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Le nouvel anarchisme de Droite – Interview Stéphane Geyres

Le nouvel anarchisme de Droite – Interview Stéphane Geyres

Né en 1962, Stéphane Geyres est consultant informatique, spécialisé dans la cybersécurité pour les grandes entreprises. Autodidacte de la liberté, il est connu pour avoir édité les livres Libres ! et Libres !!, chacun écrit à 100 mains ; pour avoir traduit plusieurs textes et ouvrages libertariens et être fondateur du Mouvement des Libertariens. Il est jusnaturaliste, adepte des théories de l’école autrichienne d’économie et considère l’Etat comme l’ennemi de la civilisation.

RAGE a décidé de s’entretenir avec lui car les positions originales qu’il tient semblent incarner une des nombreuses pistes qui émergent du besoin de la droite contemporaine de se renouveler. Nous lui avons posé des questions en rapport avec des thèmes déjà abordés par nous-mêmes dans différents articles ; ces thèmes sont d’actualité car ce sont des réponses que nous leur apporterons dont dépendra notre avenir, et celui de notre civilisation.

Bonjour Monsieur Geyres, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pouvez-vous présenter le libertarianisme, ou l’anarcho-capitalisme, pour nos lecteurs qui ne seraient pas familiers avec ces concepts ? D’ailleurs, faites-vous une différence entre ces deux derniers ?

Bonjour, Dr. Manhattan, et merci de votre intérêt.

Le libertarianisme, mot un peu barbare dont la racine est bien sûr la liberté, et donc le libéralisme, constitue l’aboutissement de ce dernier comme philosophie sociale et système politique humaniste. Fort d’une base théorique solide pour le justifier, il consiste à proposer et promouvoir pour l’avenir de l’humanité une société reposant sur le « principe de non-agression », c’est-à-dire une société où le respect absolu des droits fondamentaux de chaque individu est sacré. Bien sûr, c’est aussi une société où le principe dit « du laissez-faire » est d’application universelle, mais j’évite cette formule car beaucoup ne réalisent pas que cela revient exactement au respect des droits individuels que j’ai évoqué juste avant.

Présenté ainsi, cela n’évoque peut-être pas grand chose de concret. Je dirais donc que les idées de liberté et de respect qui caractérisent le libertarianisme sont de nature à apporter des réponses à tous les domaines et grandes questions de la société contemporaine, et c’est ce qui me motive tout particulièrement à les faire mieux connaître. La liberté et le respect de l’individu sont ainsi au cœur d’une écologie véritablement durable et humaniste, de la « justice sociale » telle qu’on peut l’imaginer au mieux, ou encore des questions d’immigration. Notez que j’évite de parler de liberté économique, car je veux souligner que le libéralisme et spécialement le libertarianisme ne traitent pas que d’économie et portent avant tout sur l’éthique sociale. 
Bien sûr, je pourrais développer beaucoup plus, mais je préfère finir avec votre question sur le vocabulaire. Je parle indifféremment pour me qualifier, et les idées que je porte, de libertarien, d’anarcho-capitaliste (« anarcap » pour les intimes) ou d’austro-libertarien – désolé pour tout ce jargon. Tous ces termes sont équivalents, tous expriment avec plus ou moins de bonheur et de technicité le principe de liberté précédent, qu’on retrouve dans l’anarchie (absence d’autorité, mais pas de règles) et dans le capitalisme authentique (pas celui de Marx mais celui de tous les entrepreneurs, du simple boulanger à l’entreprise digne de ce nom, celle qui n’est pas accoquinée avec les bureaucrates et élus et ne reçoit aucun privilège ni subvention).

Comment en êtes-vous arrivé à l’adoption de ces idées ?

C’est tout un cheminement personnel, et d’ailleurs je constate chez mes amis libertariens que nous avons chacun un cheminement différent, ce que je crois significatif de l’universalité de ces idées. En résumé, j’ai d’abord toujours eu le sentiment d’une obscurité et d’un non-sens chez les affirmations économiques qu’on nous servait dans les médias. Puis un jour, pour des raisons d’ordre professionnel, j’ai cherché à m’auto-former à la théorie économique, du moins les bases. Je suis autodidacte et curieux de bien des domaines. Et en cherchant sur Internet des introductions qui fassent sens, ce qui fut particulièrement difficile à trouver tant les théories « officielles » sont du charabia creux, j’ai fini par tomber sur le Mises Institute et les auteurs de ce qu’on dénomme par « école autrichienne d’économie ».

Ce fut une réelle révélation, tant les concepts et les idées exposées sont limpides, cohérents, simples et pourtant extrêmement fidèles à la réalité de notre monde. Mon appétit et ma curiosité m’ont alors poussé à creuser ce site et ses auteurs, puis tant de sites et auteurs périphériques, dans les domaines du droit, de la philosophie, de la philosophie politique, des sciences humaines et de l’histoire. Je me rendais alors peu à peu compte combien ce système d’idées de liberté avait du sens et surtout combien « on » (je devrais dire les politiciens et toute l’intelligentsia) nous mentait au quotidien sur toutes les questions économiques et sociales, pour protéger l’oligarchie étatique en place.

Et plus j’avançais dans leur étude, et dans les débats avec toutes sortes de contradicteurs, de droite comme de gauche, souvent même se disant libéraux sans l’être vraiment, plus je renforçais ma propre compréhension du libertarianisme, et ma conviction de la valeur de son humanisme, au point de me convaincre de l’urgence de le faire connaître plus largement.

Quelles sont les positions libertariennes sur l’immigration ? Comment la gestion des immigrants se fait-elle en anarchie ? 

C’est une question récurrente, et de ce fait il existe de nombreux textes sur ce sujet, dans « Libres !! » que j’ai édité par exemple, ou chez Bertrand Lemennicier, parmi beaucoup d’autres.

Il faut commencer par affirmer que la question migratoire que nous connaissons est un phénomène non libéral, pure conséquence des choix politiciens de la France et de l’Europe que nous subissons. Cette vague migratoire est imposée aux population autochtones et cela suffit à en faire un scandale en soi. Scandale qui est doublé par les conséquences sur la fiscalité accrue qui découle de la prise en charge sociale, elle aussi imposée, de ces populations par les systèmes de « providence » et de fausse « justice sociale ».

Ne nous trompons pas sur mon propos, qui n’est en rien raciste ou quoique ce soit de cet ordre. Analysons plutôt. Il y a des populations qui souhaitent venir en Europe. Soit, j’y reviens dans un instant. Mais leur venue, qu’elle soit d’Afrique, d’Europe de l’Est ou d’Asie, peu importe, devrait pouvoir être acceptée – j’allais dire bien accueillie – par les populations locales. Quand vous êtes dans votre maison, personne ne peut vous imposer un locataire sans votre accord préalable, alors pourquoi ne pas faire pareil ? De plus, ces migrants ne viendraient pas tous s’ils ne pariaient sur la prise en charge dite « sociale » qui elle aussi est financée sans notre consentement explicite. Cette absence de consentement est le cœur du scandale de cette affaire. 

Bien sûr, il est louable et charitable de recevoir parmi tous ces pauvres gens qui fuient leurs pays miséreux ceux qui souhaitent vraiment refaire leur vie chez nous. Mais cela ne doit pas être une raison pour nous imposer toute la misère du monde, y compris celle qui se révélerait peu fréquentable. L’immigration doit être un phénomène mutuellement consenti, comme toute la vie sociale. C’est cela la liberté : la liberté de migrer, ou pas, mais aussi celle d’accueillir ou de ne pas accueillir, et au bout du compte celle de négocier ensemble pour trouver une solution. 

Nous avons récemment fait un article sur l’OTAN, et pourquoi il serait un choix stratégiquement bancal de quitter cette organisation ; comment à Liberland, ou dans « une Europe d’un millier de Liechtenstein » selon la formule de Hans-Hermann Hoppe, gère-t-on les armes nucléaires et la protection face à de grandes puissances ? Bref, comment finance-t-on la protection à grande échelle ?

La question est vaste et mériterait presque un ouvrage à elle seule. Ces trois aspects de la défense envers une « super puissance » font bien sûr un des faux prétextes fondateurs de l’OTAN et de l’UE, mais qui pourtant est loin d’aller de soi. Je retiendrai ici les stratégies qui me semblent les plus représentatives du mode de pensée fort différent que les libertariens mettent en avant sur de telles questions. Et en premier lieu, puisque vous évoquez le Liechtenstein, il faut se rendre compte et tirer les leçons du fait objectif que ce pays minuscule n’est jamais en guerre ni menacé, ce qui demeure la première motivation à penser que sa stratégie doit pouvoir être généralisée à une Europe devenue mosaïque de mille micro-pays.

Outre une grande neutralité et une très faible ingérence dans les affaires extérieures, Vaduz applique en premier lieu une stratégie de services envers le reste du monde. Et mille Liechtenstein(s) feraient probablement de même, à une échelle décuplée. La meilleure défense restant la dissuasion, ils est probable que dans chaque « pays », de nombreuses entreprises, performantes, se seraient rendues comme indispensables les unes envers les autres et surtout envers leurs clients situés dans les pays potentiellement agresseurs. Lesquels seront les premiers à dissuader leurs gouvernements de partir à l’aventure fort incertaine d’un conflit qui les mettrait en sale situation. 

Fort incertaine car de plus, dans une anarcapie, la police et la protection civile en général est typiquement apportée par les compagnies d’assurance internationales. Bien que pacifiques par intérêt commercial, celles-ci disposent de moyens financiers colossaux qui viennent en soutien des moyens de leurs clients. Ainsi, même une force américaine pourrait bien avoir fort à faire face aux moyens de défense qu’un Axa serait capable de mobiliser pour ses clients. Moyens qui de plus viendraient en complément de la puissance de défense privée que les citoyens « des mille » auraient pu accumuler par eux-mêmes – car il faut se souvenir que la liberté suppose celle du port d’arme et donc que les peuples libres sont bien armés. 

Enfin, il faut remettre un tel projet en perspective globale. Il est évident qu’une Europe « des mille » Liechtenstein si elle doit voir le jour, ne se fera pas en une nuit. Cela prendra peut-être une, voire deux générations. Pendant tout ce temps, le reste du monde aussi évoluera, et il aura forcément évolué pour que cette transformation politique puisse se faire. Autrement dit, il est très probable qu’en parallèle, les Etats-Unis aient eux-aussi connu un retour à leur décentralisation originelle en Etats, réduisant d’autant la menace mondiale de leur impérialisme.

Certes, je me rends bien compte du caractère très hypothétique de cette dernière analyse, mais je cherche à montrer qu’une question comme celle que vous posez correspond à un scénario en réalité très improbable et que la réponse se fera en parallèle de la transformation de l’Europe. En je conclus donc par une grande confiance dans la capacité « des mille » à se défendre.

Comment appréhendez-vous les problématiques écologiquesdénoncées par l’entièreté des hommes politiques et des médias comme le réchauffement climatique ou la pollution plastique ? S’ils sont, à certains égards, de sérieux problèmes, comment seraient-ils gérés en anarcapie ?

Bonne question, surtout vue l’actualité. Je l’aborde à deux niveaux. En premier, je me méfie toujours de la propagande étatique qui est partout dans les médias subventionnés, et donc je commence par douter et vérifier les théories alarmistes qui nous sont servies. Et que ce soit les théories du GIEC, celles mises en avant par les « décroissants » ou encore les thèses qui s’appuient sur une pseudo entropie pour justifier des limites physiques que le monde nous imposerait, je constate qu’aucune ne repose sur quoi que ce soit de sérieux, rigoureux et économiquement solide – j’ai écrit un article sur chacun de ces sujets, pour mémoire. 

Alors ensuite, pour aller directement à la réponse, mon article sur la décroissance donne je pense l’essentiel du principe. Tout d’abord, les libertariens ne sont absolument pas insensibles aux questions écologiques. Mais ils contestent néanmoins que même l’écologie puisse être un prétexte à moins de liberté individuelle. Au contraire même, ils avancent que c’est dans la liberté que se trouve la réponse ultime et durable. Car finalement, l’écologie doit trouver comment au mieux et à l’échelle de l’humanité prendre la décision suivante : entre préserver la nature et permettre à l’humanité de se nourrir et prospérer, qui doit décider ou donner la préférence, si ce n’est chacun de nous ? 

Pouvant résumer la doctrine juridique du libertarianisme à « faire ce qu’on veut avec ce qu’on a », que pensez-vous dutranshumanisme ? Comme nous en avons parlé dans des articles précédents, pensez vous que le fait d’imposer des limites aux individus sur l’amélioration de leurs capacités diverses et du génome de leur descendance représente un danger pour la civilisation occidentale, ce qui ne ferait qu’accélérer sa tiers-mondisation ?

Autre sujet fort intéressant, merci. Il y a déjà quelques années, j’avais écrit un texte assez général sur le lien entre la liberté et la technologie – dans votre question, la technologie est celle de l’amélioration de l’individu voire de l’espèce – qui souligne que tout se passe bien tant que la responsabilité individuelle, et donc le droit, reste le garde-fou des excès toujours possibles. Autrement dit, quiconque peut bien devenir un bioman ou un homme-qui-vaut-trois-milliards, tant que sa relation aux autres est encadrée par le principe de non-agression, et donc qu’il ne peut agresser ou voler quiconque impunément, je pense que rien de grave ne peut arriver, bien au contraire. 
J’avoue rester encore sur cette ligne, mais il est vrai que depuis, cette crainte envers la civilisation mérite sans doute un complément. À cet égard, H-H.Hoppe dans le chapitre 1 de son célèbre Democracy, The God That Failed, que nous sommes en train de traduire, propose à mon sens la meilleure base de réponse. En substance, il montre que dans une société libre, donc une société où le droit est respecté et les impôts n’existent donc pas, la prospérité, la liberté bien sûr, mais aussi la vision à long terme, l’investissement, le développement sous toutes ses formes trouvent un meilleur terrain de croissance. Autrement dit, la civilisation occidentale peut se résumer à la liberté et au respect du droit qui l’accompagne, et que si la liberté revient, la liberté véritable s’entend, celle dont l’état et la démocratie sont absents, alors la civilisation occidentale et l’humanité avec elle resplendiront de nouveau. 
On voit que la réflexion est bien autre et ne se focalise pas spécialement sur le transhumanisme, dont on pourrait simplement penser qu’il n’est que la prochaine étape de notre évolution. Je sais parfaitement que je réponds à côté de certaines questions cachées, telles celles liées à la moralité de telles expériences. Mais de quel *droit* un individu n’agressant personne ne pourrait-il tenter d’améliorer son existence humaine ? Notre devoir consiste à lui accorder cette liberté, pourvu qu’il reconnaisse la nôtre. Voilà notre civilisation. 

Pour les libertariens, chacun est libre de disposer de son corps, et donc de l’améliorer.

Un dernier mot ?

Nous sommes juste après des élections européennes qui ont vu « la droite » supposée faire 8%, un score sans précédent dans le champ du minable. Bien que profondément opposé à toute démarche partisane, ce chiffre m’affecte précisément parce qu’il illustre l’incapacité de ces élites supposées porteuses d’un message civilisationnel d’en être dignes et de le porter haut et fier.
Wauquiez vient de démissionner, la bataille de sa succession va faire rage, probablement avec les bassesses habituelles. Pour ma part, partis ou pas, je pense qu’il faut inverser la logique et cesser de se laisser intimider par les gauchistes de tous poils qui se font passer pour les seuls humanistes, alors qu’ils sont les vrais tyrans. Il faut être fier de son héritage civilisationnel et l’assumer pleinement – de toute manière, il n’y a désormais plus rien à perdre, et le successeur importe peu à ce niveau.

À ce propos, H-H.Hoppe, chef de file des libertariens, nous éclaire ainsi : « Ainsi, pour empêcher un déclin, il ne faut ni plus ni moins qu’un changement de l’opinion publique ; et celle-ci peut être influencée à tout moment par idées et idéologies. » 
Il a bien sûr raison. Cela veut dire qu’il ne faut pas aller dans le sens du poil, là où il est facile d’aller, là où on se croit populaire, mais où on perd toute substance. Il faut aller à contre-courant et oser dire le vrai. Il faut oser dire que la civilisation rime avec liberté individuelle et respect du vrai droit et que c’est par là que l’avenir se dessine. Il faut le courage d’un libéralisme fort et qui bouscule. Le choix est simple, pour cette droite en lambeaux. Suivre les libertariens, ou disparaître et se rendre complice d’un désastre pire encore.

Où peut-on vous retrouver ? 

Un peu partout sur Internet : sur mon blog, sur Vu d’Ailleurs, sur la chaîne Regards Libres également. 
Merci pour cette interview fort pertinente.

http://rage-culture.com/le-nouvel-anarchisme-de-droite-interview-stephane-geyres/

EN BANDE SON :

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