Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Innovation : La créativité bon marché des émergents profite aux multinationales occidentales

L’innovation n’est plus l’apanage des pays développés. La créativité des chercheurs et des ingénieurs des pays émergents est désormais mise à contribution pour concevoir des produits mondiaux. Une nouvelle étape est ainsi franchie dans la mondialisation de la recherche.

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Un site Internet, www.indovations.net (cliquez sur le lien), vient ainsi d’être créé pour promouvoir les innovations indiennes et créer des liens entre innovateurs indiens et entreprises occidentales. Son concepteur, Navi Radjou, est le directeur du centre d’études sur l’Inde de la Judge Business School, de l’université de Cambridge, en Angleterre.

Il montre comment les multinationales ne se contentent plus seulement, comme ce fut le cas à partir des années 1990, d’utiliser la main-d’oeuvre locale qualifiée et bon marché pour sous-traiter en Inde des développements, informatiques en particulier. Ni seulement d’ouvrir des centres de recherche dans les pays émergents pour y adapter les produits et services aux goûts, aux normes et aux niveaux de vie des populations locales.

Désormais, c’est l’inverse qui se produit. Car le savoir-faire, la créativité des chercheurs indiens, éduqués dans un contexte de frugalité, et non d’abondance à l’occidentale, s’avèrent particulièrement adaptés au développement de produits et de services pour l’époque actuelle, où la récession, d’une part, et la quête de développement durable, d’autre part, imposent de « faire plus avec moins, pour plus de monde », synthétise Navi Radjou. « Si la nécessité est la mère de l’invention, la rareté en est la grand-mère », ajoute-t-il. « Quand j’étais enfant, à Pondichéry, l’eau était rationnée. On n’en avait qu’à certaines heures. Ce contexte, marqué par la rareté, la pénurie, amène à penser et à innover naturellement en faveur de l’économie et du développement durable », explique M. Radjou.

General Electric (GE) est l’une des premières sociétés à avoir tiré partie de ce savoir-faire. Son électrocardiographe Mac 400, conçu pour les habitants de villages indiens reculés, et son appareil d’imagerie à ultrasons, développé pour la Chine rurale, sont maintenant commercialisés aux Etats-Unis, pour de nouveaux usages, explique le PDG de GE, Jeffrey Immelt, dans un article de la Harvard Business Review, cosigné par deux enseignants de la Tuck School of Business de Dartmouth (Etats-Unis).

L’appareil à ultrasons, dont le coût était six fois inférieur à celui d’un appareil sophistiqué lors de son lancement en 2007, est maintenant utilisé aux Etats-Unis pour des applications auxquelles GE n’avait pas pensé avant. Pour examiner des blessés sur les lieux même d’un accident, par exemple, grâce à sa maniabilité et à sa portabilité. Cette ligne de produits croissait de 50 % à 60 % par an avant la crise. Alors qu’auparavant « GE tirait l’essentiel de ses profits de la commercialisation d’appareils de pointe, comme les tomographes ou les appareils d’imagerie à résonance magnétique (IRM). Mais dans un contexte d’élargissement du système de soins (aux Etats-Unis) et de taux de remboursement en baisse, nous allons devoir augmenter de 50 % le nombre de produits bon marché que nous vendons, ajoutent les auteurs. Si nous ne le faisons pas, nos nouveaux concurrents des pays émergents le feront. »

Le constructeur de voitures électriques indien Reva le prouve. Il a non seulement innové technologiquement, en développant une nouvelle batterie lithium-ion, mais aussi commercialement, estime M. Nadjou, en développant des franchises, en licenciant sa technologie.

Renault n’est pas resté les bras croisés. Le constructeur automobile s’appuie sur ses six centres de design répartis dans le monde pour concevoir ses nouveaux véhicules. Le studio de Bombay aurait remporté le concours interne pour la conception d’une voiture très bon marché, qui sera commercialisée en Inde en 2011, et peut-être, ultérieurement, dans le reste du monde, sous la marque Nissan, révèle le New York Times. A Paris, Patrick Lecharpy, directeur du design avancé de Renault, n’est guère prolixe sur ce sujet confidentiel.

En revanche, il explique qu’à plus court terme, le studio indien développe « une banquette trois places, transformable en deux places, pour transporter la famille le week-end, et le cadre indien, conduit par son chauffeur, durant la semaine. Cette modularité intérieure pourrait être reprise ailleurs, pour d’autres usages », raconte M. Lecharpy. L’équipe indienne « participe également activement à la couleur-matière, c’est-à-dire à la définition et à la mise au point de couleurs pour les textiles, les peintures, les cuirs, les moquettes des voitures, au niveau mondial ». Le constructeur français tire parti « de l’incroyable variété et capacité d’élaboration des textiles en Inde ».

Plus près de nous, c’est aux concepteurs roumains de Renault que l’on devra « le coffre superpratique qui sera exploité sur la prochaine génération de véhicules ». Initialement, il devait permettre de hisser facilement dans le coffre les bidons de choux que les Roumains vont chercher à la campagne et rapportent en ville pour nourrir leur famille.

Annie Kahn

source le Monde fev10


Innover avec les Etats en développement

L’innovation inverse (« reverse innovation »). Expression créée par Vijay Govindarajan et Chris Trimble, chercheurs à la Tuck School of Business (Dartmouth, Etats-Unis), pour désigner les innovations conçues dans les pays émergents, mais commercialisées mondialement – l’inverse de la chaîne de production classique.

L’innovation polycentrique (« polycentric innovation »). Expression créée par Navi Radjou, directeur du centre de recherche sur l’Inde de la Judge Business School (Cambridge, Angleterre), pour désigner les innovations dues à la mise en commun de compétences réparties mondialement. S’oppose à l’innovation « ethnocentrique ».

Bas de la pyramide (« bottom of the pyramid »). Démarche innovante pour développer des produits et services accessibles aux très pauvres.

EN COMPLEMENTSL’Inde décourage l’investissement biotech

L’Inde avait introduit dès les années 1960 le riz et le blé génétiquement modifiés.

 Aujourd’hui, le ministre de l’Environnement indien, Jairam Ramesh, vient de lancer une contre-révolution verte en arrêtant pour une période indéfinie la culture d’aubergine génétiquement modifiée, le Bt Prinjal. Cela découragera d’autres compagnies étrangères de vendre leurs innovations biotech en Inde, écrit le Wall Street Journal dans son éditorial. Car l’aubergine en question est développée par une société indienne appartenant en partie à Monsanto. Le Bt Prinjal est testé depuis une décennie et le comité scientifique indien a recommandé son autorisation. L’Inde est le deuxième plus grand producteur d’aubergine au monde. Jairam Ramesh parle de «Frankenfood», se limite au seul principe de précaution et emploie un langage protectionniste, car il craint que Monsanto ne contrôle la chaîne alimentaire….

Propriété intellectuelle : L’Asie s’est illustrée en 2009 dans les demandes de brevets à l’OMPI (cliquez sur le lien)

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