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Nouvelle donne au Royaume-Uni par Nicolas Baverez

Nouvelle donne au Royaume-Uni par Nicolas Baverez 

Dans les trente dernières années, le Royaume-Uni a souvent joué un rôle de laboratoire. En 1979, l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher a lancé la révolution conservatrice. En 1997, Tony Blair a voulu moderniser la social-démocratie en réconciliant le marché et la solidarité, l’ouverture des frontières et la lutte contre la pauvreté.

PLUS DE BAVEREZ EN SUIVANT :

 Le Royaume-Uni aborde la décennie 2010 dans une situation de particulière vulnérabilité pour trois raisons.

La première tient dans sa très forte spécialisation dans les services (78 % du PIB, contre 15 % pour l’industrie), et dans l’industrie financière, qui génère 40 % du PIB et de l’emploi.

La deuxième réside dans son engagement dans l’économie de bulle, dont l’éclatement laisse de profondes séquelles : récession de 6 % du PIB sur 18 mois, chômage, en hausse, de 5 % à 8 % de la population active, faillite du système bancaire ayant exigé sa nationalisation, surendettement des ménages à hauteur de 142 % de leur revenu, explosion de la dette publique de 43 % à 75 % du PIB en trois ans.

 La troisième est dans la diminution rapide de la rente pétrolière de la mer du Nord, aggravée par les déboires de BP dans le golfe du Mexique.

Face aux bouleversements de la donne mondiale et aux difficultés propres au Royaume-Uni, la coalition conservatrice et libérale conduite par David Cameron et Nick Clegg propose une stratégie de sortie de crise originale autour de trois priorités.

La rigueur. Le gouvernement britannique assume pleinement l’entrée dans l’âge de l’austérité, imposée par la résorption des bulles de la décennie 2000. L’objectif consiste à réduire le déficit de 11 % à 1,1 % du PIB en 2015, ce qui permettra une diminution de la dette à partir de 2013. L’effort de rééquilibrage de 130 milliards de livres sera effectué à hauteur de 77 % par des baisses de dépenses et de 23 % par des hausses d’impôts.

L’objectif du retour à l’équilibre est clairement affiché et justifié par le fait que les déficits et la dette publics pénalisent avant tout les plus pauvres. D’où une attention particulière à l’équité, qui se décline en une exception au gel des rémunérations des fonctionnaires pour les bas salaires ou par l’exonération d’impôts sur le revenu pour 800 000 ménages, afin de compenser la hausse de la TVA de 17,5 % à 20 % à compter de janvier 2011.

La croissance. Le désendettement est mis au service de la croissance. Côté dépenses, la réduction de 25 % du budget des ministères ménage l’éducation, et le système de santé (NHS) reste gratuit et épargné par la baisse des allocations sociales de 11 milliards de livres. Côté recettes, l’augmentation des prélèvements sur les plus-values et la création d’une taxe bancaire vont de pair avec la baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 % à 24 %. La rigueur est utilisée pour orienter les ressources vers la production, l’investissement et l’innovation, tandis que la restructuration des services publics vise à conforter la compétitivité structurelle du territoire national.

La « Big Society ». Prenant leurs distances avec Margaret Thatcher, qui affirmait que « la société n’existe pas ; il n’existe que des individus », les conservateurs britanniques entendent mettre l’Etat au service de la reconstitution du lien politique et social. Au départ, le constat, partagé par les théoriciens du « care », selon lequel la mondialisation et la crise laminent le lien social, tandis que le marché et l’Etat échouent à lutter contre les nouveaux fléaux sociaux : ghettoïsation, exclusion, déscolarisation. D’où la volonté de consolider le rôle des familles et des communautés en leur ouvrant de nouveaux pouvoirs en matière de santé – via la décentralisation du NHS -, d’éducation, voire de police.

Face à la mondialisation et à sa crise, il revient à chaque nation de se réinventer en fonction de son histoire, de sa culture, de ses structures économiques et sociales. Big Society, ancré dans la méfiance des Britanniques vis-à-vis de l’Etat et dans la vitalité de la société civile, n’a pas plus vocation à être imité que l' »Agenda 2010″ allemand. Il présente pourtant l’intérêt majeur de rappeler que l’innovation politique et sociale demeure la plus sûre voie vers une sortie de crise, et la revitalisation de la démocratie le meilleur antidote contre le populisme.

Nicolas Baverez, économiste et historien LE MONDE ECONOMIE | 11.10.10

EN COMPLEMENTS indispensables :  Les médias multiplient les manchettes portant sur de nécessaires réformes fiscales, rapporte le Financial Times, dans un texte coiffé du titre « The plot thickens in the scary world of pensions » (L’intrigue s’embrouille dans le monde épeurant des caisses de retraite).

Un cauchemar

L’article décrit en fait le cauchemar qui attend les pays riches s’ils ne règlent pas immédiatement les déséquilibres concernant le financement de leurs caisses de retraite publiques et privées. L’auteur fait même un parallèle avec la société apocalyptique qu’est devenue le Royaume-Uni dans le roman de science-fiction « The Children of men » de PD James (Knopf Doubleday éditeur), dont fut tiré le film d’Alfonso Cuarón.

La société décrite par le romancier et le cinéaste a dépassé le point de non-retour. Les humains ne se reproduisent plus, le gouvernement s’est transformé en dictature, la violence a envahi la campagne, les groupuscules politiques ont transposé leur guérilla urbaine contre les forces armées jusque dans les HLM, etc.

Le problème, c’est que dans le dossier des retraites, la fiction pourrait effectivement rejoindre la réalité. Comme le rapportait Standard & Poor’s le mois dernier, les dépenses des ménages reliées au vieillissement augmentent quand la population vieillit dans son ensemble. Aujourd’hui, les pays riches consacrent 44% de leur PIB aux dépenses de soins de santé. Cette proportion passera à 60% en l’absence de réformes.

Sur le plan de l’endettement, le niveau serait insupportable pour les gouvernements. Au Royaume-Uni, cette dette atteindrait 430% du PIB en 2050 (contre 162% en 2007). De quoi perdre le contrôle des finances publiques et du pays dans son ensemble.

De pays comme l’Allemagne, le Japon, la Grèce, la Russie, les États-Unis et la Chine pourraient connaître le même sort.

Standard & Poor’s affirme que les gouvernements seront toutefois forcés d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Le marché obligataire les y forcera. Le point de non-retour est d’ailleurs fixé en 2020.

Londres sacrifie 490.000 emplois publics

En Grande-Bretagne, les coupes budgétaires entraîneront la suppression d’environ 490.000 emplois d’ici à 2015 dans le secteur public. Les dépenses sociales seront aussi réduites et l’âge de la retraite passera à 66 ans, contre 65 ans aujourd’hui.

Les coupes budgétaires décidées par le gouvernement britannique entraîneront la suppression d’environ 490.000 emplois d’ici 2015 dans le secteur public, en majorité par des départs naturels, a annoncé mercredi au Parlement le ministre des Finances George Osborne.

Le ministre a expliqué que l’Office pour la responsabilité budgétaire, l’organisme officiel chargé de surveiller les comptes publics, avait évalué à 490.000 postes la diminution des effectifs du secteur public qui découlera de la réduction des dépenses publiques, ajoutant qu’il s’agissait de « la meilleure estimation ».

Osborne a confirmé l’objectif annoncé en juin pour la réduction des dépenses publiques, alors fixé à quelque 83 milliards de livres (95 milliards d’euros) d’ici 2015.

Ces coupes budgétaires drastiques, combinées à 30 milliards de livres de hausses d’impôts, doivent permettre d’éliminer quasi-totalement le déficit public du Royaume-Uni, le ramenant de 10,1% cette année à 1,1% du PIB en 2015.

Le ministre a ajouté que la réduction des effectifs de la fonction publique s’effectuerait en majorité via des départs naturels, tout en prévenant que des licenciements seraient « inévitables ».

En moyenne, les ministères verront leurs moyens baisser de 19% d’ici 2015. Parmi les plus affectés, le Foreign Office (Affaires étrangères) et la Culture verront leurs budgets baisser de 24%, celui du Trésor sera réduit de 33%, et l’environnement de 29%.

La baisse sera sévère également pour les ministères de la Justice et de l’Intérieur, dont les budgets reculeront de 23% chacun, et celui des Transports qui baissera de 21%.

Celui de la Défense diminuera de 8%, comme l’avait déjà annoncé mardi le premier ministre David Cameron.

Le gouvernement va également réduire de 18 milliards de livres par an à compter de 2014/2015 les dépenses de « l’Etat providence », et avancer à 2020 le report de 65 à 66 ans de l’âge du départ à la retraite.

Le découvert se creuse encore

Le déficit public du Royaume-Uni s’est creusé en septembre contrairement aux attentes, grimpant à 20,7 milliards de livres (23,6 milliards d’euros) contre 19,2 milliards un an plus tôt, d’après des données publiées mercredi par l’Office des statistiques nationales (ONS).

C’est une surprise pour les économistes, qui tablaient sur une réduction du déficit à 15,3 milliards de livres sur le mois, d’après une note de Crédit Agricole CIB.

Les emprunts nets du secteur public (PSNB), mesure préférée du gouvernement pour évaluer ses performances budgétaires, a également progressé contrairement aux attentes. Ils se sont élevés à 15,6 milliards de livres en septembre contre 14,8 milliards un an plus tôt, a précisé l’ONS, alors que les experts de la City tablaient, là encore, sur un recul à 14,5 milliards.

En cumul, depuis le début de l’exercice budgétaire, entamé en avril, le déficit a atteint 64,9 milliards contre 74,7 milliards sur la période comparable de l’exercice précédent. Et les emprunts nets sont ressortis à 70,2 milliards, contre 75,1 milliards un an plus tôt.

Enfin, la dette publique a atteint 64,6% du PIB à la fin septembre, contre 58,5 un an plus tôt.

Le projet de loi sur la taxe bancaire présenté aujourd’hui

Le texte de loi créant la taxe sur les banques devant entrer en vigueur l’an prochain au Royaume-Uni, et censée rapporter 2,5 milliards de livres par an, sera présentée jeudi devant le Parlement, a annoncé mercredi le ministre des Finances britannique George Osborne.

Cette taxe sera prélevée sur le bilan des banques, selon des modalités non encore précisées. Sa création avait été annoncée par le nouveau gouvernement unissant conservateurs et libéraux-démocrates, dès son arrivée au pouvoir en mai, avec une mise en place prévue le 1er janvier prochain.

M. Osborne a estimé que cette taxe permettrait de faire payer aux banques une «contribution équitable» à la société, sans pour autant les pousser à quitter le Royaume-Uni. «Nous ne voulons ni que les banques échappent à leur juste contribution, ni les pousser à quitter le pays. Des centaines de milliers d’emplois à travers le Royaume-Uni dépendent du maintien de la compétitivité du Royaume-Uni en termes de services financiers», a assuré le ministre. M. Osborne n’a pas donné de détail sur le taux et l’assiette de ce prélèvement, ni sur les établissements qu’elle visera. Mais il a assuré que cet impôt, censé récolter de l’ordre de 2,5 milliards de livres (environ 2,8 milliards d’euros) par an, rapporterait plus à l’Etat que la taxe temporaire sur les bonus qu’avait introduite l’ancien gouvernement travailliste.

Londres contre toute hausse du budget de l’Union

La Grande-Bretagne «n’acceptera aucune augmentation du budget de l’Union européenne» (UE), qui doit pouvoir «fonctionner avec les moyens» dont elle dispose déjà, a prévenu le Premier ministre David Cameron mercredi devant le parlement, à Londres. Le Royaume-Uni s’est déjà opposé et «continuera à s’opposer» aux augmentations du budget de l’UE, a déclaré le conservateur David Cameron devant la Chambre des Communes, le jour de l’annonce de coupes sans précédent dans le budget britannique. «Que ce soit bien clair: nous n’accepterons aucune augmentation dans le budget de l’UE» pour les sept prochaines années, a-t-il encore dit. «On a besoin de se faire des alliés (qui ont le même objectif). On a besoin de préparer nos arguments et on doit s’assurer que l’Europe commence à fonctionner avec les moyens» dont elle dispose, a-t-il ajouté. Le budget 2011 de l’UE, que la Commission européenne souhaite beaucoup augmenter, est en cours de discussion…

source agences oct10

REACTIONS PRESSE ANGLAISE :

Le gouvernement britannique vient d’annoncer un plan de rigueur sans précédent. Toute la presse en est un peu secouée, mais dans sa majorité approuve l’effort demandé

La hache du bourreau est encore tachée de sang. Au pied du reposoir où se situait la tête désormais tranchée, des gouttelettes rouges forment une petite flaque. Mais le bourreau, dans son grand cœur, a pensé à sa victime: il tient un pansement dans la main. Le bourreau – en combinaison latex moulante – est bien entendu George Osborne, le chancelier de l’Echiquier. Avec ce dessin publié en «une», accompagné du titre «le remède d’Osborne», le Times rappelle que les coupes budgétaires sont sans précédent. «Grande-Bretagne, attache ta ceinture», titre l’Independent. «Osborne emmène le Royaume-Uni sur une route cabossée», ajoute le Financial Times.

Pourtant, malgré l’ampleur du chantier, une bonne partie de la presse britannique a choisi d’applaudir. «Les choix de George Osborne sont essentiellement les bons, estime le Times dans son éditorial. […] Les priorités sont les bonnes. Etre dur sur l’environnement, les collectivités locales et l’énergie, afin de protéger le budget des écoles semble correct.» Le Daily Telegraph, grand quotidien de droite, approuve également: «Ces coupes budgétaires sont larges, mais elles sont gérables. […] Nous parlons de 500 000 emplois (de fonctionnaires supprimés) en quatre ans, mais c’est dans une économie de 30 millions d’emplois.»

Dans le Financial Times, Matthew Engel s’interroge sur l’apparent soutien des Britanniques pour ces coupes budgétaires. «Les Britanniques semblent avoir tout accepté. Battez-nous. Nous le méritons, tant que vous battez nos ennemis encore plus fort: les banques, les bureaucrates, […] les députés, ceux qui refusent de travailler. […] Nous sommes apparemment dans une de ces périodes où le scepticisme britannique a été suspendu, comme cela est déjà arrivé avec la guerre en Irak et à chaque fois que l’Angleterre joue dans un tournoi international.» Le dessin du Guardian poursuit sur le même ton: il montre deux Britanniques en train de manger des morceaux de leur propre tête, coupés par un George Osborne habillé en chef cuisinier. L’un d’entre eux s’étonne: «Qui aurait cru que manger sa propre tête était si appétissant?» George Osborne réplique: «Cela n’est possible que parce que vous le voulez bien.»

La presse de gauche, sans surprise, n’est pas sur la même ligne. Elle critique ce plan d’austérité en affirmant que la «justice sociale» n’est pas respectée. «La hache s’abat sur les pauvres», titre le Guardian. «Le prix de tout a été expliqué, mais pas la valeur des choses qui allaient être détruites», estime Polly Toynbee, son éditorialiste, qui ajoute: «C’était des coupes au-delà des rêves de Margaret Thatcher, un rétrécissement de l’Etat (de 125 milliards de francs) venant directement des idées de l’école de Chicago. L’homme qui avait réinventé son parti comme étant gentil, vert, soucieux des autres et de l’égalité sociale a très intelligemment utilisé le krach économique pour le transformer en une machine de coupes néolibérale.»

Times , qui conclut: «Le gouvernement a probablement fait le choix le plus osé qu’un gouvernement ait jamais fait dans sa première année, y compris sous Margaret Thatcher. Mais personne ne peut encore savoir si ce radicalisme restera dans l’histoire comme visionnaire et courageux, ou comme une folie auto-destructive.»

source le temps oct10

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