employés du ministère en danger. L’ambassadeur Stevens avait été désigné, dès mars 2011, agent de liaison avec les rebelles opposés au gouvernement libyen. Son rôle était de faciliter l’acheminement des armes et proposer des tactiques pour renverser le gouvernement du président Mouammar Kadhafi.

Selon les recherches du journaliste américain d’investigation, Seymour Hersh, « la seule responsabilité du consulat américain [à Benghazi] était de fournir une couverture pour acheminer des armes. Il n’avait aucun rôle politique réel assigné. » Et ces armes n’étaient pas seulement transmises aux rebelles islamiques qui combattaient le gouvernement libyen du président Kadhafi ; elles étaient aussi
acheminées clandestinement vers la Syrie et remises à d’autres unités rebelles islamistes dans leur tentative de renverser le gouvernement de Bachar al-Assad.

Tout cela est une affaire bien trouble lorsque l’on sait que toutes ces opérations secrètes étaient illégales en vertu du droit international, et cela jette un certain éclairage sur la responsabilité de Hillary Clinton et sur son « expérience ».

10- Hillary Clinton promet de nouvelles guerres américaines de type
impérial, notamment au Moyen Orient

Lors d’un récent discours devant des délégués de l’organisation de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le 21 mars, la candidate Hillary Clinton a fait part clairement de ses intentions de contourner les Nations Unies, quand elle a déclaré :

« Je m’oppose vigoureusement à toute tentative par des tiers pour imposer une solution [au conflit israélo-palestinien], y compris par le Conseil de sécurité de l’ONU. »

Dans un discours similaire, au cours de la primaire démocrate en Pennsylvanie, en avril 2008, Hillary Clinton avait dit jusqu’où elle était prête à aller pour défendre Israël,

« Si je suis présidente, nous allons attaquer l’Iran … Nous serions en
mesure de les rayer complètement de la carte. »

Il faut vraiment avoir un esprit psychopathique pour faire pareille déclaration, c’est-à-dire soulever la perspective d’anéantir un pays de 80 millions de d’habitants. Un tel état d’esprit devrait disqualifier toute personne qui aspire à devenir président des États-Unis. Son adversaire démocrate à ce moment-là, le candidat Barack Obama, avait accusé Hillary Clinton de rodomontades et avait remarqué qu’elle utilisait une rhétorique qui collait à celle de George W. Bush.

Hillary Clinton a toutes les qualités pour être une propagandiste de la guerre perpétuelle. C’est probablement parce qu’elle est imbue du dangereux mythe de l’exceptionnalisme américain. Dans son livre biographique ‘Hard Choices’ et dans diverses entrevues, elle a clamé haut et fort sa conviction que « l’Amérique reste la ‘nation indispensable’ ». C’est là un état d’esprit dangereux, surtout venant de politiciens qui contrôlent des armes nucléaires. L’histoire du 20ème siècle et la montée de l’Allemagne nazie devraient enseigner à toute personne démocratique qu’il est dangereux de brandir le mythe de la supériorité de leur nation sur les autres.

Rappelons que la candidate Hillary Clinton a réaffirmé récemment son soutien à l’imposition par les États Unis d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, semblable à celle qu’elle avait proposée en Libye, en 2011, avec les résultats désastreux que l’on sait. En effet, ce sont des terroristes islamistes qui ont pris le relais dans ce pays.
Elle semble n’avoir rien appris du fiasco qu’elle a créé en Libye. C’est le signe d’un très mauvais jugement.

Conclusion

Le sénateur américain du Kentucky, le républicain Rand Paul, a soutenu, en 2015, que selon lui « Hillary Clinton est une néoconservatrice, [parce que] elle a appuyé la guerre en Irak, et en Afghanistan … Si Hillary Clinton devient présidente, nous serons de nouveau en guerre au Moyen-Orient. »

Si on se fie à toutes les déclarations guerrières d’Hillary Clinton, et elles sont nombreuses, et considérant son passé trouble au Département d’État, il est normal que l’on s’interroge sur la possibilité qu’elle soit effectivement une néoconservatrice de cœur. On devrait le lui demander carrément lors d’un débat ou lors d’une entrevue. Tout ce que l’on sait, c’est qu’une présidente Clinton pousserait les États-Unis vers la guerre perpétuelle. C’est là une considération à méditer pour les Américains qui l’appuient.

Si on pousse les choses un peu plus loin, et si l’on prend en considération l’héritage controversé que le président Bill Clinton a laissé derrière lui, suite à ses deux mandats présidentiels de 1993-1997 et de 1997-2001, de même aussi que la forte possibilité que ce dernier agisse en tant que proche conseiller de son épouse, on peut
certes s’interroger si ce serait une bonne idée que les Américains gratifient le couple Clinton d’un troisième séjour à la Maison-Blanche.


Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de
Montréal et on peut le contacter à l’adresse suivante :
rodrigue.tremblay1@gmail.com

Il est l’auteur du livre du livre « Le nouvel empire américain » et du
livre « Le Code pour une éthique globale ».
Prière de visiter son blogue international à l’adresse suivante :
http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm.

Sites Internet de l’auteur : http://www.thenewamericanempire.com/
http://www.thecodeforglobalethics.com
http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com

Pour plus d’informations concernant le dernier livre du professeur
Tremblay intitulé : « Le Code pour une éthique globale », voir :
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5 réponses »

  1. profil excellentissime qui en dit long sur l’esprit de l »alternance dans ce pays et de sa folie destructrice … comme du notre.

    La 3ème guerre mondiale, c’est simple comme un bulletin de vote.

  2. J’aime bien Robert Parry que je lisais sur consortiumsnews, cela me fait plaisir de lire en français, c’est moins fatiguant.
    Le bilan des jumeaux néo est catastrophique, autant d’un point de vue libre-échange que de l’interventionnisme américain. L’article dresse un bilan lucide, les citoyens sont fatigués de cette politique.
    Parry semble avoir cependant du mal à appréhender Trump et l’après période néo. Peut être n’a t-il pas envie de prédire quelque chose de trop sombre…
    En général quand le système ne fonctionne plus dans l’histoire humaine, cela finit toujours de la même façon…

  3. Hollande va en Afrique et là… ça pète de partout…
    Hollande reçoit Porochenko après la signature des accords de Minsk… et deux jours violation du cesser le feu, et violentes frappes dans le Donbass..

    Le mois dernier encore, Hollande part à Beyrouth pour (soit disant) soutenir les « réfugiés » et dans la foulée, il visite les pays voisins de la Syrie et distribue des chèques… et deux jours plus tard, ça pète à nouveau en Syrie… Renforcement des moyens de Daesh et violation du cesser le feu.

    Cette fois, il va au Japon rejoindre ces comparses…. la suite, elle est là…

    http://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/l-otan-appelle-les-allies-a-se-preparer-face-a-la-menace-potentielle-de-la-russie_1797225.html

    Cloclo chantait : « si j’avais un marteau »… nous on l’a…

  4. Il semblerait que les républicains préparent un autre candidat pour remplacer Trump :un général ….

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