Art de la guerre monétaire et économique

Une guerre sur les Dépots des Banques ?

Une guerre sur les Dépots des Banques ?

Les banques françaises s’apprêtent à se livrer une concurrence féroce pour conquérir des dépôts bancaires dans la perspective des nouvelles normes Bâle III et d’une évolution de la fiscalité de l’épargne dans l’Hexagone, notamment sur l’assurance-vie.

Les règles prudentielles que prépare le comité de Bâle vont en effet contraindre les banques dans les prochaines années à améliorer leur ratio de liquidités, en les poussant à augmenter leur base de dépôts bancaires pour continuer à accorder des crédits.

« Les dépôts représentent (…) le nerf de la guerre, surtout compte tenu des contraintes de liquidités et des ratios réglementaires qui vont entrer en vigueur dans les années qui viennent », a déclaré  Laurent Goutard, directeur délégué de la banque de détail en France de la Société Générale, lors d’une conférence de presse.

« Le risque de guerre des dépôts n’est pas nul », a aussi fait savoir Jean-François Sammarcelli, directeur général délégué de la SocGen. « Est-ce qu’il y a un risque? Oui. Est-ce qu’il y a une inquiétude? Pas encore », a-t-il encore dit.

Dans le cadre de ses objectifs à horizon 2015, la Société Générale ambitionne de conquérir deux millions de nouveaux clients particuliers en France et de gagner 1% de parts de marché sur la clientèle entreprise.

« Je pense qu’il y a un risque de guerre des dépôts partout. C’est déjà en cours en Espagne, en Grande-Bretagne. On commence à voir le phénomène en Italie », souligne Antonio Guglielmi, analyste financier chez Mediobanca. « Pourquoi cela n’arriverait-il pas en France? »

Eric

PLUS/MOINS DE DEPOT EN SUIVANT :

BATAILLE SUR LE LIVRET A

Les futures contraintes de liquidités ont d’ailleurs poussé début novembre les banques françaises à engager un bras de fer avec la Caisses des dépôts sur la centralisation des encours du livret A.

L’enjeu, pour les établissements de crédit, est de limiter autant que possible la centralisation du livret d’épargne auprès de la CDC pour conserver davantage de dépôts dans leur bilan.

Selon Les Echos, le gouvernement français serait favorable à un statu quo sur le taux de centralisation à 65% alors que les banques réclament une centralisation ramenée à 50%.

« Si nous centralisons trop de dépôts auprès de la Caisse des dépôts, cela va poser un problème pour le financement de l’économie », a insisté Jean-François Sammarcelli.

Interrogé sur les perspectives pour les activités de banque de détail en France en 2011, le dirigeant de la SocGen a indiqué s’attendre à un environnement économique « un peu compliqué » dans un contexte de crise de la dette souveraine au sein de la zone euro.

« Nous aurons, sans doute, un peu de difficultés à faire progresser notre marge d’intérêt compte tenu de ce que les taux longs sont très bas », a-t-il ajouté.

« La progression de notre activité viendra d’un effet volume ».

D’après les derniers chiffres disponibles de la Banque d’Espagne relayés par Expansión, le volume à fin octobre des dépôts effectués par les ménages espagnols auprès des banques et des caisses d’épargne a atteint le record de 416.975 millions d’euros, soit 90% de plus qu’à la fin du premier semestre 2007, contre 413.176 millions fin septembre, qui était la première fois où le total dépassait les 409.418 millions de fin décembre 2008, au moment où le système financier mondial menaçait de s’effondrer. La hausse s’explique par une aversion croissante des ménages pour le risque et par les rémunérations attrayantes qu’offrent actuellement les banques (jusqu’à 4,75%) pour reconstituer leur passif. En contrepoint, les Espagnols retirent leur argent des fonds d’investissement: d’après l’association espagnole Inverco des sociétés de gestion, ces retraits ont atteint 100 millions d’euros sur les trois dernières années….

source reuters sdec10

EN COMPLEMENT : D’Eric the King à Eric le Rouge par Pierre André Delhommais

Les attaquants vedettes de Manchester United ont toujours été de fortes personnalités. Ils n’ont pas seulement le génie du but, mais aussi celui de la provocation. De vrais « bad boys » comme on les aime. George Best, par exemple, lança un jour : « J’ai claqué beaucoup d’argent dans l’alcool, les filles et les voitures de sport. Le reste, je l’ai gaspillé. »

Il y a un peu plus d’un mois, Wayne Rooney signait un nouveau contrat avec son club, contrat record qui a fait de lui le footballeur le mieux payé de la planète : 14 millions d’euros par an, 40 000 euros par jour. Peu de temps avant, le ministre des finances britannique George Osborne avait annoncé une cure d’austérité budgétaire sans précédent pour le pays, avec la suppression de 500 000 emplois publics et des coupes claires dans les dépenses sociales.

Eric Cantona, autre joueur culte des Red Devils, fait aussi beaucoup parler de lui depuis plusieurs semaines. Depuis qu’il a lâché ces mots, dans une interview vidéo publiée sur le site Internet de Presse Océan : « La révolution, aujourd’hui, se fait dans les banques. Tu vas dans la banque de ton village et tu retires ton argent. Et s’il y a vingt millions de gens qui retirent leur argent, le système s’écroule. Pas d’armes, pas de sang, rien du tout, à la Spaggiari. »

Très vite, la communauté des internautes découvre cette nouvelle pépite « cantonesque » et se mobilise. Un appel est lancé pour que les gens retirent leur argent le 7 décembre, un site Web et un groupe Facebook sont créés et la vidéo d' »Eric the King » traduite dans plus d’une vingtaine de langues. Tous ceux qui veulent faire « péter » le système applaudissent aux propos de l’ex-footballeur. « Ce désir de révolution me plaît », commente Olivier Besancenot, le porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste, tandis que de mauvaises langues susurrent que certains des instigateurs du projet de « bank run » seraient proches de l’extrême droite. Les banquiers poussent des cris d’orfraie et plusieurs ministres taclent l’ancien joueur. Quant à Cantona, il confie à Libération : « Vue l’étrange solidarité qui est en train de naître, oui, le 7 décembre, je serai à la banque. »

Espérons pour lui qu’il a loué une fourgonnette pour transporter tous ses sacs de billets, car on n’imagine pas qu’il ait travaillé bénévolement, depuis plusieurs années, pour vanter à la télé les mérites des rasoirs Bic, des chaussures Nike, des casinos Partouche, de Neuf Telecom, des thés Lipton, de la Laguna Renault ou des déodorants de L’Oréal.

La révolution et les banques selon Cantona et Denissto (cliquez sur le lien)

Sans doute y a-t-il de la déception amoureuse chez nous (ce chef-d’oeuvre de lob qui vient se loger dans la lucarne droite du gardien de Sunderland).

 Sans doute sommes-nous tous très vieux jeu, mais nous avons toujours un peu de mal quand de purs produits du « système » vomissent celui-ci – le sommet ayant été récemment atteint par le chanteur Bono, l’ami des pauvres, et sa campagne de pub pour Louis Vuitton. Bref, entendre Cantona se réjouir d’un éventuel effondrement des banques, cela nous fait à peu près la même impression que si Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, se lançait dans une croisade contre les inégalités salariales.

Il n’est pas sûr que l’appel au « bank run » connaisse le succès escompté par ses promoteurs. Et qu’il réussisse là où la faillite de Lehman Brothers, les défaillances de la Grèce et de l’Irlande ont pour l’instant échoué. Car un « bank run », par principe, ne se décrète pas, ne s’organise pas. Il se caractérise au contraire, comme toute panique, par son imprévisibilité et sa soudaineté. Par un complexe mélange de rationalité et d’irrationalité, sur fond de prophétie autoréalisatrice.

Il faut revoir le film de Walt Disney Mary Poppins et cette scène où M. Banks emmène son fils dans la banque où il travaille pour qu’il y dépose ses économies. Mais quand un des directeurs s’empare de la pièce d’argent du gamin, celui-ci se met à hurler pour qu’on la lui rende. Les clients présents, croyant que la banque ne peut plus payer, se précipitent alors aux guichets, au milieu des cris, pour retirer leurs avoirs, tandis que, dans la rue, se produit un début d’émeute.

Comme l’Allemagne l’a été par son hyperinflation, les Etats-Unis ont été profondément traumatisés par les épisodes de paniques bancaires qui ont eu lieu durant les années 1930. On peut même dire que le but ultime de la politique monétaire suivie par Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine, pendant toute la crise des subprimes, a été d’empêcher de nouveaux « bank runs », aux conséquences – là, Cantona a mille fois raison – dévastatrices pour l’économie. D’éviter que les déposants, n’ayant plus, à tort ou à raison, confiance dans leurs banques, vident brutalement leurs comptes, ce qui oblige celles-ci à liquider précipitamment leurs actifs en les bradant pour faire face à ces retraits.

bank run

Au lendemain de la tragique panique bancaire de la fin février 1933, qui avait conduit le gouvernement à fermer tous les établissements, Franklin Delano Roosevelt s’était efforcé, dans une causerie à la radio, de rassurer les Américains. En leur décrivant le plus simplement du monde le métier de banquier : transformer des dépôts à court terme en prêts à long terme.

« Permettez-moi de vous expliquer le simple fait que lorsque vous déposez de l’argent dans une banque, celle-ci ne le dépose pas dans un coffre-fort. Elle met votre argent au travail pour permettre aux rouages de l’industrie et de l’agriculture de continuer à tourner. Seule une petite portion de l’argent que vous déposez est conservée sous forme d’espèces, quantité qui, en temps normal, suffit largement à couvrir les besoins en liquide du citoyen ordinaire. »

Pour les économistes Diamond Douglas et Philip Dybvig, qui ont étudié sous toutes les coutures les paniques bancaires, le meilleur moyen de les empêcher consiste à garantir convenablement les dépôts. En Europe, le seuil en sera prochainement porté à 100 000 euros. Ce qui reste, bien sûr, une misère pour un footballeur de Manchester United.

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Courriel : delhommais@lemonde.fr

Pierre-Antoine Delhommais le monde dec10

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Banques : l’interdiction des ventes à découvert dans le secteur financier contre-productive ?

Le bannissement des ventes à découvert sur les valeurs financières en 2008 et 2009 au Royaume-Uni par l’autorité de marché britannique (FSA) n’a pas servi à grand-chose, selon l’enquête menée par la Cass Business School, l’une des écoles européennes les plus réputées. Pire, elle aurait « fortement détérioré » la qualité des marchés actions outre-Manche, en réduisant la liquidité et en augmentant les problèmes de volatilité.

L’enquête, menée par deux enseignants, Ian Marsh et Richard Payne, s’est concentrée sur les conséquences de l’interdiction pour 32 groupes financiers britanniques, à travers deux interrogations.

 D’abord, « peut-on identifier les conditions chaotiques et les incohérences qui régnaient sur les marchés financiers jusqu’à cette interdiction ? », et ensuite « La mise en place de cette interdiction et le changement de règles qu’elle a entraîné ont-ils remédié à ces conditions incohérentes des marchés des actions, plus particulièrement en matière de liquidité et de qualité des marchés ? ».

Pour les rédacteurs de l’étude, la réponse est deux fois non. D’abord, ils n’ont « relevé aucune preuve confirmant que l’intervention de vendeurs agressifs prenait une importance disproportionnée sur les marchés de titres financiers », si bien que les raisons de l’intervention de la FSA leur apparaissent peu claires, d’autant que les conditions chaotiques n’ont pas restreint leur champ d’action aux valeurs financières, mais se sont propagées à l’ensemble des marchés. Après la promulgation des mesures limitatrices, « la perte de liquidité issue du carnet d’ordres était bien plus importante dans le secteur financier que dans les autres », si bien que les coûts des transactions « sont devenus beaucoup plus onéreux alors que les volumes ont chuté de manière plus forte pour les valeurs financières que pour les autres ». Les deux enseignants « suggèrent que la qualité du marché s’est davantage détériorée dans le secteur financier et qu’aucune de ces évolutions ne semble correspondre aux objectifs des régulateurs ».

En conséquence de leurs recherches les promoteurs de l’enquête tirent quatre conclusions.

D’abord, la FSA n’avait aucune raison « valable » pour astreindre les marchés financiers à un traitement spécial puisque. Ensuite, l’interdiction de vendre à découvert n’a pas semblé améliorer les conditions des marchés de titres financiers en comparaison aux non-financiers qui ne sont pas frappés par cette interdiction ». Troisième constatation, les coûts des opérations et la qualité des marchés de titres financiers se sont largement détériorés au cours de l’interdiction. Enfin, Ian Marsh et Richard Payne estiment que la perception des ventes à découvert était faussée, puisqu’elles étaient accusées de « favoriser les comportements prédateurs », alors que les résultats de leurs travaux « suggèrent qu’en réalité, les ventes à découvert agissaient comme des fournisseurs de liquidité (du côté de l’offre) passifs, qui aidaient à réguler les marchés trop exubérants en vendant les actifs quand leurs prix devenaient trop élevés ». « Mais leur interdiction a affaibli les marchés car elle a réduit la liquidité et détérioré la qualité de ceux-ci », concluent les deux enseignants de la Cass Business School.

source Finances plus dec10

EN BANDE SON :

2 réponses »

  1. Mardi 7 décembre 2010 :

    Record historique pour l’or, nouveau sommet pour l’argent.

    Le prix de l’or a grimpé mardi à un nouveau record historique, s’approchant encore un peu plus du seuil des 1430 dollars l’once, tandis que l’argent montait à un nouveau sommet depuis trente ans, les deux métaux précieux profitant d’un regain de prudence des investisseurs.

    L’once d’or a atteint 1428,93 dollars sur le marché au comptant vers 11H30 GMT/12h30 HEC, un niveau sans précédent.

    Il améliore ainsi le sommet touché la veille à 1427,55 dollars.

    De son côté, l’argent a progressé jusqu’à 30,54 dollars l’once mardi, son plus fort niveau depuis mars 1980. Il avait franchi lundi le seuil des 30 dollars pour la première fois depuis trente ans.

    http://www.romandie.com/infos/News2/201012071415170AWP.asp

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