Douce France

Élucubrations commémoratoires

Élucubrations commémoratoires

Je voulais titrer « Itinéraire d’un enfant gâteux », moi, ça sonnait bien et je trouvais fort approprié, sans compter le côté farce, qui fait image, et la vacherie bien sentie sous le couvert vicieux du trait d’esprit. Manque de bol ça c’est déjà fait, vous pensez, j’ai vérifié! Je ne suis tout de même pas le seul, loin s’en faut, à pratiquer cette sorte de dérision qui consiste à traficoter les mots pour chercher l’effet comique à bon marché. Donc, tant pis, j’abandonne. Dommage ça en aurait sûrement amusé plus d’un mais j’ai des principes, je ne saurais donner l’impression de me parer des plumes du paon. N’en parlons plus.
Entre nous, d’ailleurs, l’itinérance mémorielle de Présipède se suffirait presque à elle même, tant la formule recèle de connerie prétentiarde. Ça rappelle un peu les trouvailles de l’Éducation Nationale lorsqu’elle introduit dans le cursus calamiteux de nos chers bambins, un concept nouveau, fruit de la constante ébullition des cervelles pédagogiques certifiées conformes, et propre à abrutir encore un peu plus le corps électoral futur de ce pays en capilotade.

Alors justement, je me dis comme ça: oui, très bien, il faut commémorer, ça ne se discute même pas. Un siècle s’est écoulé depuis l’armistice de 1918, impossible de  laisser passer un truc pareil sans marquer grave le coup, quoi, un peu comme si j’escamotais mes dix années de blogage assidu qui s’accompliront Vendredi prochain… vous voyez bien le caractère incontournable, pas vrai? Donc, en effet, l’affaire mérite plein de cérémonies, de discours, d’allumage de gaz sous l’Arc de Triomphe, de défilés musique en tête avec plein de jolis drapeaux portés par de vieux birbes, lesquels, par la force des choses, ne participèrent pas au big massacre de 14/18, ni même, sans doute, à la guerre subséquente dont la fin européenne remonte tout de même à plus de soixante-treize ans; sauf à s’être engagé au berceau, on voit mal l’ancien combattant de 39/45 défiler au pas cadencé avec un bâton de dix kilos planté dans le nombril, ce serait la descente d’organes assurée, en plus!
Mais là n’est pas la question et c’est ici que je boucle, notamment, sur les joyeusetés de l’Éducation Nationale.
On commémore, d’accord, mais pour qui? Parce que vous savez, enfin vous imaginez je pense, que les gens en capacité de percevoir la Grande Guerre de manière quelque peu concrète, ne sont plus, si j’ose dire, légion. Les génération d’aujourd’hui, vous leur parlez de Vercingétorix, de Napoléon (les deux), de Richelieu, de de Gaulle, de Charlemagne, de Clémenceau, ou de Louis XIV, c’est comme si vous souffliez dans un violon. Peut être les meilleurs élèves ont ils pu avoir vent des personnages en question, mais seule une dérisoire minorité se révèlerait capable de vous les situer grosso-modo dans le temps. On n’apprend plus les dates, vous comprenez…on n’apprend plus grand chose d’ailleurs, vu l’atmosphère de guinguette sub-saharienne qui règne dans les salles de classe. Du coup, à ces gens là, vous leur suggèreriez de célébrer la fin de la Guerre de Cent Ans, la bataille des Champs Catalauniques, la Paix de Nimègue, voire même la Victoire de Samothrace, pourquoi pas, de toute façon, ce serait kif-kif bourricot, pour causer comme Mère-Grand. Les seules victoires susceptibles de leur parler restent celles du PSG Qatari, ou, pour les plus avertis, celles de la Musique…disons de la Zicmu. Sans rappeler, bien entendu, la profonde modération qui caractérise le sentiment d’appartenance à la Nation chez la plupart de nos jeunes concitoyens. Pour ces populations-là, célébrer la Répupu et sa gloire d’il y a cent ans, ça n’existe même pas, comme si de tels phénomènes se produisaient sur la Planète Lambda de la Galaxie Monzobe, à cent millions d’années-lumière. Et Macrouille aura beau chanter, de sa jolie voix de fausset enrhumé, notre éternelle reconnaissance pour le coup de main -bien involontairement- filé à nos Armées par les tirailleurs Sénégalais ou Algériens, cela n’y changera rien. C’est parler dans le vide, vox clamans in deserto! Que cela, bien sûr, ne nous empêche pas de commémorer, mais il importe juste de savoir qu’on le fait à l’intention exclusive des vieux, de ceux qui ont encore les histoire de La Marne, de Verdun, des Dardanelles et du Chemin des Dames, blottis dans un coin de l’esprit. Dans trente ans, il n’en restera plus un seul et les septuagénaires comme Présipède -si Dieu lui prête vie- parleront, à l’instar de ce dernier aujourd’hui, de choses qu’ils ignorent parce qu’il n’en ont, pour les plus instruits, qu’une connaissance livresque et imaginaire. La Guerre de  quatorze, pour nous, les vieux, ça évoque encore les gens qui nous en ont parlé parce qu’ils l’ont vécue. Après, il ne reste plus que des idées vagues et confuses fondées sur l’idéologie patriotico-démocratico-maçonnique et son verbiage infect. Un jour ou l’autre on finira par s’en soucier comme d’une guigne, on célèbrera plus volontiers, sans doute, la fin des évènements d’Algérie et les accords d’Évian. Peut être cela conviendra-t-il aussi bien; la Répupu, responsable du massacre de la fine fleur de la jeunesse du siècle passé et des catastrophes en cascade qui s’en sont suivies, trouve mieux sa place dans le renoncement et l’abandon que dans la célébration des désastres glorieux. Et pourtant…

Pourtant ça passe vite, un siècle. Nom de Dieu, je viens de réaliser…né, jour pour jour vingt-huit ans après ce fameux 11 Novembre 18 je me dis que rapporté à aujourd’hui ça nous mettrait en 1990, autant dire hier; vous vous rendez compte! En gros, la guerre du Golfe se retrouve à même distance du morpion qui naitra l’an prochain! Voilà pourquoi mes grand-pères et autres bonshommes de leur entourage, sans parler des grand-mères, grand-tantes, tout ça, traitaient l’affaire comme si elle venait d’avoir lieu. Mon aïeul Nouratin 1er, notamment, très remonté contre la bêtise mortifère républicaine, vu ce qu’elle lui avait fait subir pendant quatre années bien tassées, en avait conçu une détestation farouche pour tout ce qui rappelle de près ou de loin le patriotisme cocardier, l’armée franchouille et ses criminels en chef, le drapeau tricolore, tous ces pièges à con pour militaires parias; et il ne chantait jamais La Marseillaise que pour la terminer ainsi:
Qu’un sang impur abreuve nos sillons,
                                         Tas de cochons!
Je n’ose même pas imaginer ce qu’il aurait pu dire si par malheur il s’était fait tuer! Hommage lui soit toutefois rendu, j’en profite, y a pas de raison, c’était un Homme de Bien et plein d’humour ce qui, dans la plupart des cas, va de pair.
Oui mais voilà, les générations se succèdent et ne se transmettent pas grand chose, finalement. Les messages qui passent les siècles se comptent sur les doigts de la main d’un manchot de Terre Adélie. Et en général ce sont des conneries! Les jeunes-gens qu’on interviewait se matin sur les Champs-Élysées, faisaient état de tout ce que nous devions aux Poilus, « morts pour notre liberté« … Mais c’est quoi cette niaiserie? On peut encore gober des billevesées de ce calibre? Quelle liberté, pauvres cons? Celle d’une hécatombe imbécile dont nous paierons à jamais les conséquences? Celle qui nous a privés de centaines de milliers d’homme d’avenir? Celle qui a fait déferler chez nous tout une kyrielle de métèques attirés par les places ainsi laissées vacantes? Celle qui nous assujettit au diktat des bien-pensants à arrières-pensées? Celle qui nous oblige à subir sans moufter l’invasion des sauvages? Celle qui nous contraint à payer des milliards pour entretenir ces derniers? Celle qui nous apportera bientôt la Charia?
Ah oui alors, elle fait plaisir à voir notre liberté! Presque aussi chouette que celle de nos aïeux du Front, libres de crever écrasés sous les déluges d’obus ou ratiboisés en pleine course à la mort par les maschinengewehr des Boches de la tranchée d’en face. Ça nous a menés où, ces stupidités meurtrières? Vingt ans après, la génération suivante attendait mollement, bien planquée derrière la Ligne Maginot, des armées Teutoniques qui, un beau jour de Mai, contournèrent l’obstacle pour déferler presque sans coup férir sur une France complètement abasourdie et contrainte en un mois à la capitulation sans condition et à l’occupation. Et aujourd’hui, dans notre huitième décennie de paix relative en Europe, c’est qui le patron, hein? Ben oui, la mère Angela, enfin ce qu’il en reste, en tout cas l’Allemagne triomphante, Deutchland uber alles, ça ne fait pas l’ombre d’un doute! Au bout du compte il ne l’a pas tellement perdue, sa guerre, l’empereur Guillaume… C’était juste une question de patience…Comme disait l’ancien tirailleur algérien de Pagnol (1):
« Avec cinq sous de cacahuètes,
 Hadj Guillioum y fait la fête!
 Oï, oï, oï, tina mélo,
 Hadj Guillioum ci t’un salaud!
Il a fini par gagner, le Hadj, cent ans après c’est lui le patron…mais nous autres on s’en fout, pas vrai, on vit libres!

Alors tant pis, commémorons gaiement…juste un truc, ne commémorons surtout pas le Maréchal Pétain! Pas lui, flûte! Même en admettant qu’il ait beaucoup moins de morts sur la conscience au titre de la seconde guerre que de la première, et même en considérant que ses copains, les autres Maréchaux de la Der des Der, le dépassent tous très largement en nombre de macchabées. Oh Pétain, non alors! L’opprobre éternel le frappe et l’indignité nationale l’éjecte à tout jamais de la commémoration franchouille! A tout jamais!
Alors Présipède, quand d’une certaine façon il rétablit la vérité sur le vieux kroum en question, il blasphème! La vérité, quand c’est contraire au Dogme, ça voue aux gémonies, demandez donc à Giordano Bruno, ou a Galilée! Il a du pot qu’on ait changé d’époque, le petit Manu à sa Bribri, sans quoi il risquait le bûcher!

Amitiés à tous et bonne semaine.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

(1) Dans Marius, si j’ai bonne mémoire.

https://nouratinbis.wordpress.com/2018/11/11/elucubrations-commemoratoires/

OK++++++++++++++++++++++++++++++++++

3 réponses »

  1. Ecoutée il y a un certain, temps, j’ai gardé de cette émission d’Henri Guillemin des informations qui ont leur « saveur », et ne sont sûrement pas toutes fausses.
    Pétain, un sacré malin.

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  2. Juste une petite chose :
    « bien planquée derrière la Ligne Maginot, des armées Teutoniques qui, un beau jour de Mai, contournèrent l’obstacle pour déferler presque sans coup férir  »
    C’est oublier que les pertes humaines de mai-juin 1940 sont bien plus effroyables que Verdun (nombre de morts/ jours supérieur)
    Donc les français étaient tout sauf mous…
    Maintentant que j’y suis.
    – Pétain n’a été sauvé qu’en raison de la personnalité de son ancien aide de camp, celui-là qui rédigeait les cours du vieux maréchal lorsqu’il enseignait à Saint-Cyr (cours qu’il reniait une fois dans les ministères, ce vieux chaud lapin de maréchal) C’est à DeGaulle que l’on doit la génération d’officiers pas trop débiles de mai 1940 qui faisaient face à du matériel moins performant, mais plus nombreux…
    – L’apport des troupes « coloniales » est nul pendant la 1ere GM (et même pendant la seconde)
    Parce que : officiellement 400.000 (et 81.000 morts sur 1.300.000 !) les régiments coloniaux peuvent être composés de troupes françaises (nés sur le sol français/hors Algérie) ou d’origine française (ainsi Bébért Martin né à Oran est algérien…)
    Ce n’est pas leur passage en France qui motive les soldats de la coloniale à y rester…

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