Douce France

Nicolas Lecaussin : La perestroïka de Nicolas Sarkozy

 Au moment d’une lourde défaite qui s’annonce lors des régionales, on peut faire un bilan des trois années de présidence de Nicolas Sarkozy. Comme l’URSS entre 1985 et 1991, la France a connu durant cette période la perestroïka : on reconnaît qu’il faut réformer le système mais on essaie de le sauver. L’ennui c’est que le système n’est pas réformable. Il faut le changer.

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 La perestroïka (ce mot signifie en russe : reconstruction, restructuration) fut le nom donné aux réformes économiques et sociales de Mikhaïl Gorbatchev menées d’avril 1985 à décembre 1991 en Union soviétique. Ces réformes souvent brouillonnes ne s’accompagneront pas de vrais changements à l’intérieur de l’URSS. Elles ont surtout consisté à reconnaître la nécessité d’une plus grande transparence à l’intérieur du régime, d’une ouverture de l’économie mais elles ont été faites dans l’esprit de la continuité et de la sauvegarde du système soviétique. Or, le communisme ne peut pas être réformé. Il faut s’en débarrasser.

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 C’est pareil pour l’étatisme français. Le pays ne sortira du marasme économique que grâce aux vrais changements économiques libéraux qui ont d’ailleurs été faits dans d’autres pays.

Nicolas Sarkozy semble ne pas avoir compris que la perestroïka ne marche pas. Comme Gorbatchev, il s’est débarrassé de la langue de bois technocratique, il a voulu imposer un nouveau style, plus jeune et moins rigide que celui de ses prédécesseurs. Mais les piliers « autocratiques » du système présidentiel de la Ve République n’ont pas changé. Sarkozy s’est approprié tous les domaines de la politique intérieure. Il monopolise complètement la politique étrangère en faisant de son ministre et de l’Assemblée de simples figurants alors que, d’après le texte constitutionnel, c’est à eux de la mener. Il lance des réformes à tout va en rendant le Parlement complètement inutile, il crée des dizaines de Commissions et demande des Rapports alors que les maux dont souffrent la France sont connus depuis longtemps.

Durant ces trois années, Sarkozy s’est lancé dans une série de réformes qui ont prouvé qu’il voulait changer les choses sans pour autant dire jusqu’où. Il a voulu respecter les promesses électorales en instaurant un simili-service minimum dans les transports et en faisant une fausse réforme des régimes spéciaux de retraite.

 Cela aurait été bien de ne pas revenir sur la baisse du nombre de fonctionnaires alors qu’en France 25 % de la population active travaille pour l’Etat contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Il aurait fallu aussi le courage de s’attaquer au monstre bureaucratique et extrêmement coûteux de la Sécurité sociale qui accuse un déficit de 14 mds d’euros.

 On ne peut qu’applaudir à l’autonomie des Universités mais, enfin, comment la rendre efficace sans une mise en cause du statut des enseignants et des chercheurs, employés à vie par l’Etat ?

Les propositions du paquet fiscal voté dès le mois de juillet 2007 et le bouclier fiscal à 50 % des revenus, ont été un pas important sur la voie d’une nouvelle fiscalité encourageant l’entrepreneuriat et l’initiative, mais pourquoi ne pas aller plus loin et libérer le marché du travail ?

Sarkozy a mené une politique « soft » des réformes alors que le Sénat et l’Assemblée nationale lui étaient acquis. Cette frilosité ressort aussi de ses déclarations du 12 mars dernier. « Universités, travail du dimanche, 35 heures, heures supplémentaires… nous ferons un audit de toutes les réformes pour les améliorer. Ensuite, au second semestre 2011, le gouvernement marquera une pause pour que le Parlement puisse, s’il le souhaite, délégiférer (sic) »… Encore une commission ? Encore un Rapport ?

Certes, Nicolas Sarkozy, à la différence de son prédécesseur à la tête de l’Etat, a fait preuve de plusieurs qualités, surtout de la maîtrise de la communication avec l’opinion. Mais qui peut dire avec certitude quelles sont les convictions et la vision qui le guident ? En a-t-il ? Ou est-il juste animé par la soif du pouvoir ?

Sans de vraies réformes, le pays est retombé dans l’ornière de la gouvernance stérile, typique de la Ve République. La perestroïka ne marche pas et seule une politique radicale de changement pourrait éviter la défaite en 2012. Aux élections régionales, les électeurs ont rappelé que le gouvernement avait été élu pour réformer le pays et changer de politique économique.

Pour sauver la face en 2012, il faudra essayer d’aller plus loin montrer qu’il est un président de droite à défaut d’être un leader libéral. Il y’a eu néanmoins trois points positifs lors de ces élections : l’abstention qui montre que l’électorat ne préfère pas forcément le camp d’en face et les mauvais scores du Modem et du NPA dirigé par l’inénarrable Olivier Besancenot

LEMONDE.FR | 23.03.10 |

Nicolas Lecaussin est directeur du développement de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales). Auteur de L’absolutisme efficace. Enquête sur la présidence de Nicolas Sarkozy, Plon, 2008

 

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1 réponse »

  1. Les derniers remaniements ministériels, s’ils ont fait somme toute peu de bruit dans les médias m’inspirent les réflexions et l’analogisme historique suivant.

    François Baroin, héritier plénipotentiaire du Grand-Orient a été nommé au budget ; la Franc-maçonneries et ceux qui la constituent savent donc avec certitude désormais qu’ils ont les clefs de la cave et risquent d’être fort occupés dans les années à venir à sortir toutes les bonnes bouteilles et à boire jusqu’à plus soif ; ce faisant, endormis par l’ivresse du pouvoir que donne l’argent facile, l’intelligentsia nobiliaire constitué d’hommes et femmes lettrés seront trop occupés à défendre leurs places au soleil pour se donner les moyens de réagir et d’avoir une vue d’ensemble sur la France.

    Eric Woerth quant à lui est un comptable. Il va appliquer les recettes qu’il connait au ministère du travail et donc de ce fait, désespérer Billancourt. Avec certitude, on peut attendre l’ensemble des fonctionnaires dans les rues à la minute où l’on touche au régime des retraites ce qui sera fait donc d’ici à septembre 2010, l’ensemble des institutions françaises fonctionneront sur trois pattes avec les répercussions économiques en chaine que l’on connait.

    Sont touchés à ce stade, la « noblesse » qu’elle soit Francs maçonnes ou non dans la mesure ou, nommer Baroin au budget est en quelque sorte une affirmation de préférence donnée par le pouvoir exécutif. Le peuple sera être touché, directement mais personne ne réagira dans les hautes instances puisque ivre mort.

    Nicolas Sarkozy sait que, dans l’état de la France d’aujourd’hui, il ne saurait être réélu. En fin politique, il a d’abord obtenu ce qu’il désirait, le vote des français, par la séduction.
    Les récents désaveux des régionales, les attaques personnelles qui transpercent, la montée des verts s’alliant à la gauche, un tout qui fait que le Président actuel sait avec certitude qu’il ne pourra obtenir sa réélection par la séduction cette prochaine fois. Or cet homme ne comprend la vie qu’en incessant rapports de force. Ce qu’il ne peut obtenir par la douceur, il choisit, aujourd’hui, de l’obtenir par la force et il prépare son terrain.

    Nicolas Sarkozy sait que sa plus grande force est de se positionner en homme d’action et il prépare son terrain de jeu : La France.
    Un grand pays pour un si petit homme me direz-vous ? Peut être plus si grand quand il en aura fini.

    Eric Woerth va mettre tous les fonctionnaires dans la rue d’ici six mois ; aucun contre pouvoir n’interviendra, ils ont été achetés ; la bourgeoisie, elle n’existe plus ou prou.
    On assiste, ni plus ni moins à un hold-up. Ce petit homme est en train de, volontairement, poussée la France dans le vide afin d’être appelé à la rescousse.
    Tout est écrit et je me prends à avoir peur…

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