Commentaire de Marché

đŸ”„ LE CAPITAL A DE NOUVEAU UNE PATRIE

Yen, AI factories, énergie : quand la souveraineté reprend la main sur la techno-capital machine

Note stratĂ©gique et philosophique Premium++ — Blog Ă  Lupus / TS2F

Semaine arrĂȘtĂ©e au 12 septembre 2026

La semaine derniĂšre, nous Ă©crivions Le Prix de la Puissance. L’intelligence artificielle Ă©tait devenue assez grande pour modifier elle-mĂȘme le prix mondial du capital : davantage de data centers, davantage de dette, davantage d’électricitĂ©, davantage de concurrence pour la duration, donc des taux plus Ă©levĂ©s. Cette semaine, nous dĂ©couvrons quelque chose d’encore plus profond : le capital lui-mĂȘme recommence Ă  avoir une patrie.

Pendant prĂšs de trente ans, le Japon a jouĂ© un rĂŽle extraordinaire dans le systĂšme financier mondial. Taux presque nuls, monnaie faible, gigantesque stock d’épargne : Tokyo fournissait au monde l’une de ses principales sources de levier bon marchĂ©. On empruntait en yen pour acheter des Treasuries, du crĂ©dit, des actions amĂ©ricaines, des devises Ă©mergentes ou presque n’importe quel actif offrant quelques points de rendement supplĂ©mentaires. Le yen n’était donc plus seulement une monnaie : il Ă©tait devenu l’un des grands lubrifiants de la mondialisation financiĂšre.

Ce rĂ©gime commence peut-ĂȘtre Ă  se retourner. La Banque du Japon poursuit sa normalisation monĂ©taire, les rendements japonais remontent, les salaires progressent, l’inflation intĂ©rieure est davantage installĂ©e et le yen recommence Ă  rĂ©agir aux diffĂ©rentiels de taux. Mais le changement le plus important n’est peut-ĂȘtre mĂȘme pas monĂ©taire. Il est financier et stratĂ©gique : l’épargne japonaise commence Ă  avoir de nouveau de bonnes raisons de rester au Japon.

C’est ici que l’histoire devient considĂ©rable. Pendant des dĂ©cennies, le capital japonais allait chercher son rendement Ă  New York, Londres ou Sydney. Demain, il pourrait davantage le trouver dans une fab de semi-conducteurs, une AI factory, un rĂ©seau Ă©lectrique, une infrastructure robotique ou un projet industriel domestique. Autrement dit, le Japon pourrait commencer Ă  transformer son Ă©pargne en souverainetĂ© technologique.

Et cela arrive prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč les États-Unis doivent financer simultanĂ©ment leurs dĂ©ficits, leur rĂ©armement, leur rĂ©industrialisation, leurs data centers, leur Ă©nergie, leur nuclĂ©aire, leur spatial et leur rĂ©volution IA. VoilĂ  pourquoi le yen n’est plus une simple histoire de Forex. Il devient une variable centrale du financement du nouvel ordre technologique.

Bienvenue dans Le Capital a de nouveau une patrie.

Photo by Shubham Dhage on Unsplash

QUAND LE JAPON CESSE D’ÊTRE LE BANQUIER DU MONDE

Le carry trade fonctionne tant que trois conditions restent rĂ©unies : le financement en yen demeure bon marchĂ©, la monnaie reste suffisamment stable et l’actif achetĂ© Ă  l’étranger rapporte nettement davantage. Lorsque la devise utilisĂ©e pour se financer commence Ă  s’apprĂ©cier rapidement, le calcul change complĂštement. Un investisseur peut gagner quelques points sur une obligation amĂ©ricaine ou davantage sur une action, mais perdre cette performance sur le change. À partir de lĂ , le carry cesse d’ĂȘtre du rendement et redevient ce qu’il a toujours Ă©tĂ© : du levier. Et le levier finit toujours par devoir ĂȘtre remboursĂ©.

Market Ear et TS Lombard considĂšrent que le franchissement durable de 150 sur USD/JPY pourrait n’ĂȘtre qu’une premiĂšre Ă©tape vers une zone de valorisation plus basse si le diffĂ©rentiel de taux continue de se rĂ©duire et si le rapatriement de capitaux japonais s’accĂ©lĂšre. Il ne faut Ă©videmment pas transformer ces modĂšles en prophĂ©tie, mais la direction du risque devient claire : le carry trade mondial ne peut plus considĂ©rer le yen comme une source gratuite et Ă©ternelle de financement.

Le changement structurel vient surtout des flux. Pendant des annĂ©es, l’immense excĂ©dent courant japonais Ă©tait largement recyclĂ© dans les actifs Ă©trangers. Aujourd’hui, les rendements domestiques deviennent moins insignifiants au moment mĂȘme oĂč Tokyo cherche Ă  dĂ©velopper l’IA, les semi-conducteurs, la robotique et ses infrastructures stratĂ©giques. Le raisonnement d’un investisseur japonais change donc progressivement : pourquoi accepter le risque de change, le risque amĂ©ricain et le coĂ»t d’une couverture pour acheter un Treasury si une obligation domestique offre enfin un rendement plus crĂ©dible et si l’économie japonaise produit simultanĂ©ment davantage d’opportunitĂ©s d’investissement ?

Le Japon n’a mĂȘme pas besoin de vendre brutalement ses actifs Ă©trangers pour modifier l’équilibre mondial. Il suffit qu’il en achĂšte un peu moins Ă  la marge. Et c’est dĂ©jĂ  beaucoup.

Pendant trente ans, le principe de la mondialisation financiĂšre semblait simple : le capital devait aller lĂ  oĂč le rendement financier Ă©tait supĂ©rieur. Mais ce calcul devient progressivement incomplet. Dans un monde oĂč les États redĂ©couvrent la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique, les semi-conducteurs, les infrastructures numĂ©riques, la dĂ©fense et les chaĂźnes critiques, apparaĂźt une deuxiĂšme forme de rendement : le rendement stratĂ©gique.

Une obligation amĂ©ricaine peut offrir 5 %. Mais un investissement japonais dans une fab ou une infrastructure d’IA peut offrir du rendement, de l’emploi, de la rĂ©silience industrielle et une capacitĂ© de puissance. VoilĂ  pourquoi le techno-souverainisme pourrait progressivement modifier non seulement la gĂ©ographie industrielle, mais Ă©galement la gĂ©ographie du capital. Les États n’auront mĂȘme pas besoin d’ordonner le rapatriement de l’épargne ; il leur suffira de crĂ©er suffisamment d’opportunitĂ©s domestiques stratĂ©giques pour que ce rapatriement devienne rationnel. C’est beaucoup plus puissant que le contrĂŽle des capitaux.

Et c’est ici que le problĂšme japonais rejoint directement le financement de l’intelligence artificielle. Le monde occidental possĂšde dĂ©jĂ  une Ă©norme bataille pour la duration : les États empruntent, les hyperscalers empruntent, les utilities empruntent, les projets nuclĂ©aires rĂ©clament du capital et les infrastructures de dĂ©fense Ă©galement. Le compute devient de plus en plus capitalistique. Si l’un des plus grands fournisseurs historiques d’épargne mondiale commence Ă  conserver davantage d’argent chez lui, alors le prix du financement international doit mĂ©caniquement devenir plus exigeant.

La semaine derniĂšre, nous Ă©crivions que l’IA faisait monter le prix du capital. Cette semaine ajoute un Ă©tage supplĂ©mentaire : l’IA doit dĂ©sormais financer son accĂ©lĂ©ration dans un monde oĂč le capital devient plus cher et plus national.

LA GRANDE MOBILISATION ENTRE EN MODE DIFFICILE

VoilĂ  pourquoi la simultanĂ©itĂ© des mouvements monĂ©taires est tellement importante. La Fed reste confrontĂ©e Ă  une inflation trop Ă©levĂ©e ; la BCE vient de resserrer ; la Banque du Japon normalise ; le pĂ©trole ajoute une nouvelle pression sur les prix ; les taux longs restent Ă©levĂ©s. Nous avions parlĂ© de Grande Mobilisation technologique. Nous entrons maintenant dans sa phase adulte : la Grande Mobilisation sans argent gratuit.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que l’accĂ©lĂ©rationnisme devient intĂ©ressant. Pendant les annĂ©es de taux zĂ©ro, beaucoup de projets pouvaient survivre avec une simple promesse de croissance. Il suffisait parfois de lever, emprunter, construire puis recommencer. Avec un capital rĂ©ellement cher, le marchĂ© pose enfin la bonne question : que produisez-vous avec cet argent ?

Un data center financĂ© Ă  3 % n’avait pas besoin d’ĂȘtre exceptionnel ; Ă  7 %, il doit produire. Un nĂ©ocloud trĂšs endettĂ© doit dĂ©montrer son utilisation ; un modĂšle doit gĂ©nĂ©rer du revenu ; un rĂ©acteur doit fournir des Ă©lectrons ; un robot doit Ă©conomiser du travail ; un logiciel agentique doit amĂ©liorer une marge ou augmenter un chiffre d’affaires. Nous avions formulĂ© la semaine derniĂšre : accĂ©lĂ©rer sous contrainte. J’ajoute maintenant : accĂ©lĂ©rer avec du capital rare.

C’est la phase darwinienne. Et elle favorise prĂ©cisĂ©ment les entreprises qui contrĂŽlent les vĂ©ritables goulets.

Le problĂšme est que ce resserrement financier intervient au moment oĂč la gĂ©opolitique provoque un nouveau choc Ă©nergĂ©tique. Ormuz et Bab el-Mandeb rappellent une vĂ©ritĂ© que l’économie numĂ©rique prĂ©fĂšre rĂ©guliĂšrement oublier : un modĂšle d’IA n’échappe pas Ă  la gĂ©ographie. Le pĂ©trole augmente, le fret augmente, le diesel augmente, l’inflation remonte, puis les anticipations de taux se dĂ©placent, puis la duration souffre, puis les multiples technologiques sont comprimĂ©s.

Nous avons donc dĂ©sormais trois contraintes qui se rencontrent : yen plus fort, pĂ©trole plus cher, taux plus Ă©levĂ©s. Ce n’est certainement pas l’environnement le plus confortable pour la technologie, mais c’est peut-ĂȘtre celui qui sĂ©parera enfin les infrastructures productives des simples histoires de valorisation.

LE VRAI TEST DE L’IA N’EST PLUS LE BENCHMARK. C’EST LE CASH-FLOW.

VoilĂ  probablement le message essentiel de la confĂ©rence Goldman TMT de cette semaine. Le dĂ©bat a changĂ©. Nous ne parlons plus principalement de savoir quel modĂšle obtient trois points supplĂ©mentaires sur un benchmark ; le dĂ©bat porte dĂ©sormais sur l’échelle, l’énergie, le retour sur investissement, l’adoption, les revenus et le cash-flow.

Nvidia et SpaceX prĂ©sentent dĂ©sormais le compute IA comme une nouvelle classe d’actifs industriels, tandis que les workflows agentiques deviennent progressivement le prochain paradigme logiciel et que la cybersĂ©curitĂ© apparaĂźt comme l’un des bĂ©nĂ©ficiaires les plus directs de cette transition. Le principal goulot, lui, se dĂ©place progressivement des puces vers l’électricitĂ©.

C’est exactement ce que nous voulions voir. L’IA cesse progressivement d’ĂȘtre une dĂ©monstration technologique. Elle devient une infrastructure Ă©conomique.

Oracle reste depuis plusieurs mois notre meilleur canari du crĂ©dit IA : dette Ă©levĂ©e, capex Ă©norme, cash-flow sous pression, Stargate, concentration importante. C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi son Ă©volution est si intĂ©ressante. Le sujet n’est plus seulement le backlog, mais la maniĂšre dont l’entreprise finance la conversion de ce backlog.

Le dĂ©veloppement de structures dans lesquelles certains clients prĂ©financent davantage, apportent parfois leur propre hardware ou rĂ©duisent le besoin de capital incrĂ©mental d’Oracle est important. VoilĂ  ce que l’écosystĂšme doit apprendre : pas simplement emprunter davantage, mais mieux architecturer le capital.

C’est l’une des transformations les plus importantes du cycle IA. PremiĂšre phase : le venture capital finance la startup ; deuxiĂšme : les hyperscalers financent les GPU ; troisiĂšme : le marchĂ© obligataire finance les data centers ; quatriĂšme : les actifs compute commencent eux-mĂȘmes Ă  gĂ©nĂ©rer des cash-flows suffisamment visibles pour financer leur propre dĂ©veloppement.

Le vĂ©ritable Saint Graal n’est donc pas un tour de table de plus. C’est le compute qui finance le compute.

C’est exactement ce que Nvidia essaie dĂ©sormais de faire reconnaĂźtre en prĂ©sentant l’AI factory non plus seulement comme du matĂ©riel se dĂ©prĂ©ciant, mais comme un actif productif capable de gĂ©nĂ©rer une production Ă©conomique et donc d’ĂȘtre financĂ© sur cette production. VoilĂ  la vraie maturitĂ© financiĂšre de l’intelligence artificielle.

ASTRA ET LE SOFTWARE : LA GRANDE SÉLECTION COMMENCE

L’arrivĂ©e d’Astra a ravivĂ© une vieille peur : si les modĂšles deviennent suffisamment capables, pourquoi continuer Ă  payer certains logiciels ? La question est lĂ©gitime, mais elle est mal formulĂ©e.

Un logiciel dont la valeur repose uniquement sur une interface, quelques menus et un tableau de bord est effectivement vulnĂ©rable. En revanche, un systĂšme possĂ©dant les donnĂ©es, les permissions, le contexte mĂ©tier, les intĂ©grations, les workflows et la sĂ©curitĂ© reste extrĂȘmement prĂ©cieux.

Nous allons probablement observer une sĂ©paration radicale entre software comme interface et software comme infrastructure d’action. Le premier va subir une compression de valeur ; le second peut devenir encore plus indispensable. L’IA ne tue donc pas le software : elle l’oblige Ă  devenir actif. Le logiciel passif est en danger ; le logiciel qui agit, contrĂŽle, vĂ©rifie et protĂšge devient stratĂ©gique.

C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi CrowdStrike et Palo Alto sont si intĂ©ressants. Plus les modĂšles deviennent capables d’agir, plus ils crĂ©ent des identitĂ©s machines, des tokens, des autorisations, des secrets, des accĂšs et donc des surfaces d’attaque. À la confĂ©rence Goldman, George Kurtz souligne que l’IA agit dĂ©sormais comme un catalyseur des dĂ©penses de sĂ©curitĂ© et non comme un substitut. CrowdStrike s’appuie notamment sur plus d’une dĂ©cennie de donnĂ©es de sĂ©curitĂ© propriĂ©taires et annotĂ©es, tandis que ses nouvelles offres IA connaissent une adoption importante.

La logique est presque mĂ©canique : plus d’autonomie implique plus de permissions ; plus de permissions impliquent plus de risques ; plus de risques impliquent plus de sĂ©curitĂ©. Chaque agent autonome crĂ©e donc sa propre taxe de cybersĂ©curitĂ©.

DataDog fournit la couche suivante : l’observabilitĂ©. Les clients natifs IA adoptent davantage de produits et dĂ©veloppent leurs workloads plus rapidement. Plus les machines travaillent pour d’autres machines, plus il faut savoir ce qu’elles font, pourquoi elles le font, combien cela coĂ»te et oĂč cela casse.

Nous entrons dans une Ă©conomie oĂč les machines vont progressivement devoir agir, se surveiller et se protĂ©ger. Palo Alto prolonge exactement cette logique : davantage d’agents et davantage de trafic impliquent davantage d’inspection, davantage de sĂ©curitĂ© et davantage de plateformes intĂ©grĂ©es. Le cyber devient donc un vĂ©ritable pĂ©age du Nouvel État-Machine.

NVIDIA, SPACEX ET LE RETOUR DU MONDE PHYSIQUE

La prĂ©sentation de Jensen Huang confirme parfaitement notre thĂšse. L’offre de compute reste tendue ; le packaging reste tendu ; la mĂ©moire reste tendue ; mais le vĂ©ritable problĂšme descend dĂ©sormais plus profondĂ©ment dans l’économie physique : Ă©lectricitĂ©, foncier, raccordement, capacitĂ© data center.

Nvidia continue d’identifier l’IA physique, les systĂšmes autonomes et la robotique comme les prochaines grandes vagues de croissance. VoilĂ  le paradoxe magnifique de cette rĂ©volution : l’intelligence peut devenir extrĂȘmement scalable dans le logiciel, mais elle continue de dĂ©pendre d’un monde extraordinairement matĂ©riel, fait de transformateurs, de turbines, de cĂąbles, de rĂ©acteurs, de parcelles et de connexions rĂ©seau.

Le cloud n’a jamais supprimĂ© la matiĂšre. Il l’avait simplement cachĂ©e.

SpaceX fournit peut-ĂȘtre la vision la plus spectaculaire de cette Ă©volution. Selon le compte rendu de la confĂ©rence Goldman, l’entreprise se dĂ©crit de plus en plus comme une plateforme intĂ©grĂ©e d’infrastructure IA reliant lancement, Starlink, Ă©nergie, compute, modĂšles et services logiciels. Les objectifs Ă©voquĂ©s dĂ©passent 2 GW de compute fin 2026 puis potentiellement 5 Ă  10 GW en 2027, avec en parallĂšle une ambition croissante sur le compute orbital.

Il faut Ă©videmment traiter ces objectifs comme des objectifs d’exĂ©cution et non comme des revenus dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©s. Mais la logique industrielle est remarquable : fusĂ©e, satellite, rĂ©seau, Ă©nergie, compute, modĂšle, client. SpaceX tente de contrĂŽler progressivement l’ensemble du milieu nĂ©cessaire Ă  sa propre expansion.

VoilĂ  exactement ce que Simondon appelait le milieu associĂ©. Le vĂ©ritable moat n’est alors plus seulement le produit. C’est l’environnement qui permet au produit de fonctionner. C’est probablement la forme la plus pure du techno-souverainisme privĂ©.

Le compute orbital reste encore trĂšs loin d’ĂȘtre dĂ©montrĂ© Ă©conomiquement. Radiation, maintenance, dissipation thermique, latence, remplacement hardware, coĂ»t de lancement : les problĂšmes sont immenses. Mais Starship pourrait changer une partie de l’équation s’il rĂ©duit rĂ©ellement le coĂ»t de transport de masse vers l’orbite.

Et c’est ici que fonctionne la logique accĂ©lĂ©rationniste : une technologie ne change pas seulement son propre secteur ; elle peut enlever la contrainte qui empĂȘchait une autre technologie de devenir Ă©conomique. FusĂ©e rĂ©utilisable, coĂ»t orbital plus bas ; coĂ»t orbital plus bas, nouvelles architectures compute ; nouvelles architectures compute, nouvelles contraintes Ă©nergĂ©tiques.

Chaque innovation ouvre un nouvel espace de possibilités.

LE JAPON ET SPACEX RACONTENT LA MÊME HISTOIRE

D’un cĂŽtĂ©, le GPIF, la Banque du Japon, les fabs et la robotique japonaise. De l’autre, Starship, Starlink, xAI et le compute. À premiĂšre vue, aucun rapport. Et pourtant la logique est identique : internaliser progressivement les dĂ©pendances critiques.

Le Japon veut davantage financer le Japon et produire localement certaines technologies stratĂ©giques. SpaceX veut lancer, connecter, calculer et faire fonctionner toujours davantage d’élĂ©ments dans son propre Ă©cosystĂšme. VoilĂ  la vraie dĂ©finition moderne de la souverainetĂ© : rĂ©duire le nombre de fonctions vitales que vous ĂȘtes obligĂ© de demander Ă  quelqu’un d’autre.

Cela ne signifie pas autarcie. Cela signifie optionnalitĂ©. Et l’optionnalitĂ© est une forme de puissance.

C’est aussi pourquoi l’open source devient stratĂ©gique. On pourrait penser que la souverainetĂ© technologique suppose nĂ©cessairement des systĂšmes fermĂ©s ; pas toujours. Nvidia dĂ©fend au contraire les modĂšles ouverts parce qu’ils permettent aux entreprises, universitĂ©s, startups et pays de personnaliser leur intelligence au lieu de dĂ©pendre intĂ©gralement d’un fournisseur unique.

Un modĂšle propriĂ©taire contrĂŽlĂ© depuis l’étranger impose une dĂ©pendance au prix, aux conditions d’accĂšs, Ă  l’API et Ă  la politique du fournisseur. Un modĂšle ouvert peut ĂȘtre hĂ©bergĂ©, auditĂ©, spĂ©cialisĂ© et modifiĂ©. L’open source devient donc lui aussi une technologie de souverainetĂ©.

C’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi la bataille avec la Chine devient tellement importante. PĂ©kin cherche Ă©galement Ă  rĂ©duire ses dĂ©pendances en GPU Ă©trangers, software amĂ©ricain et modĂšles frontier occidentaux. Les États-Unis cherchent exactement la mĂȘme chose dans l’autre direction. Le techno-souverainisme devient symĂ©trique, donc conflictuel.

Et voilĂ  la leçon essentielle pour l’Europe : il ne suffit pas d’avoir un modĂšle national. Le vĂ©ritable systĂšme souverain exige compute, cloud, Ă©nergie, donnĂ©es, cyber, capital et rĂ©seaux. Un LLM sans ces couches reste dĂ©pendant. Toute stratĂ©gie europĂ©enne rĂ©duite au logiciel est donc condamnĂ©e Ă  rester superficielle.

L’EUROPE DOIT ALIGNER CAPITAL, ÉNERGIE ET INDUSTRIE

Le Japon possĂšde un avantage conceptuel : il comprend mieux qu’une nation industrielle est un systĂšme, pas une collection de startups. Il dispose encore d’une grande Ă©pargne nationale, de robotique, d’industrie, de semi-conducteurs, d’une monnaie, d’une banque centrale et d’une politique industrielle.

L’Europe, elle, doit aligner plusieurs États, plusieurs budgets, des intĂ©rĂȘts Ă©nergĂ©tiques divergents et une monnaie commune. Sa souverainetĂ© est donc beaucoup plus difficile Ă  construire. Et le resserrement de la BCE ajoute une difficultĂ© supplĂ©mentaire : l’Europe doit investir davantage prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč le coĂ»t du capital augmente.

VoilĂ  pourquoi son problĂšme central demeure l’énergie. Sans Ă©nergie abondante, la politique monĂ©taire est condamnĂ©e Ă  arbitrer entre inflation et industrie.

C’est lĂ  encore une leçon profondĂ©ment techno-souverainiste : la souverainetĂ© numĂ©rique n’existe pas sans souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique, et la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique ne peut ĂȘtre construite sans capital suffisamment abondant et suffisamment patient.

POURQUOI LE MARCHÉ REFUSE ENCORE DE CASSER

Le comportement des marchĂ©s cette semaine est extrĂȘmement instructif. PĂ©trole supĂ©rieur Ă  100 dollars, Treasuries proches de 5 %, Fed restrictive, BCE restrictive, BOJ plus restrictive, risque de carry unwind japonais : dans un autre contexte, cette combinaison aurait pu provoquer un vĂ©ritable accident boursier.

Et pourtant les grands indices technologiques ne s’effondrent pas.

Pourquoi ? Parce que les profits et la trajectoire industrielle continuent de fournir un contrepoids. Le commentaire Goldman transmis cette semaine le dit trĂšs bien : le moteur bĂ©nĂ©ficiaire liĂ© Ă  l’IA reste suffisamment puissant pour compenser une partie des inquiĂ©tudes sur l’énergie, l’inflation, les taux et la gĂ©opolitique. Mais le financement devient simultanĂ©ment plus problĂ©matique, les Ă©missions technologiques entrant elles-mĂȘmes en concurrence avec les besoins du Treasury.

VoilĂ  le duel : les bulls regardent les profits ; les bears regardent le financement. Les deux ont raison. La question est simplement de savoir lequel des deux deviendra la contrainte marginale.

Je ne crois pas que le marchĂ© obligataire doive « tuer » l’IA. Je pense qu’il va l’obliger Ă  changer de forme. Moins de projets fantĂŽmes ; plus de take-or-pay ; davantage de prĂ©paiements ; davantage de BYOH ; plus de verticalisation ; plus d’infrastructures financĂ©es comme des actifs ; plus de capital domestique ; plus de souverainetĂ© ; plus de sĂ©lection.

Autrement dit, la contrainte ne tue pas nĂ©cessairement l’accĂ©lĂ©ration. Elle l’oblige Ă  devenir plus efficace.

DANTEC, FAYE, VIRILIO, LAND : LA PHILOSOPHIE DU CAPITAL RARE

Maurice G. Dantec permet de comprendre la profondeur du mouvement. La technologie constitue progressivement une nouvelle biosphĂšre, mais cette biosphĂšre possĂšde dĂ©sormais une circulation sanguine — le capital —, une alimentation — l’électricitĂ© —, un systĂšme nerveux — les rĂ©seaux —, un systĂšme immunitaire — la cybersĂ©curitĂ© — et un territoire. Le serveur est quelque part ; la centrale est quelque part ; le fonds de pension aussi. Le cloud n’a jamais aboli la Terre. Il l’avait simplement rendue invisible.

Le rĂ©veil du yen est donc presque philosophique : mĂȘme le cyberespace possĂšde une gĂ©ographie financiĂšre.

Guillaume Faye aurait probablement reconnu ici une forme d’archĂ©ofuturisme monĂ©taire. Plus nous avançons vers l’AGI, les robots et le compute orbital, plus nous redĂ©couvrons la monnaie, le territoire, l’énergie, la guerre et la souverainetĂ©. Le futur le plus avancĂ© dĂ©pend de catĂ©gories extrĂȘmement anciennes : un data center sans territoire ne vaut rien ; sans Ă©nergie non plus ; sans financement non plus. Le futur n’abolit donc pas le monde ancien. Il le rend encore plus stratĂ©gique.

Paul Virilio permet d’ajouter la dimension de la vitesse. Pendant des dĂ©cennies, le yen presque gratuit a financĂ© une forme de vitesse financiĂšre mondiale : emprunter rapidement, dĂ©placer immĂ©diatement le capital, capturer le diffĂ©rentiel. C’était une dromologie financiĂšre. Le Japon augmente maintenant le prix de cette vitesse. TrĂšs bien, car les systĂšmes rĂ©ellement productifs devront progressivement remplacer le levier financier par quelque chose de beaucoup plus sain : le levier technologique, c’est-Ă -dire la capacitĂ© Ă  produire davantage par unitĂ© de capital.

Chez Nick Land, technologie et capital forment une boucle d’auto-accĂ©lĂ©ration. Mais cette boucle fonctionnait depuis quinze ans avec une aide considĂ©rable : QE, taux zĂ©ro, yen bon marchĂ©, crĂ©dit abondant. Que se passe-t-il lorsque ce lubrifiant disparaĂźt ? Deux possibilitĂ©s : la machine casse ou elle devient plus efficace. Je choisis la seconde comme scĂ©nario central, car la technologie est prĂ©cisĂ©ment la capacitĂ© de produire plus avec moins. Si elle ne sait pas le faire, elle ne mĂ©rite pas son capital.

JĂŒnger nous aide Ă©galement Ă  comprendre le mouvement japonais. L’épargne n’est plus seulement placĂ©e ; elle peut devenir capacitĂ© industrielle, semi-conducteurs, robotique, IA et Ă©nergie. Le fonds de pension devient indirectement un outil de puissance, non parce qu’un ministĂšre lui ordonne d’acheter une usine, mais parce que les rendements relatifs et les prioritĂ©s stratĂ©giques rendent cet investissement rationnel. C’est une mobilisation beaucoup plus moderne.

Simondon reste probablement le philosophe le plus directement applicable Ă  TS2F : aucun objet technique ne fonctionne seul. Le GPU exige mĂ©moire, Ă©nergie, software, rĂ©seau et capital ; le robot exige batterie, modĂšle, maintenance et capteurs ; SpaceX exige fusĂ©e, orbite, rĂ©seau, compute et Ă©nergie ; le Japon exige Ă©pargne, industrie, semi-conducteurs, robotique et monnaie. La souverainetĂ© consiste donc moins Ă  possĂ©der « le meilleur produit » qu’à possĂ©der suffisamment du milieu associĂ© pour continuer Ă  fonctionner lorsqu’un autre acteur ferme le robinet.

Schmitt ajouterait que le pouvoir moderne ne consiste pas uniquement Ă  rĂ©glementer, interdire ou taxer ; il consiste aussi Ă  pouvoir modifier les flux. Si le Japon conserve davantage de son capital domestiquement, il modifie le prix des Treasuries amĂ©ricains sans tirer un seul missile. Si un fonds souverain finance certaines industries plutĂŽt que d’autres, il exerce Ă©galement une forme de puissance. Le capital devient donc un instrument gĂ©opolitique.

Ellul apporte enfin l’avertissement nĂ©cessaire : la souverainetĂ© ne signifie pas tout fabriquer, tout nationaliser et tout subventionner. Ce serait une catastrophe. Une souverainetĂ© intelligente identifie les fonctions dont la disparition serait inacceptable, puis elle conserve un fournisseur alternatif, une capacitĂ© domestique, un stock, une redondance ou une option. Le reste doit rester soumis Ă  la concurrence. Sinon nous remplacerons la dĂ©pendance Ă©trangĂšre par l’inefficacitĂ© nationale.

DOCTRINE TS2F : LE CAPITAL RARE AUGMENTE LA VALEUR DES GOULETS

La semaine renforce donc notre architecture. Compute — NVDA / AVGO / LRCX : le besoin reste gigantesque, mais le capital rare renforcera la distinction entre fournisseurs indispensables et projets imitables ; Nvidia devient un Ă©cosystĂšme, Broadcom contrĂŽle davantage de custom silicon et de networking, Lam reste la fabrique des fabriques. Software / Cyber — CRWD / PANW / DDOG : plus l’agentique progresse, plus sĂ©curitĂ© et observabilitĂ© deviennent structurelles. Sovereign software — PLTR : la puissance ne consiste pas uniquement Ă  produire de l’intelligence, mais Ă  connecter information, dĂ©cision et action. Oracle : toujours le canari du crĂ©dit IA, mais l’amĂ©lioration de la structure de financement et la conversion du backlog sont des signaux Ă  surveiller. NuclĂ©aire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO : plus l’électricitĂ© devient le principal bottleneck, plus les infrastructures rĂ©elles et le combustible prennent de la valeur ; les taux Ă©levĂ©s imposent toutefois de distinguer encore davantage actif industriel et promesse lointaine. SpaceX : l’intĂ©gration lancement + communications + compute + IA + espace constitue une architecture extraordinairement puissante, mais les projections compute doivent rester traitĂ©es comme des objectifs d’exĂ©cution. Or : assurance contre le coĂ»t monĂ©taire et gĂ©opolitique de la Grande Mobilisation. Cash : rĂ©serve de capacitĂ© pour profiter du deleveraging si le yen provoque une vĂ©ritable secousse.

QUATRE SCÉNARIOS

ScĂ©nario 1 — Rapatriement ordonnĂ©. Le yen continue de se renforcer sans panique, le Japon rapatrie progressivement davantage de capital, les rendements mondiaux restent Ă©levĂ©s mais le marchĂ© s’adapte. Les projets IA les plus faibles disparaissent tandis que les infrastructures productives trouvent toujours leur financement. C’est mon scĂ©nario central.

ScĂ©nario 2 — AccĂ©lĂ©ration souveraine. Le Japon redirige davantage d’épargne vers ses semi-conducteurs, son IA et sa robotique ; les États-Unis poursuivent les AI factories ; la CorĂ©e et d’autres pays dĂ©veloppent leurs infrastructures nationales. Le capital devient progressivement rĂ©gional et la mondialisation technologique laisse place Ă  des blocs techno-industriels souverains. C’est probablement le scĂ©nario TS2F le plus intĂ©ressant Ă  long terme.

ScĂ©nario 3 — Carry crash. USD/JPY casse brutalement plusieurs niveaux importants ; rachats forcĂ©s de yen, deleveraging, VIX en forte hausse, actions IA et crypto corrigent violemment. Mais les infrastructures stratĂ©giques ne cessent pas d’exister parce que leurs actions perdent 20 %. Dans ce scĂ©nario, le marchĂ© crĂ©erait surtout des prix.

ScĂ©nario 4 — Triple choc. PĂ©trole durablement trĂšs Ă©levĂ©, Fed restrictive, BOJ restrictive, yen en forte hausse, rendements amĂ©ricains proches ou supĂ©rieurs Ă  5 %. Le coĂ»t du capital, de l’énergie et du financement augmente simultanĂ©ment. C’est le scĂ©nario rĂ©ellement dangereux ; il provoquerait probablement une destruction crĂ©atrice brutale, mais les actifs souverains et les goulets devraient rĂ©sister relativement mieux que les imitateurs.

CONCLUSION — LE CAPITAL N’EST PLUS NEUTRE

Relisons la sĂ©quence. Le Futur Ă  CrĂ©dit : la rĂ©volution devient trop grande pour les seuls cash-flows. L’Empire sur une puce : le compute devient puissance macroĂ©conomique. La Grande Mobilisation : Wall Street transforme l’IA en infrastructure finançable. Le Nouvel État-Machine : technologie, Ă©nergie, dĂ©fense, capital et souverainetĂ© commencent Ă  fusionner. La Course sans filet : Warsh exige de la productivitĂ©. Le Prix de la Puissance : l’IA devient assez importante pour modifier le taux mondial. Cette semaine : Le Capital a de nouveau une patrie.

Le Japon normalise, le yen se rĂ©veille, le carry trade tremble, l’épargne japonaise retrouve un rendement domestique et le gouvernement japonais veut mobiliser davantage de capital vers ses technologies stratĂ©giques. SimultanĂ©ment, aux États-Unis, Oracle apprend Ă  amĂ©liorer le financement de son expansion, Nvidia transforme l’AI factory en actif productif, SpaceX cherche Ă  intĂ©grer lancement, rĂ©seau, compute et intelligence, tandis que l’IA agentique crĂ©e immĂ©diatement de nouveaux marchĂ©s pour le cyber et l’observabilitĂ©.

Tout cela raconte la mĂȘme histoire. L’ancienne mondialisation disait : optimisez chaque fonction au niveau mondial. Le nouveau monde dira davantage : globalisez ce qui est interchangeable ; souverainisez ce qui est vital.

La souverainetĂ© du XXIᔉ siĂšcle ne se mesurera plus uniquement Ă  un territoire, une armĂ©e ou un drapeau. Elle se mesurera Ă  la capacitĂ© de mobiliser simultanĂ©ment capital + Ă©nergie + compute + modĂšles + cyber + rĂ©seaux + industrie.

VoilĂ  pourquoi je reste profondĂ©ment techno-optimiste. Un yen fort peut provoquer une correction ; une Fed dure peut compresser les multiples ; le pĂ©trole peut relancer l’inflation ; Astra peut dĂ©truire certains modĂšles SaaS ; certains data centers disparaĂźtront ; certains nĂ©oclouds feront faillite. TrĂšs bien.

Une rĂ©volution technologique n’a pas besoin que tout le monde survive.

Elle a besoin que la capacitĂ© progresse.

Et elle progresse. Les modĂšles deviennent plus capables ; le coĂ»t de l’intelligence diminue ; les agents deviennent opĂ©rationnels ; la cybersĂ©curitĂ© devient plus intelligente ; les robots commencent Ă  sortir du laboratoire ; le compute apprend Ă  devenir une classe d’actifs ; les États redĂ©couvrent l’énergie ; les nations recommencent Ă  traiter leur infrastructure technologique comme une question de souverainetĂ©.

C’est exactement ce qu’un accĂ©lĂ©rationniste sĂ©rieux devrait souhaiter. Pas simplement davantage d’argent, mais davantage de capacitĂ© par unitĂ© de capital.

Le yen est peut-ĂȘtre en train de retirer une partie du levier financier gratuit au systĂšme mondial. Tant mieux. Car le levier financier devra progressivement ĂȘtre remplacĂ© par quelque chose de beaucoup plus puissant :

LE LEVIER TECHNOLOGIQUE.

Virilio nous dirait que la puissance appartient Ă  celui qui maĂźtrise la vitesse ; Simondon, Ă  celui qui possĂšde le milieu ; Schmitt, Ă  celui qui peut dĂ©cider de ses dĂ©pendances vitales ; Dantec, que la nouvelle biosphĂšre cybernĂ©tique vient de retrouver sa gĂ©ographie ; Faye, que le futur le plus avancĂ© redĂ©couvre les attributs les plus anciens de la puissance ; JĂŒnger verrait le retour de la mobilisation industrielle ; Land constaterait que la techno-capital machine perd une partie de son argent gratuit et doit maintenant prouver qu’elle sait rĂ©ellement s’auto-accĂ©lĂ©rer.

Et c’est peut-ĂȘtre exactement ce que nous sommes en train d’observer.

Notre doctrine TS2F continue donc de se prĂ©ciser : accĂ©lĂ©rer avec du capital rare ; possĂ©der les goulets ; intĂ©grer les infrastructures ; sĂ©curiser les dĂ©pendances vitales ; laisser mourir les zombies ; acheter les capacitĂ©s que les nations ne peuvent plus se permettre de perdre.

Pendant trente ans, le capital posait essentiellement une question : oĂč est le rendement ?

Le monde qui arrive lui en ajoutera une seconde :

oĂč veux-tu que ta puissance soit produite ?

Le Japon commence peut-ĂȘtre Ă  rĂ©pondre.

Les autres suivront.

LE CAPITAL A DE NOUVEAU UNE PATRIE.

Contre le récit. Pour le réel.

Protest banner reads “LE CAPITAL A DE NOUVEAU UNE PATRIE”; signs read “PLUS JAMAIS L’EXPLOITATION” and “REPRISE DU POUVOIR.”

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