Commentaire de Marché

Le bout du tunnel ne se profile pas par Jeannette Williner

Le bout du tunnel ne se profile pas par Jeannette Williner

Modérer la volatilité, normaliser les finances publiques, diminuer le chômage, appliquer de nouvelles règles éthiques aux divers comportements financiers, relancer la consommation…Tous ces thèmes s’entrechoquent et chacun y voit une solution aux suites de la crise financière qui sont loin d’être estompées comme certains l’imaginaient encore récemment. Le mauvais souvenir n’est pas encore d’actualité.

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Il semble que toutes ces espérances auraient pu être énoncées bien avant. Pourtant, il a fallu le constat que réellement la machine à créer des emplois était vraiment en panne aux Etats-Unis pour qu’un bouquet d’injonctions apparaisse. Il y avait bien des signes avant-coureurs : le ralentissement évoqué de l’économie chinoise, le constat de l’apparition des hommes politiques nippons dans l’arène de la négociation de contrats internationaux pour les entreprises du pays (fait totalement nouveau)… Mais au fonds il ne s’agissait que d’éléments permettant de conserver l’espoir d’une poursuite de l’amélioration.

Par contre la confirmation de la peine qu’éprouvaient les entreprises américaines à absorber le flux des travailleurs qui s’accumulent sur le marché de l’emploi a été une révélation ébranlant bien des convictions. Dès lors les suggestions de mise en place d’aides et de subventions de  toutes catégories ont afflué. On aurait souhaité qu’elles soient accompagnées de précisions quant à leur utilisation: nécessité d’une nouvelle formation etc. Outre le côté humain d’offrir à chacun la possibilité de travailler, il semble aléatoire d’inscrire au budget des Etats-Unis de nouvelles dépenses d’une ampleur pareille… à moins que les dépenses militaires ne soient fortement réduites. Il n’y a jamais, par le passé, eu d’économies substantielles faites au budget sans fortes réductions du budget militaire. Mais l’approche des élections crée un contexte favorable au déversement d’une nouvelle pluie de liquidités qui interpelle.

Car parallèlement, une reprise des achats d’obligations fragiles n’évoque rien de bon: le problème n’a pas été solutionné et les bénéfices réalisés n’ont pas été massivement utilisés à la couverture d’éventuels accidents de parcours. On commence déjà à évoquer une possible situation de déflation pour justifier ce comportement.

 Cette incertitude américaine n’est malheureusement pas la seule. Les pays à développement rapide que sont les BRIC et qui devaient, jusqu’à récemment encore, conserver une croissance élevée bien que ralentie permettant aux économies plus classiques de passer le temps de la convalescence, rencontrent quelques aspérités sur leur parcours. On sait que le trimestre en cours ne sera pas un cru exceptionnel en Chine mais on espère encore beaucoup du quatrième trimestre alors que c’est un peu prématuré. Au Brésil, à la veille des élections, on s’aperçoit que M. Lula, qui vantait tellement les biocarburants au printemps 2008 à la FAO, car il avait le pétrole et la canne à sucre, risque de ne pas avoir le pétrole aussi abondant qu’espéré. Il ne suffit pas d’avoir les réserves répertoriées, encore faut-il les mettre en exploitation. Le Brésil n’en a pas les moyens et les principaux acteurs du marché ont adopté la philosophie du «hâtes-toi lentement». L’Inde continue de se développer à sa vitesse, fort différente de l’ampleur des capitaux étrangers qui s’y investissent en masse. Pire, son taux de croissance est en ralentissement. Quant à la Russie elle se bat contre les éléments et la reconstruction intérieure sera difficile et des  émeutes toujours possibles peuvent la freiner encore davantage. Au fil des nouvelles, les réalistes ont réduit les attentes en provenance des BRIC dans les mois à venir.

Pour autant, que sait-on au juste du chemin que va choisir Wall Street?

 Rien si l’on évite de se référer aux récentes années de folie dans l’appréciation des titres. Si l’on continue de se reporter à cette période, il est évident que l’on est obligé par honnêteté intellectuelle d’envisager une hypothèse défavorable relative à une évolution qui ne correspondrait pas au sens souhaité. Pourtant, on ne peut gommer l’idée d’une réévaluation globale du marché. Le plus probable, sans être le plus négatif n’est pas particulièrement réjouissant. Les investisseurs logiques n’ont jamais eu une aussi grande réserve quant au futur des marchés. Leur sentiment est justifié par certains indices que l’on approche rarement (VIX et autres). Bref, de plus en plus on prend conscience que l’on n’est pas dans l’après-crise et qu’un accident peut venir troubler l’arrière-plan un peu trompeur que l’on s’est plu à dessiner peut-être pour la survie de l’ensemble.

L’ambiance n’est pas mauvaise à Wall Street : elle est absente du marché tout simplement. Les nouvelles, à l’exception du chômage, ont été satisfaisantes. Le marché n’est pas cher même si le Dow Jones est de 4000 points supérieur à l’abîme de mars 2009. Mais là est le problème: la situation étant ce qu’elle est peut-on faire une appréciation quant à l’évaluation du marché?

 Un jour, la communauté financière a décidé d’évaluer les actions à 60 fois les bénéfices. Si demain, la même décide de ne les évaluer qu’à 8 fois faudra-t-il se montrer surpris? L’évaluation sera-t-elle erronée? Si les banquiers centraux persévèrent dans l’idée que seul des liquidités à profusion et un argent avec un loyer proche de zéro sont la solution aux difficultés actuelles, il y a bien des chances pour que l’avenir soit très proche de l’appauvrissement subi par le Japon au fil de ces vingt dernières années. Les bonnes surprises ne seront pas envahissantes. Par contre, les actions seront très bon marché et le monde financier retrouvera peut-être sa vraie fonction.

 Jeannette Williner Analyste financier indépendant aout10

BILLET PRECEDENT :  Une interprétation hâtive du BDI pourrait ignorer certains facteurs par Jeannette Williner (cliquez sur le lien)

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