Art de la guerre monétaire et économique

Wall Street: l’argent ne dort jamais… fiction ou réalité?

Wall Street: l’argent ne dort jamais… fiction ou réalité?

 Deux décennies après le célèbre film Wall Street, le quartier financier de New York est de retour au grand écran.

Pour Wall Street: l’argent ne dort jamais, le réalisateur Oliver Stone – dont le père a été négociateur d’actions à la Bourse durant la Grande Dépression – se sert de la dernière crise économique comme toile de fond. Le film, qui sort  sur grand écran, compte plusieurs atouts: des acteurs-vedettes comme Michael Douglas, Shia LaBeouf, Susan Sarandon et Josh Brolin, un réalisateur oscarisé et un budget de 70 millions US. Mais reflète-t-il la réalité de la rue la plus célèbre de la Grosse Pomme? «C’est un film divertissant, mais les événements de la vie de tous les jours d’un négociateur d’actions ne sont pas bien représentés», dit Simon Dionne, un ancien courtier new-yorkais travaillant maintenant chez Valeurs mobilières Desjardins qui a accepté de jouer au critique pour La Presse Affaires.

PLUS DE GORDON GEKKO EN SUIVANT :

Après avoir obtenu son diplôme de l’Université Trinity au Connecticut, Simon Dionne a pris la direction de la Grosse Pomme. Il a été engagé comme négociateur d’actions – communément appelé un courtier ou un «trader» dans le milieu financier – en août 2007, au début de la crise immobilière. Il a passé deux ans à la firme Keefe, Bruyette&Woods à New York. «Mes patrons me disaient que je vivais des moments historiques, mais j’avais de la misère à le réaliser à l’époque», dit Simon Dionne, analyste, ventes institutionnelles et négociateur d’actions chez Valeurs mobilières Desjardins.

Le Montréalais de 26 ans ne regrette rien de son expérience new-yorkaise, malgré le pessimisme généralisé qui régnait alors dans le quartier financier de la Grosse Pomme. «C’est de l’expérience accumulée, une leçon pour le futur», dit-il.

S’il a bien aimé le film Wall Street: l’argent ne dort jamais, Simon Dionne trouve toutefois que le réalisateur Oliver Stone a poussé un peu fort. Chez Valeurs mobilières Desjardins, ses journées sont bien remplies – mais jamais autant que celles du héros d’Oliver Stone, un jeune courtier interprété par Shia LaBeouf. «Il accomplit plusieurs métiers de la finance à la fois, dit-il. Un négociateur d’actions ne fait pas de financement. Quand on le voit trouver 100 millions de financement au téléphone sur sa moto, ce n’est pas la réalité. Ça ne marche pas comme ça.»

Simon Dionne n’arrive pas non plus au bureau en moto sport comme le personnage de Shia LaBeouf: il alterne plutôt entre l’auto et le métro. «J’arrive au bureau vers 6h30, 6h45, je regarde les nouvelles et je jette un oeil à ce qui s’est passé sur les marchés en Asie et en Europe, dit-il. Je rédige mes commentaires de la journée à mes clients avant l’ouverture des marchés. C’est intense et stressant comme métier, mais il faut garder son calme. Après la fermeture des marchés, je résume ma journée et je regarde les nouvelles. Je finis habituellement vers 17h30.»

Le négociateur d’actions de Valeurs mobilières Desjardins a aussi sourcillé devant certaines scènes montrant les patrons de Wall Street comme des spéculateurs sans scrupules. «Oliver Stone veut montrer au public qu’il y a eu des exagérations durant la crise financière, dit-il. C’est sa vision à lui. Il veut blâmer le monde financier pour la crise économique.»

Au final, Simon Dionne accorde une cote de trois étoiles et demie (sur cinq) à Wall Street: l’argent ne dort jamais. «C’est un film divertissant, mais peut-être un peu compliqué pour les gens qui ne s’intéressent pas à la finance et à la Bourse, prévient-il. C’est la crise financière condensée en deux heures.» Il doute toutefois que Wall Street: l’argent ne dort jamais aura la même portée dans le monde financier que le premier film sorti en 1987. «Le premier Wall Street, c’est un classique, dit Simon Dionne. Tout le monde l’a vu sur Wall Street. Franchement, j’ai mieux aimé le premier film, qui a moins d’effets hollywoodiens.»

***

Trois mythes

1 >> Un courtier passe son temps à trouver du financement pour des entreprises.

«Dans les firmes de courtage, les courtiers ne s’occupent pas de trouver le financement pour des entreprises. Quand on voit le personnage de Shia LaBeouf trouver 100 millions de financement au téléphone sur sa moto, ce n’est pas la réalité. Ça ne marche pas comme ça.»

2 >> Un courtier prend parfois l’hélicoptère pour rencontrer son patron.

«Je ne suis jamais monté en hélicoptère, encore moins pour aller faire de la moto avec mon patron dans son domaine privé.»

3 >> Un courtier a un métier stressant, mais il y a des limites.

«Nos journées sont intenses, mais il n’y a jamais autant d’action que dans le film, qui condense la crise financière en deux heures. Nous travaillons aussi en équipe, un aspect qui est écarté dans le film.»

Trois réalités

1 >> L’action d’une salle des marchés

«C’est bruyant, ça crie, c’est un milieu stressant. On le voit bien dans le film.»

2 >> La confiance des courtiers

«Le personnage de Shia LaBeouf affiche une confiance que j’ai vue chez certaines personnes sur Wall Street. Dans tous les domaines, il y a des gens extrêmement confiants. À Wall Street aussi.»

3 >> Les événements de la crise financière

«Beaucoup de scènes ont été inspirées d’événements réels. Quand on voit les banques en train de négocier le plan de sauvetage avec le gouvernement, ça a dû se passer pas mal de cette façon-là. Évidemment, les événements de la crise ont été condensés en deux heures…»

***

L’économie au grand écran

La crise financière aidant, l’économie n’a jamais été aussi populaire au cinéma. Cet automne, trois films à saveur économique envahiront le grand écran, dont la suite très attendue de Wall Street.

Wall Street: l’argent ne dort jamais

États-Unis (drame)

Réalisé par Oliver Stone (gagnant de trois Oscars)

Avec Michael Douglas, Shia LaBeouf, Josh Brolin et Susan Sarandon

En salle à compter de ce mois ci

Au coeur d’une crise économique, un jeune courtier de New York fait alliance avec son futur beau-père, célèbre courtier condamné pour délit d’initié, afin de découvrir les origines de la crise qui a mené au suicide de son mentor. Michael Doulgas reprend le rôle de Gordon Gekko qui lui a valu l’Oscar du meilleur acteur en 1987.

Freakonomics

États-Unis (documentaire)

Réalisé par Alex Gibney (Enron: The Smartest Guys in the Room), Morgan Spurlock (Super Size Me), Rachel Grady, Heidi Ewing, Eugene Jarecki et Seth Gordon

En salle à compter du 1er octobre aux États-Unis (aucune date de sortie prévue au Québec)

Un jeune économiste de renom, Steven Levitt de l’Université de Chicago, s’intéresse à la face cachée de plusieurs phénomènes inusités comme la corruption dans les tournois de sumo au Japon, l’argent comme source de motivation à l’école et la corrélation entre l’avortement sur le taux de criminalité. Des réalisateurs de documentaires primés ont tourné chacun des différents chapitres de Freakonomics, tiré du livre du même nom paru en 2005.

Inside job

États-Unis (documentaire)

Réalisé par Charles Ferguson (une nomination aux Oscars)

Narration de Matt Damon

En salle à compter du 29 octobre

Documentaire coup-de-poing sur les causes de la dernière crise économique. Le film s’attaque autant aux causes politiques et économiques que juridiques de la crise. Plusieurs bêtes noires des adeptes de la théorie du libre-marché ayant caractérisé les années 2000 ont participé au film: l’économiste Nouriel Roubini – surnommé le Dr Fataliste -, l’investisseur et spéculateur George Soros et l’ancien gendarme de Wall Street Eliot Spitzer. L’acteur Matt Damon assure la narration.

Vincent Brousseau-Pouliot La Presse sep10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE ET TOUJOURS A LAFFICHE : «Cleveland contre Wall Street»

EN COMPLEMENT :   «Wall Street 2» : un film réaliste, selon Roubini

nouriel_roubini par Jerry Fletcher

Nouriel Roubini est professeur d’économie à la Stern Scholl of Business de l’Université de New York. Il interprète un petit rôle dans le film «Wall Street 2 – L’argent ne dort jamais».

Le mot-clé du nouveau film d’Oliver Stone est «cupidité», selon M. Roubini. «Les courtiers et autres banquiers de la saga des subprimes – ces prêts immobiliers à risque qui ont déclenché la pire crise financière depuis les années 1930 – sont-ils plus cupides, arrogants et immoraux que les Gekko des années 1980?», s’interroge-t-il sur son blogue.

Réponse : «Pas vraiment, car l’appât du gain et l’immoralisme sont présents depuis toujours sur le marchés financiers»…

Finance Comportementale : Des tulipes hollandaises à la panique de 2008…La Nature Humaine !!!!!

Ainsi, rien ne servirait de prêcher la vertu aux financiers, car c’est un travers purement humain que de chercher sans cesse à gruger les autres pour son profit personnel, affirme le professeur de la Stern. «Enseigner l’éthique et les bonnes valeurs dans les écoles de commerce ne changera jamais de tels comportements», soutient-il.

La finance n’a pas compris l’importance de l’éthique

Alors, que faire? Brider les possibilités de gains à court terme, qui conduisent courtiers et banquiers à prendre des risques excessifs. Différentes pistes peuvent être envisagées :

Modifier radicalement le système de rémunération, car les banques ne le feront jamais d’elles-mêmes, ayant trop peur de voir leurs meilleurs éléments rejoindre la concurrence. «Les primes notamment ne doivent plus dépendre des résultats à court terme, mais des résultats à moyen terme», suggère-t-il.

Abroger la loi Glass-Steagl, qui dissocie les activités des banques commerciales et des banques d’investissement.

Dénouer le nœud de conflits d’intérêts que représentent les institutions financières et les marchés financiers. «Il faut résoudre le problème crucial du mandat, car les donneurs d’ordre (les actionnaires) ne peuvent pas contrôler correctement ce que font leurs mandataires (courtiers, conseillers bancaires, etc.) qui cherchent en priorité leur propre intérêt», affirme-t-il.

– Ne plus voler au secours des institutions financières en difficulté, car «seule la crainte de perdre vraiment de l’argent freinera les excès commis par les banques», selon M. Roubini.

«Si nous ne faisons pas ces réformes radicales, de nouveaux Gekko et Ponzi apparaîtront. Pour chaque nouveau Gekko sanctionné, des centaines d’autres surgiront», avertit le professeur new-yorkais. Une opinion que rejoint le réalisateur Oliver Stone, qui croyait – naïvement – en 1987, à la sortie de «Wall Street», qu’il venait d’asséner un coup fatal aux opérations frauduleuses commises en Bourse et qui a vite dû déchanter quand, quelques années plus tard, de jeunes courtiers l’ont remercié pour son film, qui leur avait donné l’envie de se lancer dans ce métier très lucratif et très excitant

23.09.2010 – – Olivier Schmouker, Les Affaires.com

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Face-à-face sur les dérives de la finance

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