Inflation, inflation importée, monétarisation de la dette

Banques Centrales : Dépassons le débat stérile sur la stérilisation par Andreas Höfert

Banques Centrales : Dépassons le débat stérile sur la stérilisation par Andreas Höfert

   L’activité du prêteur en dernier ressort que sont les banques centrales apparaît comme un des éléments clés pour comprendre les enjeux de la crise financière actuelle. Dans de nombreux pays, ces institutions ont acheté avec de l’argent frais des actifs toxiques et de la dette pourrie à des intermédiaires financiers en état de stress, ce qui a permis à ces derniers de nettoyer leurs bilans.

PLUS DACTIFS POURRIS AU BILAN :

  Le revers de cette politique?

 Ces actifs toxiques ou pourris se retrouvent maintenant sur le bilan des autorités monétaires: il peut s’agir de MBS, d’ABS et autres CDO pour la Réserve fédérale, dette souveraine grecque pour la Banque centrale européenne ou réserves de change en euros pour la Banque nationale suisse.

Est-ce un risque?

 Cela dépend de ce que l’on entend par menace pour une banque centrale. Les risques de crédit ou de défaut sont bien sûr minimes pour un institut d’émission monétaire. De par sa planche à billets, ce dernier jouit de liquidités énormes; en revanche, le risque macroéconomique d’inflation qui pourrait être provoqué est d’autant plus grand qu’une banque centrale abusera justement de sa planche à billets.

Pour contrer un tel risque inflationniste, les banques centrales ont recours à la «stérilisation»: après avoir acheté des actifs toxiques – et avoir injecté en contrepartie de l’argent frais dans le circuit économique – elles s’évertueront à retirer les liquidités ainsi créées. Soit en vendant d’autres actifs de leur bilan, soit en émettant des obligations libellées en leur nom, soit enfin en offrant aux intermédiaires financiers des comptes rémunérés sur lesquels placer leurs liquidités.

Ainsi donc tout reviendrait sous contrôle?

Pas tout à fait. Une telle stérilisation monétaire ne peut fonctionner qu’à la condition que l’actif acheté par la banque centrale puisse être revendu plus tard au même prix. Lorsqu’on analyse les titres récemment acquis par les différentes institutions monétaires, une telle hypothèse semble peu probable.

Projetons-nous dans un avenir proche et imaginons un scénario plausible. En 2012, les aides de l’Union européenne pour la Grèce arrivent à terme. Du coup, le gouvernement grec se voit contraint d’annoncer un rééchelonnement de sa dette impliquant des amortissements de 30 à 50% pour ses créanciers, dont la Banque centrale européenne (BCE). Cela signifiera que de l’argent frais à hauteur de la perte subie par la BCE se retrouvera dans l’économie, sans contrepartie sur son bilan, avec toutes les pressions inflationnistes qu’une telle création monétaire est susceptible de provoquer.

Comme quoi, si les politiques de stérilisation des banques centrales jouent un rôle crucial pour éviter les dérapages monétaires après cette crise, elles ne sont cependant pas suffisantes pour nous convaincre que tout est sous contrôle.

Andréas Hofert  Economiste en chef, UBS. juin10

BILLET PRECEDENT : Andréas Hofert : Les marchés financiers ne sont plus fans de TINA (cliquez sur le lien)

 
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8 réponses »

  1. mon comment / mon blog :

    L’auteur de l’article, Andreas Höfert, chief economist de… UBS (!) fait un certain nombre d’erreurs…

    Les bk centrales achètent effectivement des actifs pourris à une certaine valeur, et ces actifs perdront une grande partie de cette valeur à l’avenir. Elles seront donc en grande partie perdantes sur ces opérations, ce qui évite aux bk ordinaires (qui en étaient détentrices) de supporter ces pertes (c’est transférer les pertes au public en privatisant les bénéfices !).

    Il n’y a donc pas de création monétaire dans ces opérations car les pertes sont supportées par les bk centrales.

    Des liquidités ont été récupérées au passage par les bk ordinaires, mais les bk centrales peuvent les gérer par une politique appropriée. Elles disposent pour cela de moyens considérables.

    Alan Greenspan, et Milton Friedman se sont clairement exprimés assez souvent à ce sujet…

    Par ailleurs, il est totalement faux de prétendre que les bk centrales font marcher la « planche à billets » à cette occasion ! Je ne comprends toujours pas pourquoi tant de gens raisonnent encore ainsi ! C’est sans aucun rapport avec la réalité observable. Ce sont là des réflexions qui ont pu correspondre à la réalité dans la préhistoire (i.e. avant… l’après guerre, avant les années 45… !)

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    • Ce n’est pas il me semble le coeur et le sujet de l’argumentaire d’Hofner qui ne vise en aucun cas à dénoncer la politique monétaire du quantitating easing pas plus que la monètisation de la dette mais attire au contraire à mon avis à juste titre et à tres bon escient l’attention sur le facteur résolument inflationiste que constitue les actifs pourris récupérés par les banques centrales en cas de perte de valeur de ceux ci à moyen terme..Il pense en particulier à une restructuration possible de la dette grecque qui verrait alors la valeur de celle ci chuter de manière drastique….Ce qui reviendrait effectivement a sauver en partie les créanciers (les banques commerciales) par le biais de l’inflation (consommateur)ou/et en récupérant les pertes par le biais de l’impot (contribuable)..Parce que comptablement parlant : rien ne se perd rien ne se créé et comme on ne rase pas gratis il faut bien en dernier ressort que quelqu’un paye l’addition aussi salée soit elle…

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      • Ce sont les bk centrales qui perdent ce que les bk ordinaires gagnent !
        Il n’y a pas de création monétaire dans ce processus ! donc pas d’inflation potentielle à craindre

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        • ça c’est le cas pour des actifs correctement valorisés avec des décotes éventuelles correctement provisionnées….Maintenant demain il y a restructuration de la dette grecque et le différentiel de valeur observé alors reviendra alors a de la création monétaire puisque sans contrepartie….on a donc pour moi ici un phénomène potentiellement inflationiste d’ou dailleurs la réaction allemande…

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  2. Non !
    Si les bons grecs perdent la moitié de leur valeur, si la BCE en a pris pour €100 mds par ex (€25 mds actuellement + €2 mds / jour !), les bk grecques auront récupéré €100 mds mais la BCE aura perdu €50 mds
    yapa création monétaire !
    de +, la BCE peut récuperer des liquidités en +
    et de toute façon, c’est négligeable par rapport aux €9 000 mds de M3 !
    yapa création monétaire !

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    • Ce n’est ni le coeur de la discution, ni la problèmatique de fond….Qui est est le payeur de dernier ressort et qui épongera la perte de valeur in fine ? dans votre exemple les 50 mds de pertes sur créances douteuses la bce les sortira de son chapeau magique ? d’autant plus redoutable comme mécanique qu’elle est dans l’incapacité technique d’émettre des obligations et que dans ce cadre le privilége de battre monnaie ne tient qu’à la capacité des états européens à lever l’impot au prorata de leur poids politique au sein de la BCE…Alors tout ceci peut étre bien sur considéré comme « négligeable » au regard de la dette grecque cela le sera peut etre un peu moins au regard de la dette espagnole….Tout ceci fonctionne très bien (sans inflation) tant qu’a l’image de la FED et de la BNS les liquidités sont réabsorbées au fur et à mesure et qu’elles ne sont pas insufflées directement dans le circuit économique..
      Par contre j’émet quelques doutes quant à la capacité de la BCE à maitriser le phénomène en cas de restructuration massive de la dette des pays du club med et c’est dans ce cadre là tout théorique pour l’heure que l’on doit raisonner….Le vrai enjeu c’est celui par exemple de la décote qu’applique la BCE à des obligations souveraines considérées jusqu’à présent comme présentant le maximum de garanties….

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