1984

Etats Unis – Normalisation forcée : comment Donald Trump est en train de revenir bien sagement dans le rang du parti républicain !

Normalisation forcée : comment Donald Trump est en train de revenir bien sagement dans le rang du parti républicain

www.atlantico.fr 7 Avril 2017

Atlantico : En quelques jours seulement, Donald Trump semble avoir modifié profondément son approche présidentielle. Renvoi de Steve Bannon, commande d’un rapport relatif au commerce extérieur, menace d’intervention unilatérale en Syrie etc.. Comment expliquer un tel revirement, quelles en sont les causes, et quel en a été le processus, notamment sur l’influence croissance de son gendre Jared Kushner ?

Jean-Eric Branaa : Il est vrai que le calendrier semble s’être brutalement accéléré à la Maison-Blanche et que ce n’est pas forcément pour appliquer les promesses qui ont été martelées pendant la campagne.

Car on assiste à un revirement à 90 degrés et rien, en apparence du moins, ne permettait de prévoir ce changement d’attitude spectaculaire.

La victime la plus inattendue de ce revirement est Steve Bannon, 62 ans, qui était jusqu’alors omniprésent aux côtés de Donald Trump, que ce soit lors de la signature des décrets présidentiels ou lors des entretiens téléphoniques avec des dirigeants étrangers. Son titre, stratège en chef de la Maison Blanche, avait même été créé spécifiquement pour lui par le nouveau président américain.

Mais, comme souvent, Donald Trump a voulu jouer sur deux tableaux, en cultivant une aile radicale, que la présence de Bannon à ses côtés rassurait, et une aile plus modérée, qui a d’abord été représentée par Reince Priebus, l’ancien responsable du Parti républicain, et dont l’influence a été grignotée tranquillement mais sûrement par le propre gendre du président, le mari d’Ivanka.

Au départ, Jared Kushner n’est apparu qu’épisodiquement au bras de sa femme, pendant la campagne, au détour d’un meeting ou deux. Ivanka a joué un grand rôle pour propulser son mari vers le sommet, le poussant notamment à s’investir une première fois dans cette campagne par l’écriture d’un discours de son père, celui qu’il a prononcé en mars devant le lobby pro-israélien AIPAC. Devant un auditoire sceptique quant à sa volonté de protéger Israël, Donald Trump avait alors utilisé un téléprompteur pour la première fois. Le discours, qui n’était pas particulièrement bon ou intéressant, a toutefois été bien accueilli dans la salle, une gageure pour un public qui n’était pas acquis à sa cause. Alors, le futur président a tendu une oreille de plus en plus bienveillante vers le jeune homme, qui a finalement été nommé haut conseiller après la victoire, signe que son importance était devenue réelle.

 Il serait d’ailleurs à l’origine du renvoi de deux importants et proches conseillers du candidat : Paul Manafort et Corey Lewandowski. Beaucoup murmurent aussi que c’est également lui qui aurait conseillé à son beau-père de prendre Mike Pence comme colistier à la place de certains fidèles de la première heure qui étaient sur les rangs.

Quoi qu’il en soit, son influence n’a cessé de grandir depuis le 8 novembre, d’autant qu’il a certainement apporté à son beau-père une grande partie du vote juif, qui l’a soutenu à 24% avec une forte proportion de la communauté orthodoxe. Le clan des amis de Jared s’est très vite renforcé, avec l’arrivée dans l’entourage le plus proche du président de l’avocat David Friedman qui a été nommé ambassadeur en Israël, de Jason Greenblatt qui a pris la direction des affaires Juridiques, de Steven Mnuchin qui a hérité du portefeuille du trésor, de Steven Miller, proche en idée de Steve Bannon mais plus proche de Jared en âge et en amitié, ou encore de  Carl Icahn (régulation),  Gary Cohn (affaires économiques) ou Reed Cordish (un grand ami de Kushner qui a été nommé à l’innovation technologique).

La politique mise en œuvre par Donald Trump a indiscutablement été marquée par l’empreinte de ce gendre prodigue et son rôle s’est révélé plus déterminant encore alors que naissait une opposition de plus en plus franche au Congrès, du côté de l’aile radicale du Parti républicain, un groupe que l’on appelle le Caucus de la liberté (Freedom Caucus).

Comment Donald Trump avait pu tenter, lors des dernières semaines, de contourner l’opposition interne au parti républicain à sa politique ? Le revirement actuel est-il la marque d’une reprise en main de Donald Trump par le parti républicain ?

Jared Kushner, qui a grandi à Livingston, dans le New Jersey, dans une famille aisée et démocrate (proche de plusieurs responsables politiques à qui sa famille a fait de larges dons financiers), a œuvré pour que Donald Trump s’apaise et tende davantage vers le centre politique.

Les événements lui sont venus en aide, puisque les plus radicaux au Parti républicain sont entrés en conflit avec le président, lui reprochant de ne pas aller assez vite et, surtout, de ne pas aller assez loin :

Ils se sont opposés à sa réforme de la santé car ils voulaient la suppression pure et simple de l’Obamacare ;

 Ils l’ont critiqué dans ses décrets sur l’indépendance énergique, car ils demandaient la disparition de la clause de danger associée au plan climat et la dissolution de l’Agence pour la Protection de l’Environnement ;

Plus récemment, ils menaçaient de s’opposer à son plan sur les infrastructures et, même, à ses réformes économiques qui, en dépit des promesses, ne sont toujours pas discutées au congrès.

Bannon a été incapable de calmer ce groupe de radicaux et Jared Kushner a conseillé un recentrage, qui seul permettra de tendre la main aux démocrates avec l’espoir que certains d’entre eux suivront la tradition républicaine américaine et accepteront de travailler avec la nouvelle administration.

C’est exactement comme cela qu’ont toujours fonctionné les rapports entre l’exécutif et le législatif, dans l’esprit en tout cas de ceux qui forment l’establishment. Paul Ryan, qui en est un des principaux représentant est favorable à ce recentrage, d’autant qu’il sait que le Freedom Caucus voudra se débarrasser de lui à la première occasion. Il a d’ailleurs déjà été tenté de le faire après l’échec de la réforme de santé et il a fallu l’intervention de Donald Trump en personne et de ses menaces de les combattre sur le terrain électoral en 2018 pour que le calme revienne un peu. C’est vrai qu’il a alors, par conséquent, donné un coup de barre vers le centre et rétabli l’establishment dans le rôle constructif et plus apaisé qui est traditionnellement le sien au Congrès. Ce faisant, des pans entiers de la politique du président sont tombés et les élus n’hésitent déjà plus à faire des déclarations publiques en contredisant telle ou telle promesse de campagne.

Sur le plan international, on a pu noter qu’il y a eu de nombreuses marches arrières, que ce soit sur le rôle de l’OTAN, sur la non-décision relative aux accords de Paris (COP21), qui a été repoussée à fin mai, sur le rôle des États-Unis auprès du Japon ou, très notablement, sur l’absence de toutes négociations pour en finir avec les accords de l’ALENA, ce qui semblaient pourtant une urgence pendant la campagne. Donald Trump semble avoir choisi la voie plus escarpée de la négociation avec son parti, et aussi celle de la patience, voire du renoncement.

Après moins de 3 mois de Présidence, quelles sont désormais les failles qui séparent la politique effectivement mise en place par le nouveau locataire de la maison blanche et son discours de campagne ?

On comprend donc que les failles entre les discours et la réalité sont très nombreuses. La promesse de frapper fort et vite, dès le Premier Jour (Day One), s’est bien entendu heurtée d’emblée à la réalité. Il a été possible de contourner toute mauvaise impression dans les premières semaines en expliquant que Day One était une métaphore pour « début de mandat ». Mais l’attente est très forte et l’impatience grandit parmi les plus fervent supporters de Trump. Ils sont toujours en soutien de leur champion et sont même prêts à entendre que Day One durera six mois. Mais après ?

Si le problème ne se nichait que là, ce ne serait pas bien grave. Toutefois il faut bien reconnaître que les ratés sont bien plus retentissants que les succès. A une série de décrets qui devaient annoncer un changement radical dans la gouvernance, le président s’est vu opposer les contre-pouvoirs classiques que la Constitution a prévu : les cours de justice ont freiné son élan et le Congrès l’a brisé net.

Cela a obligé le président à entrer en négociation avec les pires ennemis de ses électeurs : les « politiciens corrompus de Washington », ce bourbier qu’il prétendait mater et nettoyer.

On le voit aujourd’hui faire une volte-face spectaculaire en politique étrangère, qui l’emmène très loin de la promesse faite au Peuple le 20 janvier lors de son investiture : « l’Amérique d’Abord et seulement l’Amérique », qu’il répèterait dans son discours au Congrès en février : « je ne suis pas le président du monde, mais seulement le président des États-Unis. »

La route est cependant longue et sa politique sera jugée aux termes des quatre ans pour lesquels il a été élu. Ses électeurs vont donc devoir s’armer de patience car il est vrai que dans le panier qu’il leur propose aujourd’hui, ils ont du mal à retrouver leurs petits.

http://www.atlantico.fr/decryptage/normalisation-forcee-comment-donald-trump-est-en-train-revenir-bien-sagement-dans-rang-parti-republicain-jean-eric-branaa-3012759.html

Derrière les frappes américaines en Syrie, les dessous du revirement de Donald Trump

RT France : Avec ces frappes contre une base militaire syrienne, Donald Trump revient totalement sur la vision de politique internationale qu’il défendait jusqu’à présent. Ce revirement est-il étonnant selon vous ?

Il faut quand même rappeler que ce type d’intervention en Syrie, Donald Trump l’a dénoncé durant toute sa campagne. Il disait qu’avec lui, il n’y aurait jamais d’intervention. Selon la théorie qu’il tenait auparavant, la guerre en Syrie était un conflit extérieur et civil, relevant du cadre des frontières souveraines de la Syrie. Il n’était d’ailleurs pas question non plus dans cette vision de faire partir Bachar el-Assad car, selon lui, c’était aux Syriens de choisir quel type de dirigeant ils voulaient. Que cela ne regardait pas les Américains. Il y a donc un changement très fort.

Le 30 mars, Nikki Haley et Rex Tillerson ont déclaré tous les deux qu’il n’était pas dans l’agenda des Etats-Unis de renverser Bachar el-Assad. C’était il y a une semaine. On voit une semaine après combien la situation a changé et les actions se sont précipitées tant dans son entourage que dans sa façon de faire de la politique.

RT France : On comprend que, selon vous, Donald Trump est en train de rentrer dans le rang des attentes des républicains. Doit-on s’attendre à ce que ce soit sa politique sur l’ensemble des questions extérieures ou restera-t-il imprévisible ?

J.-E. B. : Encore une fois, cette décision n’était pas si imprévisible. Mais il y a effectivement une versatilité chez Donald Trump qui est déroutante. On ne sait pas ce que cela va donner sur le long terme sur l’international. Il y a d’autres dossiers sur lesquels il a déjà changé d’attitude, vis-a-vis du Japon par exemple. Il souhaitait se désengager de la protection du Japon. Après avoir reçu Shinzo Abe, son avis a changé. Il montre aujourd’hui les dents à la Corée du Nord. D’ailleurs, cette intervention en Syrie est aussi un bel avertissement à la Corée du Nord car Donald Trump a dit qu’il pourrait peut-être y avoir une intervention en Corée du Nord en réponse aux essais de missiles.

Il y a eu de nombreux effets d’annonce mais en réalité sur le plan international, il n’y a pas eu beaucoup de changements

Le changement d’attitude a aussi eu lieu sur la question de l’OTAN. Souvenez-vous, Donald Trump était très anti-OTAN. Or, lors de la rencontre du 30 mars, on a vu que Rex Tillerson avait réaffirmé son attachement à l’OTAN et a demandé que les pays membres se remettent au niveau des 2% de dépenses du PIB tel que prévu dans les traités – ce qu’il était en droit de demander au vu des traités, il ne s’agit pas d’un acte belliqueux.

Si on s’attache à regarder les traités internationaux, la situation n’évolue pas énormément non plus. Certes le TPP a été supprimé, mais Donald Trump discute avec Xi Jinping, il faudra voir ce qui va en sortir. L’Alena était selon Trump un traité absolument horrible à renégocier en urgence. Or, en 75 jours, il n’a démarré aucune négociation dans ce sens. Il y a eu de nombreux effets d’annonce mais en réalité sur le plan international, il n’y a pas eu beaucoup de changements. On a surtout vu une continuité. Il restait la question russe. On parlait de réchauffement, mais depuis ce matin, il est devenu difficile. D’autant plus que Vladimir Poutine réagit avec véhémence. Il faudra attendre plusieurs jours avant de revenir à la normale.

RT France : Doit-on s’attendre à une intervention militaire américaine en Syrie ? Le Congrès suivrait-il Donald Trump sur ce dossier ?

J.-E. B. : Cela dépendra du type d’intervention, car Donald Trump ne peut pas faire tout ce qu’il veut. Si on regarde les voix dissidentes, on trouve Tim Kaine, le vice-président sur le ticket de Hillary Clinton. Or, elle a déclaré hier qu’il fallait intervenir en Syrie. Tim Kaine se pose donc en porte-à-faux par rapport à celle qu’il soutenait pendant la campagne. C’est assez bizarre et je pense donc que cela va vite passer à l’as.

L’autre voix dissidente est celle de Ron Paul, également candidat à la présidentielle en tant que chef de file des libertariens au sein des républicains. Il fait partie de ces personnalités très conservatrices qui houspillent Donald Trump sur absolument tous les sujets.

Ron Paul lui reproche de ne pas avoir consulté le Congrès avant d’agir. Il n’y a eu qu’une vingtaine d’élus avertis et consultés. La critique interne politique est donc limitée.

Quant à savoir maintenant si le Congrès validerait une intervention militaire plus large, cela dépendra de ce que Donald Trump voudra faire et aller chercher. Pour lui, le cœur de la guerre en Syrie est contre le terrorisme et Daesh. Si après la victoire sur Raqqa, il estime qu’il faut poursuivre la bataille contre Daesh sur le terrain, peut-être que le Congrès suivra. Mais s’il n’y a pas d’attentats ou de sang américain versé, le Congrès l’acceptera peut-être, mais dans la douleur. Je n’exclus pas cette possibilité mais je ne crois pas que les Américains aient envie de retourner sur une guerre. Ce n’est pas la première chose que Donald Trump essaiera de faire. Cela ne va pas dans le sens de ses idées politiques. Cela coûterait beaucoup d’argent et il n’a pas vraiment de raison de le faire. Ce qu’on peut voir maintenant par contre c’est que faire partir Bachar el-Assad est devenu un objectif.

RT France : Depuis plusieurs semaines, une coopération s’était mise en place entre les militaires russes et américains dans le nord de la Syrie notamment en préparation de la bataille de Raqqa. Est-ce la fin de cette coopération ?

J.-E. B. : Je ne crois pas. On ne peut pas arrêter les opérations près de Raqqa en un instant. Je pense que la coopération sur le terrain dans cette zone va continuer. Mais il est vrai que Vladimir Poutine a fait de nombreuses déclarations en annonçant que l’espace aérien syrien ne serait plus protégé pour les avions américains et que les batteries anti-aériennes syriennes seraient renforcées. Ce n’est effectivement pas très engageant mais il ne faut pas tirer de conclusions trop rapides et plutôt attendre que la situation se calme.

https://francais.rt.com/opinions/36619-derriere-frappes-americaines-syrie-dessous-revirement-donald-trump

EN BANDE SON :

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