Art de la guerre monétaire et économique

Capitalisme de connivence : Les crédits faciles renforcent les pouvoirs des multinationales

Les crédits faciles renforcent les pouvoirs des multinationales

Rédigé le 25 juillet 2016 par Charles Hugh Smith | Chronique Agora

Ceux qui ont accès au crédit facile, peuvent surenchérir sur les petits emprunteurs et ainsi accaparer le capital productif.

Une conséquence peu remarquée des politiques des banques centrales de taux d’intérêt proches de zéro et de l’assouplissement quantitatif est la domination du capital mondial mobile, celui des grands groupes internationaux.

La source du pouvoir politique des multinationales est leur capacité à emprunter des sommes d’argent illimitées pour une bouchée de pain : ce que j’appelle de l’argent gratuit pour les financiers.

Fort du crédit illimité fourni par les banques centrales, le capital mondial peut toujours faire une meilleure offre d’achat que les épargnants et les entreprises d’un seul pays. Avec le temps, les entreprises rentables et les actifs productifs finissent entre les mains des grands groupes.

Prenons l’exemple d’une exploitation agricole familiale typique, que ce soit aux Etats-Unis, en Allemagne, en Australie, etc. Il est très difficile de gagner sa vie en cultivant la terre dans un marché dominé par une poignée d’entreprises géantes mondialisées et de leurs hommes de main locaux. Il n’est donc guère surprenant que beaucoup d’agriculteurs de la génération suivante aient opté pour des emplois en entreprise en zone urbaine plutôt que d’endosser les risques financiers de reprendre l’exploitation familiale.

Certes, un agriculteur voisin pourrait se montrer intéressé pour racheter l’exploitation mais il devra emprunter l’argent à (par exemple) 4%.

La concentration des terres agricoles dans les mains des grands groupes

L’entreprise internationale, elle, peut vendre des obligations (c’est-à-dire emprunter de l’argent) à moins de 1%. Ce coût inférieur du capital permet à notre multinationale de proposer une meilleure offre de rachat que les agriculteurs locaux. Cet emprunt bon marché lui permet également de financer les économies d’échelle, qui sont hors de portée des exploitations agricoles familiales.

Le résultat est que les terres agricoles du pays, son actif productif essentiel, tombent inévitablement entre les mains des multinationales. Celui qui voudrait résister et ne pas vendre est écrasé par les prix bas (les fermes constituées en sociétés peuvent produire de façon intensive et survivre à des prix bas, les familles ne le peuvent pas). Ou alors ils sont écrasés par les inconvénients d’être des marginaux vendant aux chaînes d’approvisionnement des grands distributeurs qui favorisent les fournisseurs internes ou de grands producteurs.

La même dynamique — le pouvoir inégalable du crédit bon marché — conduit à un contrôle des multinationales qui ensuite financent leur domination politique.

Prenons un exemple : vous souhaitez construire une maison pour vous et votre famille. Vous aurez besoin d’en financer la construction et puisque cela est plus risqué qu’un emprunt immobilier conventionnel pour acheter une maison déjà existante, vous devrez payer un taux entre 4% et 5% et quelques milliers de dollars de frais.

Un promoteur peut emprunter à 1%. Devinez qui a les coûts de construction les moins chers ?

La concentration mène à la cartellisation

A mesure que les multinationales rachètent les actifs productifs, elles s’organisent en cartels et quasi-monopoles qui peuvent être protégés de la concurrence par du lobbying et des contributions à des campagnes électorales.

Une fois que vous pouvez rafler tous les actifs productifs avec de l’argent emprunté à bas coût, les bénéfices commencent à s’accumuler et vous pouvez utiliser une petite partie de ces bénéfices pour engager des lobbyistes et acheter des faveurs ou une protection politique auprès de responsables politiques désespérément accrochés au pouvoir.

Le résultat du crédit illimité aux entreprises est un pouvoir financier et politique des multinationales qui ne cesse de s’étendre.

Le résultat de ce contrôle de la gouvernance est que les gouvernements vont et viennent, les candidats vont et viennent, les mouvements politiques vont et viennent mais les multinationales restent au pouvoir.

Si les taux d’intérêt étaient à 10% pour tout le monde, les individus et les petites entreprises disposant d’économies pourraient surenchérir sur ces grands groupes, qui sont généralement écrasés lors des récessions par les paiements des intérêts de leurs prêts. Avec des taux d’intérêt nuls, les multinationales peuvent surenchérir sur les épargnants, les ménages et les petites entreprises, qui ne peuvent pas emprunter des milliards de dollars pour presque rien auprès des banques centrales.

Si on me prête 10 milliards de dollars à un taux d’intérêt annuel de 0,25%, je pourrai moi aussi acheter quelques actifs rentables. N’importe qui peut devenir honteusement riche s’il a un crédit illimité à un taux annuel de 0,25% (c’est-à-dire essentiellement de l’argent gratuit).

Finalement, la domination du capital mondial n’est pas d’ordre financier mais politique.

La population et ses élus ont deux choix : soit permettre aux grandes entreprises de dominer (via les politiques des banques centrales) ; soit retirer aux banques centrales leur pouvoir de créer cette domination.

Le choix nous appartient— ou plutôt nous appartenait.

Il n’est guère étonnant que la fraude électorale soit l’outil de prédilection des lèche-bottes politiques des grands groupes américains. Il est bien trop dangereux de laisser le » petit peuple » prendre des décisions politiques. Il pourrait évincer les banquiers centraux et, si c’était le cas, les multinationales et leurs caniches politiques connaîtraient un déclin inévitable puisque les robinets d’argent gratuit seraient fermés.

Si vous détruisez ces cartels du capitalisme de connivence, sous perfusion de dettes, vous détruisez le statut quo.

http://la-chronique-agora.com/credits-faciles-pouvoirs-multinationales/

Oui, mais à quel prix ?

Par Charles Hugh Smith – Le 7 janvier 2018 – Source Charles Hugh Smith

C’est ainsi que tout notre statu quo maintient l’illusion de la normalité : en évitant une comptabilité complète des coûts.

L’économie va bien, mais à quel prix ? La « normalité » a été restaurée, mais à quel prix ? Les profits sont en hausse, mais à quel prix ? Notre douleur est moindre, mais à quel prix ?

Le statu quo se fait plaisir en célébrant les gains. Mais les coûts nécessaires pour générer ces gains sont ignorés pour une raison simple : les coûts dépassent largement les gains. Tant que les coûts peuvent être cachés, dilués, minimisés et rationalisés, les gains fantômes peuvent être présentés comme réels.

Premier élément : Dette publique américaine – Si vous empruntez et distribuez assez d’argent, ce n’est pas trop difficile de générer un peu de « croissance » mais à quel prix ? 

Deuxième élément : Décès par opioïde – L’un des rares indicateurs qui grimpe aussi vite que la dette nationale est le taux de mortalité par opioïdes synthétiques prescrits, mais à quel prix ?

 

Trosième élément : Dette étudiante – Voici un tableau des dettes d’origine fédérale, mais payées par chaque étudiant. l’infâme dette des prêts aux étudiants qui a grimpé de plus de 1 000 milliards de dollars en quelques années.

Vous voyez où je veux en venir ? Le coût monte en flèche mais les gains diminuent. Le coût du maintien de l’illusion de la « normalité » comme par exemple le fait que les études collégiales sont « encore abordables » est en plein essor, tandis que les gains d’une formation collégiale diminuent à mesure que les diplômés sont surabondants. Ce qui est rare, ce sont les compétences dont les employeurs ont réellement besoin.

Les Américains ont mal, et la « solution » du cartel des soins de santé, les « opioïdes non addictifs » fait des ravages chez tous ceux qui ont fait confiance au système de soins pour se traiter par des analgésiques non addictifs. Si la victime nouvellement toxicomane ne peut plus obtenir l’opioïde synthétique prescrit, le choix se limite à la rue (héroïne). C’est pourquoi les décès liés à l’héroïne augmentent parallèlement à ceux causés par les opioïdes synthétiques.

La douleur a été soulagée, mais à quel prix ?

Les élites au sein de Big Pharma et les cartels de l’enseignement supérieur reçoivent d’énormes salaires, des primes et des avantages alors que ces cartels font des ravages dans la sous-classe vulnérable de l’Amérique (à savoir les 90% les plus pauvres). Des sommes d’argent monumentales vont du grand nombre à quelques-uns tandis que beaucoup deviennent dépendants aux opioïdes ou asservis à leur dette étudiante.

Les médias financiers sont euphoriques sur les milliards de dollars de profits récoltés par les fabricants de smartphones. Chaque enfant en a besoin, n’est-ce pas ? Mais à quel coût, pas seulement le coût financier, mais le coût des comportements addictifs engendrés par ces téléphones ?

Les iPhones et les enfants sont un mélange toxique, disent deux investisseurs de Big Apple. L’iPhone a rapporté des centaines de milliards de dollars à Apple Inc. et Wall Street. Maintenant, certains grands actionnaires se demandent à quel coût ?

C’est ainsi que tout notre statu quo maintient l’illusion de la normalité : en évitant de rendre compte pleinement des coûts d’un système visant à maximiser les profits par tous les moyens disponibles, un système de pillage public-privé supervisé par un petit nombre de protégés au détriment de la masse des gens vulnérables.

C’est comme si nous avions oublié que la dette génère des intérêts, c’est-à-dire des créances sur les revenus futurs. La dette est facile à ignorer dans l’euphorie initiale des dépenses de cet « argent gratuit » mais une fois la valeur dépréciée de ce qui a été acheté, les intérêts commencent à peser sur l’emprunteur, l’argent emprunté se révèle être bien autre chose qu’une « libération ».

Charles Hugh Smith

Traduit par Hervé et relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/oui-mais-a-quel-prix

ok+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

A LIRE : https://leblogalupus.com/2018/01/27/le-graphique-du-jour-le-grand-bond-en-arriere-du-capitalisme-de-concurrence-au-capitalisme-de-connivence/

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