Art de la guerre monétaire et économique

La dissonance cognitive entourant Donald Trump

La dissonance cognitive entourant Donald Trump


Par Brandon Smith – Le 1er juin 2018 – Source alt-market.com


En général, il a toujours été dangereux de croire aveuglément en des icônes humaines de quelque nature que ce soit, et pour le dire vite, c’est totalement inutile. La maxime selon laquelle « on ne devrait jamais rencontrer ses héros » est quelque chose que beaucoup plus de gens devraient prendre à cœur lorsqu’ils appliquent un statut élevé aux dirigeants politiques en particulier. Le culte de héros d’une célébrité est malsain, mais le culte de héros d’un président peut être vraiment dangereux.

Pourquoi ? Parce que le pouvoir politique repose principalement sur le « capital humain », le nombre de personnes au sein d’une société qui sont prêtes à soutenir ou même à se battre pour un changement en particulier. Des groupes de citoyens peuvent être « brandis » par des politiciens avec une mauvaise intention comme une arme pour créer l’illusion du consensus et provoquer des renversements dramatiques dans les principes culturels. Ces changements tendent généralement à impliquer plus de contrôle pour le gouvernement et moins de liberté pour le public et ils peuvent durer des générations.

Le culte de la célébrité n’a jamais été aussi important en politique qu’au cours de la dernière décennie. À commencer par Barack Obama, quelque chose a changé dans la vision américaine de la fonction présidentielle. Avec Obama, il y avait un élément d’adoration naïve que les gauchistes ont largement adopté. Obama était plus qu’un président, il était une idole.

Malheureusement, je vois aussi certains comportements semblables avec Donald Trump. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, Trump est l’un des rares présidents qui était déjà une célébrité avant de se présenter aux élections. Sa notoriété allait bien au-delà de celle de quelqu’un comme Ronald Reagan, qui était considéré comme un élément culturel connu, mais certainement pas une icône ou une idole avant de devenir président.

En second lieu, Trump a surfé sur la vague d’un mouvement de réaction contre l’extrême gauche, qui est maintenant entièrement investie dans le marxisme culturel sinon le marxisme économique. Pour beaucoup de gens, Trump représente le moment où l’Amérique a été « sauvée » de la destruction imminente par une idéologie folle. En fait, je dirais que la popularité de Trump était directement proportionnelle au dégoût du public modéré envers les fanatiques de la justice sociale ; des gens qui croient que saboter une culture de l’intérieur, la briser par une crise délibérée et ensuite remplacer ses principes fondamentaux par les leurs est une stratégie acceptable.

Troisièmement, l’élection de 2016 ne concernait pas seulement Donald Trump par rapport à Hillary Clinton, elle portait sur les valeurs américaines traditionnelles par rapport au relativisme moral. Au moins, c’est ainsi que de nombreux conservateurs l’ont vu.

Certaines personnes pourraient prétendre que Trump a gagné sa victoire en tenant tête courageusement à l’establishment et à l’extrême gauche quand aucun autre candidat ne le faisait. Cette rébellion reste à voir, mais la notion est puissante et les gens se sentent personnellement investis. Les fans de Trump réagissent avec dédain quand n’importe quelle tonalité critique est appliquée à son comportement. Dans leur esprit, seuls les gauchistes pervers sont critiques envers Trump, et si vous êtes à droite politiquement, alors vous feriez mieux de suivre la ligne. Si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux.

C’est amusant ; quand j’écrivais une analyse sur la nature troublante de l’administration Bush, on me traitait de « gauchiste ». Quand j’ai critiqué Barack Obama, on m’a qualifié d’« extrémiste d’extrême droite » et de « raciste potentiel ». Maintenant que j’enquête sur les activités étranges de Trump, je suis de nouveau accusé de « singeries de gauche ». J’ai magiquement bouclé la boucle. Quand il s’agit de parti pris politique, la raison recule derrière la psychologie de groupe.

La victoire de Trump, bien sûr, n’avait rien à voir avec sa qualité en tant que candidat et il n’a pas non plus créé sa propre troupe. Celle-ci était préemballée. La rage contre la justice sociale et l’absurdité gauchiste était déjà vaste. Trump a simplement été utilisé comme un point focal pour cette rage et sa rhétorique puise dans la psyché conservatrice. Il a dit la plupart des bonnes choses pendant sa campagne ; s’il croit réellement en ces choses est une autre affaire…

Jusqu’à présent, ses actes ne sont pas aussi bons. L’une de ses promesses électorales les plus vitales, qui a séduit la plus grande partie des conservateurs, était l’idée de « drainer le marécage ». Qu’est-ce que ce marais ? Trump l’a défini lui-même en allant du contingent d’alliés de Hillary Clinton dans les élites, aux copains des think tank, jusqu’aux goules bancaires de Goldman Sachs. C’est un exemple parfait où la rhétorique de Trump ne correspond pas à la réalité.

Selon la propre définition de Trump, il a réellement agrandi le « marais » au lieu de l’épurer. Le cabinet de Trump est chargé d’un ensemble de monstres élitistes qui aurait dû être relégué à un spectacle de carnaval.

Les hommes de Goldman Sachs comme Steve Mnuchin et James Donovan se cachent dans les couloirs de la Maison Blanche alors que d’autres anciens de Goldman comme Gary Cohn semblent faire des aller-retours et ne sont remplacés que par d’autres personnages aussi troublants comme Larry Kudlow, ancien conseiller des Clinton et de John Podesta mais aussi économiste pour la Federal Reserve Bank. Vous avez Mike Pompeo, secrétaire d’État et fervent partisan de la surveillance de masse du peuple américain. Il y a Gina Haspel, la directrice de la CIA, qui a participé à de nombreux scandales de torture. Et n’oublions pas John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, membre du Council on Foreign Relation et l’un des principaux artisans de la politique de guerre agressive des États-Unis au Moyen-Orient depuis l’administration de George W. Bush.

Je pourrais continuer encore et encore…

Évidemment, le marais ne sera pas drainé de sitôt, si jamais il l’est un jour. Mais la dissonance cognitive sur cette question règne en maître. Même dans le mouvement de la liberté, il y a ceux qui prétendent que Trump ne fait que « jouer aux échecs », et que l’utilisation de plus de ces élites dans son cabinet fait partie d’un grand plan pour « garder ses ennemis proches ». La nature risible de cette illusion mise à part, le fait que certaines personnes soient disposées à aller aussi loin dans leur gymnastique mentale pour justifier une foi continue en Trump est un peu effrayant.

J’ai également été témoin d’une tendance croissante et inquiétante du culte des chefs quand il s’agit de la poursuite de la guerre commerciale internationale de Trump. Comme je l’ai mentionné dans mon article « La guerre commerciale de Trump : un écran de fumée parfait pour un krach boursier », les tarifs douaniers ne sont pas intrinsèquement destructeurs et peuvent effectivement être très efficaces pour réduire les déséquilibres créés par le globalisme ; ils font naturellement partie de la méthodologie conservatrice. Cependant, s’ils sont mal appliqués et s’ils ne sont pas correctement préparés, ces tarifs peuvent détruire l’économie d’une nation.

Avec tous les cris et les pompons de la ferveur autour de Trump, on pourrait penser que l’économie américaine est pratiquement invincible sous sa direction. Je suis désolé de dire que ce n’est pas le cas. L’instabilité financière des États-Unis est toujours « délicate », et rien ne s’est amélioré sous Trump. Déjà il n’est pas au pouvoir depuis très longtemps, mais de plus la plupart de nos problèmes économiques ne pourraient être résolus par aucun président quelle que soit la durée de son mandat. Ces problèmes découlent du pouvoir de la Réserve fédérale qui soutien ou sabote notre système à volonté, et de la présence continue d’élites au sein de notre gouvernement. Trump semble n’avoir aucune intention de jamais aller contre les politiques de la Réserve fédérale, et comme mentionné plus tôt, il a invité une bande d’élitistes à la Maison Blanche. L’amélioration financière est maintenant impossible.

Au-delà du cancer qui affecte notre nation jusqu’à sa racine, Trump n’a même pas pris les mesures les plus rudimentaires pour inciter les entreprises à ramener leur production en Amérique AVANT de tenter de faire appliquer des barrières douanières. Avec la dépendance de l’Amérique vis-à-vis de la production étrangère et l’éléphant dans la pièce, la dépendance de l’Amérique vis-à-vis de l’investissement étranger dans notre dette et le dollar comme monnaie de réserve mondiale, une guerre commerciale prolongée entraînera de sévères représailles. Cela signifie une inflation extrême des prix sur la plupart des biens, due à cette dépendance à nos importations, ou des possibles pénuries, sans oublier la vente massive des bons du Trésor américain, la fin des pétrodollars et l’arrêt de l’utilisation du dollar dans les échanges bilatéraux.

L’Amérique a l’air plutôt hypocrite en pleurant sur sa balance commerciale déséquilibrée alors que nous bénéficions du plus grand déséquilibre commercial de tous les temps avec cette monnaie de réserve mondiale. Si vous pensez que le dollar ne sera pas une cible dans la guerre commerciale, vous vous trompez gravement.

J’ai déjà entendu tous les arguments naïfs sur les raisons pour lesquelles un résultat négatif dans cette guerre commerciale est soi-disant impossible et je les ai contrés dans l’article ci-dessus. Mais, la pression pour soutenir Trump sans prendre une position sceptique est élevée.

J’attribuerais cela à ce que je considère comme un jeu psychologique joué par l’establishment. Comme indiqué précédemment, le succès politique de Trump repose entièrement sur l’existence de menaces étrangères et intérieures permanentes. Tant que les économies étrangères sont perçues comme bénéficiant d’avantages commerciaux injustes, et tant que la gauche continue à agir de manière insensée, Trump recevra l’appui aveugle de nombreux conservateurs. Plutôt que de rendre son administration plus faible, la « manie de la collusion russe », par exemple, ne fait que renforcer la position de Trump.

L’idée que le « Deep State » en a après Trump est une illusion. Au contraire, sans la perception que Trump est sous attaque constante, Trump devient superflu en tant que chef de file et les conservateurs vont commencer à remettre en question ses décisions. L’establishment aide réellement à bonifier l’image de Trump en continuant la farce russe, tout comme les attaques constantes (mais faibles) des médias contrôlés par l’establishment ont fait de Trump un phénomène spontané qui l’a propulsé à un nouveau niveau de célébrité pendant les élections.

On pourrait soutenir que l’establishment ignore peut-être cette dynamique. Je crois que non. La façon dont il suit les tendances sociales grâce à l’analyse du Web est plutôt précise. Bien que je sais que cela va « tordre la culotte » de quelques personnes, je suggère que l’establishment préfère avoir une administration Trump en place.

Regardez-le de cette façon : les conservateurs vont hurler pour le reste du premier mandat de Trump, en se fondant sur la fausse prémisse que Trump va être « mis en accusation » ou que son action sera sabotée à un moment donné. Je me souviens de toutes les revendications avant l’élection quand j’ai prédit une victoire de Trump alors que tous pensaient que l’establishment ne lui permettrait jamais d’entrer dans le bureau ovale. Après son élection, les mêmes personnes ont fait valoir qu’il ne serait jamais intronisé. Maintenant, elles affirment que l’État dit profond va essayer de le faire tomber avant qu’il n’atteigne la fin de son premier mandat. Et tant que Trump reste en place, il y a ceux qui prétendent qu’il est en train de « vaincre l’État profond » avec ses magnifiques prouesses stratégiques. Vous voyez, le cercle de dissonance cognitive est infini.

Peu de gens semblent considérer la possibilité que Trump soit exactement là où l’établissement veut qu’il soit ; que l’administration Trump est chargée avec les mêmes créatures marécageuses qu’il a lui-même dénigrées pendant sa campagne et que ces élites sont le vrai pouvoir à la Maison Blanche, pas Trump.

Permettez-moi de dire ceci aussi clairement que possible – les présidents n’ont pas d’importance. Ils n’ont pas d’importance en termes de changement de fond dans la société américaine. Ces grands changements sont toujours faits soit par un contingent de personnes libres qui lutte sans relâche pour le bien, soit par un contingent de marchands de pouvoir manipulant les couloirs du gouvernement en coulisses. En fin de compte, comme la plupart des autres présidents, Trump n’est pas important, à moins que vous le voyiez comme un joueur de flûte menant les conservateurs sur un terrible chemin.

Le danger de Trump, s’il est suivi aveuglément, est triple.

Premièrement, plus les conservateurs se lient à son administration, plus ils deviennent vulnérables si et quand son administration sombrera dans l’infamie. Par exemple, la Réserve fédérale a retiré son soutien artificiel aux marchés  des actions et des obligataires après dix ans. La poursuite des hausses des taux d’intérêt et des réductions de bilan finira par faire couler ces marchés, et cela se produira avant la fin du premier mandat de Trump si la Fed continue à son rythme actuel.

Trump pourrait très bien être le prochain Hoover, comme je l’ai mis en garde continuellement depuis son élection. Un président conservateur présidant à une catastrophe économique qui s’est développée bien avant son entrée en fonction, en sera pourtant accusé des conséquences. Dans le cas de Trump, ce seront des idéaux conservateurs et les politiques associées qui seront surtout diabolisés, conduisant à un soutien public renouvelé pour un autre FD Roosevelt (c’est-à-dire, un autre président communiste jusqu’à l’os).

Deuxièmement, les activités de guerre commerciale de Trump continuent de fournir une couverture parfaite et de la distraction sur une base mensuelle pour la réduction de bilan de la Fed et les hausses de taux d’intérêt. Chaque fois que les actions baissent de façon spectaculaire, très peu de gens blâment les activités de la Fed et toute l’attention se déplace vers Trump. Je vois déjà un édifice narratif qui dissimule toute la culpabilité de la banque centrale dans la dégradation de l’économie. Plus les conservateurs soutiennent une guerre commerciale mal planifiée, plus ils seront perçus comme complices d’un krach économique qui a commencé il y a plus de dix ans.

Troisièmement, si Trump est censé devenir un président, faucon de guerre, comme l’a suggéré John Bolton, nouveau dans son cabinet, les conservateurs pourraient très bien répéter les erreurs qu’ils ont faites il y a des années lorsqu’ils soutenaient ardemment l’administration Bush et la guerre en Irak. Cette fois, cependant, l’Amérique ne survivra pas économiquement ou philosophiquement à une autre guerre injustifiée ou inconsidérée. Pas avec l’Iran, la Corée du Nord ou toute autre nation d’ailleurs. Une fois de plus, les vrais conservateurs pourraient voir les tragédies produites par cette guerre enroulées autour de leur cou s’ils n’appliquent pas une pensée critique à Trump comme ils le font avec la plupart des autres problèmes.

Et c’est la solution au problème. C’est très simple. Traitez Trump exactement comme vous le feriez de tout autre politicien, en éliminant tout préjugé et en l’examinant sous un microscope à la lumière du jour. Plus les conservateurs critiqueront ouvertement Trump quand c’est justifié, moins l’establishment sera capable de nous enchaîner aux désastres qui vont se produire sous son gouvernement. Avec le cabinet de ces sinistres figures élitistes qui l’entourent chaque jour un peu plus, c’est le seul recours logique.

Brandon Smith

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-dissonance-cognitive-entourant-donald-trump

  

OK+++++++++++++++++++++++++++++++++++++

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