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Bankster un jour Bankster toujours : Les nouvelles régles bancaires n’ont pas freiné la course aux bonus

Bankster un jour Bankster toujours : Les nouvelles régles bancaires n’ont pas freiné la course aux bonus

La mise en place de règles strictes n’empêche pas la distribution de millions de dollars aux dirigeants et aux traders. En Grande-Bretagne, banques et gouvernement ont trouvé un accord en matière de rémunérations

Pour son travail et ses résultats de 2010, le directeur financier de la Bank of America, Thomas Montag, touchera 15,2 millions de dollars. C’est 68% de plus que les 9,05 millions que touchera son patron, Brian Moynihan, directeur général du géant bancaire qui avait repris Merrill Lynch en octobre 2008. A Londres, le patron de Barclays, l’une des deux principales banques du Royaume-Uni, va toucher 9,5 millions de livres sterling (14,6 millions de francs), selon des annonces officielles de ces deux dernières semaines.

Après s’être privé l’an dernier, Oswald Grübel, directeur général d’UBS, pourrait en toucher un cette année d’au maximum deux millions de francs suisses, a annoncé la banque mardi. Les chiffres détaillés ne sont pas encore connus. Credit Suisse devrait annoncer son enveloppe globale parallèlement à la publication de ses résultats ce jeudi.

Côté rémunérations, la banque Credit Suisse a annoncé une réduction d’un quart du total des bonus pour l’année 2010. En revanche, la part fixe des salaires a été augmentée, ce qui, au final, revient à une baisse de 9% de la rémunération globale par personne. Les montants exacts des salaires et compensations seront publiés en mars dans le rapport annuel du groupe

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PLUS DE BONUS EN SUIVANT :

Deux ans après une crise financière qui a failli emporter les géants de l’industrie financière, et alors que ces derniers peinent à retrouver les niveaux de rentabilité de la décennie passée et doivent massivement renforcer leurs fonds propres, les bonus des hauts dirigeants et de certains traders retrouvent des niveaux de la décennie passée. Le mouvement n’est cependant pas uniforme.

Contrainte en Suisse

Lloyd Blankfein a vu son salaire total bondir de 41% à 12,6 millions de dollars et le paquet total de l’équipe de direction de JP Morgan a progressé de 14% à 73 millions. Pour l’avocat genevois Carlo Lombardini, ces hausses se justifient «si elles permettent de garder des équipes de gens talentueux». Il y a des exceptions. James Gorman, patron de Morgan Stanley, a vu son salaire chuter de plus de moitié. Il va toucher 7,4 millions de dollars. Le mouvement de baisse est beaucoup plus général pour les montants globaux attribués à l’ensemble des employés: –10% chez UBS ou Bank of America, –14% chez Goldman Sachs.

Pourtant, la réglementation est devenue plus stricte. La distribution des parts variables doit se faire selon des modes échelonnés sur plusieurs années. La Finma, l’autorité de surveillance financière suisse, contraint depuis l’an dernier les banques à étaler sur trois ans au moins la distribution des bonus. Lundi dernier, la FDIC, l’autorité de surveillance des banques de dépôt aux Etats-Unis, a même proposé de doubler cette période de retenue. La FSA, l’autorité de surveillance financière britannique, exige pour sa part de se faire expliquer le salaire total et le détail du système de rémunération de toute personne dont les décisions peuvent mettre en danger l’existence de la banque.

Appel à la modération

Aussi certains gouvernements s’agacent-ils du retour des rémunérations géantes. Le premier ministre britannique a lancé ce début de semaine un appel à la modération alors que son gouvernement a proposé de relever l’impôt sur les bonus distribués dans la City. Mercredi, le ministre des Finances George Osborne a indiqué que les quatre principales banques du pays vont rendre publiques les rémunérations de leurs principaux dirigeants. Elles ont promis que le montant global des bonus sera «inférieur» à celui de l’an passé, a encore affirmé le ministre. Le gouvernement n’a pas imposé de plafond individuel aux bonus. «La nouvelle réglementation n’empêche pas le paiement de montants élevés. Elle contraint les banques à mettre en place une réflexion sur leurs systèmes de rémunération», explique Carlo Lombardini.

C’est ainsi que les géants bancaires ont tenté l’an dernier d’augmenter les salaires fixes, notamment dans les fonctions de contrôle, «qui doivent être efficaces indépendamment des résultats de la banque», note Olivier Gauderon, associé chez KPMG à Genève. Cela permet de compenser la diminution de certaines rémunérations variables entraînées par la crise. Cependant, les banques reviennent en arrière en relevant les parts en titres bloqués sur plusieurs années. Credit Suisse a annoncé lundi porter cette proportion de 35% en moyenne à 70% pour l’ensemble de ses employés. Chez UBS, cette part atteint 60% au moins pour les cadres moyens et supérieurs.

Plus de transparence

«La répartition entre les rémunérations fixes et variables est très discutée entre banques et régulateurs. Ces derniers exigent une symétrie entre les incitations en cas de succès et le potentiel de retenue en cas de mauvaise performance future de la banque», observe Olivier Gauderon.

La tendance va-t-elle se poursuivre? Les programmes de rémunération sont devenus si complexes qu’ils se déclinent parfois sur plusieurs pages d’explications. Or, les régulateurs s’en agacent, rapporte l’associé de KPMG. «Ils exigent plus de transparence. Aussi peut-on attendre que la pression à la simplification exercée par les gendarmes financiers s’accroisse pour plus de transparence. Le mouvement est en marche.»

Par Yves Genier/Le Temps fev11

UK : Rémunérations variables épargnées

Banques britanniques. Le gouvernement obtient l’augmentation des prêts aux entreprises Seuls RBS et LBG doivent plafonner leurs bonus.

Le gouvernement britannique a conclu mercredi un accord global avec les grandes banques du pays, qui ont réussi à limiter les concessions sur le sujet hypersensible des bonus en échange d’une augmentation de leurs prêts aux entreprises pour aider une économie vacillante.

Cet accord, divulgué après des semaines de négociations baptisées «Projet Merlin», a été aussitôt dénoncé par l’opposition travailliste et les syndicats comme une capitulation face aux banques, tandis que deux d’entre elles révélaient que leur directeur allait toucher de grosses primes.

Le ministre des Finances George Osborne a annoncé devant la chambre des Communes que les principales banques du pays s’étaient engagées à prêter globalement 190 milliards de livres (environ 225 milliards d’euros) en 2011 aux entreprises du pays pour soutenir la croissance, soit environ 6% de plus qu’en 2010.

Elles vont également, «dans un souci de transparence», rendre publiques les rémunérations de leurs sept principaux dirigeants et ont promis que le montant global de leurs bonus sera «inférieur» à l’an passé, a affirmé M. Osborne.

Le gouvernement n’a toutefois pas imposé de plafond individuel aux bonus. Selon la presse, le directeur de Barclays Bob Diamond pourrait empocher à lui seul 9,5 millions de livres. Et la transparence sur ces primes ne concerne pas les courtiers ou les employés vedettes des banques dont certains, très courtisés par la concurrence, peuvent être mieux payés que le directeur général.

Robert E Diamond Jr, le directeur général de Barclays pourrait recevoir un bonus de 14,5 millions d’euros pour 2010, selon le Wall Street Journal qui confirme des informations de la chaîne de télévision Sky News.

M. Osborne a en revanche négocié des engagements spécifiques avec les deux grands établissements en partie nationalisés durant la crise financière, Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group (LBG), dont le renflouement a coûté des dizaines de milliards de livres aux contribuables britanniques.

Elles ne paieront cette année aucune prime en numéraire dépassant 2000 livres, et les bonus de leurs dirigeants seront composés entièrement d’actions.

Ce qui n’empêchera pas de confortables gratifications: dans la foulée des annonces de M. Osborne, RBS et LBG ont indiqué que leur directeur allait chacun recevoir l’équivalent de près de deux millions d’euros en actions. Tous deux avaient renoncé à leur bonus en 2009.

Un porte-parole de LBG a assuré que son directeur général aurait pu prétendre à plus et que la banque avait fait preuve «de retenue pour tenir compte de l’environnement».

Le gouvernement conservateur-libéral démocrate espère que cet accord calmera la polémique sur les bonus des banquiers, récurrente depuis la crise financière de 2008 mais qui a pris une ampleur particulière après l’annonce cet automne d’un plan de rigueur sans précédent destiné à combler le déficit public.

M. Osborne, dont le parti conservateur est financé en grande partie par le secteur financier, a redit hier comprendre la colère de l’opinion sur «les terribles erreurs» commises par la City. «Mais la colère et les représailles n’amèneront pas le moindre pourcentage de croissance à notre économie», a-t-il plaidé.

La City représente plus de 50% des dons aux Tories

La City a contribué l’an dernier pour plus de moitié aux dons faits au Parti conservateur au pouvoir en Grande-Bretagne, selon une enquête indépendante réalisée par une organisation de journalistes d’investigation, le Bureau of Investigative Journalism, publiée cette semaine. Des entreprises spécialisées dans les services financiers, des directeurs de fonds spéculatifs, des courtiers, des banquiers ont financé à hauteur de 11,4 millions de livres le Parti conservateur en 2010, contre 2,75 millions en 2005.

La contribution de la City a représenté 50,8% du total des dons accordés aux Tories en 2010, alors qu’elle était de 25% en 2005.

En cumul depuis 2005, année où David Cameron a pris la tête du parti, la City a financé à hauteur de 42,76 millions de livres les Tories, selon le Bureau of Investigative Journalism qui a compilé des données de la commission électorale et du registre du commerce.

«Etant donné qu’on vient d’assister à l’éclatement du système financier et qu’une bataille contre la régulation est engagée, le niveau des dons (de la City) au Parti conservateur devrait être un problème», a estimé Stuart Wilks-Heeg, spécialiste du financement des partis politiques à l’université de Liverpool.

Le Parti conservateur a réagi en insistant sur le fait que le gouvernement venait d’annoncer le relèvement d’une nouvelle taxe imposée aux banques. «Le fait que le chancelier (George Osborne) a augmenté de 800 millions de livres l’imposition des banques et qu’il a introduit les règles plus strictes dans les pays développés pour les salaires des banquiers met à mal les affirmations selon lesquelles les donateurs conservateurs influencent la politique», a estimé un porte-parole du parti.

Les liens entre conservateurs et la City ne sont pas nouveaux. L’un des grands noms de la City, le gestionnaire de fonds spéculatifs Stanley Fink, occupe actuellement le poste de trésorier du Parti conservateur.n

Le responsable travailliste en charge de l’économie, Ed Balls, a fustigé l’«accord pitoyable» conclu par le gouvernement, qu’il a qualifié de «recul embarrassant» par rapport aux promesses électorales des conservateurs. «Les dirigeants des banques vont bien dormir ce soir, en sachant que leurs gros bonus continueront de leur être payés afin de ne pas menacer leur vie de nabab», a lancé de son côté Len McCluskey, secrétaire général de Unite, le premier syndicat du pays.

Selon la presse, M. Osborne s’attendait à une telle levée de boucliers et avait tenté de préparer le terrain en annonçant mardi le relèvement d’une nouvelle taxe imposée aux banques pour aider à combler le déficit.

Les principales mesures de l’accord

Financement des entreprises

Les quatre principales banques britanniques (Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group et Royal Bank of Scotland) plus leur consœur espagnole Santander, qui dispose d’activités très importantes au Royaume-Uni, prêteront au minimum 190 milliards de livres (environ 225 milliards d’euros) en 2011 aux entreprises du pays, soit 6% de plus qu’en 2010.

Sur ce total, 76 milliards seront consacrés au financement des petites et moyennes entreprises, soit 15% de plus que les sommes qui leur avaient été prêtées l’an dernier.Le respect de ces engagements sera contrôlé chaque trimestre par la Banque d’Angleterre.

Rémunérations et transparence sur les bonus

Les quatre principales banques britanniques se sont engagées à verser un montant global de primes «inférieur» à celui de l’an passé.

Chacun de ces établissements publiera le détail des rémunérations versées à leurs sept principaux dirigeants au titre de l’année 2O10. Le gouvernement envisage d’étendre cette mesure à d’autres banques à partir de l’an prochain et lancera une consultation à ce sujet.

Le gouvernement n’a pas imposé de plafond aux montants individuels des bonus. Mais il a négocié des limites spécifiques aux deux grands établissements en partie nationalisés durant la crise financière, Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group (LBG).

Celles-ci ne paieront aucune prime en numéraire dépassant 2000 livres cette année, et les bonus de leurs dirigeants seront composés entièrement d’actions.

Soutien à la croissance et à l’économie sociale

Les banques britanniques consacreront 1 milliard de livres à un fonds de soutien aux PME dont la création avait été annoncée en octobre.

Elles contribueront à hauteur de 200 millions de livres sur deux ans à la création d’une future banque parapublique, baptisée la «Big Society Bank», censée financer des projets caritatifs et d’intérêt collectif.

Par Yves Genier/Le Temps fev11 +agences

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